Les livres qui vous ont plu

Nos grands maîtres.

Modérateur: Guardian

Re: poursuivons la lecture

Messagepar Vajra » 06 Oct 2008 15:30

coriolan a écrit: On voudrait pouvoir détester, ce serait tellement plus simple de dire 'je te hais' plutôt que 'je ne t'aime plus' ! Et puis, la crainte de faire mal, de blesser, de tuer peut-être...

Oh ! Pourvu, pourvu, ô toi que j'aime, que nous nous détestions cordialement un jour, mais ensemble... surtout, ensemble ! Ce serait trop terrible d'avoir une minute d'avance sur l'autre ! :cry:


Oui, je "je ne t'aime plus" est trop trite à penser et à dire.
C'est se rendre compte que tout l'espoir qu'on avait mis dans la relation s'effondre.

Se détester ensemble... Sentiments trop négatifs qui grignotent de l'intérieur.
Plutôt mourir ensemble, pour clôre une belle histoire, ne pas la polluer, ni la banaliser.

Enfin, si on entretient les braises, le feu est toujours là.... Va donc chercher du bois !!!! :)
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Re: poursuivons la lecture

Messagepar coriolan » 06 Oct 2008 15:44

Vajra a écrit: Va donc chercher du bois !

"Tiens, lui dis-je en ouvrant les rideaux, il est là"

Pastiche d'un vers de VH (Les pauvres gens).
La chance est l'alibi des incapables.
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Le paradis c'est les autres

Messagepar araucaria » 20 Oct 2008 19:51

"L'amour est plus fort que la mort parce que ce n'est pas du fait que tu meurs que tu n'aimes plus et que tu n'es plus aimé. La manière dont tu as vécu continue. Si tu as aimé, si tu as partagé, si tu as voulu le bonheur des autres, tu as posé des actes d'amour qui ne mourront jamais. C'était, même si tu ne l'as pas profité explicitement, une manière de rendre gloire à Dieu. En revanche, si tu as écrasé les autres pour n'aimer que toi-même, tu n'as eu que la vie d'un animal et tu t'es ouvert à toi-même les portes de l'enfer. Ce n'est pas Dieu qui t'y jettera, ce sont tes actes de non-amour. Non, l'enfer, ce n'est pas les autres. L'enfer, c'est l'homme qui s'enferme sur lui-même.
Dieu nous a donné le monde, les poissons, les oiseaux, la terre pour faire la fête, pour en jouir ensemble, en partageant. Pour moi, le plus important sur terre, c'est de déployer toutes les ressources que nous avons reçues - notre intelligence, notre volonté, notre santé tant qu'elle est encore bonne - pour vivre au maximum en créant du bonheur. Le vivant, c'est celui qui aime une fleur, un rayon de soleil, un bon repas. Au moment de mourir, saint François, le pauvre d'Assise, a demandé à Claire de lui donner un gâteau à la frangipane. Et Claire, qui savait qu'il adorait la frangipane, le lui avait déjà préparé. Tu vois, c'est cela, vivre.
Et moi, ce que je demanderais? Une glace à la vanille! J'aimerais emporter mon péché mignon!"

"Le paradis c'est les autres"
Soeur Emmanuelle
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Ce que j'ai lu cette nuit

Messagepar araucaria » 25 Oct 2008 07:29

(pendant que vous dormiez, "Veinards"!

Un extrait de "La fabuleuse aventure des hommes et des animaux" de Boris Cyrulnik :

