Une fille de Kabylie

Grands moments d'un instant...

Modérateur: Guardian

Une fille de Kabylie

Messagepar Aphrodite » 07 Avr 2008 11:21

Elle était native d’un village de Tizi-Ouzou. À l’obtention de son bac, ses parents mirent le holà à sa soif d’apprendre, il n’était pas question qu’elle les traîne dans la boue, en allant dans un internat.
Résignée, elle a préféré miser sur un mariage providentiel qui la sortirait de sa condition précaire.

La société kabyle arbore une émancipation feinte de la femme. En réalité, dans ces régions, elle est doublement exploitée, dans le sens où elle accomplit les travaux destinés aux mâles tout en conservant son statut de femme soumise. Évidemment le principal bénéficiaire de ce style d’ouverture est exclusivement l’homme.

Elle vaquait donc quotidiennement à des taches ingrates, sous le regard exigent de son père, suspicieux de son frère et surtout fuyant de sa mère.
Une nuit, sa chaire déjà assez éprouvée subit une autre épreuve, celle de sa consommation par son frère. Une main rugueuse sur sa bouche, un souffle saccadé contre son cou, une odeur fétide, une fouille hâtive, une prise furtive, même pas le temps d’une réaction.
Le lendemain, elle s’ouvrit les veines pour évacuer le diable, peine perdue, dieu était là.

Sa mère convoqua son oncle d’Alger, l’expédia parmi ses bagages de retour, pour préserver l’intégrité familiale.
Chez elle, le statut de la femme ne s’étoffe qu’à travers le nombre de mâles déployés dans la nature. Je parle bien de quantité. Exiger de sa mère le sacrifice de sa valeur absolue équivalait à une tentative de meurtre.
Une grande surprise l’attendait à Alger, la camisole de force, dans l’hôpital psychiatrique de Blida.
La famille a trouvé là une façon pratique de calmer la bête immonde qui menaçait de cracher ses épées de feu sur toute la famille et la déchiqueter, l’offrir en pâture.

De ce monde carcéral, elle retient la logique qui y régnait. Les fous se sont vite rendus compte que sa folie était ailleurs et l’évitèrent comme la peste. Ce qui attira l’attention d’un infirmier au grand cœur.
Mis au courant de l’histoire, il décida de l’aider à s’enfuir munie d’une modique somme d’argent, juste de quoi rejoindre une tante à Béjaïa.

Celle-ci ayant une dent contre sa mère, accepta de l’héberger.
Comble de malheur, son mari, un gros porc jeta son dévolu sur elle, franchit le pas, pourquoi pas, puisque même son frère l’a fait avec la bénédiction de sa famille. La seule différence est que cette fois ci, elle a attendu le diable, armée. Il n’était pas question qu’il la possède. Elle lui enfonça un cran d’arrêt sous la gorge. Il se mit à crier comme une femmelette, ce qui alerta sa femme.
Celle-ci rappliqua, scandalisée et au lieu de l’écouter l’accusa de porter le démon en elle et d’avoir possédé son si gentil et si raisonnable mari !

Elle se retrouva dehors, dénudée et le mal, infatigable lui mit le grappin dessus.

C’est l’histoire vraie d’une ancienne prostituée, atteinte du sida, dont j’ai recueilli le témoignage pour le compte d’un magazine féminin.
J’ai la version hard, crue, violente à la limite du supportable qui a été censurée par la directrice, pourtant une amie et celle-là, c’est la nickel, destinée aux familles.

La famille, une hérésie sociale, un ordre destiné à étouffer le désordre qui nous ronge, une sérénité feinte qui absorbe la folie sommeillant en nous jusqu’à nous transformer en une unité socialement acceptable, autrement dit, une loque humaine.

