"Le wagon de l'angoisse"

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Modérateur: Guardian

"Le wagon de l'angoisse"

Messagepar Brumes » 11 Déc 2007 04:20

Eté 1942 !

La France était occupée et il fallait se soumettre au dictat des Allemands. L'Etat Français avait obtenu des aussweis (laissez-passer) pour les étudiants qui avaient leur proches parents en zone occupée.

J'étais à Toulouse à l'époque et mon père vivait à Bayonne (zone interdite pour laquelle je n'avais pas d'autorisation. Mon père avait fait une doimciliation à Bordeaux, faux documents bien entendu)

Etant lycéenne j'avais pu faire partie du voyage. Nous devions être une trentaine entre 14 et 18 ans. Je ne raconte pas toutes les péripéties du voyage -drôles et moins drôles- mais voici celle qui m'a le plus marquée.

Sur le chemin du retour. Nous avions quitté Bordeaux vers 7 heures du matin et avons fait un arrêt à Langon qui délimitait la zone soi-disant libre de la zone occupée, là il se produisit un incident, dont j'ignore encore toutes les conséquences.

On nous invite à descendre du wagon qui nous est réservé pour passer un contrôle policier. Sous bonne escorte, dans une gare investie par les soldats de la wermacht, nous sommes conduits devant un local où nous pénétrons les uns après les autres.

Il était formellement interdit de transporter du courrier, la censure étant omniprésente. J'avais une lettre de ma Tante "Dary" qui se trouvait à l'époque à Paris (zone occupée) et avait donc pu écrire à Bdx (zone occupée également). Elle était insignifiante, mais je fus néanmoins "invitée" à m'asseoir sur un banc à côté de 3 autres étudiants dans le même cas.

Pendant ce temps des soldats fouillaient les wagons et dans le nôtre ils trouvèrent une lettre cachée entre le dossier et la paroi du compartiment. Cette missive était virulente, parlant de sale boche etc. Faut-il être bête pour remettre à un adolescent une telle bombe dans ces circonstances ?

Nous avons vu les autres wagons partir et nous sommes restés sur ce quai de gare, tous des gamins, au milieu de soldats dix fois plus nombreux mitraillettes au poing. Les ordres en allemand, hurlés pour nous impressionner -et ils n'avaient pas de mal- Mis en rangs, comptés, recomptés.. ein, zwei... séparés, groupés... pendant des heures.

On finit par nous faire remonter un par un dans le wagon garé dans un coin, en plein soleil. Je fus une des dernières, avec mes autres compagnons "de banc". Sentinelles armées devant les portes (il y avait des compartiments et non des wagons d'un seul tenant) Sur le quai nous avons vu un jeune homme 15/16 ans menotté, bien encadré, le visage en larmes, qu'on laissa là, exposé, jusqu'au départ de notre wagon tiré par un train de marchandise...

C'était un instituteur qui avait écris et donné cette lettre !!!

Nous sommes arrivés fort tard en gare de Toulouse -juste avant le couvre-feu- Les parents étaient sans nouvelles depuis des heures.

Quelques jours plus tard, je vis la soeur du jeune homme avec une amie, mais je n'ai pas osé l'accoster, même voyage mais nous ne nous connaissions pas. Je l'ai toujours regretté.

Qu'est-il arrivé au jeune homme? l'instituteur a sûrement été arrêté ? L'angoisse de cette journée est toujours restée en mémoire, comme si c'était le mois dernier !

Que serait-il arrivé s'ils n'avaient pas trouvé le "coupable" ? Je préfère ne pas y penser.
Brumes
 

Messagepar DD » 19 Déc 2007 08:30

Ca fait froid dans le dos ton histoire Brumes. Je crois en effet qu'il vaut mieux que tu ignores ce qui a pu arriver à ce garçon. Comme çà tu peux imaginer une fin plus ou moins heureuse. Ou du moins, tu peux l'espérer.
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