"En Occident, les animaux ont rapidement cessé d'être considérés comme des êtres suprêmes. Ils sont devenus des porte-parole, des créatures humanisées participant au projet de Dieu et aux malices du diable. C'est pourquoi nous leur avons fait des procès et si tous les animaux domestiques ont été concernés (...), le cochon s'est imposé comme le champion des bêtes à tribunaux.
...
Du Moyen Age jusqu'au siècle des Lumières (...), ces procès ont occupé les tribunaux ecclésiastiques et civils. Les places publiques hébergeaient toutes sortes d'exécutions, où sorcières et criminels côtoyaient des animaux. En 1386 à Falaise, en Normandie, une truie accusée d'avoir tué un enfant fut arrêtée et incarcérée. Lorsque l'instruction du procès - qui dura neuf jours - fut terminée, un représentant de la loi vint lui lire le verdict et la sentence, au grand dam de l'avocat de la défense qui lui avait été désigné. Elle fut menée de la place du château jusqu'au faubourg de Guibray, où l'on avait installé un échafaud. Le bourreau lui trancha le groin et lui entama la cuisse, puis lui recouvrit la face d'un masque humain et le corps de vêtements d'homme pour marquer sa responsabilité. Pendue par les pattes, elle expira sous les yeux d'une foule composée de paysans, de nobles et de cochons...convoqués avec leur maître. Son corps, après avoir été traîné et disloqué par le cheval qui l'avait amené jusqu'à l'échafaud, fut abandonné aux flammes d'un bûcher. En 1457, à Compiègne, une autre truie "avoua" sous la torture avoir tué un enfant. Elle fut pendue à un arbre, et les six porcelets qui l'accompagnaient furent acquittés du fait de leur jeune âge".
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Pour ceux qui s'intéressent au monde animal

Messagepar araucaria » 03 Nov 2008 07:23

Un très bon bouquin : "La fabuleuse aventure des hommes et des animaux" - Boris Cyrulnik, Karine Lou Matignon, Frédéric Fougea.

Résumé de la quatrième de couverture : "Chiens, chevaux, bovins, mais aussi éléphants ou rennes, l'histoire de la domestication de certaines espèces animales accompagne l'évolution de l'homme. Ce livre en restitue les principales étapes et montre qu'entre l'homme et l'animal, c'est un échange permanent qui s'institue, l'un venant aussi peupler l'univers de l'autre : animaux fabuleux, animaux sacrés ou animaux de spectacle ne sont pas moins les témoins des cultures humaines que les animaux plus "utiles".
C'est ainsi à une réflexion anthropologique sur le partage entre le sauvage et le civilisé que nous invite ce livre, qui engage à un nouveau dialogue entre l'homme et l'animal."

Extrait : CONVERSATION AVEC UN PERROQUET

Il est courant d'évoquer les performances des singes à qui l'on a enseigné l'usage d'un langage symbolique pour correspondre avec l'homme. C'est oublier les capacités de certains oiseaux dont quelques-uns ont été rendus populaires (comme Alex, un perroquet du Gabon) par la célèbre éthologiste et psychologue américaine Irène Pepperberg. Dans les années 1960, la jeune femme suit avec intérêt le début des travaux sur l'apprentissage du langage chez les grands singes. Toute fois, elle s'étonne que l'on ne porte aucun intérêt aux oiseaux capables de parler. Pepperberg découvre alors les travaux d'un chercheur allemand, Diemar Todt, qui a mis au point un enseignement particulier.
En face de l'oiseau, deux humains jouent le rôle de l'élève et du maître. Le premier interroge le second sur un objet et le récompense lorsque la réponse prononcée est positive. En cas d'échec, l'élève est réprimandé. Le perroquet observe puis très vite intervient, devance la réponse de l'humain et répond à sa place en prononçant lui-même le bon mot. C'est ainsi qu'irene permit à Alex de verbaliser ses émotions, d'identifier des couleurs, de compter et même de communiquer par ce langage avec un autre perroquet.

collection Pluriel - Hachette littératures
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le roman que j'ai commencé il y a deux jours

Messagepar araucaria » 12 Nov 2008 18:51

La mémoire des mains - Ukraine 1941 - (extrait)