Entretemps, elle est morte, je fus la seule visite qu’elle reçût jusqu’au bout.
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Messagepar livrerose » 07 Avr 2008 12:24

il y a hélas trop de cas comme celui que tu nous conte chère Sighine!!........"la femme libre".....n'existe que sur 30% de la planète et encore.
toutes ces pratiques font que je suis contre l'entrée de certains pays dans l'Europe,car les droit de l'homme comme ils disent n'y sont respectés......................MAIS...........en définitif...........NON, je me trompe,...car de ce fait, des controles pourons se faire et permettrons peut-être ,a mettre fin a ce genre d'abus??????.............en tous cas nous devrons oeuvrer en ce sens :evil:
" c'est en profondeur seulement que les distances se raccourcissent"
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Re: Une fille de Kabylie

Messagepar charlestone » 07 Avr 2008 13:38

Sighine a écrit:C’est l’histoire vraie d’une ancienne prostituée, atteinte du sida, dont j’ai recueilli le témoignage pour le compte d’un magazine féminin.
Entretemps, elle est morte, je fus la seule visite qu’elle reçût jusqu’au bout.

Etouffé par cette émouvante histoire.
Malheureusement, beaucoup d'histoires de la sorte existe encore. Chez nous et ailleurs. C'est un phénomène sociologique qui a pris de l'ampleur depuis les 15 dernières années. Depuis les évènements qu'a connu notre pays. Je suis sans voix….
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Re: Une fille de Kabylie

Messagepar Aphrodite » 07 Avr 2008 15:32

charlestone a écrit:
Sighine a écrit:C’est l’histoire vraie d’une ancienne prostituée, atteinte du sida, dont j’ai recueilli le témoignage pour le compte d’un magazine féminin.
Entretemps, elle est morte, je fus la seule visite qu’elle reçût jusqu’au bout.

Etouffé par cette émouvante histoire.
Malheureusement, beaucoup d'histoires de la sorte existe encore. Chez nous et ailleurs. C'est un phénomène sociologique qui a pris de l'ampleur depuis les 15 dernières années. Depuis les évènements qu'a connu notre pays. Je suis sans voix….


Charly, tu es si sensible! je te découvre.
Tu sais, la fille voulait voir sa mère ne serait-ce qu'une fois avant de mourir, c'était son voeu le plus cher. Elle m'a indiquée à peu près l'endroit, un village niché au sommet d'une montagne en Grande Kabylie. J'ai été avec un médecin, Je l'ai fait en cachette des miens, parcequ'ils n'auraient jamais accepté que j'entreprenne une telle aventure. Après moult péripéties, on arrive et devine quoi, le frère violeur avec une longue barbe qui me dit :"Je n'ai pas de soeur, la personne dont tu me parles est une pouffiasse qu'on ne connaît pas" et la mère a acquiescé :cry:
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Re: Une fille de Kabylie

Messagepar charlestone » 07 Avr 2008 15:54

Sighine a écrit:Tu sais, la fille voulait voir sa mère ne serait-ce qu'une fois avant de mourir, c'était son voeu le plus cher. Avec une longue barbe qui me dit :"Je n'ai pas de soeur, la personne dont tu me parles est une pouffiasse qu'on ne connaît pas" et la mère a acquiescé :cry:

Aie Aie Aie...........Mon Dieu!
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Re: Une fille de Kabylie

Messagepar livrerose » 07 Avr 2008 19:19

charlestone a écrit:
Sighine a écrit:Tu sais, la fille voulait voir sa mère ne serait-ce qu'une fois avant de mourir, c'était son voeu le plus cher. Avec une longue barbe qui me dit :"Je n'ai pas de soeur, la personne dont tu me parles est une pouffiasse qu'on ne connaît pas" et la mère a acquiescé :cry:

Aie Aie Aie...........Mon Dieu!

chez ceux-la , il n'était pas très présent le Dieu????? :wink:
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Re: Une fille de Kabylie

Messagepar charlestone » 07 Avr 2008 19:32

livrerose a écrit:
charlestone a écrit:
Sighine a écrit:Tu sais, la fille voulait voir sa mère ne serait-ce qu'une fois avant de mourir, c'était son voeu le plus cher. Avec une longue barbe qui me dit :"Je n'ai pas de soeur, la personne dont tu me parles est une pouffiasse qu'on ne connaît pas" et la mère a acquiescé :cry:

Aie Aie Aie...........Mon Dieu!

chez ceux-la , il n'était pas très présent le Dieu????? :wink:

He ben oui, je te le fais pas dire Chere Rose.
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Marguerite Taos Amrouche

