Mes poèmes d'un temps révolu...

Nos grands maîtres.

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Mes poèmes d'un temps révolu...

Messagepar coriolan » 10 Sep 2018 15:56

Les petits trains d’antan

Oh ! ce devait être amusant
De faire jadis des voyages
Dans un petit train fracassant
Qui composait plein de nuages

Plein de nuages noirs et blancs
Formant sur la tête une voûte
Ou bien, selon l’humeur des vents,
Traçant dans le ciel une route.

Oh ! ce devait être amusant
J’aurais voulu, à cette époque
Être un homme et non un enfant
Pour vivre ce qu’ici j’évoque

Et voyager brinquebalant
Dans un petit train qui s’essouffle
Et se fait un ciel noir et blanc
Dans lequel son corps s’emmitoufle.

Les trains de jadis ne sont plus
Et dans ceux que je prends je pleure
Mon vieux rêve à jamais déçu
Qui se cramponne à… vingt à l’heure.

Oh ! ce devait être amusant
De faire jadis des voyages
Dans un petit train fracassant
Qui composait plein de nuages.

Claude ANDRE
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Re: Mes poèmes d'un temps révolu...

Messagepar coriolan » 13 Sep 2018 17:10

Sur un bouton dans le nez !

En préambule

Cyrano tu fus grand et ton nom me stimule.
Toi, dont le nez pointait ainsi qu'une virgule,
Ô maître, vois ce nez que seul je véhicule
Et permets que sans fard, ici, je m'intitule
Non pas ton supérieur, mais au moins ton émule.

Le jour

Avant que dans ce nez le sang se coagule
Et qu'un bouton survint gros une pilule,
C'était un nez bien fait, en forme de lunule,
Admirable et parfait. Or, vint la canicule;
Le soleil vous le prend, ensuite vous l'adule,
En lui je sens un feu qui m'agace et le brûle.
Le cartilage crie et se démantibule,
Puis sur ce nez meurtri que la rougeur macule,
Ce pauvre nez bien né qui se désarticule,
Apparaît lentement une étrange pustule
Que je méprise hélas et que je juge nulle.
Cela fâche le ciel, lequel, sans préambule,
Fait grossir la pustule en doublant son module.
C'est alors que ma vie dans le drame bascule
Avec un nez géant comme un gros testicule
Qui se complaît ainsi. Je vous sens incrédule,
Mais c'est la vérité. Plus je le dissimule,
Plus il offre aux regards son obscène glandule.
C'est insensé ! C'est inouï ! ...C'est ridicule !
Alors je ne sors plus. Chez moi je déambule
Prisonnier de mon nez, ermite en ma cellule.

La nuit

Nous n'allons prendre l'air avec mon corpuscule
Que lorsque la chouette aux étoiles hulule.
Je me cache des yeux, et fuis le noctambule
Me traînant à pas lents comme un vieux pédicule.
Et je parle à mon nez, je tente, je spécule,
Le priant de quitter sa belle caroncule,
Tout miel, avec douceur. Mais c'est une crapule,
J'avance un argument, c'est lui qui le recule
Se trouvant assez beau. La vraie tête de mule !
Puis je me fâche, ah ! mais ! je le prends, le bouscule,
Je le tords en tout sens ; bref je le manipule
Jusqu'à ce que, soudain, enfin pris de scrupule
Je m'arrête en voyant le long du monticule
Le pus qui coule à flot de son rose opercule.
Je m'excuse, il rougit et jusqu'au crépuscule
Je tiens avec mon nez un vrai conciliabule.
Même quand je m'endors, je suis sous sa férule.
Dans mon rêve il devient l'affreuse tarentule
Qui me mange des yeux et de la mandibule
Au fond de quelque sombre et puante ergastule !
A tel point mon cher que j'en deviens somnambule.

La consolation

Cyrano tu fus grand, mais l'oblongue capsule
Pour ranger tes ciseaux n'était qu'un ventricule
De pygmée gabonais, en un mot d'homuncule.
Ta virgule dés lors s'estompe et s'éjacule;
Virgule? Je souris : la mienne est majuscule !

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Re: Mes poèmes d'un temps révolu...

Messagepar coriolan » 18 Sep 2018 13:09

Tableau d'un agent sous la pluie.


L'agent, dehors, tend son gros dos
Sous l'averse qui tombe à seaux
En faisant sur mon toit flic flac,
Alors qu'au pied du flic...que flaques

Que flaques d'eau évidemment
Qui s'évasent autour de lui.
A les voir on croirait vraiment
Que monsieur l'agent fait pipi.

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Re: Mes poèmes d'un temps révolu...

Messagepar coriolan » 24 Sep 2018 18:59

Synthèse

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Allait sur ses longs pieds, emmanché d'un long cou...
Non !
Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où,
Mon père, ce héros au sourire si doux
Qui côtoyait une rivière sur quoi tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit,
C'était un Espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
S'écria cette bête sauvage.
"Tu seras châtié de ta témérité !"
Puis il visa mon père en criant: "Caramba !"
Le coup passa si près que le cheval tomba
Et que le chapeau fit un écart en arrière.
L'Espagnol s'en saisit et il dit à mon père :
"Apprends
Que tout flatteur vit aux dépens
De celui qui écoute
Un Espagnol sanglant sur le bord de la route !
"
Mon papa, honteux et confus,
Jura : « Nom d’un pétard ! On ne m'y prendra plus ! ».

