EXHUMATIONS

Le verbe d'antan

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Messagepar coriolan » 16 Déc 2011 17:38

Absentéisme

Aujourd'hui, quand on parle d'absentéisme, on imagine tout de suite : perte de temps de travail, chute de croissance d'entreprise, certificats médicaux de complaisance, etc. C'est l'ouvrier qui est responsable, c'est l'employeur qui fait les frais des abus, de l'inconscience professionnelle de son personnel.

Au début du siècle précédent, c'était en quelque sorte le contraire.
Définition de l’époque (notre Larousse de 1908) : absentéisme : n. m. Mode d'exploitation de la terre, comportant, entre le propriétaire absent et le cultivateur, un intermédiaire : régisseur ou entrepreneur.

La partie encyclopédique du livre de référence précise :

" Provoqué par l'habitude qu'ont souvent les riches propriétaires de passer une partie de leur vie hors de leur pays, ce mode d'exploitation (l'absentéisme, voir ce mot : définition ci-dessus) rend impossible les baux à long terme, et grève la terre d'une charge de plus, l'intermédiaire. L'Irlande, l'Angleterre, l'Italie, la Roumanie, la Hongrie, entre autres pays, souffrent de l'absentéisme."

De nos jours, les riches salariés auraient-ils remplacé les "riches propriétaires" de jadis ? Autres temps, autres moeurs !

Note personnelle : Il n'y a pas d'autres définitions pour ce mot. L'absentéisme comme on le comprend aujourd'hui n'existait pas ! Le type trop souvent absent était purement et simplement mit à la porte, et le mot 'chômeur' n'existait pas non plus ! En revanche il y avait le nom ou l'adjectif 'absentéiste' : qui pratique ou approuve l'absentéisme, mais l'absentéisme tel qu'on le concevait alors.
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Messagepar coriolan » 17 Déc 2011 18:05

Aéronef

Ce jour d'hier : appareil à l’aide duquel on tente de s’envoler et de se diriger dans les airs ;

Ce jour d'hui : tout appareil capable de s’élever et de circuler dans les airs.

Dans ce « on tente de s’envoler et de se diriger » on perçoit la prudente réserve du rédacteur quant à l’avenir de ces aéronefs.

Au mot ‘aviation’, la partie encyclopédique nous dit qu’il y aurait deux types d’essais dans ce domaine :

1°)- les hommes volants qui, pour force motrice, utilisent les muscles humains.

2°)- les machines volantes qui ont recours à un moteur mécanique, à savoir :
- l’hélicoptère qui a pour organe des ailes hélicoïdales actionnées par un ressort ou un moteur ;
- l’orthoptère qui cherche à imiter le vol ramé de l’oiseau au moyen d’ailes battantes ;
- l’aéroplane qui a pour objet d’imiter le vol plané de l’oiseau, au moyen de surfaces planes animées dans leur ensemble d’un mouvement de propulsion horizontal.

Et le rédacteur de conclure, pour chacun de ces types de locomotion aérienne :
- les hommes volants : presque tous les inventeurs se tuèrent au cours de leurs essais, ou ne réussirent pas ;
- les hélicoptères : les résultats obtenus ont été à peu près nuls ;
- les orthoptères : les résultats ont été insignifiants ;
- les aéroplanes : toutes ces machines ont besoin d’être lancées avant de faire usage de leur moteur. La grande difficulté pour le fonctionnement de l’aéroplane est d’obtenir une stabilité absolue.

Les progrès ont cependant été rapides, et plus qu’on ne le pense, puisque c’est le 25 juillet 1909 – année de sortie de l’ouvrage de référence – que Louis Blériot réussit la première traversée maritime aérienne, de Calais à Douvres. Concorde pointait son nez à l’horizon… !

Et cependant, en 1908, le brillant astronome William H. Pickering, professeur à l'université de Harvard (rien que cela !), avait déclaré: "L'imagination populaire évoque souvent de gigantesques machines volantes traversant l'Atlantique avec des passagers à bord ; comme le font nos paquebots modernes. On peut dire sans risque de se tromper que ces idées sont absolument chimériques." Soixante et un ans plus tard un enfant de cinq ans lui aurait infligé un cruel démenti : non seulement des passagers traversaient journellement l'Atlantique à des vitesses supersoniques, mais encore certains d'entre eux, par des moyens plus sophistiqués, étaient allés jusqu'à démystifier la Lune, la louchon, au grand dam de notre ami Pierrot !
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Messagepar coriolan » 18 Déc 2011 14:14

Affidé

Voici un mot qui n’a pas supporté l’usure du temps. Naguère c’était l’adjectif qui allait comme un gant à l’ami dévoué, celui à qui l’on peut se fier : un ami affidé. En tant que nom, il désignait un agent secret, donc une personne en qui l’on pouvait avoir confiance – quand elle était dans votre camp, bien sûr !

Aujourd’hui, est-ce l’effet des deux guerres, il est devenu péjoratif : c’est toujours celui à qui l’on se fie mais pour commettre une action répréhensible, il désigne l’individu affilié à une société secrète, un complot dans l’exécution de desseins coupables !

La finalité d’une action dépendant surtout du vent de l’Histoire, je propose qu’on ne retienne du mot que son origine latine : affidare, promettre, le dégageant de toute intention bonne ou mauvaise ; l’ami affidé étant celui sur qui on peut compter sans faille ; le reste n’étant qu’une question d’appréciation…

Je suggère donc qu’on le réhabilite, c’est-à-dire, pour ce faire, qu’on l’utilise fréquemment.

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Messagepar coriolan » 19 Déc 2011 14:54

Appéter

Appéter : désirer ardemment, l'estomac appète les aliments.

L'estomac appétant les aliments, je me risque à supposer que nous tenons, là, l'origine de l'expression lancée à table quand, en guise de bénédicité, un allobroge s'exclame : " Je la pète ! " :lol:

(1) Allobroge : homme grossier. (voir lexicaduc)
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Messagepar coriolan » 20 Déc 2011 13:38

Automobile (1ère partie)

Nom d’abord masculin, on disait : Un automobile ; noblesse oblige ! (vilain phallocrate !)

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est bien avant que les femmes ne se missent à conduire couramment que le mot s’est féminisé. La mutation eut lieu au cours de la première partie du XXème siècle.