Messagepar charlestone » 22 Avr 2008 16:53

A l'occasion du 30ième anniversaire du décés de Marguerite Taos Amrouche le 2 avril 1976, je vous presente une grande dame Amazighe, sa vie et son oeuvre. C'était une ambassadrice de la culture kabyle:

Taos est la descendante d’une longue lignée de femmes combattantes. Elle est la fille de Fadhma Aït Mansour, fille de Aïni Aïth Laarbi-ou-Saïd. Fadhma est une enfant de l’amour, mais elle est vue par la société comme l’enfant de la honte.
Née hors mariage, elle n’est pas reconnue par son père. Aïni doit affronter seule la pression de la société en cette fin du 19e et les difficultés de la vie pour élever sa fille. Elle confie Fadhma aux Sœurs-Blanches des Ouadhias puis à l’école laïque de Taddert-ou-Fella près de Fort National. Lorsque cette école ferme ses portes, Fadhma retourne à son village natal. Elle apprend à carder la laine, faire la cuisine, le tissage et la poterie. Elle s’initie au chant en écoutant sa mère. A seize ans, elle repart pour travailler à l’hôpital chez les chrétiens où, une fois de plus, elle est montrée du doigt, "elle vient de la laïque". Dans cette situation, le combat et la résistance pour vivre, hérités de sa mère, l’empêchent de sombrer dans le désespoir. A l’âge de dix-huit ans, elle se marie avec Belkacem Amrouche. Il est originaire d’Ighil-Ali. Lui aussi est élevé par les Pères Blancs. Il a été déjà fiancé dans son village. A son tour, il défie l’interdit familial, nouvelle transgression, que Fadhma devra assumer à nouveau. Le couple vivra en dehors du village puis émigrera à Tunis. La famille Amrouche déménagera onze fois en l’espace de quelques années.
charlestone
 

Marguerite Taors Amrouche ( suite)

Messagepar charlestone » 22 Avr 2008 17:19

C’est loin de la terre de ses ancêtres, à Tunis, que Marie-Louise Taos va naître, le 4 mars 1913. Elle grandit partagée entre le souvenir d’un pays abandonné - vécu par ses parents - et la réalité de la terre d’accueil. La famille Amrouche, bien que naturalisée française, éprouvera toujours des difficultés d’intégration. Taos écrira dans son autobiographie : "J’ai toujours eu le sentiment d’être restée Kabyle." Et d’ajouter : "Jamais, malgré les quarante ans que j’ai passés en Tunisie, malgré mon instruction française, jamais je n’ai pu me lier intimement ni avec les Français ni avec les Arabes." Cette dualité apparaît même dans les prénoms des enfants Amrouche. Ils portent tous deux prénoms, l’un catholique et l’autre berbère. Ils sont porteurs de deux cultures (Marie-Louise Taos, Jean El Mouhoub, Henri Achour…). Cette justaposition des prénoms reflète l’envie de cette famille de concilier deux univers contradictoires du Maghrébin et de l’Européen, ce qui est très difficile.
Dans un de ses romans (Au dos de solitude), Taos relate les difficultés à vivre cette duplicité culturelle : "La fatalité qui me poursuit, je sais aujourd’hui qu’elle est le lot de tous les déracinés à qui on demande de faire un bond de plusieurs siècles. Ignorante, poussant au gré du souffle rude de nos montagnes, mon destin eût été celui de notre tribu, issue d’une orgueilleuse famille. Ni Racine, ni Mozart ne m’eussent manqué. C’est la civilisation qui a fait de moi cet être hybride. Pourquoi faut-il que le flambeau qu’on se flatte de porter aux populations primitives provoque des déchirements et rend inaptes au bonheur tous ceux qui me ressemblent ?" Ce questionnement est la principale problématique de l’ère post-coloniale. Il englobe les discours de tous les exilés à travers le monde. C’est de leur mère Fadhma que Marie-Louise et Jean El Mouhoub hériteront le vaste répertoire de chants traditionnels et rituels berbères : chants liés aux travaux de la terre ou aux grands événements de la vie.
charlestone
 

Marguerite Taos Amrouche ( suite et fin)

Messagepar charlestone » 22 Avr 2008 17:33

Son parcours artistique et ses succes.

