Balade en Ardèche

Grands moments d'un instant...

Modérateur: Guardian

Balade en Ardèche

Messagepar coriolan » 28 Oct 2007 16:04

Bravo DD ! Tu viens de lancer le sujet, je le prends en marche avec retard, excuse-moi ! Mais j'ai eu des pb de liaisons forum/boîte mails, donc je n'ai pas pu suivre les échanges !

Je recopie texto ta balade en Ardèche et tant pis pour les commentaires ! Ces dames t'ont encensé tant et plus ! Moi itou ! T'es un mec bien DD, on t'aime ! Enfin... moi, un peu moins qu'elles ! mais quand même !

Hé ! les filles, pour le titre du forum, j'ai fait au mieux !
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(envoi original) Posté le: Lun Oct 22, 2007 9:41 pm Sujet du message: Balade en Ardèche -auteur DD ! Oui, le nôtre !

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Vous avez dix minutes ? Alors, comme j'ai la chance d'habiter une entre autre de nos belles régions, j'ai envie de vous faire partager ma première descente des gorges de la rivière qui a donné son nom au département. C'est du vécu intégral.
Et si çà vous donne des envies, sachez que je me ferai un plaisir de vous y piloter le cas échéant. Bonne lecture.
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Balade en Ardéche

Disons le tout net, on a franchement l’air ridicule. La voiture a été garée dans une prairie à proximité. Elle y attendra sagement notre retour. Puis on est passé à la caisse, préalable désagréable mais indispensable à la journée. Puis on nous a donné un gilet rembourré, obligatoire, qui parait-il nous permettra de flotter sans grace mais nous évitera de couler en beauté. L’esthétique par contre... Ensuite on nous a collé une longue tige en ferraille flanquée à chaque bout de deux pelles à tarte. Parait qu’on appelle çà un pagaie (ris donc, çà meuble, ah, ah...). Enfin, on nous a donné un bidon, censé ètre hermétique pour transporter toutes nos petites affaires personelles. D’habitude, j’ai plutot un sac à dos mais dans la marine ils font rien comme des terriens, alors...

Bon ! Passons en revue le matèriel conformément aux consignes : j’ai bien mis un vieux tee-shirt, le maillot sous le short, des vieilles pompes. Les papiers sont dans le bidon avec la crème contre les coups de soleil et les clefs de la voiture. J’y ai rajouté le casse-croute de midi : pizza, saucisson, pain, paté, un couteau, le tire bouchon, l’eau, le rosé et la bouteille de punch... On est paré !

Bizarrerie : on commence par une balade en car à travers le plateau Ardéchois. Une demie-heure de route, le temps de gamberger en se demandant dans quelle galère on s’est embarqué. Certains roupillent. Patrick chante son répertoire de chansons paillardes. On forme les équipages (non, pas lui ! Bon, ok, mais je monte devant). On s’occupe comme on peut.

On arrive au bord de la rivière juste aprés Vallon, en amont des gorges. Récupération du matériel (bidons, pagaies, gilets). Derniere précaution : le short est mis dans le bidon entre le punch et la pizza, et les fragiles se passent la crème contre les coups de soleil. Pendant ce temps, le chauffeur du car a sorti et distribué les canots et maintenant à nous de jouer !

Première constation : ce tas de plastique pèse une tonne ! Et on se demande avec angoisse comment on va s’en tirer lorsqu’il sera avec de l’eau jusqu’au plat bord. Le temps de fixer solidement le bidon avec les sangles qui vont bien, et qui alourdissent encore le bestiau...Bref, à deux on parvient à le porter, trainer pour certains jusqu’au bord de l’eau.

Deuxième constation, on va se mouiller. Et puis c’est là qu’on voit l’utilité des vieux tennis parce que le fond de la rivière, ben c’est pas du sable fin... Les habitués rentrent franchement dans l’eau jusqu’au genoux et sautent dans le canot. Trois coups de rame et hop ! Ils ont déjà disparu .

Ca a l’air facile... Alors allons y. On assure soigneusement le gilet en évitant de se coincer les... enfin, les choses là, entre les jambes, à cause des sangles. On rentre dans l’eau en trébuchant, on tire le canot qui bien entendu manque de se tirer tout seul. On le ratrappe de justesse en trébuchant à nouveau et on s’installe avec précaution en veillant à ne pas (déjà !) chavirer.