Je ne résiste pas au plaisir de rapporter la définition de l’époque : « voiture qui marche à l’aide d’un moteur à vapeur, à l’électricité, à pétrole, à air comprimé, à gaz, etc. »

Après maints détails historiques relatant l’histoire de l’automobile de Cugnot (1765) à Serpollet (1858-1907), moult précisions techniques largement dépassées - comme on le comprend, on nous précise que :

" L'immatriculation du véhicule consiste alors en l’application à l’avant et à l’arrière d’un numéro (trois chiffres au plus), accompagné d’une ou deux lettres qui varient selon les régions et correspondent à celles dont sont affectés les arrondissements minéralogiques, comme nous l’indiquons dans le tableau ci-dessous :

A – ALAIS : Ardèche, Gard, Lozère, Hérault.
R – ARRAS : Pas-de-calais, Oise, Somme.
B – BORDEAUX : Charente, Charente-Inférieure, Dordogne, Gironde, Lot-et-Garonne, Gers, Landes, Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées.
C – CHALONS-SUR-SAÔNE : Ain, Saône-et-Loire, Côte d’Or, Doubs, Jura, Yonne.
H – CHAMBERY : Savoie, Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Drôme, Isère.
F – CLERMONT-FERRAND : Cantal, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Allier, Nièvre.
D – DOUAI : Nord, Aisne.
L – LE MANS : Ille-et-Vilaine, Mayenne, Sarthe, Côtes-du-Nord, Finistère, Loire-Inférieure, Morbihan.
M, V – MARSEILLE : Basses-Alpes, Vaucluse, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Corse, Var.
N, O – NANCY : Meurthe-et-Moselle, Meuse, Marne, Vosges, Aube, Haute-Marne, Haute-Saône.
P, R – POITIERS : Maine-et-loire, Deux-Sèvres, Vendée, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loiret, Vienne, Cher, Corrèze, Creuse, Indre, Haute-Vienne.
Y ou Z – ROUEN : Eure-et-Loir, Seine-et-Marne, Seine-et-oise, Calvados, Eure, Manche, Orne, Seine-Inférieure.
S – SAINT-ETIENNE : Loire, Rhône.
T – TOULOUSE : Ariège, Haute-Garonne, Aveyron, Lot, Tarn-et-Garonne, Tarn, Aude, Pyrénées-Orientales.
E, G, I, U, X – PARIS : Seine.


Je vous laisse apprécier l’ordre alphabétique ! Et surtout la référence ALAIS pour le A, chef lieu d’arrondissement du Gard qui, de nos jours, a disparu du dictionnaire des communes. Et pour cause, en 1926, l'orthographe du nom de la ville, fixée au XVIIe siècle, est rétablie. Alais redevient Alès.
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Messagepar coriolan » 21 Déc 2011 12:13

Les avatars d’Alles, Alais, Alès.

Suite à la particularité récemment relevée (voir article AUTOMOBILE – 1ère partie – ci-dessus ) en ce qui concerne la ville d'Alès, j’ai écrit au service des Archives du Gard pour connaître le pourquoi du comment dans cette affaire de changement de nom : Alais en Alès.

Voici la réponse que j'ai reçue :

"• C'est le décret ministériel du 29 juillet 1926 qui décide que "la commune d'Alais (canton et arrondissement d'Alais, département du Gard) porterait à l'avenir le nom d'Alès".

• Il est intéressant d'en connaître les raisons. Elles sont contenues dans un rapport que fait parvenir en 1914 la Société Scientifique et Littéraire d'Alais à la Municipalité afin que celle-ci rétablisse l'orthographe du mot Alès. Le président de cette association, Alcide Blavet, appuie son argumentation sur 3 points : la tradition, l'étymologie et la prononciation.

* L'origine celtique ALLES signifie pays élevé, par rapport à Namoz (Nîmes) pays plat.

* Les Romains l'appelèrent ALESTUM - ALEST.

* Au Moyen - Age, nous trouvons ALEZ en roman.

* Sur les deux chartes de 1200, accordant des privilèges aux habitants, il est dit sur l'une ALEST, sur l'autre ALESTI.

* La paix d'ALES (1629) fut signée avec cette orthographe.

* Enfin, la prononciation locale du mot Alès (a-laisse) témoigne de l'ancienne dénomination. Alais aurait dû se prononcer comme Calais ou Beauvais, ce qui n'a jamais été le cas.

• Une erreur de scribe serait à l'origine de la modification d'orthographe. La graphie Alais se trouve pour la première fois dans une lettre adressée en 1629 par le roi Louis XIII au Parlement de Paris. A partir de 1694, elle est employée exclusivement dans les actes officiels.
"

Je pense que ce complément d'information ne sera pas pris pour une ultime provocation et que la dernière graphie d’ALES survivra !
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Messagepar coriolan » 23 Déc 2011 19:16

Automobile (2ème partie)

Texte intégral :

Nul ne peut conduire un automobile s’il ne possède pas :

- le récépissé de déclaration de son véhicule ;

- un certificat de capacité. Celui-ci s’obtient en adressant au préfet (préfet de police à Paris) une demande (sur papier timbré à 0 fr. 60) ; à cette demande sont joints :

a) un certificat de domicile délivré par le maire ( à Paris par ce commissaire de police du quartier ;
b) une pièce d’identité (acte ou bulletin de naissance, livret de mariage ou militaire, etc.) ;
c) deux photographies non collées.

Le certificat est fourni sur la demande régulièrement établie et après examen pratique subi en présence du service des mines (ou de l’Association générale automobile).

L’ « Association générale automobile » a établi un code de signaux de route que nous donnons ci-après. Ces signaux, placés à quelque distance de l’endroit qu’ils précisent, rendent de grands services et évitent bien des accidents le chauffeur étant prévenu à temps pour modifier son allure.

Dr. fiscal. Les automobiles sont passibles de la contribution sur les voitures, chevaux, mules et mulets et soumis par suite au paiement d’une taxe qui varie selon la population de la commune où réside le possesseur, et d’autre part selon le nombre de places et celui des chevaux-vapeur. Les automobiles sont en outre passibles de la taxe des prestations.

