Slow Science

Propositions de débats

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Messagepar AZADKEHR » 11 Nov 2011 01:00

Voilà, il m'est arrivé de critiquer la science pour ses abus , sa pensée unique , la disparition de son socle basé sur la foi et voici un copié collé sur une nouvelle facette de la science , mais je vous laisse seul juge à propos de celle qui façonne notre avenir .
L’appel Slow Science
19 juillet 2011
Par Sophie Roux

Sylvain avait esquissé ici une analogie entre le travail de chercheur tel qu’il le concevait et le travail d’un viticulteur biologique ou d’un artisan visant la qualité — plutôt que l’excellence.

Les analogies de cette espèce commencent à foisonner. Je viens ainsi de recevoir, en écho au mouvement Slow Food, un appel pour un mouvement Slow Science. Il est accompagné d’un texte sur la désexcellence, notion qui fait manifestement écho à la notion de décroissance.

Il y a là une préoccupation ancienne, qui rejoint un autre appel, celui-ci à témoignages, publié ici par François Blanchard. Dans les commentaires de cet appel, Claire renvoyait à un article de Noel Malcolm, historien des idées, journaliste politique et responsable de l’édition de Hobbes chez Clarendon.

Cet article de 1996 s’ouvrait par la question : aujourd’hui, quelle est la plus grande menace pour la vie académique ? La réponse venait immédiatement, je cite et traduis : “La plus grande menace est la surproduction. Une marée de publications qui ne sont pas nécessaires est en train de monter dans nos bibliothèques et dans nos universités ; elle menace de submerger notre vie intellectuelle, et personne ne sait comment l’arrêter.” Les deux principales causes de cette marée étaient exhibées : d’une part, la tendance à la spécialisation, d’autre part, la pression pour publier — la Grande-Bretagne était alors déjà sous le régime de l’évaluation productiviste que nous apprenons à connaître. Le lien entre ces deux causes était limpide, à condition de se demander où tous ces travaux de spécialistes sont publiés, je cite et traduis encore : “De plus en plus, dans des journaux qui s’adressent seulement à de minuscules cercles de spécialistes se soutenant les uns les autres, rédigeant mutuellement des rapports sur leurs articles respectifs, recommandant ces derniers pour publication, et demandant que leur université souscrivent au journal en question”.
Après avoir montré qu’une des conséquences de ce phénomène était, outre bien sûr un appauvrissement des publications, un retour aux formes les plus traditionnelles de mandarinat (car, n’ayant plus vraiment le temps de lire, on évalue par copinage ou par ouï-dire, i.e. sur les dires des mandarins), et écarté une fausse solution (l’idée qu’on résoudrait le problème en passant aux publications électroniques), l’article Noel Malcolm indiquait quels étaient, selon lui, les moyens d’arrêter la marée :
1) adopter un système d’évaluation privilégiant le quantitatif sur le qualitatif, i.e. consistant à évaluer un universitaire sur ce que ce dernier juge être ses trois meilleures publications dans les dix dernières années,
2) payer les universitaires pour qu’ils écrivent moins, ce qui reposait (encore) sur une analogie avec l’agriculture. La fin de cet article manipulant à merveille une forme d’humour noir que je ne peux m’empêcher de rapprocher d’A Modest Proposal de Swift, je me laisse aller à la traduire pour en profiter pleinement :

“Le système de la jachère fait que les fermiers sont payés pour ne pas cultiver. Pourquoi ne pas payer les universitaires pour ne pas écrire d’articles ?

L’État achète déjà tous ces produits à des prix subventionnés pour en mettre d’immenses quantités dans des chambres froides : il subventionne les bibliothèques universitaires, qui achètent les journaux et les empilent sans qu’ils soient lus. Il est temps que le système universitaire imite le système agricole de plus près. Les professeurs devraient recevoir une prime pour chaque année où ils ne publient pas un article. Inversement, une échelle de pénalités financières croissantes devrait accompagner chaque article ou chaque livre qu’ils produisent. Des escadrons de détection de pseudonymes repéreraient les fraudeurs, à la manière des satellites qui surveillent les récoltes d’olives siciliennes. […]

Quant à ces montagnes d’articles qui sont emmagasinés sans être lus dans nos bibliothèques universitaires, est-ce que la politique agricole commune ne fournit pas là aussi la réponse ? Est-ce que ces articles ne pourraient pas être bradés, à des prix artificiellement bas, aux pays du Tiers-Monde ? Avec un peu de chance, ils pourraient même saper la production locale.”

Une des choses qui me paraît la plus intéressante dans cette constellation est le rapprochement que les uns et les autres font spontanément, par le biais des analogies, entre la production intellectuelle et la production agricole. Alors que, ces trente dernières années, le monde académique semble avoir voulu se constituer comme un espace neutre capable de tenir à distance le social et le politique, le lien est aujourd’hui fait entre ce qui est en train d’advenir au si petit monde qu’est l’université et des questions sociales aujourd’hui fondamentales pour notre monde tout court. J’espère qu’il y a là une vague de fond qui conduira les universitaires non seulement à résister résolument à la marée qu’évoquait Noel Malcolm, mais à apporter leur contribution à un débat social aujourd’hui crucial.
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Mots clefs : Grande-Bretagne, historique de l'évaluation, science politique

Posté dans : Analyses et opinions
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