Le nucléaire

Marchons, marchons...

Modérateur: Guardian

Le nucléaire

Messagepar DD » 14 Nov 2008 00:24

Dangereux le nucléaire ?

Je dois vous avouer que je suis un peu énervé par le battage médiatique de ces derniers temps organisé autour du nucléaire chque fois qu'il y a un pet de lapin sur une de ces installations. TF1 en tète, ils me font chier.
Relativisons.
J'ai vu il y a quelque temps sur le chaine Encyclopédie un documentaire d'une rare honneteté sur les conséquences de la catastrophe de Chernobyl, vingt ans aprés. Le thème de l'équipe d'enquéteurs était de faire le bilan humain et écologique dans l'environnement proche et régional autour de la centrale.
Pour ce faire, ils ont commencé par visiter les hopitaux et autres dispensaires et consulter leurs dossiers et statistiques, puis les données des ministères, notament en ce qui concerne le suivi des cancers.
Leur malaise a commencé lorsque s'attendant à trouver une nette augmentation de cas de cancers et de mortalité associée, ils n'ont constaté aucune variation réelle d'une part entre les données antèrieures et postèrieures à la catastrophe, ni d'écart entre la région de Chernobyl et les autres régions de Russie. Toutefois, ayant avec satisfaction constaté un petit plus dns un certain type de cancer (des lymphomes ou des cancers de la thyroïde je crois), ils ont été également assez surpris de constater que d'autres types étaient en diminution. Globalement, le nombre de cancer et la mortalité associée ne sont pas différentes du reste de la Russie
A noter toutefois qu'en données brutes, s'il y a plus de cancers et d'autres maladies, rapportées aux nombre de consultation la proportion de maladies est identique. Dit d'une autre façon, on découvre plus de maladie parcequ'on consulte davantage...
Afin de vérifier la fiabilité des données, ils ont été sur le terrain interroger les mèdecins, les infirmiers, les populations. Et constatés le phénomène suivant: les populations disent qu'il y a des cancers, des morts, mais dès qu'on leur demande de développer, les réponses sont du genre "non, pas chez nous, mais on dit que, on raconte que, dans quelques années il y aura, etc". Son de cloche différent dans les services médicaux "on consulte beaucoup, on voit des choses, mais proportionnellement pas plus de, peut-etre que dans quelques années, ou le recul n'est pas suffisant,etc"
La conclusion est sans appel. D'une part le croisement des données avec les enquètes sur place n'indiquent aucun trucage de ces données, mais en plus elles n'indiquent rien d'anormal. Quid des milliers de morts, des dizaines de milliers de cancers supplémentaires prophétisés dans les semaines qui ont suivi la catastrophe ?
Néant.
Décontenacés, et on le serait à moins, les enquéteurs, avec le concours de zoologues et de botanistes russes, ont entamé leur visite dans la nature dans l'environnement immédiat de la centrale, là ou les compteurs commencent à s'affoler. Le but: faire un état de la vie sauvage et de l'influence des radiations sur l'ecosystème. Là encore surprise. Alors que les taux de radiations atteignent encore des niveaux qui les font interdire à la vie humaine, la faune et la flore ne manifestent aucune différence avec les zones plus lointaines. Tout l'écosystème est là et bien là, oiseaux, mamifères, invertébrés, grands et petits sont présent en nombre sans présenter la moindre malformation même à quelque centaines de mètres de la centrale. La vie pour reprendre le terme d'un des chercheurs est "luxuriante" car il n'y a aucune activité humaine pour les perturber ! Ou sont les mutants, les végétaux monstrueux, les animaux affaiblis ?
Néant.
Pourtant, la zone interdite est bel et bien plus ou moins radioactive quoique elle n'a plus rien à voir avec les niveaux d'il y a vingt ans. Et pourtant la vie s'y développe comme si de rien n'était..