Petits commentaires : ainsi, pour 0,60 Fr. de ce temps-béni-là, vous aviez votre permis de conduire ! En revanche on constatera que, déjà, l’automobiliste prenait le chemin de l’étable des vaches à lait ! Il était passible de la taxe de prestation qu’il payait déjà en tant que : « habitant de la commune, mâle, valide, âgé de 18 ans au moins et de 60 ans au plus, célibataire ou marié, quelle que soit sa profession, pourvu qu’il soit porté au rôle des contributions directes. » A noter que la prestation pouvait être payée en nature, au gré du (et non de la) contribuable !

Le code de signaux de route se composait de 15 graphiques :

- descente rapide,
- montée,
- virage à droite,
- virage à gauche,
- virage avec montée,
- virage avec descente,
- dos d’âne,
- caniveau,
- passage à niveau,
- passage en dessous,
- rails en saillie sur route,
- mauvais pavé,
- croisement dangereux,
- descente sinueuse avec mauvais virage,
- village.

Tout ça, su par cœur avec 0,60 fr. pour le préfet, et... roule ma poule…
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Messagepar coriolan » 25 Déc 2011 19:54

Badaud - Bistrot

Badaud :

qui était jadis, entre autre, " niais, qui regarde tout, admire tout et croit tout ce qu'on lui dit", n'est plus qu'un " promeneur curieux de tous les spectacles de la rue". Il flâne toujours mais il a perdu sa naïveté.

Baguenauder :

qui était " s'amuser à des choses vaines et frivoles" est devenu " se promener sans but précis ; flâner. De nos jours, ce n'est plus vain et frivole, c'est l'époque du temps libre.

Berceuse :

prédécesseur du " rocking-chair" mais qui le remplacerait avantageusement. ( Voir Dorlotine)

Billonner :

dont un des sens est de " trafiquer illégalement avec des monnaies " était donné pour vieux en 1908 ; il ne l'est plus en 1988 en devenant une forme de labourage ou une technique de tronçonnage des arbres abattus. Les voyous s'amenderaient-ils, enfin ?

Bistro (ou bistrot en 1988) :

de " populaire" est devenu "familier". C'est un progrès. En revanche, le populaire a créé le mot BISTROQUET comme s'il lui fallait absolument un mot à lui...
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Messagepar coriolan » 28 Déc 2011 14:37

Aujourd'hui

Décidément, à croire que tous les lexicographes se sont donné le mot : ils veulent absolument que l'adverbe "aujourd'hui" soit un pléonasme au motif que hui , mot de l'ancien français venant du latin hodie, veut dire 'jour'. Rien n'est plus faux ! Si l'origine donnée est exacte, le dictionnaire Larousse du début du siècle précédent est formel : hui est (était) un adverbe servant à désigner le temps du jour où l'on est. Il y a le jour de la veille et le jour présent ; le jour d'hier et le jour d'hui.

Hier et Hui sont deux adverbes de temps.

Qu'à notre époque où le français est si fréquemment bafoué, on puisse penser que nos ancêtres étaient suffisamment idiots pour écrire : le jour de ce jour, comme on dit bêtement d'ailleurs : au jour d'aujourd'hui, aurait quelque chose de blessant si ça n'était pas quelque peu ridicule !

N'empêche, ça se dit et redit ! Il faut y remédier !Ce que je tente de faire... ici et ce jour d'hui.
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Messagepar coriolan » 29 Déc 2011 17:03

Blair - Boueur

Blair

Terme argotique en 1908 et devenu populaire en 1988. S'il est donné familier en 2068, il faudra s'attendre à son entrée sous la coupole en 2148 !
Ca, c'est voir plus loin que le bout de son nez, non ?


Bleu

Le "petit bleu", vin ordinaire, a tourné au "gros bleu", vin d'un rouge violacé, de qualité médiocre. Il ne s'est pas bonifié avec le temps ; un comble pour un vin!

Bouche que veux-tu (s'embrasser à)

Jadis c'était "avec abondance et recherche", aujourd'hui, c'est "avec entrain, avec un plaisir évident". On a sacrifié la qualité à la qualité... à moins que ce ne soit l'inverse ! Bref, on a marqué son temps.

Boueur

Il a pris une lettre (de noblesse ?) en devenant EBOUEUR. C'est mieux que BOUEUX, qui s'emploie néanmoins.
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Messagepar coriolan » 30 Déc 2011 18:47

Bouquiner - Brifer

Bouquiner :

Sachant que ce verbe peut vouloir dire, d'une part, "lire" et, d'autre part, "couvrir la femelle, en parlant d'un bouc" ; sachant également qu'en terme populaire, un bouc est un mari malheureux, à qui oserai-je avouer que tous les soirs je bouquine une heure ou deux ?

Branlette :

Aucun rapport avec ce qui précède. On a vu, dans le lexicaduc, qu'en 1900 la branlette était une partie de la canne à pêche - la partie flexible, si j'ai bonne mémoire. De nos jours, sans préciser si c'est toujours une partie de plaisir (mais on notera le rapprochement !), on n'y va pas par quatre chemins : se faire une branlette, c'est se masturber. Nécessité fait loi ; la pudeur ? On s'en branle.

Dans l’édition du centenaire, le mot a disparu ! Plus rien pour pêcher ni pécher !

Quant à la masturbation, puisque le sujet nous y invite, si en 1988 c’est ‘procurer des jouissances sexuelles par des attouchements manuels’, en 1908, on était plus moderne que ça car, à la main, on y adjoignait éventuellement ‘un objet quelconque’ pour des ‘jouissances vénériennes’ (l’adjectif n’était pas réservé qu'aux maladies).

L’objet en question est innommé en 1908, il s’appelle ‘godemiché’ en 1988 et disparaît de la circulation dans l’édition du centenaire !

On est vraiment peu de chose…


Braque :

(au sens figuré et familier) était un étourdi, un écervelé. De nos jours, le temps aidant il est devenu : légèrement déséquilibré, fantasque et cinglé. Encore un qui ne s'est pas arrangé en vieillissant !

Brifer :

(au sens de 'manger' : Brifer un pain) a grossi d'un 'F' (BRIFFER). Comme dirait ma femme : "Pas étonnant, si c'est un pain à chaque repas !" En plus, il a perdu de sa noblesse en passant de "populaire" à "argotique". La déchéance, quoi !