Lafongo. s/c de Claude ANDRE
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Re: Mes poèmes d'un temps révolu...

Messagepar coriolan » 05 Oct 2018 16:28

Mon petit chaton noir et blanc.

Mon petit chat est noir et blanc,
Mon petit chat, il est charmant.
Lorsque j’ai fait quelque bêtise
Et que j’ai eu la correction,
Qui vient me voir et fraternise ?
Qui tend sa patte et fait ronron
Pour partager mon gros tourment ?
Mon petit chaton noir et blanc.

Il sait si bien me cajoler
Que toutes mes peines s’envolent,
Parfois je crois qu’il va parler
Que ses ‘mious’ sont des paroles,
Je lui souris, il est content
Mon petit chaton noir et blanc.

Dieu qui veillez sur les humains
Gardez-le moi toute ma vie ;
Il a une âme, c’est certain !
Qui sait consoler est béni !
Gardez-le moi longtemps, longtemps,
Mon petit chaton noir et blanc.

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Re: Mes poèmes d'un temps révolu...

Messagepar coriolan » 19 Oct 2018 17:09

Histoire triste

Lorsque l'enfant paraît...lorsque l'aïeul s'en va
L'accordéon du temps fait danser la famille
Dont le cercle grandit et se recroqueville
En arrière, en avant, comme pour la samba.

Deux petits pieds s'en vont faire deux petits pas,
C'est ton fils qui s'en vient lorsque toi, tu t'en vas.

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Re: Mes poèmes d'un temps révolu...

Messagepar coriolan » 21 Oct 2018 17:21

A mon ami Roger Lemoine (1)

Je n’ai de souvenirs que nos éclats de rires.
Las ! Depuis ce 20 juin
ton rire s’est éteint
et le mien est en deuil,
séparés à jamais par le bois du cercueil.

J’ai le cœur en naufrage
et comme une bouteille
que l’on jette à la mer,
devant le clan ce soir
je jetterai
ces mots sur le papier
dans le feu du brasier.
Leur sens inexprimé
par l’émotion étreint
saura bien te trouver
au-delà de ma vie
et par-delà ta mort.

Adieu Roger.
Tous tes amis sont là, saluant ta mémoire.
Nous ne pleurerons pas ; c’était ta volonté
ultime et péremptoire
de nous voir réunis devant le feu d’été
pour y chanter et boire.

Ainsi nous chanterons
et ainsi nous boirons
à ton éternité.

Ton ami Claude
juin 1999

(1) Membre fondateur du GRECE
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Re: Mes poèmes d'un temps révolu...

Messagepar coriolan » 05 Nov 2018 18:24

CHINOISERIE
( à Hugette et René en souvenir de notre bonne et durable amitié –
Brazzaville, le 17 août 1953
)

Si par des traits communs, tant en Chine qu’en France,
Quelqu’un se reconnaît dans ces vers faits sans art
Il ne faudra voir là qu’une coïncidence
Et imputer le tout au crédit du hasard.


Ce n’est pas en censeur importun, indiscret,
Que je veux par ces vers m’imposer en secret,
Glissant en votre cœur des conseils inutiles
Aussi fats qu’insensés, imprévus qu’imbéciles ;
Je ne parlerai pas de vos petits travers
Non, non, car j’ai les miens et n’en fais pas des vers.
Vos défauts sont de femme et de femme charmante
Ils ont donc un attrait qui vous rend séduisante.
Je n’immiscerai pas fort maladroitement
Quelque pauvre morale au frêle fondement
Et n’essayerai pas, car ce serait dommage,
De tenter malgré vous de vous rendre plus sage ;
Vous êtes bien ainsi, et semblez faîte exprès
Pour écouter ce conte et y songer… après.

Il était une fois – voyez c’est bien un conte
Ce rêve que je fis et que je vous raconte –
Il était une fois, disais-je, au temps jadis
Une jeune princesse au teint pâle de lis
Au corps harmonieux, au sourire angélique
Et le tout couronné par vingt ans de fraîcheur.
Bref, sous des traits de femme, il était une fleur.

Cette exquise beauté vivait alors en Chine.
En plus de sa splendeur que l’on disait divine
Elle était bonne et douce et offrait aux sujets
De son père, le roi, maître de trois forêts
Deux ruisseaux, quatre ponts et d’un tronçon de plaine,
Le symbole exemplaire et charmant d’une reine.
Hélas ! le créateur fantasque, extravagant
Fit laid le rossignol et chanter faux le paon !
Et sans se soucier d’embellir la nature
Tara le plus qu’il put la plus noble parure.
Ainsi, quoique de Chine, elle avait un défaut.
Je me résoudrai donc à ternir le tableau
Et dire que l’enfant digne d’être princesse
Par la grâce, l’esprit, la bonté, la tendresse
N’avait rien d’apparent excepté la beauté
Qui sache rappeler sa haute dignité.
Se riant des soucis, légère, enfin, frivole,
Alliant le sérieux avec la gaudriole,
Causant par sa candeur, ses excentricités
Plus de rires moqueurs que sourires flattés,
Se contentant de peu pour chanter à tue-tête,
Elle avait fait le vœu d’être toujours en fête.