Faisons un bilan simplifié. La catastrophe a été avant tout un cout financier et technique vertigineux, c'est indiscutable. Ce qui est vrai également, c'est que la forèt environnante a été brulée par les radiations, c'est un fait et il n'y a aucun doute dessus. Plus loin, se trouvait ce que les botanistes appelaient "la forèt des merveilles" en raison des mutations apparues sur les arbres. Notez toutefois que ces mutations ont disparu au bout de "quelques temps". Enfin l'impact humain a été considérable. On ne vide pas une ville des ses habitants, et on ne déplace pas des centaines de milliers de travailleurs gratuitement. Quant aux nombres de morts attribués sans l'ombre d'un doute à la catastrophe il est de... cinquante cinq. Auxquels on rajoute quelques dizaines de cas douteux parce que présentant une anomalie statistique et que dans le doute on les attribue tous à l'accident, et..... c'est tout.
Comment expliquer ce paradoxe. Bien sur le bilan ci-dessus n'est pas rien. Mais on est loin, trés, trés loin des scénarios apocalyptiques prophétisés par certains médias dans les jours qui ont suivi. En fait, comme le disait un des biologistes de l'équipe, on sous-estime de beaucoup la résistance des organismes vivants aux rayonnements et tout se passe comme si en dessous d'un certain seuil, la vie dominait et corrigeait les dégats occasionnés par les rayonnements. Pour parler chiffre, "grace à" (pardonnez moi ce terme) les bombardement atomiques et les expèriences d'aprés guerre plus quelques accidents, les scientifiques savent qu'une dose de 5 Sieverts prise en une seule fois est mortelle à 50 %. En dessous on observe des effets médicaux plus ou moins intenses sur lesquels je ne m'étendrai pas (il en faudrait des pages !). Passé en deçà de 0.5 Sievert, on n'observe plus d'effet biologique et on "suppose" que les diagrammes des effets médicaux sont linéaires en dessous de ce seuil, mais sur la plupart, la droite apparait en pointillé, tout simplement parce qu'on ne sait pas, les données deviennent floues. A EDF on avait fixé le seuil à 0.05 Sievert sur un an, et pour le public, c'est 0.005 Sievert.
Notez que nous ne sommes pas tous égaux devant les rayonnements. Bien des habitants d'Hiroshima et de Nagasaki ont encaissé bien plus de 5 Sievert et sont morts de vieillesse à un age avancé, de même que beaucoup de soldats exposés à des exercices débiles en milieux contaminés aprés guerre, alors que d'autres exposés à des doses bien plus faibles sont morts dans les jours ou les mois qui ont suivi. Mais il en va de même vis-à-vis de notre résistance aux matières toxiques ou aux maladies.
Alors ?...................................................................................
Alors, j'ai envie de dire: relativisons. Les mines d'uranium font bien moins de morts que les mines de charbon ou l'exploitation des puits de pétrole (demandez aux mineurs chinois ce qu'ils en pensent...). L'industrie chimique et pétrochimique affiche un palmarès impressionant face à l'industrie nucléaire. Vous rappelez vous Seveso ? Et Bohpal ? Ou encore les épandages sauvages de déchets dans les décharges africaines ? Ou encores les marées noires annuelles qui elles sont de vrais désastres écologiques ? Ou la dissémination des pesticides jusque dans les glaces des poles ? Vous complèterez la liste vous même.
Le habitants de Pripyat n'ont pas été tués par le nuage radioactif. Par contre, à coté de l'usine de Lacq, le jour ou une des cuves d'ammoniac va péter, les habitants de la ville vont mourir dans les minutes ou les heures qui suivent dans d'atroces soufrances. Et AZF, çà vous dit quelque chose ? Une canalisation de phosgène a miraculeusement résisté à l'explosion ! Vous savez ce que c'est le phosgène ? C'est un des gaz de combat utilisé sur les champs de bataille de 14-18, une vraie saloperie...
Si vous vivez sous le vent d'une centrale nucléaire, vous avez toutes les chances de mourir centenaire. Je n'en dirai pas autant de ceux qui vivent dans le "couloir de la chimie" en dessous de Lyon, pour ne citer qu'une seule zone que je connait bien...
On me dira, le nucléaire, c'est la bombe atomique ! Je rétorque le pétrole c'est le napalm et les feux d'artifice, les armes à feu.
Et ceux qui me disent les déchets nucléaiires, je rétorque : et les décharges chimiques, comment çà se passe ?
Au fait ? Ca va mieux en Italie avec leurs décherts ménagers ?
Je terminerai par une citation d'un des zoologues auxquels je fais allusion plus haut. Je trouve çà un peu exagéré mais enfin: "la zone interdite est devenue un sanctuaire de nature"
Relativisons, relativisons...
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Messagepar dombom » 14 Nov 2008 12:51