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Messagepar coriolan » 16 Jan 2012 19:29

Catimini - Clergesse

catimini :

J'aime ce mot non pas en sa qualité de locution adverbiale, mais en tant que nom au sens premier du mot ( du grec katamênia : menstrues. De l'avis d'un homme, avoir ses catiminis a plus charme que ses règles (un peu vulgaire) ou ses menstrues (beaucoup barbare). Et vous ?

chéquard :

'Personne qui vend son intervention'
Il me semble nécessaire de ressortir ce mot qui convenait si bien à bon nombre de politiciens véreux...déjà !

claque-patin :

' Homme dont la savate claque contre le talon '
C'est plus qu'un mot, plus qu'une photo ; c'est déjà un film !

clergesse :

' Femme savante ou pédante.'
Egalité des sexes oblige ! Il nous faut bien un mot spécifique, donc exhumer celui-ci pour désigner nos nouvelles femmes modernes et si cultivées.

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Messagepar coriolan » 18 Jan 2012 19:45

Cocodès - Coquefredouille

cocodès et cocodette :

Jeune homme d'une élégance outrée et ridicule.
Fille de moeurs légères.

Ces deux-là, je les trouve pittoresques. Bien qu'ils n'aient pas le même sens, je les associe dans le même esprit de frivolité un peu ridicule avec ce que cela implique pour ces demoiselles !

collignon :

(du nom d'un cocher assassin - 1855) Arg. Nom injurieux donné à Paris aux cochers.

Exhumé parce que, lancée entre automobilistes, l'injure réveillera peut-être de vieux souvenirs aux pavés des rues... là où il en reste !

contadin :

Qui habite la campagne.

A réhabiliter d'urgence pour faire un pendant idéal à citadin (cittadino, contadino)

coquefredouille :

Pauvre hère.

Lorsqu'on a la chance de disposer d'un mot pareil dans son patrimoine, il est criminel de le laisser mourir !
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Re: EXHUMATIONS

Messagepar coriolan » 19 Jan 2012 16:52

Chier - Clémentine

chier :

"Faire les gros excréments". Donné pour 'bas et grossier' au début du siècle dernier, s'est élevé au niveau du langage courant - à moins que ce ne soit l'homme moderne qui se soit abaissé au niveau du "caca" ! De nos jours, outre pour sa fonction première, il est très usité :
- Ca va chier (des bulles ?) ;
- Il n'y a pas à chier ;
- On chie dans les bottes de quelqu'un (ou dans la colle !) ;
- On en chie des bulles (ou des ronds de chapeaux) ;
- On envoie chier quelqu'un, on le fait chier et, qui plus est, on se fait chier ;
- Enfin, on est à chier quand on n'est pas beau... ou qu'on l'est trop !

Il y en a pour tous les goûts ; cette énumération est à chier !

chômage :

La désignation ancienne du mot tenait en deux lignes :
" Période d'inactivité pour une industrie : Le chômage du canal. Temps que l'on passe sans travailler : Le chômage du dimanche.

Actuellement, sur 63 lignes, le Larousse emploie des expressions inconcevables, incompréhensibles il y a 80 ans. (1)
- Toucher le chômage !
- Allocation de chômage,
- Chômage caché,
- Chômage déguisé,
- Chômage transféré,
- Chômage partiel total (sic)! !
ainsi qu'un sigle qui revient souvent : "ASSEDIC", sans que le rédacteur éprouve le besoin d'expliquer de quoi il s'agit, donc d'usage vraisemblablement courant.

Note : Le mot "chômeur" n'existait pas en 1900.

(1) Je rappelle que les 80 ans sont l'espace temps qui sépare l'année de référence du 1er Larousse (en deux volumes) en ma possession et 1988, l'année de la publication du larousse comparable (en cinq volumes).

clémentine :

Le clémentinier créé en Algérie à la fin du XIXème siècle (merci la France !) n'avait pas encore donné en 1908... du moins officiellement puisqu'on ne trouve pas de 'clémentine' dans l'ancienne édition.

NB- Le prochain mot exhumé étant 'CLITORIS', prière de retenir sa place 48 heures à l'avance, nous risquons d'exhumer à guichets fermés !
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Re: EXHUMATIONS

Messagepar coriolan » 22 Jan 2012 13:21

Clitoris - Comportement

clitoris :

La définition n'a pas changé : "Petit organe érectile, situé sur la partie supérieure de la vulve". Voilà qui décourage les jeunes curieux ! Toutefois, de nos jours, pour récompenser les élèves studieux, il est précisé : "C'est un important organe érogène." Le bon élève désireux d'en savoir davantage se précipitera sur l'"érogène" en question où il découvrira que ledit organe est susceptible de manifester une excitation de type sexuel. Il eût été surprenant qu'à notre époque on ratât une occasion pareille de parler de sexe ! Quoi qu'il en soit la persévérance est récompensée et le jeune curieux, ravi.

clochard :

En 1908, pas de clochard ! Le mot qui fait référence au clocher est cependant bien joli. En revanche, on ne lésinait pas, en ce début de siècle, sur des appellations très imagées : claquedents, claquefaim et autres claque-patins.

compliments :

En 1900, on présentait ses compliments ; aujourd'hui, on les adresse, ça va plus vite. De surcroît, quand on les fait, c'est rare que ce soit pour complimenter - c'est une question de ton. Comprenne qui pourra !

comportement (manière dont on se comporte) :

Etait réputé 'vieux'. De nos jours, rien que sur la psychologie du comportement, on nous en balance 34 lignes ! Et depuis ? Ca va mieux, merci.
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Re: EXHUMATIONS

Messagepar coriolan » 25 Jan 2012 17:00

Conard - Couille

conard :

Naguère il n'y avait pas de conard. De nos jours, il y en a tellement qu'on a dû prévoir une seconde orthographe : CONNARD et même revenir à sa racine première : CON employé dans un style très illustré, tel que : Con comme un balai (de préférence 'sans manche'), voire comme la lune. Autre connerie : alors que le sexe de la femme est un CON ( du latin cunnus), on a inventé le féminin CONNE ; c'est con !

côte :

Dans la première édition de mon dictionnaire de référence, la partie encyclopédique qui suivait la définition du mot était ainsi rédigée - en ce qui concerne le droit d'aliénation de chaque Etat : " ... Toutes les nations ont des droits égaux sur la mer, qui est leur patrimoine commun. Mais il est admis que chacune d'elles a un droit de protection, de police, de juridiction sur une certaine étendue de mer baignant ses côtes. C'est ce qu'on a appelé la mer territoriale, prolongation de la frontière des Etats. Elle s'étend, sauf convention contraire, jusqu'au point de chute, de plus en plus reculé par la science, des projectiles lancés du rivage."

