DIEU et PHILOSOPHIE

Propositions de débats

DIEU et PHILOSOPHIE

Messagepar AZADKEHR » 17 Nov 2008 17:30

Peut-on porter un discours philosophique sur Dieu ?
Voici un texte ,pour réflèchir, méditer .....
Le Dieu de la religion est autre chose que le Dieu des philosophes : c’est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu vivant et vivifiant, un Dieu vers qui on parle et que l’on prie. C’est un Dieu « personnel » dont on fait l’expérience.

Si la divinité ainsi comprise est le centre de l’expérience religieuse, je ne crois pas que la philosophie doive ou puisse parler directement de Dieu: l’objet de son discours serait alors toutefois un principe uniquement philosophique, trop restreint par rapport au Dieu de l’expérience religieuse. Je crois plutôt que la philosophie peut et doit parler du Dieu de la religion, et que pour cette raison le discours philosophique sur Dieu ne peut être qu’indirect : la philosophie n’entre en contact avec Dieu que dans la mesure où elle se met à réfléchir sur l’expérience religieuse, ce qui me semble non seulement souhaitable et opportun, mais même inévitable et juste; et en ce sens j’irai jusqu’à affirmer que, pour la philosophie, le Dieu de la religion est beaucoup plus intéressant que le Dieu des philosophes.

Savoir de quelle façon il faut concevoir le discours philosophique indirect sur Dieu nécessite quelques précisions sur l’expérience religieuse et la réflexion philosophique. Dieu se rencontre à un niveau trop profond pour que la philosophie, entendue comme enquête démonstrative et métaphysique objective, puisse en parler, puisque ce discours n’aurait d’autre résultat que d’objectiver l’inobjectivable. Mais même le recours à l’expérience religieuse serait peu constructif si par expérience on entend quelque chose de purement subjectif, enfermé dans la sphère étroite et limitée du moi, de la conscience et de la conscience de soi, de l’individualité.

Mais si l’expérience est entendue comme existentielle, alors l’expression "expérience religieuse" devient acceptable, car l’existence est elle-même rapport avec l’être, a une portée ontologique et donc un caractère intentionnel et révélateur: alors l’expérience religieuse est comprise comme expérience de vérité, de transcendance, d’immémorial et, en elle, l’expérience toute humaine du divin et l’expérience du divin, ontologique et interprétative, sont une seule et même chose; elle n’est plus exposée au danger d’une réduction subjectiviste et « conscientialiste », et se situe à un niveau beaucoup plus profond que celui de la pure antithèse entre humanité et divinité.



Le Dieu des philosophes est le Dieu de la philosophie objectivante, résultat d’une pensée directe. Ce Dieu n’existe pas en fait: c’est un pur nom que la philosophie prononce en vain; un concept vide auquel ne correspond aucune réalité et auquel en aucun cas il n’est nécessaire de donner un contenu, ce qui n’est d’ailleurs pas possible de faire si on ne recourt pas à l’expérience religieuse, à la foi.

Même pour le philosophe, donc, et pour tous en général, le Dieu dont on parle ne peut être que celui de la foi, qui est l’unique Dieu dont on puisse parler. Dieu non comme concept de la philosophie, mais comme centre de l’expérience religieuse: ainsi le croyant considère-t-il Dieu. Mais ainsi doit également le considérer le philosophe; même la philosophie quand elle parle de Dieu, si toutefois elle en parle ou veut en parler, ne peut parler que du Dieu de l’expérience religieuse, non du Dieu des philosophes. Voilà pourquoi son discours sur Dieu est indirect. La philosophie ne rencontre pas Dieu directement, mais comme centre de l’expérience religieuse dont elle est interprétation. Et en ce cas, on peut tenir un discours philosophique sur Dieu et avoir un concept de Dieu (au sens symbolique).

Que le discours philosophique sur Dieu doive être indirect veut dire que la philosophie peut certes parler du Dieu de l’expérience religieuse, mais par pour le nier ou l’affirmer ni pour en démontrer ou en contester l’existence, ce qui n’est pas de son ressort, car elle n’intervient que lorsque ces question sont tout à fait dépassées.

Pour l’homme religieux, Dieu existe et l’existence de Dieu est pour lui certaine au point de rendre superflue toute démonstration car elle est objet de foi, autrement dit d’un choix radical et profond, dont tout le reste découle. Mais ce que l’homme religieux ne peut vraiment comprendre, c’est la démonstration dont il n’a aucun besoin, à moins qu’il ne la désire comme expression de sa propre croyance ou la considère non comme une confirmation, mais comme partie intégrante de cette croyance; la certitude médiate et rationnelle ne l’intéresse pas car il possède quelque chose d’infiniment plus riche et plus efficace qui est sa foi. Fides quaerens intellectum [La foi cherchant l’intelligence] : elle incite à rechercher, à penser, s’efforce de repenser philosophiquement l’expérience religieuse.