“Le goût amer que Lafontaine a dans la bouche n’est pas dû à la seule poussière. Dans la poche de sa vareuse, contre sa poitrine, le carnet est léger, bien léger, comparé à ce noeud de câbles d’acier qui occupe la place de son coeur. Ce matin, ce sont surtout ses propres mains qui le gênent et l’encombrent. Elles sont alourdies, ces mains, et comme déformées par le souvenir des gestes qu’elles ont dû faire pour saisir et soulever Klara. Oui, de sales pognes de faux toubib qui ont attrapé ce corps si léger par l’aisselle, une aile frêle d’oiseau apeuré, pour le pousser hors de la salle, et le contraindre à rejoindre les femmes allant à la mort. Oui, les mains de Lafontaine ont accompli ces gestes d’assassin par procuration. Et il y a une mémoire des mains! Une mémoire tenace, opaque, brutale qui vibre à la surface de l’épiderme, et dans la chair des paumes, dans chaque nerf, chaque fibre, chaque ligne de vie, pleine de sueur, et sous chaque ongle, comme une crasse mnésique. Alors il faudrait constamment occuper les mains qui se souviennent trop bien de leurs forfaits. Leur trouver de minuscules tâches à accomplir, comme se gratter le crâne ou la nuque, jouer avec une pipe ou une boite d’allumettes ou pianoter sur un morceau de métal. Si par malheur nous laissions nos mains, ouvertes et inemployées, se dresser face à notre visage et commencions à considérer ces dix doigts, remuant à peine leurs phalanges accusatrices, nous saurions aussitôt que les souvenirs honteux ne se tiennent pas dans notre crâne, mais bien dans la chair obscène de ces mains. Chaque empreinte digitale comme un sceau qui atteste que le mal a été fait.
Très seul, derrière son chauffeur taciturne, Lafontaine est effrayé par la présence de ces bêtes hypermnésiques qui enflent imperceptiblement au bout de ses bras. Il les frotte l’une contre l’autre comme si elles étaient sales ou glacées, puis, en dépit de la chaleur, il enfile ses gants d’uniforme. “Cette déchirure,dirait le pasteur Jung, voilà une grande épreuve énigmatique pour votre âme! - Toute mon âme se tient dans mes mains!” rétorquerait Lafontaine.
Si les combats font rage, elles ne vont pas tarder à s'occuper, ces mains, à fouir dans des organes sanglants, à scier des os. Et plus tard, quand l'hiver sera là, elles vont connaître aussi les engelures, les petites blessures qui ne cicatrisent plus, l'engourdissement. Mais occupées ou malmenées, elles se souviendront. Elles garderont l'empreinte du geste infime et effroyable et leur mémoire visqueuse collera à chaque corps qu'elles toucheront.
Lafontaine ignore qu'au même moment, le premier lieutenant Moritz est lui aussi encombré par des mains monstrueuses. A bord d'un camion chargé de mitrailleuses, d'obusiers, de mortiers antichars, il attend avec impatience les premiers combats. Ses mains serrent très fort la boucle du ceinturon, à se faire mal, à saigner. Elles se crispent sur l'étui du pistolet dont elles sentent la crosse froide. Elles ont hâte de se lever vers le ciel sombre pour donner l'ordre de faire feu. Hâte de tuer, afin d'oublier quelques petites morts."

Le rire de l’ogre - Pierre Péju (folio 4478)
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entre Maupassant et moi, une belle histoire d'amour