Un témoignage :

A Tchernobyl
les hommes, les animaux, les plantes vivent mieux qu'avant le désastre

Par Eric Voice

La zone d'exclusion est devenue une étonnante réserve de vie sauvage

Les gens de la zone d'exclusion sont malades de tout - sauf d'irradiation

Puisse le désastre de Tchernobyl nous apprendre au moins deux ou trois choses utiles...


Eric Voice, docteur ès sciences, spécialiste en biochimie, radio-chimie et physique nucléaire, a visité Tchernobyl pour le compte de l'Académie russe des sciences, de l'Université d'Essex et du Comité pour l'étude du cheminement biogéochimique des radionucléides dans l'environnement. Consultant indépendant, auteur de très nombreux articles, Eric Voice est connu en Grande-Bretagne pour s'être fait injecter volontairement un isotope du plutonium pour en étudier in vivo les effets sur le métabolisme.

"Au printemps, Tchernobyl est irrésistible. Assis dans les bois, je prends le soleil. Pissenlits et tussilages piquent l'herbe brillante, un pommier sauvage est en fleurs, pins et bouleaux argentés portent déjà leur feuillage d'été. Au sommet d'un arbre, une cigale lance son chant

Paradis terrestre? Le crépitement de mon petit compteur de Geiger rompt le silence, révélant, tout autour de moi, un océan de radiations. Cinq microsieverts par heure, cinquante fois la radiation moyenne d'une forêt en Suisse ou en France.

A travers les arbres, j'aperçois le village de Tchernobyl, et plus loin la ville abandonnée de Pripyat, proche des six réacteurs nucléaires. Je me trouve dans la tristement célèbre "zone d'exclusion" de Tchernobyl, un cercle de trente kilomètres de rayon autour du réacteur détruit le 26 avril 1986. Après l'explosion, les niveaux de radioactivité étaient si élevés dans cette zone que toute la population en fut évacuée. Je me trouve au cur même de la zone dont les media de la planète entière - radios, journaux, télévisions - disent depuis des années, je cite ici un journal londonien de 1994, que "pas un être humain n'y survit, pas un oiseau n'y chante" et que "ses forêts sont rabougries et les animaux y naissent avec d'horribles mutilations".

Je m'enfonce dans la forêt. Je suis maintenant sous la trajectoire suivie plusieurs jours durant par le nuage radioactif produit à l'époque par le réacteur en feu. Le niveau de radiations y est vraiment élevé. Certains jeunes sapins ont une drôle d'allure: ils ne ressemblent plus guère à des arbres de Noël, leur sommet est plus large que leur base, parce que les radiations, à doses non-létales, stimulent la croissance des plantes.

J'arrive à la "Forêt Rouge", à deux ou trois kilomètres du réacteur détruit, site qui a absorbé, au moment de l'accident, la plus grande densité de particules radioactives. En 1986, la radioactivité y était si intense qu'elle tua les feuilles des arbres -mais pas les aiguilles des pins, plus résistantes. Les feuilles, avant de tomber, devinrent d'un rouge brillant ("superbe, juste comme en automne", devait me déclarer plus tard, avec un sourire désabusé, un employé de la centrale). Le plutonium était si abondant que l'armée rasa la forêt et enterra les troncs au bulldozer. Aujourd'hui, les arbres sont en train de repousser; ils atteignent déjà un à deux mètres de hauteur.

Je repère sur le sol sablonneux de nombreuses empreintes. Des lièvres notamment, lesquels s'enfuient à travers les broussailles à mon approche. D'élans aussi, beaucoup plus grandes, sabots fendus. Plus loin, les traces confuses d'une famille de sangliers. Depuis que les hommes l'ont abandonnée, la "zone d'exclusion" est devenue une réserve de vie sauvage. Un rapport, publié chaque année par le Centre International de Recherche à Tchernobyl, montre que certaines populations animales y sont aujourd'hui dix fois plus nombreuses qu'en 1986. Il estime que vivent actuellement, dans la zone des trente kilomètres, 3000 renards, 600 élans, 450 chevreuils, 40 loups et quelque 3000 sangliers. Avant l'accident, les sangliers, sur-chassés pour leur chair délicate, avaient pratiquement disparu de la région.

Lorsque les gens furent évacués, la plupart des animaux domestiques, gravement contaminés, furent abattus. Quelques-uns en réchappèrent cependant. Dès que des recherches scientifiques systématiques devinrent possibles, on créa pour eux, dans la zone d'exclusion, deux fermes expérimentales. Dans celle que je visite, à quelques kilomètres du réacteur détruit, je trouve un troupeau composé d'une trentaine de vaches et d'un taureau (nommé "Uranium"!), appartenant à la troisième génération après l'accident. Ces animaux ont été nourris de fourrage hautement radioactif, cultivé spécialement dans la zone d'exclusion. Ces descendants du troupeau "originel" ne semblent souffrir pour l'instant d'aucun trouble particulier, sanitaire ou physique. Même constatation pour les descendants des porcs, des chèvres, des chiens, des renards, des visons et des nombreuses autres espèces élevées au même endroit.

