Mes pilotes de légende (3 !)

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Mes pilotes de légende (3 !)

Messagepar DD » 20 Jan 2012 20:40

Andre Turcat

Peux t-on ètre un grand pilote sans avoir un tableau de chasse impressionnant, sans avoir fait les premières pages des journaux ou avoir fait un tout dans l'espace ? Je crois que oui, et Andre Turcat en est un bel exemple. Son histoire est liée à celle de Concorde puisqu'il fut le premier à faire prendre l'air à cet avion. Mais ce ne fut pas son seul fait d'arme puisqu'il a battu en son temps des records du monde de vitesse.
L'essentiel de sa carrière s'est déroulée en tant que pilote d'essai. Avec le recul, j'avais une opinion un peu caricaturale de ces hommes, que je considérais comme des casse-cou toujours prèts à repousser les limites de leurs avions, pour ne pas dire un peu bourrin. mais en me plongeant dans le CV d'André Turcat, je me suis aperçu que ce métier avait bien évolué et que c'était avant tout des professionnels méthodiques, pour la plupart bardés de diplomes d'ingénieurs quand ce n'était pas de maitrise ou de doctorats. J'ai été trés etonné de voir à quel point leurs avis était trés important dans la conception des avions qu'ils allaient devoir piloter. Nombre de caractéristiques ou de modifications sont dues à leurs exigences ou a leurs remarques. C'est dire leur responsabilité.
Outre le Concorde, Turcat a connu son heure de gloire comme pilote d'essai du Griffon 2 dans les années 1957-1959. C'était un avion extraordinaire pour l'époque, exceptionnel encore aujourd'hui. Il ressemblait un peu au Mirage 3 mais ce qui faisait son caractère unique était sa propulsion mixte par turboréacteur et statoréacteur. Cette motorisation lui donnait une vitesse de plus de mach 2, supérieure à l'époque aux Mirages, et à permis à Turcat de battre le record du monde de vitesse sur 100 Km. Malheureusement, ce n'était pas un avion trés facile à mettre en oeuvre, il n'avait pas la souplesse d'utilisation du Mirage 3, et malgré ses performances force est de constater qu'il ne pouvait ètre qu'un avion de recherche et jamais un avion d'arme. Il est exposé aujourd'hui au musée de l'air et de l'espace.
Ces hauts faits ont permis à Turcat d'ètre reconnu par ses frères pilotes en recevant le Harmon International trophy qui est en quelque sorte le Nobel de l'aviation. Turcat l'a reçu deux fois en 1959 et 1972. Ils n'ont été que deux pilotes dans toute l'histoire a ètre ainsi honoré. L'autre s'appelait Charles Linbergh
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nord_1500_Griffon_II
http://www.academie-air-espace.com/mshi ... arMbre=628
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Re: Mes pilotes de légende (3 !)