La philosophie, en tant qu’elle intervient à partir d’un choix déjà fait, n’a plus droit au chapitre, ni, bien sûr, pour affirmer l’existence de Dieu, ni, non plus, pour la nier, car même le rejet de Dieu n’est pas le fruit d’un raisonnement, mais un acte profond et originaire de la personne. D’autre part la philosophie n’a pas pour but de démontrer l’existence de Dieu car elle n’étend pas la connaissance à de nouveaux domaines de la réalité, mais réfléchit sur des expériences existentielles: son but n’est pas démonstratif mais « herméneutique ».

Mais si la philosophie n’a aucun titre pour choisir ou démontrer, son objet en revanche est de clarifier et d’universaliser, chose non seulement permise mais même requise par son caractère interprétatif. La philosophie éclaircit avant tout le donné existentiel, élaborant des pensées qui peuvent éventuellement servir à le rendre plus compréhensible et en outre peut et doit dire ce que signifie ou peut signifier pour l’homme de se décider pour ou contre Dieu, d’avoir une foi personnelle qui est en même temps un choix humain et une initiative divine, de rencontrer la divinité dans l’expérience religieuse, de parler de l’inobjectivable dans un langage symbolique, d’avoir des rapports avec une transcendance, considérée à la fois comme absente et présente, lointaine et proche et ainsi de suite. Sur ces points la philosophie peut parvenir à des considérations susceptibles d’en montrer l’intérêt pour tous, même pour les non-croyants.



Finalement, entre le Dieu des philosophes et le Dieu de l’expérience religieuse maintiendra-t-on et fixera-t-on une totale opposition, en ajoutant seulement que la philosophie aussi — non l’objectivante mais l’herméneutique — quand elle parle de Dieu entend se référer, même si c’est indirectement, au Dieu religieux? Il y a peut-être une manière de dépasser l’opposition; il suffirait de pouvoir supprimer le caractère objectivant et la présomption rationaliste inhérente au concept philosophique de Dieu.
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Messagepar coriolan » 19 Nov 2008 21:34

Mon cher Arthur,
J'ai lu avec beucoup d'attention, après l'avoir imprimé, ton post ci-dessus. C'est bien compliqué.

Si l'on reste dans le domaine du monothéisme, il n'y a pas 2 sortes de "Dieu", celui des philosophes et celui des croyants, jusqu'à preuve du contraire il n'y a que celui des croyants.

Si, au hasard de ses recherches le philosophe rencontre Dieu, il ne PEUT plus le nier, il devient donc croyant. S'il ne le rencontre pas il en reste ignorant et ne peut parler que de celui dont les croyants lui parlent. Mais c'est toujours le même Dieu !

Je ne vois pas où tu veux en venir avec ces deux approches de deux dieux distincts... Le discours philosophique sur Dieu ne peut être tenu que par celui qui cherche, et il cherche sur les bases de la croyance de ceux qui ont la foi. En espérant peut-être, va savoir, que ses recherches déboucheront sur la foi des autres dont, tout compte fait, on peut être envieux ! :cry:
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Messagepar AZADKEHR » 19 Nov 2008 22:34

Coriolan a écrit:Si, au hasard de ses recherches le philosophe rencontre Dieu, il ne PEUT plus le nier, il devient donc croyant. S'il ne le rencontre pas il en reste ignorant et ne peut parler que de celui dont les croyants lui parlent. Mais c'est toujours le même Dieu !

Bien sûr que c'est le même Dieu ! le croyant tient une bougie allumée, le philosophe N°1 tient une bougie qu'il cherche à allumer,le philosophe N°2 cherche à atteindre la bougie du croyant !
Dernière édition par AZADKEHR le 06 Avr 2009 20:14, édité 2 fois.
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Messagepar coriolan » 20 Nov 2008 14:26

AZADKEHR a écrit: Peux-tu prétendre connaître , décrire tes voisins si tu ne les connais qu'au travers de chuchotements, de bruits divers que tu pourrais entendre à travers une cloison ?

Je suis assez d'accord avec toi, Arthur. Sauf que, pour le paragraphe que j'ai relevé ci-dessus, je peux parler de mes voisins au travers le compte-rendu que d'autres voisins plus proches que moi m'en font. Je peux parler du Dieu qu' "ON" m'a enseigné ; dont tu parles toi-même. Je ne me pose même pas la question de savoir par quel hasard tu es aussi savant, plus savant que moi, sur la question ! Mais je discute de ce dont tu dissertes. Me le reprochera-t-on ?
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