Ce "point de chute des projectiles" laisse rêveur ! Et pourtant, avant les V1 et les V2, soit 35 ans d'histoire seulement, c'était toujours vrai. Et les Allemands, premiers 'lanceurs de projectiles' vers l'Angleterre, avaient priorité sur les Anglais ; ils étaient chez eux jusqu'à Portsmouth ! Moi, je serais d'eux, je demanderais réparation...

couille :

Triviale en 1909 est devenue populaire en 1989 avec son cortège illustré "faire une couille, avoir des couilles (au cul, de préférence - mais allez savoir pourquoi ? -), avoir les couilles molles et partir en couille... Bref, on peut en trouver d'autres.

Petite anecdote véridique
: Un typographe ayant fait une coquille dans son texte, s'est excusé en ces termes, dans le numéro du lendemain : "Nos lecteurs auront corrigé d'eux-mêmes la coquille de la veille etc. et comble de malchance, en oubliant le 'Q' de coquille, il fit un coquille supplémentaire, ce qui donnait : "Nos lecteurs auront corrigé d'eux-mêmes la couille de la veille etc. Il y a des jours comme ça...
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Messagepar coriolan » 26 Jan 2012 16:51

Démophile - Déjudaïser

Démophile :

Ami du peuple.

Nom joli, s'il en fut ! Je l'élèverais même au rang des noms propres pour tenir compagnie aux Théophile. Après tout nous sommes plus près du dêmos que du théos.

Dab ou Dabe :

Arg. Père, maître, patron.

Non seulement je suis surpris de trouver ce mot argotique en 1900, mais encore stupéfait d'apprendre qu'il avait un féminin "dabesse", et que Dieu lui-même n'échappait pas à l'appellation de "grand dab" ...et sans 'd' majuscule !

défaillir :

Ce verbe qui aujourd'hui ne pose guère de problèmes avait, en 1900, une conjugaison très restreinte. En revanche on disait quelquefois, au présent : je défaux, tu défaux, il défaut ; au futur : je défaudrai ; et au conditionnel : je défaudrais. C'était un barbarisme de dire : je défaille. J'en défaille !

déjudaïser :

" Faire cesser d'appartenir au culte juif " Ce verbe a disparu... depuis l'affaire Dreyfus, sans doute ! On peut toujours déchristianiser mais plus déjudaïser. Toutefois, comme certaines défections cultuelles peuvent être constatables et qu'il faut bien un mot pour en rendre compte, on a admis DEJUDAÏSATION, en précisant qu'il s'agissait d'un " abandon progressif, par certains juifs, des pratiques etc. " On notera que l'initiative doit être le fait des juifs et non de tiers ; des fois qu'on y voit de l'antisémitisme !
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Messagepar coriolan » 29 Jan 2012 18:30

Dépôt - dynamide

dépôt :

Bien qu'on en ait parlé récemment sur l'un de ces forums, il me faut reprendre le mot dans cette suite. Sous ce nom figure dans l'édition de 1908 l'expression 'Dépôt de mendicité', avec pour légende "établissement public où l'on nourrit les personnes sans ressources en les obligeant au travail." Aujourd'hui il y a les 'restos du coeur' où, au mépris de la dignité humaine (dont on fait tant cas par ailleurs...) on nourrit les pauvres sans contrepartie... comme des chiens, quoi !

dessiller ou déciller : Au début du siècle, il y avait le choix. Or, sachant que ce mot vient du vieux français ciller : coudre les paupières d'un oiseau de proie pour le dresser, je me demande pourquoi on a rejeté la graphie DECILLER alors que ce verbe veut dire 'ouvrir les yeux' ? Là, je comprends qu'on demande une réforme de l'orthographe ! (1)

dimanche :

C'était le premier jour de la semaine ; maintenant, c'est le dernier. Quand je vous disais que tout se dégrade...

dynamide :

Pour conclure la série des 'D' sur une note hautement scientifique, j'offre la définition de ce mot qui ne pouvait que disparaître : N.m. "Atome matériel, entouré d'atomes d'éther qui se groupent autour de lui sans obéir à la gravitation générale."

Il n'y a plus qu'à baisser le rideau !

Mais... dans 80 ans, combien y aura-t-il d'autres baissers de rideau de ce genre ? Que restera-t-il de nos belles certitudes ?



(1) Quand j'ai écrit ce texte, dans les années 1990-1992, j'ai ajouté, en renvoi, "C'est fait ! Dans un rapport du 19 juin 1990, le Conseil supérieur de la langue française propose DECILLER au lieu de DESSILLER. Cet 'ajustement' a été accepté par l'Académie française."

Las ! Aujourd'hui, en 2012, je dois constater avec regret que les dictionnaires (Larousse en tout cas) n'ont pas suivi cette recommandation, on écrit toujours DESSILLER !

A ce sujet, je dois dire que ce n'est pas le rôle des dictionnaires de juger de l'orthographe des mots. Ils recensent ceux qui sont employés par la rue, c'est tout. Si le mot et son sens appartiennent au peuple, son écriture appartient à l'élite de ce peuple; on ne peut pas toujours tout attirer vers le bas !
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Messagepar coriolan » 30 Jan 2012 17:12

Ebrener - éjaculation

ébrener :

Nettoyer de ses excréments : ébrener un marmot.

Puisque 'démerder' ne signifie plus ce qu'il devrait vouloir dire, je propose la réhabilitation d'ébrener ; il faut bien un mot pour rendre compte de la chose !

ébrieux : Adjectif signifiant 'causé par l'ivresse' était, en 1900, signalé inusité' ! Autres temps, autres moeurs, il est très usité de nos jours et pour un peu on adjoindrait à la définition un dessin animé sur la démarche dite "ébrieuse".

Au sujet des termes 'inusités', je suis toujours surpris de rencontrer dans un dictionnaire censé être le répertoire des mots en usage, des termes suivis de la mention 'INUS.'. Rien qu'à la lettre 'E', outre EBRIEUX j'ai relevé ELASMIE (fanon), ELEMENTE (composé d'éléments) et EMENDATIF (qui corrige, réforme) ; qui m'expliquera ?

