La crise saline messinienne

Ca alors !

Modérateur: Guardian

La crise saline messinienne

Messagepar DD » 27 Fév 2009 00:13

Mais non, ce n'est pas une conséquence de la crise économique actuelle ! Je vous jure.... :P
J'avais lu une fois qu'il y a d'énormes dépôts de sel sous sédiments au fond de la méditerranée. Il y a quelques temps, j'ai été promener dans un site du coté de Cavaillon ou se trouve des "plages fossiles", les gorges du regalon pour ceux qui veulent tout savoir. A 100 mètres d'altitude, c'est assez inattendu.
J'ai donc voulu en savoir plus sur els variations du niveau de la Méditerranée et découvert ce phénomène écrit dans le titre de cet article. Entre -6 et -5 Ma, le détroit de Gibraltar s'est fermé, et la Méditerranée se trouvant déjà à l'époque en déficit hydrique, le niveau de la mer s'est mis a baisser. Conséquence, les fleuves se sont mis à creuser leur lit pour rattraper le niveau de façon importante. Ainsi dans un bouquin intitulé "De la dent de Rez aux gorges de l'Ardèche" et traitant de mon coin de France préféré, j'ai lu que le canyon creusé par le Rhone atteignait 580 mètres de profondeur à Pierrelatte, et 1300 mètres à hauteur des Saintes Maries de la mer.
1300 mètres de profondeur !!!!!!!!! Ca veut dire deux choses, ce que m'a confirmé quelques rapides recherches sur le Net. Primo: le grand canyon du Colorado aux US par comparaison est une vulgaire rigole ! Et deuxio, vu que la profondeur moyenne est de 1500 mètre, çà veut dire qu'une grande partie de la Méditerranée était à sec !
J'avoue que j'ai du mal à imaginer le tableau. Mais en utilisant mes faibles connaissances et en considérant que le climat était équivalent a celui actuel, alors on peut imaginer le tableau. En partant de ce qui sera Marseille, on descend progressivement jusqu'au niveau des banquises de sel autour de 2000 à 2500 mètres plus bas qu'actuellement, voire plus de 3000 mètres pour certaines ! Des lacs salés sur des milliers de kilomètres carrés, de rares fleuves atteignant ces lacs, une pression atmosphérique deux fois supérieure à celle que l'on connait et des températures de four de 10 à 20 °C supérieures à celles relevées à notre altitude zero ! Ce devait être un enfer minéral pire que ce que l'on trouve actuellement du coté du désert des Afars, du coté de Djibouti.
J'arrête de fantasmer ! Si vous voulez en savoir plus, voyez le lien ci-dessous. Mais je dois dire que je suis assez content que le détroit de Gibraltar se soit ouvert. On aurait bonne mine pour aller en vacances !
http://www.mnhn.fr/mnhn/geo/messinien.html
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Messagepar DD » 08 Mar 2009 23:56

Et si la Mediterrannée avait été à sec de nos jours. Ca aurait donné quoi ?
L'avantage du travail d'astreinte, c'est qu'entre deux analyses, en attendant que le résultat sorte, çà laisse le temps à l'esprit de s'égarer. Voilà ce que j'ai écrit ce WE pour tromper mon attente. Vous me suivez pour une promenade ?

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20 janvier
C'est le grand départ. Aujourd'hui nous avons décidé de traverser le bassin méditerranéen par la route, avec comme objectif principal d'atteindre la banquise de sel à la cote -2500 mètres ! C'est un privilège rare, peu couru, mais nous avons décidé de réaliser l'exploit.

Je me rapelle notre raid sur les monts Baléares, quand du sommet du Pico Ibiza on distinguait à plusieurs milliers de mètres plus bas cette banquise d'un blanc éblouissant s'étendant de part et d'autre de la chaine de montagne. Un spectacle incroyable que cette masse rocheuse s'avançant au milieu de ce gigantesque désert de sel.

Remarquez que nous avons pris nos précautions. C'est la meilleure pèriode. Au départ de Marseille, on se gèle ! Il doit faire 0°C avec un froid de canard. Le mistral souffle avec rage. Claude rale parce que ce n'est pas bon pour ses rhumatismes. Vajra, Arau, Mesange et Dom cherchent à ranger leur dernier petit paquet indispensable dans un recoin des 4x4, Azad, Jel et moi faisons les ultimes vérifications. C'est qu'on ne s'engage pas comme çà dans le désert Méditerranéen ! En dessous de la cote -1000, l'accès est sévèrement règlementé. Les véhicules doivent avoir un contrôle technique de moins de 3 mois, les réservoirs doivent être pleins, et les rares routes qui descendent jusqu'à la banquise sont parcourues avec escorte de gardes assermentés. Encore ces routes sont-elles fermées de Mai à Novembre. On ne plaisante pas avec le désert de sel. L'été, la température peut y atteindre 60 °C ! Mais nous espérons dépasser les 20 °C quand nous y serons.