Avant l'accident, le plus grand centre de population de la zone était Pripyat, une ville de plus de 40'000 habitants, construite pour accueillir les travailleurs appelés pour construire et faire fonctionner les six réacteurs, situés deux kilomètres plus loin. Se promener dans cette ville est une expérience étrange. Les rues sont vides et silencieuses. Les portes des immeubles de cinq étages sont grandes ouvertes, les rebords de fenêtres et les toits couverts sont couverts d'herbes folles. Des couvertures et des meubles, des cuisinières et des réfrigérateurs, ont été éparpillés par des pillards, qui ont pénétré de nuit dans la zone interdite. Les rues sont dégagées, mais tout le reste est envahi par la mauvaise herbe locale, l'absinthe, Artemisia absinthium, haute d'un mètre. En russe, armoise se dit "Tchernobyl".

Vide, silence... Mais pas tout à fait. Les habitants évacués en 1986 n'avaient pas été autorisés à emmener leurs chats domestiques avec eux. Depuis lors, la population féline de Pripyat a explosé. Sauvage, craintive, elle se terre au moindre bruit suspect dans le Grand Hôtel du Parti Communiste, dans le Centre Sportif ou dans les immeubles abandonnés.

Avant la catastrophe, quelque 130 000 personnes vivaient dans la zone d'exclusion: 135 000 furent évacuées, mais 2000, qui vivaient là bien avant la construction des réacteurs et possédaient un petit lopin, refusèrent obstinément de s'en aller. Faute d'emploi, ou parce que personne ne voulait de leurs récoltes, nombre d'entre elles finirent par s'en aller quand même. Si bien qu'il ne reste, aujourd'hui, dans la zone d'exclusion, que 700 habitants.

Je me rends avec mon interprète, Irene Zhilinskaya, dans le petit village d'Opachichi, l'un des 74 villages qui ont été évacués après la tragédie. Les buissons commencent à couvrir les maisons abandonnées, les jardins sont redevenus sauvages, les vergers sont touffus et impénétrables. Une seule maison est habitée, propre et bien rangée. Nous y sommes reçus par Olga Kusherenko, sa propriétaire, après qu'Irène l'eût assuré que je n'étais ni un fonctionnaire du gouvernement, ni un gradé de l'armée, de la police ou du KGB. Olga me gratifie d'un sourire timide: "Ah, vous venez du monde capitaliste?"

Le soleil filtre à travers le verger, poules et poussins grattent la poussière, des tulipes tardives ornent l'entrée. Olga vit avec sa mère. Toutes deux sont nées dans cette maison et y ont grandi. Elles disent ne pas comprendre pourquoi l'on fait un tel foin avec l'affaire. Oui, elles ont été évacuées, il y a un bon bout de temps, en 1986: "Le jeune soldat qui avait frappé à notre porte nous dit: Voilà, il y a là un bus, montez dedans, vous n'avez le droit d'emporter que ce que vous pouvez tenir dans vos bras. Il ne nous pas expliqué pourquoi. Nous n'avions jamais quitté la maison auparavant. Nous n'avons pas aimé ça. Alors nous sommes revenues à pied. Ca nous a pris deux semaines, nous avons marché tout le temps dans la forêt, pour éviter les gardes."

Olga dit avoir 61 ans, sa mère en a 80. Non, sa mère n'est pas là pour l'instant; il fait beau, elle est allée travailler leurs champs. Un tracteur? Ne dites pas de bêtises. Pas non plus de cheval, non, ni de charrue. "Dans cette région, loin des fermes collectives, loin de tout, nous avons toujours cultivé nos champs à la main." Olga et sa mère, avec leur porc, leurs poulets, leurs pommes de terre, leurs légumes et leurs arbres fruitiers, semblent vivre en complète autarcie. Olga ne se plaint que d'une chose: ses voisins sont tous partis, elle ne sait à qui parler. "Mais je vais bien. Dites, j'ai l'air bien, n'est-ce pas?".

Le niveau de radiations gamma autour de la maison d'Olga et de sa mère varie entre 0.5 et 1.0 microsievert par heure, soit cinq fois la radiation naturelle moyenne de pays comme la Suisse ou la France. Le niveau de plutonium y dépasse 0.1 curie par kilomètre carré.