Jeune, on lui pardonnait un tel état d’esprit
Mais le grand roi, son père, en était fort marri.
« Comment, s’écriait-il, serait-ce là ma fille ?
« Ce feu follet pâlot qui ravage et pétille !?
«  Est-ce elle qui demain sera femme de roi ?
«  Cette enfant est princesse ! Et qui plus est, de moi ! »
Puis, sur un ton pleureur, parodiant Corneille :
«  Ô rage ! Ô désespoir ! Vieillesse sans pareille !
N’ai-je donc tant vécu que pour souffrir ainsi ? »
Et il pleurait le père ! Et le vizir aussi !
Et le royaume entier s’inondait dans les larmes !
Elle, insouciante et folle y trouvait quelques charmes
Et riait des soucis du pays affligé.
On la mit au couvent, mais le pauvre clergé
Avec ses longs sermons et sa piètre morale
Ne fit rien qu’empirer cette folie royale.

Ô grand roi flageolant, corps voûté par les ans,
Pauvre objet cramoisi, triste bouche sans dents,
Cheveux blancs, voix cassée que la moustache obstrue,
Quel lendemain d’orgie l’aviez-vous donc conçue ?
Certain jour, le vizir, ministre et serviteur
Dont les yeux accusaient plus de nuits de labeur
Que d’heures de repos, suggéra sa pensée :
« Peut-être qu’un mari… qui sait si, fiancée,
« Elle ne mettra pas un terme à son humeur ? »

« Hé quoi, gémit le roi, quel jeune fou gaffeur
« Voudrait si mal s’unir en épousant ma fille,
« Malheureux rejeton d’une noble famille
« Dont l’esprit oublia de naître avec le temps ?
« Dis-moi, n’est-ce pas là des propos affligeants ?
« Je demandais un fils, Dieu me le fit femelle !
« Et pour me seconder, d’un cerveau sans cervelle
« Assura noblement la lignée de mon nom !
« Est-ce assez de gémir ? de crier ? d’hurler ? Non !

Le gaffeur cependant arriva de province
Se présentant au roi dans l’apparat d’un prince.
On crut qu’en la voyant ce dernier s’en irait !
Pas du tout ! Il resta, puis fit ce qu’il fallait 
Pour qu’elle eut un enfant… et puis même la paire !
Et qu’advenait-il donc, pensez-vous, de la mère ?
Assagie ? Que nenni ! Mais alors ? Alors, rien.
Le prince pensait bien en mourir de chagrin.
Trompé par la beauté, le lendemain des noces
Il s’abîmait déjà dans des peines atroces,
Regrettant son erreur ! Puis, plein de charité
Tenta ce que le père avait déjà tenté.
Son succès fut égal. Alors il la fit mère
Se ployant sous le faix de prince et puis de père.

Quand le vieux roi mourut, on crut que la douleur
Montrerait le chemin du bon sens à ce cœur.
Elle pleura deux jours au grand bonheur du prince
Mais au troisième, hélas ! la joie vous la repince.
Et adieu le chagrin qui fait rougir les yeux,
La voici de nouveau l’air ravi, radieux !

Le prince devint roi, sa femme devint reine.
Changea-t-elle pourtant ? « Quoi donc, est-ce la peine
«  Disait-elle, être reine et mourir dans l’ennui ?
« Je suis gaie et je veux que l’on rie quand j’ai ri ! »
Eh bien, que croyez-vous qu’il advint dans la ville ?
Je vous le donne en cent, je vous le donne en mille !
Devint-elle plus sage et le roi son époux
Calma-t-il sa fureur de se rire de tout ?
Non, rien de tout cela car, pour plaire à la reine,
Tous, sujets, vizir, roi, rirent à perdre haleine !

Et maintenant encore, à l’Ouest de Pékin
Un vieux roi moitié fou rit du soir au matin,
Et punit ses sujets qui auraient – quelle histoire ! –
Oser le saluer sans se fendre la poire.
Quant à la vieille reine, assagie par le temps
Tant brisée par les pleurs que voûtée par les ans,
Loin de tous, retirée, triste, sombre et sauvage
Elle prie le Bon Dieu de rendre le roi sage.
……………………………………………………
Cette histoire est très con, pourtant j’en suis l’auteur.

Pour en goûter le suc il faut, ami lecteur,
Avoir connu René, son Huguette chérie
Et vous comprendriez l’aimable allégorie
Dont je me fis le chantre en un mot… salvateur.

Ne m’appelez plus maître, appelez-moi docteur !

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