Nous roulons depuis deux heures, la route descend sans cesse, longeant le grand canyon du Rhone. C'est une immense entaille qui commence à hauteur de Valence, profonde de plus de 2000 mètres en dessous de Marseille, et qui s'achève à la cote -2500. Le canyon de l'Ebre en Espagne est du même tonneau. Seul le surpasse la monstrueuse entaille creusée par le Nil dans le bassin oriental qui lui plonge à plus de 3000 mètres ! Le plus grand canyon du monde... La température se radoucit. La végétation change. Les chênes verts et les pins disparaissent progressivement, remplacé par une steppe à épineux et à cactus. Nous arrivons à Vacaria. Nous sommes sensiblement à la cote -1000. C'est la ville la plus basse du monde. Située en bordure du canyon et alimentée en eau par un captage de ce qui reste du Rhone, c'est une cité de taille modeste, mais ou l'on soigne les déficiences respiratoires.

La pression atmosphérique ici est presque une fois et demi celles que l'on rencontre à la cote 0. Claude est satisfait, il respire bien. Mais nous avons tout de même une impression de lourdeur. La densité de l'atmosphère provoque des phénomènes assez rigolos. Ici vit une espèce d'oiseau aux ailes raccourcies ce qui ne l'empêche nullement de voler ! Les insectes eux aussi ont des ailes minuscules. Par jeu, je plie un avion en papier qui parcourt une distance incroyable avant de se poser ! Mais cette atmosphère dense a aussi un inconvénient. Il est strictement interdit de fumer, car toute combustion est accélérée ! Pour vous donner une idée, une cigarette se consume naturellement en trente secondes. La ville regorge d'extincteurs. Et bien entendu, les climatiseurs sont de règle. Il fait chaud ici l'été !

Nous faisons connaissance avec notre guide. Il s'appelle Guardian, tout un programme... Et nous reprenons la route. On descend toujours mais la pente s'adoucit. L'air se réchauffe. L'atmosphère devient lourde. La végétation a entièrement disparue. Par place, nous commençons a voir de petites étendues salées qui font des taches blanches dans le paysage. Et bientot nous distinguons dans le lointain les structures metalliques des Salins. C'est une des rares exploitations autour du désert de sel qui exploite et traite les sels minéraux qu'il contient à profusion. Mais c'est un drôle de boulot ! L'exploitation cesse pendant les quatre mois d'été. Personne n'y tiendrait. Même les engins d'extraction pourtant climatisés deviennent brulant. On a enregistré 66°C m'a t-on dit ! Les plastiques ordinaires sont bannis : ils fondraient ! Et les climatiseurs sont de règles, des engins énormes qui prodiguent de l'air frais dans tout le complexe.

Nous rencontrons l'administrateur du complexe. Il s'appelle Viatic, un type plutôt discret, mais qui nous accompagne pour la dernière centaine de mètres qui nous sépare de la banquise. Voilà, on y est. Cote -2437 mètres. Devant nous un immense désert blanc à l'éclat insoutenable qui s'étend à l'horizon sur 400 kilomètres ! Quelque part au point le plus bas, la frontière entre la France et l'Algérie. Elle n'a jamais été clairement définie. Dans ce coin, personne ne se bat pour çà ! Il fait 24°C. Et dire que ce matin il neigeait à Marseille ! Ce serait doux, mais l'atmosphère est lourde, presque oppressante, deux fois celle que l'on connait à la cote 0. C'est comme si on était en plongée sous dix mètres d'eau ! Et malgré tout, la vie est présente sous la forme de quelques insectes qui fouillent la poussière et le sel.

Mais tout n'est pas blanc. A l'horizon, des plaques comme de l'eau: des mirages. Et à l'ouest on distingue une petite étendue d'eau. Et c'est vraiment de l'eau ! Viatic nous explique: en cette saison, le Rhone a suffisamment de débit pour recouvrir une partie de la banquise. Tous les ans, un petit lac d'eau douce se forme au voisinage de son estuaire avant de s'évaporer en saison sèche. Le Nil entretient lui aussi un petit lac prés de son embouchure. Mais c'est tout. L'Ebre est tellement mis a contribution que son cours est tari bien avant d'arriver jusqu'au désert de sel, et les autres cours d'eau n'ont pas assez de débit pour y parvenir.

Nous avons pris congé après avoir répondu à l'invitation à diner de Viatic. Un pastis bien frais en ouverture, quel délice ! C'est presque avec soulagement que nous remontons sur Vacaria ou nous disons au revoir à Guardian. Pas bavard le type, un peu taciturne, attentif à ce que l'on raconte, mais s'exprimant juste par quelques phrases courtes. Il a du passer un peu trop de temps dans son désert...