Peu à peu, Taos interprète un de ces chants en public. En 1937, à Paris, elle monte son premier répertoire. En 1939, elle se rend au congrès de la musique marocaine de Fès où, pour la première fois, elle présente quelques chants rituels berbères du Djurdjura. Remarquée à cette occasion par Maurice Legendre, directeur de la Casa Velasquez de Madrid, il lui propose de rejoindre cette institution et elle accepte. De 1940 à 1942, elle fait des recherches pour trouver les liens entre le chant berbère et le Cante Jondo* et en même temps, elle apprend la langue espagnole. Ainsi, Taos Amrouche interpréta des chants espagnols avec la complicité de la musicologue Yvette Grimaud qui les transcrira.
C’est au cours de son séjour en Espagne qu’elle rencontre le peintre André Bourdil avec qui elle se mariera. Le couple s’installe un temps à Tunis avant de partir pour Alger. En 1945, ils s’installent définitivement en France et, rapidement, Taos sera reconnue par les milieux artistiques comme la spécialiste des chants berbères. L’écrivain Jean Giono dira de ces chants qu’ils sont " l’expression même de la passion et du pathétique d’une race à son origine ". Ainsi, à partir de 1950, elle travaille à la radio (RTF-ORTF) et commence à animer des chroniques littéraires en langue kabyle sous la référence "Chants sauvés de l’oubli - Monodies berbères de Marguerite Taos". Reconnue comme ambassadrice de la culture kabyle, elle se rend à de nombreux colloques et manifestations berberes.
Enregistrement et succès
Son premier album Florilège de chants berbères de Kabylie est enregistré en 1966 et obtiendra le grand prix de l’Académie du disque français. Deux ans plus tard, paraît le recueil Chants de procession - Méditations et danses berbères. En 1969, Taos chante trois chants berbères dans Remparts d’argile, le film franco-algérien de Jean-Louis Bertucelli. Sélectionné par la Semaine de la critique au Festival de Cannes, ce film a connu un immense succès. En décembre 1971, Taos donne cinq concerts au Théâtre de la Ville (Paris). Cette même année, Arion lui propose d’enregistrer Chants de l’Atlas - Traditions millénaires des Berbères d’Algérie, le premier de la collection des cinq albums. Elle donne son dernier concert le 14 juin 1975. Taos Amrouche décédera le 2 avril 1976 dans le village de Saint-Michel. C’est là qu’elle sera enterrée, loin de la terre de ses ancêtres.

Le cante jondo, signifiant littéralement « chant profond » en espagnol, est un type de chant flamenco, qui désigne les chants les plus profonds et les plus tragiques. Les textes sont le plus souvent très dramatiques et l'interprétation très expressive.
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Messagepar dombom » 22 Avr 2008 18:10

( Tu m'as donné envie d'en savoir plus sur elle, charlestone.)

"Qu'on aimerait suivre les âmes
Au pays où elles s'enfuient.
Je marcherais la nuit, le jour,
Et les cieux je parcourrais
Pour voir les bien-aimés
Qui m'ont laissée le coeur blessé.
.
Qui voudrait m'accompagner
Au pays où se trouve les âmes ?
Nous irions à leur recherche
Et, nous mêlant aux oiseaux,
Nous nous élèverions en plein ciel
Vers mes enfants bien-aimés.
.
Qu'on aimerait suivre les âmes
Au pays où elle s'enfuient.
J'irai à travers les cieux,
Cheminant avec les étoiles,
A la rencontre des bien-aimés
Par qui mon coeur est endeuillé."
.
.
Taos Amrouche
Le grain magique
Contes, poèmes
et proverbes berbères de Kabylie.
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ASSIA DJEBAR

