Le cerveau de l’évolution

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Le cerveau de l’évolution

Messagepar AZADKEHR » 21 Déc 2011 12:29

Spécialiste de l’évolution des os du crâne, directrice de recherche au CNRS, Anne Dambricourt a découvert une continuité évolutive de soixante millions d’années. Elle pense que s’interroger sur le sens de la vie fait partie du mécanisme de transformation naturel de l’homme.

Que se passe-t-il quand la science découvre, du refuge de son laboratoire, la tache aveugle, persistante, d’un point de fuite irréductible à toute description et à toute mesure objective ?

Se peut-il qu’une austère recherche de laboratoire débouche bruyamment sur la question du sens et libère la grande charade : qui sommes-nous, d’où venons-nous et où allons-nous ?

La paléontologue Anne Dambricourt-Malassé, du CNRS, étudie les crânes fossiles. Les crânes lui ont révélé que l’hominisation s’inscrit dans une logique chronologique stable, extrêmement têtue, et qui, des premiers singes, mène droit au cerveau pensant en déroulant le fil d’ariane d’un processus évolutif qui ne doit rien au hasard. Or, la théorie classique de l’évolution affirmait jusque-là que l’humanité était fille d’un gène muté par hasard, d’un accident de copie finalement sélectionné par un caprice du climat. Après une conférence au Collège de France, puis un long article publié dans La Recherche, Anne Dambricourt a apporté la polémique dans les grands médias nationaux. Enlever le hasard, comme créateur d’ordre, c’est frôler l’hypothèse de Dieu et renoncer à la science, lui ont lancé ses adversaires. Deux ans après notre premier entretien avec elle, nous sommes allés lui demander comment elle réagit à ces critiques.

Nouvelles Clés : Au départ de votre réflexion, il y a cette découverte qui modifie notre regard sur les origines de l’homme. Nous ne serions pas du tout, ainsi que l’affirme la théorie actuelle, apparus sur cette terre par accident.

Anne Dambricourt-Malassé : Oui, et ce sont les fossiles qui l’indiquent. Tout a commencé, pour moi, le jour où j’ai tenu dans ma main un crâne d’homme et un crâne de singe.

En retournant ces crânes, j’ai observé un phénomène jamais décrit auparavant : c’est la forme de l’espace qui s’inscrit entre le devant du visage et le trou occipital. Cet espace est long et étroit chez le singe, mais contracté sur le crâne humain. Cela m’a amenée à comparer le crâne des primates fossiles avec celui de l’australopithèque et celui de l’Homo erectus, pour constater que d’un crâne à l’autre, cette contraction de la base du crâne s’amplifie, révélant que, tout au long de cette évolution, la manière dont le crâne se transforme obéit à un ordre logique qui, sur soixante millions d’années, ne s’est jamais dissipé. On peut en tracer une courbe. Et cette courbe est mathématiquement exponentielle : si on regarde la contraction de la base du crâne de l’australopithèque, on constate que c’est l’ancienne valeur du grand singe qui est amplifiée. Si on réinjecte cette valeur dans l’équation, on obtient la nouvelle valeur d’Homo erectus, et ainsi de suite. C’est tout le contraire d’une évolution aléatoire.

N. C. : Vous niez donc que l’évolution soit de nature chaotique. Et que l’homme soit sorti d’un accident génétique...

A. D.-M. : La vision classique de l’hominisation dit que le milieu change, de nouvelles niches sont créées, et la sélection naturelle fait son tri dans les espèces surprises à résister à ces nouvelles conditions. Il est déduit de cela que la persistance des formes est le fruit du plus pur hasard des catastrophes climatiques et qu’en conséquence tout est imprédictible. Mais cette vision ne tient plus si l’on regarde les crânes, qui nous disent au contraire que sur soixante millions d’années, dans certains cas, les formes de primates se succèdent toujours dans le même sens avec un ordre logique : celui d’une contraction croissante de la base du crâne, suivie d’une complexification du cerveau.

N. C. : Le milieu ne joue plus aucun rôle ?

A. D.-M. : Plus comme le facteur déterminant. Il est évident que la sélection naturelle joue son rôle : des espèces s’éteignent, mais pour ce qui est du passage du singe à l’australopithèque et de l’australopithèque à l’homme, vous pouvez faire intervenir toutes les mutations génétiques au hasard, toutes les dérives de continents, toutes les crises climatiques que vous voudrez, ces événements indépendants les uns des autres et ajustés au hasard n’expliquent pas la répétition du processus : la base du crâne des primates se contracte imperturbablement en suivant une logique explicite qui autorise des prédictions dans la genèse des formes. De cette logique, il ressort que le passage du singe à l’homme ne s’inscrit pas dans une suite chaotique et imprédictible, d’événements génétiques et climatiques survenus au hasard, ainsi qu’on l’affirmait jusque-là.