Un moment plus tard, Olga nous invite à entrer dans la maison. Les fenêtres sont petites, il fait sombre. Peu à peu, je parviens à distinguer les murs, qui sont tapissés de pages de magazines, des bouquets de lilas dans chaque pièce et un autel avec ses icônes et sa lampe allumée. Partout des broderies, au mur, encadrées comme des peintures, ou sur les meubles, qui figurent des fleurs, des animaux, des paysages, des dessins géométriques; certaines sont anciennes, d'autres sont des propres mains d'Olga. Avec son accord, je prends quelques photos. Sans penser, je lui fais compliment d'une broderie représentant un bouquet de lilas; elle l'arrache de son cadre, l'enveloppe dans un prospectus de propagande électorale qu'on vient de glisser sous sa porte ("Oh! non! Plus de politique!") et m'en fait cadeau. Une générosité spontanée, sans cesse présente en ex-Union soviétique. Olga nous embrasse chaleureusement, nous dit adieu, puis continue à nous faire de grands signes de la main jusqu'à ce qu'elle nous perde de vue.

Olga Kusherenko paraît en éclatante santé. Mais qu'en est-il des autres habitants de Tchernobyl? Chaque jour, quelque 12'000 personnes viennent travailler dans la zone d'exclusion, 3000 pour faire fonctionner les deux réacteurs encore en service, le reste pour continuer de nettoyer la zone, sans rien dire des scientifiques qui étudient l'environnement, les animaux et les gens.

Je ne suis pas médecin, et ne puis que citer ceux qui le sont. Autour d'une table, au Centre de recherche de Tchernobyl, j'ai posé de nombreuses questions au professeur Nicolai Arkhipov, directeur de recherche, et à sept de ses collaborateurs. Non, me dirent-ils, on n'a constaté dans la population animale du territoire, aucune hausse anormale du nombre des naissances difformes. Pour ce qui est des êtres humains, les femmes qui signalent leur grossesse sont immédiatement éloignées de la zone d'exclusion; en tout cas, aucune hausse anormale de défauts congénitaux n'a été observées chez leurs enfants, pas plus d'ailleurs que chez les enfants nés dans la campagne ukrainienne entourant la zone d'exclusion. Oui, il existe un nombre anormalement élevé de cancers de la thyroïde, mais pas en Russie, ni en Ukraine, ni aux alentours de la zone d'exclusion: en Biélorussie. Non, on n'a pas observé d'accroissement des leucémies infantiles; en fait, dans les villages les plus contaminés, ceux de la région de Gomal, à 150 kilomètres au nord, le taux de leucémies infantiles est aujourd'hui inférieur à ce qu'il était avant l'accident. Quant aux 700 habitants qui n'ont jamais quitté la zone d'exclusion, leur santé est meilleure que la normale, me dit la doctoresse Ekaterina Ganja, médecin-chef du Centre, pour la raison sans doute qu'ils ont été suivis médicalement de très près depuis 1986.

La région de Tchernobyl a par ailleurs été l'objet de plusieurs études médicales à grande échelle. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a mis sur pied en 1990 un "Projet international Tchernobyl", auquel ont participé l'Union Européenne, l'Organisation des Nations-unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), le Comité des Nations-unies pour l'étude des effets des radiations atomiques, et l'Organisation Internationale du Travail. Sous la direction du professeur Itsuzo Shigemitsu, directeur, à Hiroshima, de la Fondation pour la Recherche sur les effets des radiations, quelque 200 scientifiques appartenant aux principales institutions médicales de 25 pays ont travaillé dans la région de Tchernobyl en 1990 et 1991. Leur rapport final conclut ceci: "Nous avons trouvé, dans les populations de la zone contaminée et des zones de contrôle [les zones de contrôle sont situées dans des régions n'ayant pu être contaminées par l'accident de Tchernobyl], des problèmes sanitaires importants, mais qui ne sont pas liés à un phénomène d'irradiation. Nous n'avons pas trouvé de problèmes sanitaires attribuables directement à un phénomène d'irradiation." La Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge a réalisé, elle aussi, à la même époque, une étude qui concluait que les problèmes sanitaires relevés "ne découlent pas de l'exposition aux radiations, même si le public et un certain nombre de médecins sont convaincus du contraire. [Nous avons constaté en revanche que] le stress psychologique et l'anxiété des gens [consécutifs à l'accident] a provoqué chez eux des symptômes physiques et affecté leur santé de plusieurs manières."

