Pour rétablir une vérité.

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Pour rétablir une vérité.

Messagepar coriolan » 04 Mai 2017 16:47

Je vis follement, dépensant inconsidérément l'argent du ménage ! Figurez-vous que je viens de me procurer, sur Amazon, un bouquin écrit par Georges Pompidou et complété par sa femme, Claude, d'après des manuscrits rédigés par l'auteur lui-même : "Pour rétablir une vérité." C'est le titre.

Ce document publié par Flammarion, en 1982, 8 ans après la mort de Pompidou, m'a coûté une véritable fortune : 0,95 €. (je dis bien : quatre-vingt quinze centimes !), soit 3,94 € avec les frais de port. Hein ? Qui a dit que la culture était un luxe inaccessible ?

Eh bien, je peux vous assurer que j'en ai eu pour beaucoup plus que mon argent !

Mais, d'abord, qui était Georges Pompidou à l'époque des souvenirs qu'il évoque ? Wikipédia nous renseigne utilement :

À la Libération (1945), il est professeur d'hypokhâgne (professeur de classes préparatoires littéraires) au lycée Henri-IV. Il obtient en 1944, par le biais d'un ami gaulliste, René Brouillet (qu'il a connu à l'École normale supérieure), un poste de chargé de mission pour l'Éducation nationale au cabinet du général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française dont il devient progressivement un homme de confiance.

Après le départ du général de Gaulle, il est directeur du commissariat au Tourisme (1946-1949) et devient maître des requêtes au Conseil d'État tout en restant un de ses conseillers proches, s'occupant notamment de la fondation Anne-de-Gaulle. Il dirige son cabinet jusqu'en 1953, mais s'implique peu dans la construction du RPF de Jacques Soustelle. Lors de la mise en sommeil par de Gaulle du RPF, il recrute Olivier Guichard pour le remplacer, et entre, avec l'appui d'un ami, René Fillon, à la banque Rothschild, en 1954 ; il occupe ce poste jusqu'en 1958. Restant en bons termes avec le Général, il ne semble plus faire de politique et mène une vie culturelle riche.


Les extraits que je publie ci-après ne sont donc pas des racontars mais des révélations de première main, et quelle main ! Je les ai placés sous le titre de "Florilège du petit gaulliste iconoclaste" tant il est vrai que certaines révélations vont bouleverser l'idée que la légende a transmise du grand homme que fut de Gaulle. Ma foi, tant pis. Le but n'est-il pas de rétablir une vérité ?

Certains s'étonneront de la pudibonderie de l'auteur en lisant 'm...' pour 'merde' ou 'c...' pour 'couilles', mais n'oublions pas que Flammarion a publié le livre en 1982 et que si de Gaulle a pu dire 'merde' et 'couilles' dans l'intimité, l'éditeur ne s'est pas cru autorisé à user de la même liberté avec ses lecteurs. La France immaculée, encore toute choquée du scandale Noëlle Noblecourt, n'aurait pas permis une telle incartade ! Rappelons pour mémoire qu'en 1964, Noëlle Noblecourt, jeune et jolie speakerine de 20 ans, était virée de l’émission "Télé dimanche" pour avoir osé porter une jupe laissant apparaître ses genoux à l’antenne. Après un coup pareil, même 18 ans après, les 'couilles' ne sont toujours pas prêtes à passer... :D (me pardonnera-t-on cette trivialité, même aujourd'hui ? Va savoir...)

Revenons à nos moutons et découvrons le florilège du petit gaulliste iconoclaste, sachant que c'est de Gaulle qui nous parle (je n'ai fait que souligner en gras certains passages) :

Si, en 1945, j’avais créé une sorte de dictature militaire, ça se serait terminé par une catastrophe nationale au profit des communistes. Il fallait donc laisser s’installer cette soi-disant démocratie, mais en la condamnant par avance. Je leur ai attaché une casserole dont ils ne se débarrasseront pas (les politiciens) et, pendant ce temps, le pays s’habituera à l’idée des disciplines nécessaires. (p. 65)

La démocratie est finie. J’ai rendu la parole au suffrage universel, j’aurai été le dernier démocrate ! Ils finiront dans la m…, littéralement. Ils ne sont même pas mûrs pour leur propre dictature, car pour cela il faut des c...et ce sont des chapons ! Mais ils s’accrocheront, ce sont des bêtes blessées, ils mordent, ils bavent. C’est pourquoi il faudra, pour les chasser, la catastrophe. Je mise sur la catastrophe et non sur les élections. (p. 73)

Mais où reste-t-il une force morale, un sens de la grandeur. (…) En Allemagne, il n’y avait pas que les nazis. La Reichswehr, dans sa moelle, avait la sens de la grandeur allemande, les Eglises aussi, les intellectuels. Mais, à Nuremberg, on a tout confondu, on a pendu les généraux . Voilà l’erreur ! (p. 80)

Je ne crains pas la mort. Mais il y a des choses qu’on désire faire. J’espère, avant de mourir, avoir débarrassé ce pays de ses politiciens. ( p. 81)

Si c’étaient des lions (les gaullistes), les choses ne seraient pas ce qu’elles sont. (p. 83)

Au fond, toute la différence entre les autres et moi, c’est que la France n’est plus une grande nation, qu’ils y consentent et moi pas. « Ne troublez pas son agonie. » Eh bien, on la conduira peut-être en terre, mais je ne mènerai pas l’enterrement. Eux oui, moi pas ! (p. 88)

Du Général qui a évoqué la situation de Napoléon Bonaparte en 1848-49 : « Bien entendu, je ne ferai pas l’Empire, parce que je ne suis pas le neveu de Napoléon et qu’on ne fait pas l’Empire à mon âge.Il n’y a de possible que la République. Mais il faut en finir avec le régime des partis. » (p. 90)