Messagepar araucaria » 13 Nov 2008 20:16

Sur le blog d'une amie, j'ai copié cet extrait d'une nouvelle de Maupassant : " La chevelure". Un homme aisé est séduit par un meuble de fabrication italienne et datant du XVIIème siècle. Beau et rare, il est estampillé. Il est acheté chez l’antiquaire…
“J’achetai ce meuble et je le fis porter chez moi tout de suite. Je le plaçais dans ma chambre.
Oh! Je plains ceux qui ne connaissent pas cette lune de miel du collectionneur avec le bibelot qu’il vient d’acheter. On le caresse de l’oeil et de la main comme s’il était de chair; on revient à tout moment près de lui, on y pense toujours , où qu’on aille, quoi qu’on fasse. Son souvenir aimé vous suit dans la rue, dans le monde, partout; et quand on rentre chez soi, avant d’avoir ôté ses gants et son chapeau, on va le contempler avec une tendresse d’amant.
Vraiment, pendant huit jours, j’adorai ce meuble. J’ouvrais à chaque instant ses portes, ses tiroirs; je le maniais avec ravissement, goûtant toutes les joies de la possession.
Or, un soir, je m’aperçus, en tâtant l’épaisseur d’un panneau, qu’il devait y avoir là une cachette. Mon coeur se mit à battre, et je passais la nuit à chercher le secret sans le pouvoir découvrir.
J’y parvins le lendemain en enfonçant une lame dans une fente de la boiserie. Une planche glissa et j’aperçus, étalée sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme!
Oui, une chevelure, une énorme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient dû être coupés contre la peau, et liés par une corde d’or.
Je demeurai stupéfait, tremblant, troublé! Un parfum presque insensible, si vieux qu’il semblait l’âme d’une odeur, s’envolait de ce tiroir mystérieux et de cette surprenante relique.
Je la pris, doucement, presque religieusement, et je la tirai de sa cachette. Aussitôt elle se déroula, répandant son flot doré qui tomba jusqu’à terre, épais et léger, souple et brillant comme la queue en feu d’une comète.
Une émotion étrange me saisit. Qu’était-ce que cela? Quand? comment? pourquoi ces cheveux avaient-ils été enfermés dans ce meuble? Quelle aventure, quel drame cachait ce souvenir?
Qui les avait coupés? un amant, un jour d’adieu? un mari, un jour de vengeance? ou bien celle qui les avait portés sur son front, un jour de désespoir?
Etait-ce à l’heure d’entrer au cloître qu’on avait jeté là cette fortune d’amour, comme un gage laissé au monde des vivants? Etait-ce à l’heure de la clouer dans la tombe, la jeune et belle morte, que celui qui l’adorait avait gardé la parure de sa tête, la seule chose qu’il pût conserver d’elle, la seule partie vivante de sa chair qui ne dût point pourrir, la seule qu’il pouvait aimer encore et caresser, et baiser dans ses rages de douleur?
N’était-ce point étrange que cette chevelure fût demeurée ainsi, alors qu’il ne restait plus une parcelle du corps dont elle était née?
Elle me coulait sur les doigts, me chatouillait la peau d’une caresse singulière, d’une caresse de morte. Je me sentais attendri comme si j’allais pleurer.
Je la gardais longtemps, longtemps en mes mains, puis il me sembla qu’elle m’agitait, comme si quelque chose de l’âme fût resté caché dedans. Et je la remis sur le velours terni par le temps, et je repoussai le tiroir, et je refermai le meuble, et je m’en allai par les rues pour rêver.” …(Guy de Maupassant)

Ayant le même rapport au passé et aux objets ou souvenirs, je n’aimerais pas trouver ce genre de relique (enfin pour moi, une paire de moustache ou des poils de barbe…ou pis encore la perruque poudrée d'un beau marquis du XVIIIème siècle portant à ravir l'habit à la française).
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Extrait d'un livre très sérieux et passionnant

Messagepar araucaria » 25 Nov 2008 11:05

NOURRICES D’ANIMAUX

L’allaitement des animaux par les femmes est une pratique courante dans de nombreuses populations indiennes d’Amazonie ou horticultrices de Mélanésie, et de manière sporadique en Tasmanie, en Australie, en Afrique, en Océanie et en Asie du Sud-Est. Les femmes nourrissent au sein, pour leur éviter la mort, des pécaris (cochons sauvages), des chiots, des singes, des agneaux, des petits cervidés et même des castors ou des ratons laveurs, qu’ils soient domestiques ou sauvages. Les jeunes animaux recueillis par ces sociétés de chasseurs-cueilleurs deviennent la plupart du temps des animaux de compagnie. Mais l’allaitement des animaux procède aussi d’autres usages que la domestication. En France, au XIXe siècle, les chiots tétaient les femmes pour les soulager d’une trop grande production de lait ou, au contraire, pour en faciliter la montée.
Une pratique qui relève encore de le puériculture locale dans certaines sociétés de chasseurs-cueilleurs.

“La fabuleuse aventure des hommes et des animaux” Boris Cyrulnik
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Où on va, papa? de Jean-Louis Fournier

Messagepar araucaria » 25 Nov 2008 16:28

Prix Femina 2008

J'ai acheté ce livre hier matin, après l'avoir feuilleté, je me suis sentie obligée de l'acheter. Il a fait remonter trop de souvenirs. Dans l'introduction que je vais vous recopier, vous allez voir que le fils de l'auteur, Thomas, ne cessait de poser cette question : "Où on va, papa?"...Je me suis alors rappelé une cousine qui mettait la patience de toute la famille à rude épreuve, en questionnant sans arrêt "Qu'est-ce que tu fais? A quoi ça sert?". Elle approche la soixantaine, et je sais qu'elle a toujours les mêmes interrogations...