Il est clair que Tchernobyl a été, pour une population très nombreuse, et pour toute une nation, un désastre de première grandeur. Un désastre social, culturel, industriel, économique, oui, mais pas un désastre écologique, puisque la vie sauvage, les animaux, les plantes n'en ont subi pratiquement aucun dommage. Et que les êtres humains n'ont pas souffert (ou pas encore souffert) de maux de santé directement liés à l'irradiation.

Le personnel chargé du nettoyage de la zone d'exclusion est inquiet, cependant. Les efforts de recherche scientifique qui devraient y être conduits de façon urgente sont si considérables, et les ressources dégagées pour le faire si faibles, qu'ils ont le sentiment de se trouver confrontés à une mission impossible. Le professeur Nicolai Arkhipov nous a fait remarquer que la majorité de ses collègues et lui-même sont des volontaires. Les instituts scientifiques russes et ukrainiens responsables de la recherche radioécologique à Tchernobyl connaissent aujourd'hui de graves difficultés financières. Les travaux qu'ils ont entrepris ont souffert en outre de la discorde entre la Russie et les autres républiques de l'ex-URSS. La perspective d'une remise en état du site est menacée, comme la possibilité de tirer du désastre quelques leçons utiles.

Il semble pourtant évident que l'accident de Tchernobyl devrait servir au moins à une étude en profondeur des conséquences qu'entraîne la destruction d'une grande centrale nucléaire. Une "expérience involontaire" d'un tel ordre de grandeur, qui a affecté la planète entière, de manière aussi bien environnementale que sociale, médicale, économique et psychologique, est unique en effet. Or malgré cela, l'après-Tchernobyl est une histoire de tâtonnements, de manque d'expérience, d'absence de connaissances de base.

Il serait tragique que le monde néglige de se donner les moyens d'évaluer cet accident scientifiquement, et jusque dans ses derniers détails. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, une irradiation importante devait se produire à nouveau, quelque part dans le monde, que ce soit par la faute d'un autre accident de réacteur ou à cause d'une attaque atomique, il serait évidemment vital que nous disposions alors d'une importante expertise de terrain.

Et puis, il y a autre chose. L'accident de Tchernobyl est devenu, pour beaucoup de gens, le symbole même des dangers mortels de la puissance nucléaire civile. Or, on l'a vu, de ce que l'on sait maintenant de l'accident de Tchernobyl, cette crainte est infondée.

Il serait donc tragique que cette crainte retienne le monde de développer sa capacité de générer de l'électricité nucléaires. Cette énergie sera en effet essentielle si l'on veut éviter que les hommes du XXIe siècle ne soient condamnés à de réelles catastrophes. Il y a aujourd'hui, sur la Terre, près de 6 milliards d'habitants; on estime qu'il y en aura 10 milliards en 2030. Si nous voulons qu'à cette date la population de la planète jouisse simplement du même niveau de vie qu'aujourd'hui, il nous faudra doubler d'ici là notre production d'énergie. Plus encore: si l'on veut qu'en 2030 les pays du tiers monde jouissent d'un niveau de vie approchant celui du monde occidental, il nous faudra non pas doubler, mais quadrupler, d'ici là, notre production d'énergie.

Moins pour faire rouler nos voitures ou tourner nos ordinateurs-joujoux, que pour chauffer nos maisons et cuire nos aliments le jour où les forêts auront disparu de la surface de la Terre, pour synthétiser les engrais qui nous permettront de mettre en culture de sols aujourd'hui inutilisables, pour faire fonctionner nos tracteurs et nos systèmes d'irrigation. A défaut de quoi, la vie humaine se dégradera à une vitesse tragique et dangereuse, dont nous n'avons aujourd'hui aucune idée.

En 2030, les réserves de pétrole de la planète seront en voie d'épuisement. Le charbon, pollue et aggrave l'effet de serre, raisons pour lesquelles les Sommets de l'environnement de Rio (1992) et de Berlin (1995) ont exigé que l'on cesse d'en brûler autant. Ne reste donc, comme moyen de générer les quantités massives d'énergie dont nous allons avoir besoin, que le nucléaire.