N. C. : Il est pourtant admis que c’est une modification du climat qui est à l’origine de la bipédie. Yves Coppens, par exemple, explique qu’une catastrophe climatique a sorti les grands singes de la forêt pour les précipiter dans la savane où certains mutants, bipèdes, ont réussi à survivre pour donner les australopithèques.

A. D.-M. : La proposition d’Yves Coppens était nécessaire pour certains fossiles : elle a tenu longtemps. Mais une découverte récente vient de la réduire à un cas d’adaptation locale, ce qui n’explique pas l’identité embryonnaire de l’australopithèque. Et cela prouve d’ailleurs que la proposition d’Yves Coppens était une théorie parfaitement scientifique et non un dogme. On vient, donc, de découvrir des restes d’australopithèque dans une région de forêts. Vous voyez : cette fois, il n’y a pas chute dans la savane. La contraction du crâne s’est accomplie indépendamment du milieu.

N. C. : Si cette contraction ne vient pas du milieu, elle vient de quoi ?

A. D.-M. : Elle vient logiquement d’un programme installé à l’intérieur de l’organisme et dont on cherche à comprendre l’évolution. L’orthopédie dento-faciale recense aujourd’hui, à travers la planète, de plus en plus d’enfants dont la machoire inférieure est en recul. On pourrait incriminer le mode de vie ou l’alimentation, mais cette déformation de l’équilibre cranio-facial s’accomplit exactement là où le crâne a toujours bougé : c’est-à-dire dans l’axe de la contraction qui s’étale sur soixante millions d’années. Tout se passe donc comme s’il se déroulait un processus autonome, plus sensible à sa logique interne qu’à la dyna-mique des relations entretenues avec le milieu, et tout se passe comme si ce processus continuait.

N. C. : Mais comment s’accomplirait concrètement, dans l’élan de cette logique interne, la transformation d’un grand singe en australopithèque ? D’un australopithèque en Homo erectus ? D’un Homo erectus en Homo sapiens ?

A. D.-M. : Tout ce qu’on peut en dire, c’est qu’elle ne s’accomplit pas dans le milieu de la savane africaine mais dans le milieu placentaire : c’est-à-dire au niveau de l’embryon. Je n’ai pas assisté au phénomène et je ne peux pas le reproduire en éprouvette. Je peux en revanche avancer qu’il relève d’une question de seuil : à un moment de son évolution, le système australopithèque ne peut plus se gérer, il ne peut plus rester stable et les embryons aboutissent à une nouvelle forme équilibrée, mais plus instable. L’embryon change et se construit autrement pour donner naissance à un embryon d’Homo erectus à base du crâne plus contractée. Je constate donc la conservation et la mémorisation de la dynamique évolutive.

Car si la forme se réorganise, la trajectoire, elle, reste stable : on franchit le plan d’évolution australopithèque pour passer au plan Homo, mais la trajectoire globale ne dévie pas de la logique primaire de la contraction crâno-faciale et de la vascularisation du cerveau. La succession des crânes dans le temps montre que quelque chose qui est indépendant du milieu se réitère et se transmet fidèlement sur des millions d’années. Dans ce processus où rien ne se dissipe et où tout se conserve, il n’est plus question de bruits et de chaos, mais cette fois-ci d’une histoire interne.

N. C. : Quand et comment a commencé cette « histoire interne » ?

A. D.-M. : Si je regarde cet univers dans sa durée, je constate que depuis son big-bang, il est resté sans conscience de lui-même l’immense majorité de son temps de croissance interne. Il fallait des seuils de complexité organisée fort élevés, et donc extrêmement récents, pour qu’une conscience de soi puisse émerger quelque part. Je tourne maintenant mon regard sur les fossiles, et je constate que le psychisme a évolué en même temps que se contractait, chez les primates, la base du crâne. Je sais que le résultat de cette évolution, c’est nous. Nous qui nous souvenons de nos morts, transformons notre environnement, nommons les choses, désirons leur donner un sens, pensons et posons des questions ; et penchée sur tout cela je me demande : qu’est-ce que c’est que cette créature qui se pose des questions ? Qu’est-ce que c’est que cette créature qui cherche des réponses ? Qu’est-ce, sinon une pensée capable de constater qu’elle est phénomène logique, que ce phénomène la traverse et qu’il n’est pas achevé ? Quelque chose en nous est la mémoire de l’histoire de l’univers qui se cherche. Regardez l’homme ! Au début, il a commencé par se montrer curieux de son environnement. Puis il s’est passionné pour l’histoire, puis pour la mémoire, pour opérer finalement un retournement de la conscience sur ses propres origines. Tout se passe comme si la conscience réfléchie était à notre stade une fonction nécessaire dans la poursuite du phénomène évolutif. On peut penser que l’apparition de la conscience réfléchie dans le cerveau de l’homme marque une étape fondamentale du processus qui travaille depuis des milliards d’années, et qui nous pousse à rejoindre, par le biais de nos connaissances, la raison d’être de cet univers.