Messagepar DD » 10 Mar 2012 00:00

Giora Epstein
Parmi les pilotes de chasse, qui est le plus grand ? Qui est l'as des as ? Avec le temps, j'ai fini par me rendre à l'évidence, on ne le saura jamais ! D'abord parce que les trés grand pilotes ont vécu à des époques différentes et n'ont pas pu s'affronter. Ensuite, parce que un pilote hors du commun a une époque ne serait peut-etre pas aussi fort à une autre époque. Autrement dit, chaque époque a "son" As des As.
A l'ère des biplans, Richtoffen ou Fonck sont les meilleurs postulants du fait de leurs tableaux de chasse hors norme, quoique le premier a fini par trouver son maitre, Fonck non. Durant la deuxième guerre mondiale, Hartman dont je parle dans ces pages est le mieux placé dans la mesure ou lui non plus n'a pas trouvé son maitre. Et pour l'époque des jets ? Giora Epstein est un postulant de grande classe.
J'ai un à-priori de sympathie envers ce pilote. D'abord il est toujours vivant et une légende vivante, c'est toujours excitant. Et d'autre part, parce qu'il a accompli ses exploits à bord de Mirages 3 et dérivés dont je parle dans ces pages, avec bien moins de chaleur que lui toutefois.
Quelques liens qui vous en apprendront plus que je ne saurai le faire.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Giora_Epstein
http://www.cieldegloire.com/016_epstein_g.php
Sans doute le tableau de chasse est-il bien moins impressionnant que celui des As de 14-18 ou 39-45, mais ce serait oublier que les occasions de s'affronter de nos jours sont (heureusement) plus rares. Epstein a tout simplement le plus important tableau de chasse de l'ère supersonique. Il est l'As des As de notre époque. Le combat qu'il a livré le 20 octobre 73 est devenu légendaire. Ce jour là, il a du affronter, trés rapidement seul, onze adversaires dangereux que l'étaient les Migs 21 et parvient à en abattre 4 dont trois au canon. Du jamais vu. Et ce serait faire insulte aux pilotes Egyptiens de les imaginer inexpérimentés. Lors de ce combat, Epstein rend hommage d'une certaine façon à un de ses adversaires qui lui a donné du fil à retordre pendant cinq minutes. Ce pilote était surement un trés grand pilote et lors qu’enfin il parvient à l'abattre, Epstein semble regretter que son adversaire n'ait pas survécu. Moi aussi d'ailleurs.
Pour faire un grand pilote, il faut du talent, l'avion, l'un ne va pas sans l'autre, un soupçon de chance sans doute. Il faut aussi une acuité visuelle exceptionnelle, Epstein l'avait. Si pour un oeil standard, on peut "voir" un avion donné à 13 Km, Epstein pouvait le voir à 32 Km, et donc une acuité visuelle hors du commun.
Mais ce qui fait peut-être un TRES grand pilote tient peut-être dans une phrase qu'il a dite à propos de ce fameux combat. Au contrôleur qui lui demanda plus tard pourquoi il n'avait pas rompu le combat en constatant qu'il était à un contre onze, Epstein répondit en substance: "j'avais encore du carburant, des munitions, sur le moment, çà ne m'est même pas venu à l'esprit".
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Re: Mes pilotes de légende (3 !)

Messagepar DD » 30 Jan 2013 00:02

Saburo Sakai
Il était un pilote de chasse dans la marine Japonaise durant la deuxième guerre mondiale. On parle assez peu des As Japonais durant cette pèriode, tels que Honda, Sakai ou Nichizawa. Ce furent pourtant des pilotes d'exception, aidés en celà par la qualité de leurs avions, leur entrainement poussé et leurs tactiques performantes par rapport à leurs adversaires. Sakai était un de ceux là et son palmarès compte plus de 60 victoires. Quoique ce score soit infèrieur à ceux des grands As Allemands tels que Galland, Marseille et autres Hartman, il faut noter qu'il est bien supèrieur à ceux obtenus par les As alliés. En outre, il faut relativiser du fait que les Japonais n'étaient pas journellement au contact des aviateurs alliés, au contraire des Allemands chez qui l'affrontement était quasi quotidien.
Sakai n'est pas non plus le pilote Japonais au meilleur score, il n'est "que" quatrième, mais son tableau de chasse s'est constitué pendant seulement une courte pèriode, du début de la guerre jusqu'à l'automne 1942, puis à partir de fin 1944. Mais il a fait deux exploits qui a mon avis méritent le plus grand respect. Le premier a eu lieu justement à l'automne 1942 lorsqu'il fut gravement blessé par le tir d'un mitrailleur d'un bombardier en piqué Dauntless. L'une de ses balle l'a touché à la tète le paralysant instantanément d'un coté et lui faisant perdre la vision d'un oeil. Malgré celà et la douleur physique que l'on peut imaginer, il est parvenu à ramener son avion endommagé aprés un vol de 1000 Km ayant duré plus de trois heures ! Aprés quoi, refusant les soins il a demandé à faire son rapport sans tarder à son chef d'escadrille, juste avant de s'évanouir.
Il n'a jamais totalement guéri de cette blessure. Si la paralysie a fini par s'effacer au cours des deux années suivantes, il a perdu définitivement son oeil blessé. Et c'est là que se tient son deuxième exploit, c'est malgré ce handicap, il a repris du service et remporté encore plusieurs victoires. Que d'un oeil.
Le courage, le dépassement de soi, le sens du devoir sont des qualités entre autres qui font les grands pilotes. Sakai était un trés grand pilote digne de figurer au panthéon de mes pilotes de légende. Fait dont je suis heureux, il a survécu à la deuxième guerre mondiale. Il est mort en 2003 et a vécu assez longtemps pour connaitre un grand plaisir, celui un jour de pouvoir amicalement serrer la main du mitrailleur qui avait failli mettre prématurément un terme à sa vie à l'automne 1942.
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Re: Mes pilotes de légende (3 !)