Cher Mathieu,
Cher Thomas,

Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait, ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures...
Maintenant que Mathieu est parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l'aider à le récupérer, maintenant que Thomas, toujours sur la Terre, a la tête de plus en plus dans les nuages, je vais quand même vous offrir un livre. Un livre que j'ai écrit pour vous. Pour que l'on ne vous oublie pas, que vous ne soyez pas seulement une photo sur une carte d'invalidité. Pour écrire des choses que je n'ai jamais dites. Peut-être des remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne vous supportais pas, vous étiez difficiles à aimer. Avec vous, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Vous dire que je regrette qu'on n'ait pas pu être heureux ensemble, et peut-être, aussi, vous demander pardon de vous avoir loupés.
On n'a pas eu de chance, vous et nous. C'est tombé du Ciel, ça s'appelle une tuile.
J'arrête de me plaindre.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler de vous avec le sourire.
Vous m'avez fait rire, et pas toujours involontairement.
Grâce à vous, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec vos études, ni votre orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de ce que vous feriez plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à vous, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.
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Jean-Louis Fournier encore...

Messagepar araucaria » 25 Nov 2008 20:32

"Où on va, papa?" - un extrait :

"Depuis qu'il est monté dans la Camaro, Thomas, dix ans, répète, comme il le fait toujours : "Où on va, papa?"
Au début, je réponds : "On va à la maison."
Une minute après, avec la même candeur, il repose la même question, il n'imprime pas. Au dixième "Où on va, papa?" je ne réponds plus...
Je ne sais plus très bien où on va, mon pauvre Thomas.
On va à vau-l'eau. On va droit dans le mur.
Un enfant handicapé, puis deux. Pourquoi pas trois...
Je ne m'attendais pas à ça.
Où on va, papa?
On va prendre l'autoroute, à contresens.
On va en Alaska. On va caresser les ours. On se fera dévorer.
On va aux champignons. On va cueillir des amanites phalloïdes et on fera une bonne omelette.
On va à la piscine, on va plonger depuis le grand plongeoir, dans le bassin où il n'y a pas d'eau.
On va aller à la mer. On va au Mont-Saint-Michel. On ira se promener dans les sables mouvants. On va s'enliser. On ira en enfer.
Imperturbable, Thomas continue : "Où on va, papa?" Peut-être qu'il va améliorer son record. Au bout de la centième fois, ça devient vraiment irrésistible. Avec lui, on ne s'ennuie pas, Thomas est le roi du running gag."
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La Fontaine - Les Contes

Messagepar JEL » 22 Déc 2008 23:34

Ah ! Si on m'avait appris La Fontaine, que n'eus-je aimé la littérature !
Je m'y replonge, je n'ai pas encore fini, mais comment en tirer un morceau à la fois concis et éloquent ? J'essaie ici.

Extrait des Frères de Catalogne
La Fontaine a écrit:[...]
Frère André ne marchanda point;
Et leur fit ce beau petit prêche:
Si quelque chose vous empêche
D'aller tout droit en Paradis,
C'est d'épargner pour vos maris
Un bien dont ils n'ont plus que faire,
Quand ils ont pris leur nécessaire;
Sans que jamais il vous ait plu
Nous faire part du superflu.
Vous me direz que notre usage
Répugne aux dons du mariage;
Nous l'avouons, et Dieu merci,
Nous n'aurions que voir en ceci,
Sans le soin de vos consciences.
La plus griève des offenses,
C'est d'être ingrate: Dieu l'a dit.
Pour cela Satan fut maudit.
Prenez-y garde; et de vos restes
Rendez grâce aux bontés célestes,
Nous laissant dîmer, sur un bien
Qui ne vous coûte presque rien.
C'est un droit, ô troupe fidèle,
Qui vous témoigne notre zèle;
Droit authentique et bien signé,
Que les papes nous ont donnés;
Droit enfin, et non pas aumône:
Toute femme doit en personne
S'en acquitter trois fois le mois,
Vers les frères catalanois.
Cela fondé sur l'Écriture,
Car il n'est bien dans la nature,
(Je le répète, écoutez-moi)
Qui ne subisse cette loi
De reconnaissance et d'hommage:
Or les oeuvres de mariage
Étant un bien, comme savez,
Ou savoir chacune devez,
Il est clair que dîme en est due.
Cette dîme sera reçue
Selon notre petit pouvoir.
Quelque peine qu'il faille avoir,
Nous la prendrons avec patience:
N'en faites point de conscience;
Nous sommes gens qui n'avons pas
Toutes nos aises ici-bas.
Au reste, il est bon qu'on vous dise,
Qu'entre la chair et la chemise
Il faut cacher le bien qu'on fait:
Tout ceci doit rester secret,
Pour vos maris et pour tout autre.
Voici trois mots d'un bon apôtre
Qui font à notre intention:
Foi, charité, discrétion.
[...]