N. C. : Cela implique qu’on sache précisément à quoi travaille cet univers depuis des milliards d’années. À quoi il joue...

A. D.-M. : Je reconnais que la question est délicate quand on sait que l’univers évolue vers la mort ! Mais l’univers a porté la vie et puis la pensée, cette force immatérielle dont nous parlions tout à l’heure, et qui n’évolue pas, elle, nécessairement vers la mort comme tout ce qui existe dans l’univers : on la voit au contraire évoluer vers toujours plus d’ordre, toujours plus d’organisation, d’information, de connaissance. Mais pour aller où ? Et pourquoi ? Pour qu’il reste, peut-être, quelque chose ou peut-être « quelqu’un » après la désintégration ou l’effondrement de l’univers sur lui-même.

N. C. : Revenons à notre quête obstinée du sens : à l’homme soudain hanté par l’essence du phénomène qui le fonde et qui le construit. C’est une émotion que certains cultivent en s’adressant à Dieu. D’autres, en questionnant le monde à l’aide de la philosophie ou de l’interrogation scientifique. Cette volonté de savoir, vous dites, appartient au processus.

Elle participe d’un mouvement et d’une sorte de dialectique ordre/entropie très éloignée de nos préoccupations quotidiennes. Est-ce à dire qu’elle revêt selon vous un caractère sacré ?

A. D.-M. : Ce pourrait être le mot. Sacré car vital. Cette volonté de savoir nous relie à des questions métaphysiques, mais elle est fondamentale pour notre destin quotidien. Faites le bilan : notre présence sur Terre est l’aboutissement d’un processus logique et ce processus, nous ne le connaissons pas. Le résultat en est que sans la prise de conscience de la logique qui nous fonde, toute activité humaine orientée sur la gestion des hommes et des biens est vouée à se développer dans une profonde méconnaissance de ce qui fait l’humanité. Je ne vous rappelle pas ce que cette méconnaissance implique : la violence de notre siècle est là pour en témoigner. La réduction de toute forme de vie, humaine comprise, à de la biologie manipulable. Cette connaissance est à mes yeux plus qu’essentielle : elle est l’identité première de toute personne humaine et, par voie de conséquence, de toute relation constructrice reliant les êtres humains dans la convergence de leurs actions, paroles ou recherches.

N. C. : Cette connaissance serait donc nécessaire à nous définir, par conséquent à nous comprendre. À nous respecter et à prendre conscience de notre responsabilité face à la marche de l’univers ?

A. D.-M. : La responsabilité qui nous lie à l’univers nous demande de laisser se dérouler le phénomène évolutif, d’empêcher qu’il avorte, d’y participer en conscience et d’aider l’univers à prendre conscience de lui-même pour dévoiler quelque chose. Que devons-nous éviter de faire ? Telle serait la question d’une éthique évolutionniste. Nous devons prendre soin de ne pas étouffer, censurer, écraser la quête de sens. Cela demande plus qu’une curiosité : c’est un appel profondément aimant.

N. C. : On vous accuse de vouloir prouver un plan divin...

A. D.-M. : On sait pourtant bien que la science est une méthode, et qu’elle ne va pas prouver des réalités qui se situent en dehors de son champ expérimental ! Je prends un fossile, je le décris, je prends ce qu’il me raconte en tant qu’objet à un instant donné et dans un espace donné : je pars des faits. Si j’arrive à une conclusion, c’est à partir de ce qui s’inscrit dans les archives paléontologiques et les strates géologiques. Ce qu’on ne me pardonne pas, c’est de dépasser la paléontologie pour poser la question de la signification de la vie humaine. Mais comment échapper à cette question ? Si, au bout de son évolution, l’homme en arrive à se signifier lui-même, il est absolument impossible d’évacuer la question du sens en paléontologie humaine, puisque cette question émerge du processus d’hominisation. Mais pour beaucoup de penseurs qui s’accrochent à leur théorie au détriment des faits, cette démarche n’est pas supportable parce qu’elle aboutit à relativiser le rôle du milieu et de la sélection naturelle, ce qui met le darwinisme devant ses limites.

N. C. : Cela dit, vous ne pouvez pas vous définir en dehors de vos propres croyances : vous êtes une chercheuse en paléo-anthropologie, votre démarche est celle de la science, mais vous croyez aussi en Dieu...