Surprise : tout se calme brusquement. On ne trébuche plus, le canot ne pèse plus rien, un doux balancement a remplacé toutes sentations, le paysage se met à bouger. Ah tiens : on dérive. Il est temps de se servir des pelles à tarte.

Qu’est-ce qui se passe ? Un choc violent ! Un bruit assourdissant ! Le canot qui se cabre, qui se penche violement ! Glub ! Une fraction de seconde je me trouve nez à museau avec un poisson ? Je n’ai pas le temps de réaliser que l’instinct de survie et le gilet ont fait leur effet. Je flotte tète hors de l’eau, et déjà je touche le fond du pied. C’était quoi, un alligator ? Ah ben non, c’est l’autre crétin qui a décidé de nous mettre dans le bain. Première bataille navale de la journée. C’est vrai que les gilets sont efficaces. En attendant, on tire le canot, bien lourd vers la berge, on le vide et on se remet en place en jurant d’avoir notre revanche.

Allons-y ! Une vigoureuse poussée à droite, puis à gauche, facile ! Eh merde... mais il va pas droit cet engin ??? Quelques secondes suffisent à se mettre en vrac et à perdre complètement le controle du canot. Il fait ce qu’il veut, on bataille comme des fous pour conserver la trajectoire et on se retrouve dans les branches basses. Mince ! 32 kilomètres comme çà, çà va ètre infernal ! J’veux descendre...

32 km ? Là je me rapelle certaines phrases des vétérans. On part pour cinq à six heures de rame. Celui qui part comme un fou, il meurt. Il faut gérer l’effort. Bon exécution : allons y à petits coups de rame pour économiser le bonhomme. Surprise ? Cette fois le canot accélère progressivement et file droit. Trés vite, la rive défile à bonne vitesse. Et je me rapelle une autre phrase : il faut accompagner le canot et pas se battre avec lui ; un p’tit coup à droite, un p’tit coup à gauche. Une fois lancé, il file droit. Les grands coups de rame sont réservés au changements de direction. Pétard, çà marche ! Et tout guilleret on se prépare au premier rapide.

Le premier qui se présente est tout doux. Les anciens ont dit dans le car : on met le canot dans le courant, bien dans l’axe avec un peu de survitesse et normalement, çà passe. Ca passe ? Ca bouge un peu, çà clapotte, et... çà passe ! Yes !

C’est clair, on est des pros. Plus sérieux maintenant. On arrive au Charlemagne. C’est le premier rapide classé, juste avant le pont d’arc. L’autre crétin (voir plus haut) nous a dit : il y a deux rapides ou on ne doit pas se retourner. Le Charlemagne en est un. Il n’est pas dangereux, mais il y a foule de spectateurs ! Si physiquement on risque juste un bain, le ridicule est mortel, parce que les spectateurs ne demandent que çà et ne se privent pas de remarques désobligeantes sur les marins d’occase ! De plus le rapide est bien défendu. Il faut zigzager un poil avant, on réussit à remettre sans savoir comment le canot dans l’axe, on évite de justesse le gars qui a fait casquette dans le rapide. Boum ! On talonne. Flouch ! On passe à travers la vague ! Et on se retrouve bien droit aprés le rapide avec quelques dizaines de litre d’eau embarqués au passage, sains et saufs et... pas peu fier, parce qu‘on l’a passé !

Cette fois on est bien partis. On passe sous le pont d’arc. On enchaine les rapides comme des pros et on se prépare à la Dent Noire. La Dent Noire ? C’est le plus difficile. Trois cailloux l’un derrière l’autre laissant le flot principal sur la gauche dans un passage étroit mais qui vous précipite droit sur la dent noire, un énorme bloc sur lequel on ne demande qu’à s’écraser à pleine vitesse à moins de mettre un violent coup de rame pour sortir du flot. Enfin c’est ce qu’on m’a dit, parce que personellement, je prend le chenal de droite, celui des gamins. Rien à foutre !

Les émotions çà creuse. On sélectionne une plage sympa et on sort le contenu comestible et buvable du bidon et on se restaure en se racontant nos expèriences. On en a pris plein les yeux (le nez, la bouche, les oreilles pour certains). Le punch et le rosé aidant on est en pleine forme pour la suite des évènements. Un petit plouf, et on repart.