Un texte à vous faire aimer votre patronime !

PS: note pour ma pomme : texte intégral et bien d'autres ici.
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LA HAINE DE L'OCCIDENT

Messagepar Aphrodite » 24 Jan 2009 11:01

La haine de l’occident

Jean Ziegler
Ed. Albin Michel

Après Les Nouveaux Maîtres du Monde en 2002 (portraits des nouvelles têtes du capitalisme mondial) et L’ Empire de la honte en 2006 (qui dénonçait la domination des grandes sociétés transcontinentales sur les pays du sud à travers la dette de la faim), Jean Ziegler, ex rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, aujourd’hui membre du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, s’interroge dans ce nouvel essai sur la haine tenace et sans cesse renouvelée – réalimentée pourrait-on dire – que suscite l’Occident au reste du monde.

Et d’abord ce constat aussi éclairant que violent : 13% de la population mondiale, principalement blanche et que l’on regroupera sous l’appellation d’occidentale, impose aujourd’hui encore, et ce depuis 500 ans, son système économique et son modèle politique au reste de la planète.

Et comment l’expliquer autrement que par ce que Ziegler appelle « la filiation abominable », c’est-à-dire le « produit des systèmes d’oppression antérieurs, notamment la traite et de l’exploitation coloniale ». Nous vivons actuellement dans un monde tout entier façonné en des temps assassins, nous l’acceptons avec un mélange savant et bienvenu d’ignorance et de morgue, et il faudrait encore que nous nous étonnions que près de 90% de la population mondiale trouve à y redire.

La haine de l’occident est un livre passionnant qui dit, sans jamais caricaturer les positions des uns et des autres, l’évidente maldonne sur laquelle repose aujourd’hui, et de façon très précaire, l’équilibre géopolitique de notre planète. Sans ne jamais se poser en donneur de leçons, reconnaissant volontiers la complexité de l’imbroglio planétaire dans lequel nous nous trouvons, mais ne croyant jamais tout à fait en la bonne foi du vainqueur, Ziegler dresse le portrait d’hommes et de femmes, de peuples entiers, humiliés, en situation de « méfiance viscérale » à l’égard d’un Occident pratiquant en permanence – et quasiment sans s’en rendre compte – un double langage à leur encontre, que ce soit en matière de désarmement, de droits de l’homme, de non-prolifération nucléaire ou de justice sociale planétaire.

Mettons-nous deux secondes à leur place.

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Messagepar JEL » 24 Jan 2009 16:43

Je soupçonne que c'est le type de livre qui rappelle des vérités crues, mais qui risque fort de généraliser sur l'occident.
Tous les pays ne sont pas égaux à ce niveau, et accuser leurs habitants de donner du riz aux éthiopiens pour mieux les rendre dépendants ne serait pas honnête.
Il faut rappeler la situation générale durant la guerre froide, observer la polarisation idéologique depuis sa fin (néo-libéralisme, on sait d'où il vient), et l'explosion que connait cette idéologie depuis quelques courts mois.
L'Europe a perpétré des exactions, a plus été complice qu'autre chose ses dernières années, et tout aujourd'hui est en plein bouleversement. Je n'aime pas réduire tout ça à un problème nord-sud ou Occident/Reste du monde.
Même si les problèmes existent bel et bien...
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Un sujet qui devrait être triste et sérieux

Messagepar araucaria » 13 Mar 2009 08:52

En début de semaine, j'ai fait l'acquisition d'un livre de Jean Teulé : "Le Magasin des suicides". La quatrième de couverture m'est apparue alléchante.

