THAÏLANDE

Carnets de voyage et sujets divers

Modérateur: Guardian

Re: THAÏLANDE

Messagepar coriolan » 14 Nov 2011 14:14

EPILOGUE

J’en suis à raconter mes souvenirs, comme un vieux !

C’est terrible d’être obligé de fixer un instant par l’écrit, par l’image, afin d’être sûr de ne pas l’oublier. C’est s’accrocher à une minute, à une saveur, à un parfum; c’est s’accrocher à rien pour tout le monde, sauf pour soi. Et ça nous semble nécessaire, indispensable.

Cependant, je sais déjà que les souvenirs les plus beaux sont ceux que nous allons oublier.

Ceux qui sont écrits, photographiés, on va les voir souvent - surtout au début-, on va les voir tellement qu’ils resteront à tout jamais figés dans leur gangue littéraire. Vrais ou faux, ils resteront ce que nous avons voulu qu’ils soient.

Ceux que nous avons oubliés dans cet inventaire, pour l’instant ils n’existent pas. Ils ont été, et restent, sans importance. Et puis un jour, une nuit, au cours d’un rêve ils vont se manifester. Et comme ils n’ont pas été fixés dans le temps de notre histoire, ils vont paraître nouveaux, exotiques, féeriques, parés de toute une beauté qu’ils ne méritaient pas mais qu’on ne peut même plus discuter tant ils sont évanescents. Ceux-là, nous allons les regretter !

Il y a seulement un mois que cette aventure thaïlandaise a pris fin, et déjà deux ‘souvenirs oubliés’ ont refait surface, déjà ils sont plus beaux que certains autres.

- un soir, à Chiang Maï, Claudel a suggéré à Jean-Paul d’aller faire une balade, et notamment d’aller vers un chedi qui brillait à quelques mètres de notre hôtel.Nous y sommes allés, nous avons traversé des places plongées dans l’ombre de la nuit, traversée par d’autres ombres. Notre promenade avait un parfum d’aventure. Il ne s’est rien passé. Le chedi était comme tous les chedi, peut-être un peu moins lumineux, et pourtant dans mon souvenir il prend déjà une place immense. Et puis nous avons fait le tour du pâté de maisons, et sommes revenus à notre point de départ sans aucun problème. Mais déjà l’air était plus doux que nulle part ailleurs, les gens que nous avons croisés étaient plus souriants. Ce souvenir oublié est une enclave dans mon oubli, et il s’est déjà paré de mille regrets que les autres n’évoqueront jamais puisqu’ils sont matérialisés, eux ! Et pour rentrer à notre hôtel - que nous ne risquions pas de perdre de vue, puisqu’il suffisait de lever les yeux au ciel, au-dessus des pavillons qui nous entouraient, pour voir sa masse sombre en haut de laquelle brillaient les lettres d’or du SURIWONGSE ! -, et puis, disais-je, pour rentrer à notre hôtel, j’en ris encore, quelle aventure que celle qui a consisté à traverser une rue passante faisant face à l’hôtel, et à franchir des chaînes tendues qui nous rappelaient que nous étions hors la loi ! Quelle aventure ! Ce souvenir idiot prend déjà plus de place que certains autres.

- En sortant d’un temple, Claudel s’est fait bénir par un moine. J’ai dû la voir sans l’enregistrer parce que, sur le moment, cela n’avait aucune importance. Après avoir lu la première mouture de ce récit, Claudel s’est insurgée en s’écriant : ‘Tu n’as pas dit que je m’étais fait bénir !’ Ainsi, elle qui, pour un peu, oublierait sa première communion, elle ne veut pas oublier qu’un bonze l’a bénie ! Alors, je m’empresse d’écrire son souvenir avant qu’il ne devienne trop envahissant !

Mais les autres, tous les autres, ils n’ont pas fini de nous réveiller ! Et plus ils ont été petits, plus ils vont se révéler impressionnants.

Il faut en prendre son parti, ce voyage était trop beau pour qu’on n’en paye pas un jour le juste prix !
La chance est l'alibi des incapables.
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