A. D.-M. : Je ne m’interdis pas d’être scientifique et d’aimer la musique en même temps.

Je me sens inspirée, des pensées me traversent, des sentiments et des prémonitions. Je sais que ces états de conscience sont inacceptables par le scientisme, mais ils passeront avant. Je sais que je suis une femme, que je vis au xxe siècle et que j’ai un enfant, mais je ressens aussi que je suis plus que ça : je le sais et j’ai besoin de vivre en conscience ces identités différentes qui font que je suis un être humain et non un sac de gènes. En tant qu’anthropologue, j’ai la liberté de me reconnaître et on ne peut pas m’objectiver. Tout ce qui relève de l’identité individuelle ne peut être capté que par le langage subjectif, de sujet à sujet. Il y a donc toute une dimension du monde qui échappe à l’objectivité. Cependant, c’est bien dans cette partie subjective - le sujet, ou encore la personne - que se pose la question du sens de l’existence. Puis-je répondre à cette question toute seule ? Non : je me sais - mais c’est très personnel - liée à de multiples réalités immatérielles. Si je suis dans l’équation, ce n’est pas moi qui l’ait écrite. Celui qui a écrit l’équation ne peut pas être dans l’équation. Je ne peux pas concevoir de solution à l’équation qui contient les sujets sans faire appel à une transcendance. Je ne peux pas être la question et la réponse. Y prétendre serait éminemment prétentieux, ce serait se prendre pour Dieu, ou pour la transcendance elle-même, se déclarer logos universel. Cela conduit donc à se situer en dehors de la réalité décrite par la science.

Si elle pousse sa logique jusqu’au bout, la science dit : je ne sais pas et je ne répondrai jamais. Parce que les scientifiques sont, encore une fois, des créatures qui essayent d’écrire l’équation qui les contient. La science peut reconnaître l’identité humaine, qui est celle d’un processus, et dire qu’une plus grande conscience est attendue par ce processus, mais elle ne peut pas se prononcer sur l’identité de cette conscience.

N. C. : Ce dévoilement est-il possible avec les outils que nous utilisons ? Le mathématicien Gödel disait qu’un ordinateur d’une certaine taille ne peut s’imaginer un ordinateur d’une taille égale ou supérieure à la sienne, car il ne peut pas s’imaginer lui-même. S’il imaginait un ordinateur de sa taille et de sa complexité, cela prendrait la totalité de son software, le paralysant complètement. Et Gödel ajoutait qu’il en va de même pour le cerveau humain : celui-ci ne pourra jamais se comprendre lui-même.

A. D.-M. : La science le montre aussi. Pour la logique de l’hominisation, il manque quelqu’un. En poursuivant cet effort impossible, le scientifique communique avec l’univers qui le contient. Pour moi, l’important est de pousser jusqu’au bout les limites de la science, car cette démarche est bien plus puissante que d’admettre d’emblée l’existence de Dieu. Ça change quoi de présupposer l’existence de Dieu ? Cela n’avance à rien. En tant que scientifique je ne cesserai jamais de m’interroger et de chercher. Mais si à un moment donné, il n’est plus possible de comprendre sans l’acte de foi, ou la connaissance intime de tout ce qui n’est pas objectivable, cela ne me gêne pas. Au contraire, c’est peut-être la complétude en marche.

N. C. : Comment participez-vous, vous-même, à la quête de sens, à l’alliance que vous supposez nécessaire entre l’homme et le grand jeu de l’univers ?

A. D.-M. : Je suis paléontologue. Quel rôle peut jouer un paléontologue dans sa société ?

Lui raconter des histoires fantastiques avec des créatures préhistoriques en toile de fond ?

Lui offrir une visite au musée, un petit quart d’heure de détente pour oublier ses soucis de la semaine ? Je pourrais me contenter de classifier les fossiles et de compter les mandibules, mais cela ne me suffit pas. Le savant a cette chance de pouvoir parvenir, par les questions qu’il se pose, à devenir le tiers inclus conscient de l’évolution de l’humanité. C’est la voie ambitieuse que j’ai choisi de poursuivre. Mais en réalité chacun est invité à atteindre cette identité. J’ai besoin de comprendre les origines de mes contemporains, parce que je me sens concernée par l’accumulation des crises de l’humanité. Soumis à des crises climatiques, politiques, économiques, sociales, philosophiques, individuelles et existentielles, l’humanité a besoin de réponses et de valeurs fondatrices stables qui font sens. Le paléontologue peut replacer l’individualité et la notion de personne dans une large perspective évolutive qui peut donner un sens à une vie humaine. Mais cela nécessite une condition initiale incontournable de notre part : une remise en cause de nos certitudes et une ouverture du regard sur cette autre dimension qui nous contient. Dans le fond, la science menée jusqu’au bout de ses limites ne fait que confirmer les grandes intuitions humaines qui ont des milliers d’années derrière elles : elle montre bien que nous sommes inscrits dans une logique cyclique de l’attente, et que cette attente n’est pas une illusion, contrairement aux affirmations scientistes du XXe siècle.
AZADKEHR
 

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