Messagepar charlestone » 27 Avr 2008 22:06

Assia DJEBAR de son vrai nom Fatima-Zohra IMALAYENE est née à Cherchell le 4 août 1936. Son père était un instituteur et ancien élève de l'Ecole Normale de Bouzaréa avec Mouloud Feraoun (l'écrivain, tué pas l'OAS). Elle fait des études en Algérie jusqu'à Propédeutique (la première année d'études supérieures) à la fac d'Alger 1953-54. Elle rejoint le lycée Fénelon (Khâgne à Paris) en 1954. En 1955 elle est admise à l'ENS de Sèvres. Suite à l'appel à la grève des étudiants Algériens en 1956, elle arrête ses études.
Elle se marie en 1958.
Journalisme à El Moudjahid à Tunis.
Elle obtient son D.E.S. en Histoire 1959 et, devient assistante à l'Université de Rabat. Elle enseigne à l' Université d'Alger à l'indépendance. Elle était très active au Centre Culturel Algérien à Paris. Actuellement, elle enseigne dans une université américaine.
Ses distinctions
Prix de la critique internationale à Venise en 1979 pour "La Nouba des femmes du mont Chenoua" (Film).
Prix Maurice Maeterlinck (Bruxelles), 1995.
International Literary Neustadt Prize (USA), 1996.
Prix international de Palmi (Italie), 1998.
Elue à l'Académie française le 16 juin 2005.
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Ferhat ABBAS, un homme un écrivain, un anniversaire.....

Messagepar charlestone » 16 Mai 2008 17:54

Naissance et jeunesse
Ferhat Abbès naquit le 24 mai 1899 à Taher (Jijel) au sein d'une famille rurale. Il effectua ses études primaires à Taher, ses études secondaires à Jijel et Skikda puis se rendit à Alger afin de poursuivre ses études universitaires qu'il acheva avec un diplôme supérieur en pharmacie.
En 1932, il ouvrit une pharmacie à Sétif.
Son militantisme avant la Révolution
Il est considéré comme faisant partie de l'élite intellectuelle occidentalisée et pour cela fut l'un des tenants de la politique de l'assimilation. En 1924, il créa l'Association des étudiants musulmans de l'université d'Alger qu'il présida jusqu'en 1932 et fut également élu président de l'Association des étudiants musulmans d'Afrique du Nord de 1927 à 1931.
Il rejoignit la Fédération des députés musulmans algériens fondée par le Docteur Ben Jelloul en 1930. Son objectif était de faire de l'Algérie une circonscription française, chose qu'il exprima clairement en 1936 lorsqu'il déclara : "Si j'avais découvert une nation algérienne, je serai nationaliste et je n'aurai pas honte de mon crime; Mais je ne mourrai pas pour la nation algérienne car cette nation n'existe pas; je l'ai cherchée à travers l'Histoire sans la trouver; j'ai interrogé les vivants et les morts et j'ai visité les cimetières mais en vain…"
Durant la deuxième guerre mondiale, il se porta volontaire pour le service militaire. Le 22 décembre 1942, Ferhat Abbès rédigea une lettre adressée aux autorités françaises et aux alliés leur demandant d'introduire des réformes radicales dans la situation générale vécue par le peuple algérien. Il demanda la tenue d'un congrès regroupant toutes les organisations pour l'élaboration d'une nouvelle constitution algérienne au sein d'une union française. Mais n'ayant pas reçu de réponse à ses revendications, Ferhat Abbès publia en février 1943 le Manifeste du Peuple Algérien qu'il présenta au Gouverneur Général et dans lequel il dénonçait le Code de l'indigénat.
En mars 1944, il créa "Les Amis du Manifeste et de la Liberté" qui avait pour objectif de faire la propagande pour le concept de Nation Algérienne.
Après les massacres du 8 mai 1945, son parti fut dissous et il fut arrêté. Il ne fut libéré qu'en 1946 après la proclamation de la loi d'amnistie générale des prisonniers politiques.
Après cela, il créa le Parti de l'Union Démocratique pour le Manifeste et publia un appel dans lequel il dénonçait violemment les massacres horribles commis par les Français le 8 mai 1945 et exprimait les principes de son parti qu'il résumait comme suit: "Constitution d'un état algérien indépendant au sein de l'union française"
Son militantisme durant la Révolution
En Avril 1956, Ferhat Abbès prononça la dissolution de son parti et rejoignit les rangs du Front de Libération Nationale au Caire. Après le Congrès de la Soummam, il fut désigné membre du Conseil National de la Révolution Algérienne. Il dirigea la délégation algérienne au Congrès de Tanger qui s'est tenu du 27 au 30 avril 1958 et fut ensuite désigné Président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (19 septembre 1958 - août 1961). En 1960, il effectua une visite à Pékin et Moscou.
Il mourut le 23 décembre 1985.
Il écrivit plusieurs ouvrages que je relaterais sur la rubrique "Littérature"
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Sur les traces d'Aphrodite...