- Vous avez raté votre vie?
- Avec nous, vous réussirez votre mort!

"Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre..."

Intéressant n'est-ce pas?
Parmi les inventions proposées à la clientèle suicidaire, j'ai beaucoup apprécié le préservatif percé qui est vendu aux gens qui veulent mourir contaminés sexuellement...Usant de malchance, les propriétaires de la boutique, ont testé ce produit, et ont ainsi conçu par accident un troisième enfant qui ne correspond pas au profil familial...
J'aime aussi beaucoup le baiser qui tue. Quelle belle mort!!! Ah, si je pouvais choisir ma fin....hummmm....
C'est cet extrait que je vous propose de découvrir.

- "Vous voulez mourir? Embrassez-moi.
Marylin Tuvache trône telle une reine au rayon frais. Assise dans un grand fauteuil de velours écarlate aux accoudoirs, dossier, en bois sculpté de feuilles d'acanthe dorée, sa robe est moulante et son décolleté profond. Elle se penche vers un client intimidé par sa nouvelle splendeur, sa jeunesse et sa blondeur. Elle tend ses lèvres maquillées vers le désespéré :
- Là, sur la bouche, avec la langue...
(...)
Un fin filet de salive s'étire entre leurs bouches. Le client la recueille du dos d'une main puis la lèche pour ne rien perdre.
- Merci, Marilyn...
- Ne vous attardez pas. D'autres clients attendent.
(...)
Le délicat jeune homme (gardien du cimetière) fait la queue derrière eux. Débris d'humanité mûr pour l'éternité, il est pâle comme un cierge. Son joli visage rongé par les chancres du coeur, il observe, dans le décolleté, les seins de Marilyn penchée et sa robe entrouverte lorsqu'elle se tord pour embrasser les hommes. Il contemple avec crainte celle dont il attend un baiser. Lorsque c'est son tout, il demande :
- Infusez-moi votre venin, Marilyn.
La fille Tuvache qui s'essuyait les lèvres le regarde et répond :
- Non.
(...)
- Comment ça, non? s'étonne la mère, les poings sur les hanches au fond du magasin.
- Oui, pourquoi non? répète le père en gilet torsadé qui, traversant la foule, s'était enquis à propos de Marilyn : Elle est en panne?
- Je n'embrasserai pas ce garçon-là, lui dit sa fille.
- Mais pourquoi? Qu'est-ce qu'il a? Il paraît pourtant bien gentil et est joli garçon. Tu en as embrassé des plus moches et qui semblaient autrement désagréables.
Le jeune homme concerné, debout face à la jeune blonde Tuvache assise sur son trône, ne la quitte pas des yeux :
- Je ne vous vois plus jamais, Marilyn. Vous ne venez plus au cimetière. Embrassez-moi.
- Non.
- Oh, ça va bientôt finir, oui? s'énerve le père.
Les clients attendent. Marilyn, embrasse ce garçon!
- Non.
Mishima est stupéfait. Lucrèce, près de lui, hoche la tête :
- Ca va, j'ai compris...
Elle conduit son époux à l'écart près de l'escalier et à l'abri des oreilles indiscrètes :
- Ta fille est amoureuse. A force d'embrasser tout le monde, aussi, un jour où l'autre ça devait arriver...
- Qu'est-ce que tu dis, Lucrèce?
- Elle aime ce jeune gardien de cimetière et ne veut donc pas lui donner de baiser.
- C'est le gardien du cimetière? Je ne l'avais pas reconnu. Eh bien, même, c'est idiot. Quand on aime, on embrasse.
- Mais allons donc, Mishima, réfléchis! Elle a le Death Kiss.
- Merde..., blêmit le mari qui avait oublié..."

Jean Teulé - Le magasin des suicides - POCKET n° 13546 -
Je vous offre mes deux citations préférées :
- "Une pièce sans livres est comme un corps sans âme" Cicéron
- "Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous" P. Eluard
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