Tchernobyl nous enseigne une rude leçon sur les dangers de conceptions au rabais, d'organisations miteuses et de surveillances laxistes. Mais cette leçon, pour amère qu'elle soit, ne doit pas nous inciter à renoncer à l'avenir."
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Messagepar DD » 15 Nov 2008 00:15

CQFD :shock:
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Messagepar AZADKEHR » 18 Nov 2008 11:52

:lol:
Dernière édition par AZADKEHR le 10 Jan 2009 11:32, édité 1 fois.
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Messagepar JEL » 18 Nov 2008 13:23

Ces articles que je n'avais pas eu le temps de lire sont édifiants.
Dommage que les réserves de matière première ne fassent pas du nucléaire une solution d'avenir... En tout cas, je trouve bien dommage que l'on fasse tout ce foin sur le nucléaire alors qu'il nous permet de nous acheter du temps pour changer de paradigme énergétique (pétrolier).
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Messagepar AZADKEHR » 18 Nov 2008 14:29

:lol:
Dernière édition par AZADKEHR le 10 Jan 2009 11:33, édité 1 fois.
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Messagepar JEL » 18 Nov 2008 15:25

Ce que je veux dire, c'est, paraît-il, que le "carburant nucléaire" est une denrée rare et limitée dont certains voient la pénurie prochaine (je ne me souviens plus; 2060 ?), probablement accélérée par le mouvement vers le nucléaire dans les pays émergeants. Donc, solution à moyen terme seulement.
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Messagepar dombom » 18 Nov 2008 18:07

Moi, j'ai lu ça quelque part :
" On estime les réserves d’uranium 235 (utilisé pour les réactions à fission) à une centaine d’années."
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Messagepar AZADKEHR » 18 Nov 2008 18:45

:lol:
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Re: Le nucléaire

Messagepar dombom » 28 Sep 2011 10:21


Rome – L’Islam – La Chrétienté – Le Judaïsme – L’indouisme – Le Bouddhisme et autres ont mis dans les mains des hommes une arme infiniment plus destructive que le nucléaire : La procréation.
Claude Péloquin
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Re: Le nucléaire

Messagepar AZADKEHR » 28 Sep 2011 10:30

dombom a écrit:
Rome – L’Islam – La Chrétienté – Le Judaïsme – L’indouisme – Le Bouddhisme et autres ont mis dans les mains des hommes une arme infiniment plus destructive que le nucléaire : La procréation.
Claude Péloquin

Tu veux dire ,le contrôle de la procréation par la conscience ? et la capote par la science ? dans la nature l'évolution a fait pire , vient donc arracher les mauvaises herbes dans mon jardin et couper les bambous qui envahissent tout ... :evil:
Je déteste les phrases lancées en l'air comme ça par des "philo." qui réfléchissent dans leur bureau ! :evil: :evil: ; donne leur un sécateur à la place de leur stylo !
Oui, fermons les mosquées et les cathédrales pour limaces et moustiques ! :D :D
Mimis.... :wink:
AZADKEHR
 

Re: Le nucléaire

Messagepar coriolan » 28 Sep 2011 11:21

AZADKEHR a écrit: dans la nature l'évolution a fait pire , vient donc arracher les mauvaises herbes dans mon jardin et couper les bambous qui envahissent tout ...

Les mauvaises herbes ? Où as-tu vu jouer cela ? Mais peut-être que tu les appelles 'mauvaises' parce que tu n'as pas encore découvert leurs vertus ! Dans la nature je crois que rien n'est inutile ! Ou alors, Azad, il faudra revoir la notion même de Dieu ! Non ? :shock:
La chance est l'alibi des incapables.
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Re: Le nucléaire

Messagepar AZADKEHR » 28 Sep 2011 12:28

Coriolan a écrit:Les mauvaises herbes ? Où as-tu vu jouer cela ? Mais peut-être que tu les appelles 'mauvaises' parce que tu n'as pas encore découvert leurs vertus ! Dans la nature je crois que rien n'est inutile ! Ou alors, Azad, il faudra revoir la notion même de Dieu ! Non ?

Humm....je crois que tu n'as jamais été confronté à une pagaille de mauvaises herbes ; tu ne fais pas de jardin, tu ne peux pas savoir !ceci dit, effectivement, le chiendent, l'ortie ...servent à soigner! mais c'est à nous de les domestiquer !la salade doit pouvoir respirer ! zut alors ! :x Coriolan dans les orties ,YOUPI !!!!!!!!!! :lol: :lol: :lol:
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Re: Le nucléaire

Messagepar coriolan » 28 Sep 2011 17:54

AZADKEHR a écrit:c'est à nous de les domestiquer ! la salade doit pouvoir respirer ! zut alors !

Non mais, Arthur, il y a certainement matière à réflexions... Sérieusement ! Tout dans l'univers, et en particulier sur Terre, tout n'est pas axé VERS l'homme ! Les espèces (végétales et animales) ont le DROIT de vivre sans devoir subir l'autoritarisme humain. Que sait-on de la vie des plantes ? Pas grand chose...