Messagepar DD » 26 Nov 2009 00:50

Six heures du matin, bord de mer à Bejaïa...
Le soleil se lève sur la mer, à la limite du point de jonction avec la cote. Il fait un petit peu frais, mais la journée s'annonce toride. Aujourd'hui, j'ai décidé de partir sur les traces d'Aphrodite, de sa Kabylie natale, de la pénétrer au coeur. La Kabylie ? Aphrodite ? A vous de choisir... Ou les deux... Un dernier coup d'oeil sur la carte. Par ou rejoindre Setif ? Vais-je prendre la N9 ou la N75 ? La N9 semble ètre la plus directe, mais on m'a parlé de gorges magnifiques sur cette route. J'ai envie de garder le meilleur pour la fin. La N75 par contre est une route de montagne. L'hésitation est brève. Il fera plus frais en altitude. Adjugé pour la N75 !
C’est à Amizour que commence l’ascension. La route abandonne le lit de l’oued. Et çà grimpe sec ! La route monte à l'assaut des montagnes, 400 mètres, 600, 800... Finalement la majeure partie de l'aller se fera à une altitude navigant entre 1000 et 1200 mètres. Il fait beau, le soleil brille, le ciel est pur d'un bleu sans nuages, et l'altitude aidant, il ne fait pas trop chaud. Quoique... vive l'air conditionné ! Les villages succèdent aux villages : Barbacha, Tizi Inevgiwen. Parfois des nappes de brumes incongrues accrochent des sommets. Il fait vert sur les montagnes ? Encore une idée reçue qui s’envole ! A Kedira, je franchis la cote 1000 mètres. Je suis troublé. La similitude de paysages avec certains plateaux brulés de soleil de mon Ardèche est étonnante. Mais les arbres sont plus rares, les teintes ocres. Quelque chose est en train de changer.
Je fais un arrêt à la mosquée Tala Ifassen, une toute petite mosquée perdue dans un vallon avec juste une dizaine de maisons autour. Une bâtisse de taille réduite, toute blanche décorée de frises turquoises, si loin de l’idée que l’on se fait des grandes mosquées … et d’une certaine façon si proche de nos églises de village. J’en profite pour escalader un piton voisin à 1200 mètres d’altitude. La végétation est rare, les montagnes sèches… a perte de vue. Enfin quelque chose qui correspond à mes aprioris ! Je ne pouvais pas avoir tout faux quand même ! Par comparaison, la mosquée d’Ain Roua est imposante, étonnante avec ce minaret avec des colonnes accolées. Mais j’y retrouve les mêmes teintes blanc et turquoise. Je continue ma route, et presque par surprise, j’arrive à Setif
Setif.... Je n'aurai pas trop de temps pour visiter la ville. Je ne la connais évidement pas, et n'ai pas vraiment envie de m'encombrer d'un guide. En plus je sens que je détonne dans le décor, je dois sentir le touriste par toutes mes pores. Je suis presque triste, je me rend compte que je ne pourrai pas en aussi peu de temps m'imprégner de l'atmosphère de la Kabylie. Alors je vais respectueusement rester simple spectateur, je vais me contenter d'admirer discrètement, sans déranger personne. Un tour au parc d’attraction, un coup d’œil médusé sur cette immense fleurs de lotus sur l’avenue Jean Jaurés, à moins qu’il ne s’agisse d’un palmier stylisé ? Soupir de résignation. Il a bien trop a voir, et mon temps bien trop limité…
...........................................
Direction Bejaïa par la N9. Je quitte Setif par Chikh el Aifa. La route est presque une autoroute, mais çà va changer… La route commence a descendre.
Le barage de Kherrata est un ouvrage assez imposant, mais le manque d'eau se fait sentir. Une bonne partie de la retenue est à sec. Il y a encore pas mal d'eau, mais vivement les pluies. Dire qu'en Provence on se plaint de la sècheresse ! Certains devraient faire un stage ici, ils raleraient moins...
Décidément, on ne m'avait pas menti à propos des gorges de Chabet el akra, à la sortie de Kherrata ! Sensation étrange pour l'européen ignorant que je suis. Je m'attendais à des chaos rocheux, pelé, désertique, et je me retrouve dans une gorge verdoyante d'ou l'eau n'est pas absente ??? Encore une idée reçue qui s'envole ! J'ai même l'étrange impression de me trouver dans une de mes vallées provençale ! Pour un rien je me croirais au bord de l'Ardèche, ou de la Drome du coté de Die, étrange sensation. D'accord l'oued Agrioun n'est pas le Rhone, il faut même bien regarder pour découvrir le filet d'eau qui court de bassins en bassins au milieu des galets. Et moi qui m'imaginais me retrouver dans le Sahara !
Je passe sur un nouveau pont, baptisé "pont du 8 mai 1945". J'en ai des frissons. On m'a raconté à Setif des histoires horribles sur cet endroit. Il parait que c'est de ce pont qu'on jetait les Kabyles qui avaient eu le tort de manifester le 8 mai 1945... Combien de personnes ont péri ici ? Si çà se trouve les restes de certains... Je préfère ne pas aller vérifier. Il y a des fantomes ici, je le sens. Mais je n'ai pu m'empécher de m'y arréter, de le parcourir à pied... et de laisser aller dans le courant une fleur que j'ai ramassé un peu avant.............
Et je tombe carrément des nues en découvrant les cascades de Kafrida des chutes d'eau de trente, quarante mètres tombant dans des bassins d'eau claire ou ma foi il y a foule ! J'hésite un peu, mais je ne résiste pas à rejoindre les baigneurs. Quel délice ! On me regarde un peu comme une bète curieuse. Puis une ou deux questions, oui je suis Français, puis.... Je ne sais pas trés bien comment je me suis retrouvé devant un thé à la menthe. C'est tout juste si je n'ai pas été invité à partager un coucous le soir ! Mais hélas mon emploi du temps est serré. Regrets... Vivement la retraite !