Et direction plein Est ! Nous empruntons la "panaméditerranéene" cet autoroute qui fait le tour du bassin occidental à une cote moyenne -500 mètres. Trajet presque monotone au milieu d'une végétation semi-désertique et de formes minérales fantastiques, quelques petites agglomérations. Un court arrêt en rase campagne pour ces dames en milieu d'après-midi. Jel mitraille de son reflex numérique. Azad et moi examinons des restes fossilisés de coraux et de coquillages. Il y a bien eu un jour une mer ici ! Difficile à imaginer... Claude commence à soupirer. Il lui tarde d'arriver. Ces dames ont fini ? OK !

Nous quittons la panamediterraneene un peu en dessous d'Ajaccio. Direction le col de Bonifacio, cette entaille qui coupe la chaine Sardo-Corse. Claude a tenu à ce que nous passions par là, car il parait que les vignes de cette région cultivées à basse altitude et sous un ensoleillement exceptionnel donnent un des meilleurs vins de la planète. Et finalement, il a bien raison, quel délice ! Et c'est un peu pompette que nous gagnons nos chambres dans le motel qui se trouve au sommet du col. A demain...

21 Janvier
Nous avons repris la route. Cette fois, nous laissons derrière nous la chaine Sardo-Corse pour nous diriger vers la chaine italienne. La route suit le plateau qui s'étend entre les deux chaines de montagne à la cote -500, -600, puis nous rattrapons l'autoroute qui court en direction du sud le long de la chaine italienne. Ce dernier traverse les monts de Sicile avant de filer droit vers l'Algérie.

C'est en début d'aprés-midi que nous entamons notre ultime descente vers le "seuil de Pantelleria" et la frontière entre l'Italie et l'Algérie. C'est le poste de douane le plus bas du monde à -1200 mètres ! Un paysage dantesque; nous distinguons loin vers l'ouest la banquise du bassin occidental alors qu'à l'est se distingue les pentes du volcan Ferdinandea. Il n'est pas très élevé, son sommet est quasiment à la cote 0. Si la Méditerranée etait une mer, il émergerait à peine. mais il est très actif. Des explosions se produisent régulièrement à son sommet, et de nombreux phénomènes volcaniques ont lieu sur ses flancs: geysers, fumerolles, sources chaudes... Pas très loin du poste frontière se trouvent des mares de boue bouillonnante et un étang d'eau sursalée à plus de 80°C dont les écoulements forment une gigantesque succession de vasques d'eau fumante qui court entre des bassins minéraux, des vasques de travertin comme à Pamukale en Turquie. Jel en profite pour tirer une photo de groupe sur fond de vapeurs sulfureuses. Nous devons avoir l'air de diables sortis de l'enfer !

Et comme si cela ne suffisait pas, nous traversons sur plusieurs kilomètres des chaos de roches déchiquetées, des éboulis de toutes sortes et de toutes taille. C'est ici que la plaque Africaine plonge sous la plaque européenne, accumulant en surface des milliard de tonnes de débris nés de l'affrontement des deux continents. Jel en profite pour mitrailler à nouveau et se lamente de ne pas avoir amené assez de cartes mémoires !
.
Nous remontons rapidement en altitude, direction Alger ou doit nous attendre Aphrodite. Bonjour Leila ! Quel plaisir de te revoir, de revoir de la verdure, des palmiers, de la fraicheur ! L'accueil est chaleureux et nous en avons bien besoin ! Nous sommes quelques peu "sonnés" par ces deux jours passés en profondeur, sous pression, aux portes de l'enfer comme on dit. Encore que le bassin occidental soit bien sage par rapport au bassin oriental. La banquise de ce dernier est à plus de 3500 mètres de profondeur. Et le record est au pied des monts grecs ou se trouve la seule fosse "marine" à l'air libre, un fossé de subduction qui plonge à plus de 5000 mètres de profondeur ! Très rares sont les scientifiques qui ont été à cet endroit infernal: plus de trois fois la pression atmosphérique normale, des températures qui peuvent atteindre 80 °C et le "lac de Dante" une soupe brulante sursaturée alimentée par des sources bouillonnantes et des sels fondus ! L'enfer....

Dans quelques jours nous prendrons congé de Leila. Nous retournerons par l'Espagne en passant par le seuil de Gibraltar, ce mince écran de terre qui sépare l'Atlantique du désert méditerranéen, et dont l'altitude est a peine supérieure à celle de l'océan. Nous en profiterons pour admirer les sources d'eau salées, ces infiltrations en provenance de l'océan qui traversent l'isthme et s'écoulent vers le désert de sel. D'aprés les scientifiques, le seuil pourrait un jour s'effondrer et livrer passage à une monstrueuse cataracte qui noierait le désert et bien des agglomérations se trouvant en dessous de la cote 0, et le transformerait en une riante et vaste mer intérieure. Viatic devrait se trouver un autre boulot !

On peut réver...........................................
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