économiseur :

" Dispositif (...) destiné à procurer une économie de combustible. (On dit plus souvent RECUPERATEUR DE CHALEUR.) " Voilà qui en surprendra plus d'un quand j'aurai dit que ce n'est pas dans le plus récent, mais le plus ancien de mes deux dictionnaires de référence, que j'ai relevé cette définition.

éjaculation :

N.f. (...) Courte prière, émise avec ferveur.

Il faut bien l'avouer, selon le deuxième sens du mot, une petite éjaculation avant de s'endormir, si ça ne fait pas de mal, ça ne peut faire que du bien !
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Messagepar coriolan » 01 Fév 2012 14:38

Emmerder - exaction

emmerder :

Jadis, c'était d'abord et surtout : salir de merde, mais c'était trivial. De nos jours, c'est tout ce qu'on voudra : ennuyer, contrarier, embêter, importuner, agacer, créer toutes sortes de difficultés, tout, sauf salir de merde !

Et voilà pourquoi, sans doute, le mot n'est plus trivial mais populaire.

endettement :

Mot peu usité au début du siècle dernier. Il est vrai qu'il n'y avait pas encore de cartes de crédit !


enfiler :

Populairement c'était tromper, abuser avec pour exemple : 'se laisser enfiler'

Ouais... En 1988, et toujours populairement, se laisser enfiler serait plutôt se laisser pénétrer là où vous savez et comme vous le savez... Il est vrai que, dans le même esprit que celui de nos pères, c'est bien aussi parfois 'être trompé, tromper, et même abuser...'

- Aïe, aïe, aïe, sujet scabreux !- Sortons vite de là... (ce qui me rappelle cette réflexion blasée de la duchesse : "Enfin, Gontrand, entrez ou sortez mais cessez ce va-et-vient ridicule !")

enzyme :

Etait féminin jadis. Et puis un jour, dans la lessive, à la télé, à la radio, dans les journaux, bref partout où on lave du linge sale, il y a eu des gloutons qui sont apparus ! Des mecs, des mâles ! Sans blague ! Vox populi, vox dei, alors depuis ils sont comme qui dirait devenus 'biques-boucs' ! (ne cherchez pas l'expression dans le dico, elle n'y est pas encore...ou plus !)

exaction :

Le sens initial du mot était :' action d'exiger l'impôt, le tribut' et l'exacteur était celui qui exigeait ce qui était dû : un sévère exacteur de ses droits.

De nos jours l'exaction est l'action d'exiger non plus ce qui est dû, mais ce qui ne l'est pas ; ou davantage que ce qui est dû. Quant aux exactions, ce sont des actes de violence.

Moralité : Votre percepteur n'est plus un exacteur. Enfin, une bonne nouvelle...
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Messagepar coriolan » 02 Fév 2012 17:25

Fame - financer

fame :

Ce mot qui signifie 'réputation' a disparu, il n'est resté que "famé" : bien famé, mal famé. Cependant je suis persuadé que nous tenons dans ce mot l'origine de l'expression : un remède de bonne fame (et non de bonne femme). Si oui, il faudrait nous le rendre ; sinon, je propose qu'on l'adopte. En effet, un remède de bonne femme, ça ne veut pas dire grand-chose, et comme l'expression est toujours employée en bonne part, cela justifie qu'on écrive de bonne fame et, lorsque cela s'avère nécessaire, un remède de mauvaise fame sans que nos grands-mères s'en trouvent offusquées pour autant !

fat :

Aussi curieux qu’il y paraisse, le mot ne s’employait qu’au masculin, en tant que nom aussi bien qu’adjectif ! Mais depuis la prétention des femmes à l’égalisation des sexes, on s’est enfin rendu compte qu’il y avait – et pas qu’un peu – des sottes impertinentes, vaniteuses, suffisantes, prétentieuses, outrecuidantes et même plates, faites excuses ! L’édition du centenaire corrige l’évolution positive de 1988 en avouant que le féminin est tout de même assez rare ! Heu… Elle parle du mot, pas de la chose !

financer :

Etait un verbe familier qui signifiait : fournir de l’argent. Et 'familier' n’est pas un vain mot si l’on en croit ces deux alexandrins en vogue à l’époque :

« Un père est un banquier donné par la nature. »

ou encore :

« Un oncle est un caissier donné par la nature. »

en pastiche d’un vers de Legouvé, dans ‘La mort d’Abel’ (1)

« Un frère est un ami donné par la nature. »

Ces fournitures d’argent étaient bien en effet des affaires de famille.

Naturellement les mots FINANCABLE et FINANCEMENT étaient encore à naître puisque ENDETTEMENT était peu usité (voir plus haut). Ceci explique cela !
----------------------------------------

(1) Gabriel Marie LEGOUVE (1764-1812) à qui l'on doit ce merveilleux alexandrin : Tombe au pied de ce sexe à qui tu dois ta mère. (Le mérite des femmes). Des comme ça on en redemande ; dommage qu'il soit mort si jeune ! :lol:
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Messagepar coriolan » 04 Fév 2012 17:08

Flirter - fronde

flirter

En ce qui concerne la prononciation, il était précisé dans mon vieux larousse : " flir-té" (quelques-uns disent "fleur-té") et la définition " avoir un manège de coquetterie avec quelqu'un." Charmant, non ? En revanche, en 1988, le mot est familier et il signifie " Avoir des relations amoureuses plus ou moins platoniques avec quelqu'un." Qu'est-ce qu'une relation plus ou moins platonique ? Quand c'est plus, ça ne vaut pas la peine d'en parler ; quand c'est moins il est délicat d'en parler. Donc n'en parlons plus...

flopée ou floppée

C'était argotique et, en exemple, on donnait : "Une flopée de moutards". Aujourd'hui, c'est familier et on cite en conséquence " Une flopée d'enfants". Question de nuances.

football ou foot-ball

Définition donnée au début du siècle "Sorte de jeu de ballon, sport national des Anglais, répandu aussi en France (...). Ballon servant à ce sport: "Un football ovoïde".