Au fait, on est sorti du sujet, là... le nucléaire ! Il y a eu le Japon et pas d'échos jusqu'ici ?

Au fait, DD, toi le spécialiste, où en est-on de la fusion (et non plus fission) nucléaire ; je n'en entends plus parler nulle part... Aux dernières nouvelles le système n'était (n'est) pas viable qui nécessite plus d'énergie qu'il n'en produit... Quid ?
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Re: Le nucléaire

Messagepar AZADKEHR » 28 Sep 2011 18:54

Coriolan a écrit:Non mais, Arthur, il y a certainement matière à réflexions... Sérieusement ! Tout dans l'univers, et en particulier sur Terre, tout n'est pas axé VERS l'homme ! Les espèces (végétales et animales) ont le DROIT de vivre sans devoir subir l'autoritarisme humain. Que sait-on de la vie des plantes ? Pas grand chose...

L'homme subit aussi les plantes, les animaux et les insectes ! sauf que nous avons aussi les moyens de les domestiquer, de les utiliser, de faire notre trou parmi eux sur terre. Etant arrivés bien après eux sur terre , il a bien fallu leur demander de se pousser un peu .....et puis comme dab. d'autres ont voulu "pousser plus loin" . :x
C'est comme les atomes ; les "ultimus".... nous ne connaissons encore que des bribes de ce monde là et pourtant nous exploitons à tout va et bien au delà quitte à se faire arracher les doigts; mais on n'arrête pas l'homme ; subit-il, lui aussi l'expension de l'univers ?
Ps : domines-tu le sujet de la différence entre le poids et la masse ? que représente m dans la formule de UnePierre ? :bounce:
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Re: Le nucléaire

Messagepar DD » 28 Sep 2011 19:45

coriolan a écrit:Au fait, DD, toi le spécialiste, où en est-on de la fusion (et non plus fission) nucléaire ; je n'en entends plus parler nulle part... Aux dernières nouvelles le système n'était (n'est) pas viable qui nécessite plus d'énergie qu'il n'en produit... Quid ?

Ca avance... Faut savoir si j'ose dire qu'on ne sait pas un certain nombre de choses ! ITER se construit doucement à Cadarache pour mise à feu dans 8-10 ans. Pendant ce temps, son petit frère le "JET" en Angleterre a été remis en route pour test d'un certain nombre de revètement du "tore", le coeur du réacteur. Mais JET et Iter sont encore hélas des prototypes. Le Jet a permis si je dit pas de bétise à faire les premières fusions et surtout à maitriser la physique des plasmas, mais avec un bilan énergétique défavorable et dans un temps trés limité.
ITER doit passer au niveau supérieur, c'est à dire avoir un bilan énergétique positif et pendant des temps de plusieurs minutes. Mais tous les problèmes ne sont pas résolus loin de là. Evacuer la chaleur produite ne sera pas facile. On ne sait pas non plus comment faire pour éliminer l'hélium formé par les fusions et qui c'est sur vont perturber le plasma à échéance de... d'un certain temps. Et puis il faut du tritium, qu'il faudra évidement fabriquer. Bref, pas mal de problèmes à résoudre.
Mais... quand je vois le bénéfice qu'on peut en retirer par rapport à l'investissement, surtout quand on compare son budget à celui du CERN pour la construction du LHC destiné à détecter UNE :!: particule, je me dis que çà vaut le coup.
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Re: Le nucléaire

Messagepar coriolan » 29 Sep 2011 16:29

DD a écrit:Mais... quand je vois le bénéfice qu'on peut en retirer par rapport à l'investissement, surtout quand on compare son budget à celui du CERN pour la construction du LHC destiné à détecter UNE :!: particule, je me dis que çà vaut le coup.

Bien sûr... mais les enjeux ne sont pas les mêmes. Bref, donc en matière de fusion, on est en passe d'arriver à un résultat énergétique positif de quelques minutes. Ce n'est déjà pas mal car, en remplaçant 'minute' par 'mètre' et en se souvenant des débuts de l'aviation on peut augurer une avancée tout aussi rapide... Soixante ans entre Louis Blériot (1909) et André Turcat (1969). Merci pour l'info. Il y a de l'espoir pour nos jeunes. Nous... bof ! Nous nous contenterons de l'exploit des faucheurs de marguerites ! C'est bien aussi...
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