Messagepar DD » 28 Mar 2013 00:56

Jefferson J. DeBlanc
Je ne pense pas qu'il soit un pilote exceptionnel, mais ce qu'il a fait est exceptionnel. Il était pilote dans les Marines durant le deuxième guerre mondiale et a combattu à Guadalcanal ou il a accompli un exploit qui m'a bluffé.
Ceci s'est passé le 31 janvier 1943. Il conduisait un groupe de chasse en couverture de bombardiers lors d'une mission d'attaque. En cours de vol, il découvre que son appareil a une fuite d'essence qui ne laisse que deux alternatives : rentrer à la base, ou poursuivre sa mission d'escorte avec la certitude qu'il n'aura pas assez d'essence pour le retour.
Il prend alors la décision de poursuivre sa mission, arguant que rentrer à la base risque de laisser les bombardiers avec une couverture aérienne réduite. Dans son esprit, il vaut mieux avoir la certitude de perdre un avion et éventuellement son pilote que risquer d'en perdre plusieurs. En prenant cette décision, il joue donc sa vie à quitte ou double, et il le sait.
sage décision dans un premier temps, car la chasse Japonaise est au rendez-vous. Au cours d'un violent combat, DeBlanc parvient à abattre cinq avions japonais, plus un probable. Il devient donc un as avec cinq victoires en un seul jour. Mais il en paie le prix. Son équipier est abattu, et lorsqu'il décide de rompre le combat et tenter de se rapprocher de sa base, un septième adversaire met fin à ce combat. Moteur incendié, il s'éjecte et tombe en mer.
Voilà donc Jeff DeBlanc en train de barbotter en plein territoire ennemi dans un région ou heureusement les ilots sont légion. Soutenu uniquement par son gilet, il va nager pendant SIX heures et parvenir à gagner une ile tenue par les Japonais. Il leur échappe, mais est capturé par une tribu indigène. Par un coup de chance, celle-ci décide l'échanger contre "rançon" auprés d'une autre tribu, celle là favorable aux américains, qui lui permettent de regagner les forces américaines, et de reprendre le combat plus tard.
Et quelle est la rançon me direz-vous ? Jeff DeBlanc en parle lui même. "beaucoup de gens se demandent ce qu'ils valent, combien on serait prèt à payer ou à demander pour leur vie. Moi je le sais. Je ne vaux pas plus qu'un SAC DE RIZ DE CINQ KILOGS". Oui vous avez bien lu, c'était là le montant de la "rançon" ayant servi à l'échange.
Finalement un héros, ce n'est pas trés cher surtout quant il fait preuve de courage, d'abnégation et d'esprit de sacrifice comme en a fait preuve Jeff DeBlanc le 31 janvier 1943. La nation américaine ne s'y est pas trompé en lui attribuant la plus haute distinction des Etats Unis : la médaille d'honneur du congrés.
http://en.wikipedia.org/wiki/Jefferson_J._DeBlanc
http://fr.wikipedia.org/wiki/Medal_of_Honor
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