Cinq heures à Grand Bassam !

Grands moments d'un instant...

Modérateur: Guardian

Cinq heures à Grand Bassam !

Messagepar coriolan » 19 Jan 2008 17:06

Avec les mêmes que précédemment (loin des clichés de la Côte d'Ivoire), un certain 25 décembre 1995 -

14 heures : on décide d'aller à Grand Bassam, à environ 40 km. On prend deux taxis pour se rendre sur une place où l'on trouvera des taxis-brousses. La course à deux taxis est épique! Le cinéma dynamique du Futuroscope fait pâle figure à côté. Gymkhana dans les rues et arrivée spectaculaire sur la place. Claudil pense que son coeur ne résistera pas! Il résiste cependant!

de 15 heures à 18 heures : Visite de Grand Bassam, l'ancien quartier colonial est en ruines. Ce sont leurs ruines romaines ; on a les ruines qu'on peut ! Au lieu d'habiter et d'entretenir les constructions européennes, les Africains ont bâti des cases à côté et laissent les restes d'anciennes splendeurs à l'abandon. Toutefois, certaines grandes pièces de rez-de-chaussée sont aménagées en hall d'exposition : masques, colifichets, awalés (jeu typiquement africain), etc. pour les rares touristes. Souvenirs, souvenirs...

anecdote : Visitant Grand Bassam, nous tombons en arrêt devant une statue représentant une femme portant un bouquet de fleurs, tandis qu'à ses pieds gît le corps d'un homme.

Notre chauffeur de taxi nous renseigne : C'est un homme qui, malade, envoie sa femme chercher dans les champs des plantes médicinales pour le guérir. La femme va cueillir les plantes propres à soigner son mari puis, rentrant à la case, le trouve mort.
Le récit est confirmé par un tiers présent à l'entretien.

Stupéfaits qu'on puisse immortaliser dans la pierre un fait divers aussi banal, nous nous approchons de l'oeuvre dont le profil féminin, bien loin d'être de type africain, évoque en nous quelque chose d'indéfini.

Aux pieds du gisant, nous pouvons lire : La France reconnaissante envers ses valeureux soldats tombés pour la Liberté.

La femme en quête de produits pharmaceutiques n'était autre que Mariane, et son bouquet une gerbe!

Après avoir bien ri de la méprise, nous en avons fait part à nos deux Africains qui, dubitatifs, ne nous ont pas crus.

Les faits ont beau être têtus comme disait Fleuriot, les légendes ont la peau dure!


Parmi les ruines, nous avons la surprise de découvrir une église non seulement en bon état mais décorée à l'occasion des fêtes de Noël et visiblement très fréquentée, si l'on en juge par les bancs qui sont alignés au dehors. Nous visitons l'intérieur soigneusement entretenu, et qui contraste curieusement avec les autres monuments que nous avons pu voir. Un jeune Noir accompagne Claudil et lui montre la crêche qu'il commente pour montrer qu'il connaît bien son histoire sainte. C'est trés émouvant. Claudil a-t-il rompu ce charme?

Dialogue avec l'enfant noir :

- Claudil (feignant la surprise) : Mais... Jésus est blanc ?
- L'enfant noir : Bien sûr. Jésus est un Blanc.
- Claudil : Jésus n'est pas un Blanc, il est d'abord un Dieu ! En Europe il est peut-être blanc, mais en Asie il est jaune, et en Afrique il est noir!
- L'enfant noir : On ne peut pas être de plusieurs couleurs!
- Claudil : Quand on est le fils de Dieu, certainement que si! Dieu se joue des réalités humaines. (puis il ajoute, tout bas) Tu diras à ton curé que tant que le petit Jésus sera blanc ici, la Côte d'Ivoire restera une colonie française!


Vu la ténacité des légendes, si cette anecdote pernicieuse se répète, elle n'a pas fini de faire parler d'elle! A suivre...Pour la plus grande gloire du vrai dieu!


18 heures : Sur la place publique, à la sortie de Grand Bassam, recherche d'un taxi pour rentrer. La nuit va tomber. La premier taxi trouvé nous demande 4000 f, le double de ce qu'avait pris son collègue à l'aller. Jacky le traite de voleur et refuse. Nous en faisons une question de principe, et ne réalisons pas que 4000 f.CFA font 40 FF. et qu'à 5 personnes, ça fait 8 F. par personne! On continue à chercher, et nous ne trouvons plus de taxis disponibles... La nuit commence à tomber. Un autre taxi se présente : c'est 10000 f.! Ils se sont donné le mot! On accepte mais le conducteur à une sale gueule, il rouspète. Jacky se sent pris d'une crise de claustrophobie! Et merde!! On redescend. Il fait de plus en plus sombre...Ca grouille autour de nous. Bruits et odeurs chers à Chirac! On décide de prendre les transports en commun car nous ne pouvons plus attendre. Un bus est annoncé dans quelques minutes. On prend les billets et on attend...un quart d'heure au moins. L'angoisse! Jacky et Claudil en ont marre. Les femmes, inconscientes du danger, ça les amuse. On se fait rembourser nos billets en apercevant un dernier taxi qui accepte de nous prendre pour un prix raisonnable. Il aurait demandé 20000 f., qu'on aurait accepté... Le sang lourdement chargé d'adrénaline nous nous engouffrons dans la voiture qui recommence le rodéo coutumier des Abidjanais.

le sida vaincu : La Côte d'Ivoire est le pays le plus touché au monde par le sida. Conscients des problèmes qu'engendre la terrible épidémie, les autorités sensibilisent la population par tous les moyens dont elles disposent. C'est ainsi que sur la grande place publique dont nous venons de parler, la place de l'angoisse, nous avons pu lire, écrit en grandes et grosses lettres blanches afin que nul ne l'ignore : Lavez-vous avec de l'eau de javel pour vaincre le sida! Comme disait ma grand-mère Denise : y'a rien de tel pour tout désinfecter!
Fallait y penser, professeur Montagnier!

19 heures : Arrivée à notre hôtel du Palm Beach et dégustation bien méritée de flag et d'awa au bord de la piscine.

Hé ! oui ! Il y a des jours, comme ça...
La chance est l'alibi des incapables.
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