Le pays se complaît dans l’ignominie, il a consenti, depuis 1940, à ne plus être un grand pays. De Gaulle, c’est l’effort, et personne ne veut consentir le moindre effort. Ils ont admis qu’ils n’étaient plus de taille. A chaque crise, ils descendent un peu plus bas. (p. 120)

La France se meurt et il n’y a plus de recours. Je le dis avec tristesse mais c’est le fait. Je suis comme le prêtre de Flers et Caillavet : « J’ai fait ce que j’ai pou mais je n’ai rien pou. » (p. 121)

Didier, Reynaud, etc., ils sont pressés. Ils n’ont pas, comme moi, leur destin derrière eux. (J’en conclus, dira Pompidou, qu’il sera dans l’action, toujours freiné par le désir de ne pas gâcher sa figure historique de 1940-45.) (p. 121)

Les individus peuvent comprendre, les corps constitués jamais. L’armée n’a jamais rien compris, ni le patronat, ni la classe ouvrière, ni l’inspection des Finances (...).Il y a des militaires qui peuvent être intelligents : l’armée, l’État-Major, jamais. C‘est pourquoi la conduite des États, c’est l’art de contraindre les corps constitués à se plier à l’intérêt général. (p. 121-122)

J’ai sauvé la face, mais la France ne suivait pas… je ne serai pas au pouvoir... Qu’ils crèvent ! C’est le fond de mon âme que je vous livre : tout est perdu. La France est finie. J’aurai écrit la dernière page. (p. 128)

La France est méprisable, et d’ailleurs méprisée. Quel besoin de sauver la liberté ? Pour ce qu’ils en font… (p. 128)

En 1940, la France était occupée. Par suite, j’ai pu faire croire qu’elle était avec moi. Mais, cette fois, elle est là et tout le monde est obligé de voir ce qu’elle est. (p. 129)

Voyez-vous, il y a deux moteurs à l’action des hommes, la peur et la vanité. Ou c’est la catastrophe et alors la peur domine. Ou c’est le calme et alors c’est la vanité. (Pompidou objectant : on peut remplacer le mot vanité par le mot honneur) Détrompez-vous : il n’y a pas d’honneur en politique. C’est pourquoi ou je ferai ce que je voudrai parce qu’ils auront peur, ou ils me trahiront. (p. 132)

Ceux qui célèbrent aujourd’hui Pétain le font pour des raisons basses, parce qu’il leur a évité de se battre. Il a sauvé les meubles, mais il ne s’agissait pas de meubles. Il s’agissait de la France. Heureusement que j’étais là. (p. 134)

C’est par les élites que tout pourrit. (p. 138)

Avoir réussi, en n’exigeant pas l’extradition des Allemands, à faire qu’Oradour soit une affaire entre Français et Alsaciens. C’est les Alsaciens qui ont détruit Oradour ! Ils étaient douze sur quatre cents ! (p. 140)

Je ne suis pas contre la Communauté de défense, même pas contre le Pacte atlantique. Mais je ne veux pas donner la France à Adenauer. Ou alors, ce n’était pas peine de faire la Résistance. (p. 142)

L’homme n’est plus maître de son œuvre. Le monde ne résistera pas à l’appel du néant. (p. 146)
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Re: Pour rétablir une vérité.

Messagepar coriolan » 05 Mai 2017 16:30

de Gaulle a écrit: Ceux qui célèbrent aujourd'hui Pétain le font pour des raisons basses, parce qu’il leur a évité de se battre. Il a sauvé les meubles, mais il ne s’agissait pas de meubles. Il s’agissait de la France. Heureusement que j’étais là. (p. 134)

Il me semble que le dernier mot est tronqué, de Gaulle a sûrement voulu dire "là-bas", en Angleterre ! "Là", dans le sens "ici" en langage courant relève en ce cas d'espèce d'une pathologie verbale. Celui qui était là (ici, en fait), c'était le Maréchal Pétain ! Toutes les autorités politiques avaient fui à Tours puis à Bordeaux. L'armée avait instauré "la débâcle" et de Gaulle avait émigré à Londres tandis que le peuple français était resté orphelin sous la botte allemande.

Alors, dans un dernier sursaut patriotique, les deux Chambres réunies à Vichy, en zone libre, le 10 juillet 1940 ont voté un projet de réforme constitutionnelle (1) et donné tous les pouvoirs au gouvernement de la République sous l'autorité et la signature du Maréchal Pétain (gloire de Verdun - 1914 - et dernier espoir des Français) à l'effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l'Etat français afin de garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie.

Pétain, âgé de 84 ans,(2) avait déjà été appelé à la présidence du Conseil, un mois plus tôt, le 16 juin 1940 et, le 17 juin, au cours d'un célèbre discours aux Français il avait déclaré : " je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur ".

Tout ceci pour rappeler que, lui, il était. Tant qu'à faire de rétablir une vérité...

(1) Par 569 voix 'pour', 80 'contre' et 17 abstentions. Un score à faire rêver !
(2) Seuls ceux qui ont atteint cet âge pourront juger de ce que cela peut représenter comme abnégation. J'en suis.
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Re: Pour rétablir une vérité.

Messagepar spartac » 07 Mai 2017 13:27

coriolan a écrit: C’est par les élites que tout pourrit.

Voilà une phrase qui devrait être montée en devise !
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Re: Pour rétablir une vérité.

Messagepar coriolan » 19 Juin 2018 11:54

Tant qu'à charger la mule, allons-y : https://ripostelaique.com/lappel-du-18- ... rique.html
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