On distinguait deux sortes de footbal : le football Rugby et le football Association. Le premier est celui que nous appelons communément : rugby, et le second foot.

fortuné

Signifiait exclusivement : "favorisé par le sort" et "qui donne le bonheur" : peuple fortuné et union fortunée. Ce mot employé dans le sens de "riche" : il est fortuné était un barbarisme.

fronde

Dans l'ancienne édition on trouvait les deux définitions suivantes : "Instrument fait d'un morceau de cuir etc. les frondes des anciens tuaient un homme à plus de 400 pas. Jouet d'enfant servant au même usage." Et on dira que c'est la télévision qui rend les enfants violents !
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Re: EXHUMATIONS

Messagepar coriolan » 05 Fév 2012 14:24

Garde-robe - gente

garde-robe

Appréciez le cheminement : C'était d'abord la chambre ou grande armoire qui renfermait les habits. Par extension, c'est devenu l'ensemble des vêtements eux-mêmes. Au grand siècle, et toujours par extension, c'est devenu le nom du corps des officiers préposés à la garde des vêtements du roi. Continuez l'extension, comme dans cette chambre adéquate on y rangeait également la chaise percée, le nom a été attribué à tout endroit de rangement de chaises percées. Poussez encore, c'est devenu la chaise percée elle-même. Poussez toujours - mais pas trop fort, merci ! - garde-robe a signifié cabinet d'aisances. Quand on allait 'à la garde-robe', on pouvait baisser son pantalon mais pas nécessairement pour en changer. Et puis, enfin, consécration suprême, c'est devenu un terme médical pour désigner les matières fécales. Joli parcours.

Quand votre femme vous dit que sa garde-robe, c'est de la merde, elle ne croit peut-être pas si bien dire !

gaudeamus

Chant religieux ou réjouissance. Repas joyeux.
Prononcez 'muss'

Commencer un repas que l'on veut joyeux en criant 'Gaudeamus !', ça vaut bien notre traditionnel et sans entrain 'Bon appétit' - que certains s'obstinent toujours à mettre au féminin ! -. Attention : Gaudeamus veut dire : réjouissons-nous ! C'est donc un mot qui ne se dit pas, mais se crie. Celui qui le crie doit faire partie des joyeux convives, en effet un restaurateur qui le lancerait à ses clients deviendrait ipso facto suspect!

génitoires

Ces nobles testicules qui font notre fierté de mâle ont été ravalées au rang de 'vieux pop.' ! Ca me la coupe...

gent, gente

Je rappelle que l'adjectif 'gent' (joli, gentil) n'est pas à l'usage exclusif des gentes dames. Moi, l'homme de bonne fame, je revendique l'appellation de gent homme. Qu'on le note.


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Messagepar coriolan » 07 Fév 2012 13:29

Gland - goguenot

gland :

qui, populairement, désigne l'extrémité renflée de la verge, désignait également naguère l'extrémité du clitoris.

Là, c'était chercher la petite bête !

godailler :

C'était faire des débauches de table. C'est, aujourd'hui, faire des faux plis. Aucun rapport, direz-vous ? Alors pourquoi remercier le petit Jésus d'avoir la peau du ventre bien tendue ? Hein ?

gongonner :

C'était un verbe familier pour dire qu'un vêtement allait mal et faisait des plis. J'aime ce mot pour sa phonétique. Un corsage qui gongonne, c'est une femme qui bougonne... ça lui fait des plis partout : sous les seins et sous les yeux ! Quand le vêtement 'gon', la vêtue 'bou'.

'Gongonner', c'est de l'eau qui se ride avant la tempête !

goguenot :

A pris la marque du pluriel car, si de nos jours ce sont les "lieux'", au début du siècle précédent, ce n'était qu'un vase de nuit... ou un pot à bière. Faut pas se tromper ; à la bonne vôtre !
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Messagepar coriolan » 08 Fév 2012 14:22

Gratte-ciel - guilledou

gratte-ciel :

Je laisse apprécier la définition que l'on trouvait, en 1900, pour ce mot : " Nom donné par dérision aux maisons à multiples étages (quelquefois plus de vingt) construites par les Américains." Sans commentaire !

gringuenaude :

Définition : n.f. Pop. Petite ordure qui s'attache aux émonctoires et ailleurs, par malpropreté. Petit reste bon à manger.

Mot sélectionné parce que, avec ses deux sens... opposés, il réserve bien des quiproquos qui me réjouissent à l'avance.

guilledou :

Quand on le courait, on fréquentait les mauvais lieux. On le court toujours mais, ce faisant, on ne fait que chercher des aventures galantes. En outre il n'y a plus de mauvais lieux depuis qu'une certaine madame Richard nous a fait une grosse crise de claustrophobie. A quelque chose malheur est bon.
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Re: EXHUMATIONS

Messagepar coriolan » 12 Fév 2012 17:31

Haram - hoc

haram :

Jadis, c'était le voile dont les femmes mauresques se couvraient le visage. Depuis, le voile s'est envolé...il est vrai qu'il a suffisamment fait parler de lui ! De nos jours le haram est devenu - ou est resté - le territoire sacré interdit aux non-musulmans, ainsi que la salle de prières de la mosquée. Quant au voile ? Il est fichu !

haut-le-pied :

C'était un cheval ou un mulet de rechange. Le progrès en a fait une locomotive destinée au même usage.

hélicoptère :

Je donne la définition de mon vieux dico, telle quelle : "Appareil d'aviation, qui n'a d'ailleurs jamais existé que comme jouet d'enfant." C'est là qu'on mesure le temps passé.

heurette :

n.f. Nom donné, au XVIIème siècle, à la demi-heure que sonnaient la plupart des horloges.
On dira ce qu'on voudra mais le mot est mignon. Dans le même esprit je proposerais bien l' HEURINETTE pour le quart d'heure... Non ? Moi, je l'adopte !

hoc :

(...) Fig. Ce qui est assuré à quelqu'un : "cela lui est hoc.".
Mais dites donc, voilà qui remplacerait avantageusement O.K., non ? Alors c'est hoc !
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Messagepar coriolan » 14 Fév 2012 19:15

Houhou - hyperphysique

houhou

n.f. Vieille femme décrépite et grondeuse.