C'est à Souk el Tenine que je retrouve la Mediterranée. Déjà ? Je suis presque déçu................... Je longe le bord de mer. Un petit plouf au cap Aokas. Je suis de retour à la civilisation, Bejaïa est en vue, avec la montagne de Yema Gouraïa en arrière-plan. J'ai envie de prolonger un peu. Alors je pousse jusqu'au cap Carbon, je longe les Aiguades. Et je m'arrète au cap, Bejaïa à l'est, pendant que le soleil se couche à l'Ouest. Non, je n'ai pas trouvé Aphrodite. Mais je sens que je l'ai manquée de peu. Comment aurait-il pu en ètre autrement ? Tout est tellement immense ! Je suis à la fois triste est comblé. Qu'il est beau ton pays Aphrodite, et tu peux etre fière d'ètre sa fille ! Continue à l'aimer, à chanter ses louanges et le protéger ! Demain, je serai de retour à Alger ou m'attend un avion pour Marseille. Mais je reviendrai, fière fille de Kabylie, je reviendrai, promis...
:)
Ni bombes, ni roquettes. Foutez VOUS la paix !
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Re: Une fille de Kabylie

Messagepar Aphrodite » 26 Nov 2009 12:02

Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh :!:
Je suis si :o et submergée par plein d'émotions :!:
Peut-on être si :D et :cry: :?:
C'est mon cas :!:
Merci DD pour ce présent qui scelle plus que jamais mon présent à mon passé, mais entrebâille le meilleur des futurs :wink:
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Re: Une fille de Kabylie

Messagepar coriolan » 30 Nov 2009 15:43

Quel poête, ce DD ! Il y avait bien longtemps qu'il ne nous avait pas charmés avec de si jolies histoires ! :D
"Quand la prudence est partout, le courage n’est nulle part." (Désiré Joseph Mercier)
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