Cette fois, on est vraiment des vétérans. On enchaine rapide, aprés rapide, les kilomètres défilent au sein d’une nature d’une virginité impressionante, cernés par d’immenses murailles ; le pied. On passe à coté du chateau de Gaud. C’est un des deux lieux de bivouac pour ceux qui font les gorges en deux jours (nuit à la belle étoile, sommeil non garanti).

On approche de la Madeleine et du rapide de la Pastière. C’est l’autre rapide ou on ne doit pas faire casquette. Pourquoi ? C’est un énorme bloc de rocher qui divise la rivière en deux mais à par çà... Aprés coup, on aurait pas du choisir le chenal de gauche. Mais qu’est-ce que ces crétins faisaient en plein courant alors qu’on arrivait à la vitesse d’un torpilleur ? Dans un réflexe, on a essayé de filer à droite, mais trop tard. Le courant nous met de flanc contre le rocher, et hop ! Tiens un poisson comme l’autre de ce matin ?

Ce qu’il y a de bien quand vous faites une figure, c’est qu’il y a toujours du monde pour vous venir en aide, pour récupérer le canot, le bidon s’il n’était pas bien fixé, voire la pagaie (ris donc ; je m’en lasse pas). Attention ! On ne lache jamais sa pagaie. D’accord, çà flotte, mais c’est moins visible qu’un canot, même retourné. Voilà c’est dit.

Donc on nous aide à mener le canot au sec et à le vider et là on réalise pourquoi il ne fallait pas se mettre en vrac. C’est que le gars, ben ils a pas de maillot. Ses copains non plus. Et ses copines pas plus. La Madeleine est un camping naturiste, et il y a du monde. Donc le plus dur est de garder une certaine contenance née d’une longue tradition et éducation judéo-chrétienne et de rester naturel, d’autant qu’une phrase comme çà je ne vais pas en faire tout les jours ! Du coup, on se sent presque géné et on se dépèche de quitter la zone. Quoique... j’y serais bien resté quelques minutes !

La suite est plus tendue. Le soleil tape dur. On a beau se mouiller et faire des pauses, çà chauffe. Des bleus commencent à se faire sentir, les frottements aussi. C’est clair on va avoir des coups de soleil. De plus une certaine angoisse se fait sentir. On est inquiet. On arrive dans le territoire indien. Ben si ! Vous savez : des mecs bronzés avec des pagnes qui surgissent de derrière les rochers à l’assaut des visages pales, enfin, cuits ! Taïaut ! Ca y est ! Ma troisième visite de la journée à la famille morue ! C’est malin. Ah ben, c’est toi ? Qu’est-ce que tu fous là ? Tu m’attendais ? Sympa ! Non, non çà s’est bien passé, mais là il nous tarde d’en finir. On est presqu’au Rang Pointu ? Oh ben çà se tire. Ok, ouais, à ce soir, ciao.

Le Rang Pointu est le dernier belvédère avant la ligne droite terminale. Horreur : une longue ligne droite sans courant, deux mille mètres face au vent. Allez on se la fait, et à la course et au sprint, muscles tétanisés et en serrant les dents.

Et on se la fait ! On arrive en vue du débarcadère, coucou la famille. Enfin pied à terre, épuisés, vidés, brulés, douloureux, un gros bisous à nos veuves éplorées et orphelins en larmes. Plus jamais çà !

On restitue le matériel en jurant que c’est la dernière fois. Tiens ? C’est quoi ces photos ? Mais... c’est nous ? Ou diable se trouvait le photographe ? Et en plus, il ne nous à pas loupé, avec l’étrave en l’air et nous qui... passons.

L’heure est à la récupération. On retrouve les voitures dans la prairie cernée par les arbres. Personne en vue ? Allez zou ! A poil, histoire de se mettre rapidement des fringues séches. Un vrai délice. Et on se retrouve à la Guinguette. C’est l’heure de l’apéro, qu’on savoure avec le plaisir que vous imaginez, on se raconte nos expériences respectives tout en tirant les leçons de nos erreurs. Tiens, si je le refais... mais qu’est-ce que je raconte moi ?

Au point ou en est, autant se restaurer sur place. La guinguette à un choix délicieux de grillades et brochettes variées. Il fait doux, le soir tombe, et le rosé aidant maintenant on rigole bien. Finalement, on a passé une chouette journée. Tiens, finalement tout compte fait, je recommencerai bien. Allez... on la refait !
A la prochaine !
"Quand la prudence est partout, le courage n’est nulle part." (Désiré Joseph Mercier)
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