Pour moi, c'est la femme rêvée du père Gangan. Ce nom propre ne figure pas - et n'a jamais figuré dans le dictionnaire - mais on imagine qu'il s'agit du méchant bonhomme qui a fait peur, jadis, à l'enfant que je fus ; le père Fouettard ! Ainsi, c'est fait et je bénis l'union de la mère Houhou avec le père Gangan ; Une façon comme une autre de me venger !

humeur, humeuse

Le nom répondait à la définition suivante : " Celui, celle qui hume. Il fallait que nos anciens fussent vraiment amoureux du détail pour prévoir un mot spécifique afin de désigner celui qui... humait un oeuf à la coque,par exemple. A moins que ce ne fût l'air du temps qui passait.

hyperphysique

Le nom a disparu. Il pourrait passer pour un synonyme superfétatoire de METAPHYSIQUE si l'on ne sait pas que ce dernier signifiait, initialement, " après la physique ", parce que, dans l'oeuvre d'Aristote, cette science était traitée après la physique. Elle portait sur la connaissance des causes premières et des premiers principes. Hyperphysique avait le sens que nous donnons aujourd'hui à la métaphysique. Bref, si l'on veut réhabiliter le mot il faudrait admettre que l'hyperphysique traite exclusivement de l'existence de Dieu. Pourquoi pas ?

J'espère que ce long exposé n'était pas trop hermétique, merci.
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Re: EXHUMATIONS

Messagepar coriolan » 24 Fév 2012 19:03

Immensurable - incurie

Immensurable : Qui ne peut être mesuré, qui dépasse toute mesure. ( a disparu).
Immesurable : Qu'on ne peut mesurer ( a disparu).

Incommensurable : 1er)- Se dit de deux grandeurs qui n'ont point de mesure commune ; 2ème : Se dit d'une étendue, d'une grandeur considérable.

De ces trois mots, seul le dernier a survécu. Toutefois, sa deuxième définition a pris la place de la première : il se dit d'une étendue, d'une grandeur considérable qu'on ne peut mesurer.

A mon avis les trois mots n'étaient pas synonymes :

- le premier n'était pas mesurable, du fait de l'objet (il ne peut être mesuré),

- le second n'est pas mesurable du fait de l'homme (on ne peut pas le mesurer),

- le troisième peut être mesuré , mais on ne dispose pas d'éléments de comparaison qui permettraient de l'apprécier.

Que de sensibilités qui s'en sont allées...

immondice:

Avec le temps, a pris la marque du pluriel. On ne dit plus : une immondice mais des immondices ! Le mot a été victime du gigantisme... Dommage, je l'aurais bien vu figuré pour désigner un individu immonde : C'est une immondice ! Et v'lan ! Fi, donc ! la sale bête !

inconvertible :

au sens religieux, le mot était vieux. Aurait-il bu de l'eau de Lourdes ? Le temps nous l'a rendu tout rajeuni !

incurie :

'Défaut de soin, négligence', et on nous donnait pour exemple : "incurie administrative". Pour lui, ça ne s'est pas arrangé avec le temps, la définition est devenue : 'Manque d'application, négligence extrême' et, quatre-vingts ans plus tard on nous donne toujours pour exemple : "incurie administrative". Vous direz ce que vous voudrez mais vous ne pouvez pas toujours tout mettre sur le dos du hasard ! :lol:

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Re: EXHUMATIONS

Messagepar coriolan » 27 Fév 2012 14:10

Infime - isoloir

infime :

Voilà un adjectif qui a complètement changé de sens. Actuellement, il signifie : "Très petit,minime, sans importance." Naguère il était beaucoup plus péjoratif : "Le dernier, le plus bas : 'les rangs infimes de la société.'

La partie encyclopédique précisait qu' infime étant le superlatif d' inférieur, on ne devait pas dire : plus infime,moins infime. Bref, de nos jours on est peut-être aussi petit qu'hier, mais on a appris qu'il y a toujours plus petit. Philosophe, hein ?

inflation :

N'avait qu'un sens pathologique : enflure. De nos jours, la partie encyclopédique est uniquement consacrée au sens économique du mot. Un sens qu'ils ignoraient complètement au début du siècle, nos heureux dabs !

isabelle :

Voici ce que je lis dans mon vieux book : "adj. (du n. de l'archiduchesse Isabelle d'Autriche, fille de Philippe II, dont la mari, l'archiduc Albert, assiégeait Ostende, et qui fit voeu, dit-on, de ne pas changer de chemise avant la prise de la ville ; celle-ci eut lieu après plus de trois ans, et le nom de la princesses serait resté à la couleur que sa chemise aurait prise dans cet intervalle. On a rapporté quelques fois, mais à tort, cette anecdote à Isabelle la Catholique). D'une couleur café au lait. "

Actuellement on confirme la couleur café au lait mais on nous apprend que l'adjectif a pour origine le nom d'Isabelle la Catholique. Comme nous sommes curieux, nous exigeons une enquête et ne changerons pas de chemise avant d'en connaître les résultats !

isoloir :

Etait un support non conducteur. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, maintenant c'est un conducteur de bulletins... de voltes.
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Re: EXHUMATIONS

Messagepar coriolan » 28 Fév 2012 14:46

Juguler - Korsakof

juguler :

A complètement changé de sens. Il voulait dire, jadis, au sens propre : "Egorger" ; au sens figuré : "Ennuyer, tourmenter à l'excès. Pressurer."

Actuellement, sons sens est unique et plus restreint : "Arrêter quelque chose, l'étouffer, le maîtriser : juguler la crise.

Au sens propre du terme (jugularer : égorger) on était plus radical jadis que de nos jours. Tout se relâche !

kayac ou kajac :

Aujourd'hui le frêle esquif s'est finalement stabilisé en KAYAK. On a pris l'orthographe anglaise alors que, tout compte fait, l'orthographe esquimaude 'QAYAQ' eut été aussi bien vue.

kibla :

Chez les musulmans, c'est le point qui indique la position géographique du temple de la Mecque vers lequel les fidèles doivent se tourner pour faire leurs prières. Aujourd'hui, l'orthographe retenue est QIBLA. On ne se plaindra pas de la couleur locale du mot, on s'étonnera tout au plus de son changement de sexe. Alors que kibla était un nom masculin, qibla est devenue... féminine.

Allah-la ! D'ici que ça fasse encore tout une histoire !

kif-kif :

Etait 'très familier', il n'est plus que 'familier'. Mais on nous précise que c'est kif-kif bourricot !.

Korsakof (Alexandre-Michel) :

C'était un brave général russe (1753 - 1840 ) qu'on surnommait, nous dit-on, Rimski, bien qu'il mourut 4 ans avant la naissance d'un certain RIMSKI plus connu des bourdons sous le nom de Korsakof .

Celui-ci ne figurait pas dans l'ancienne édition du Larousse et celui-là ne figure plus dans la nouvelle. Voilà comment on brise une grande famille... !



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