JUBETH

Surprenant...

Modérateur: Guardian

JUBETH

Messagepar coriolan » 27 Oct 2018 11:54

Cette histoire a commencé aux alentours des années 1982-1985, c'est-à-dire entre l'année où nous avons acheté la maison de nos rêves, en Charente pour y écouler nos vieux jours, et l'année où nous l'avons effectivement habitée après restauration, au lieu-dit 'Echoisy', près de Mansle, le chef-lieu de canton.

A cette époque existait un Manslois pittoresque dénommé Jésus, pauvre hère qui rendait quelques petits services ici et là, y compris à la commune. Il était parfois employé au cimetière pour l'entretien et les menus travaux, notamment le regroupement des os quand des concessions rendues libres nécessitaient ce genre d'opération. Le personnage qui, lorsqu'il ne squattait pas le comptoir du bistrot de la Mairie, déambulait à longueur de journées dans les rues de la ville et était connu de tout le monde.

Certains soirs lorsque, après une journée bien remplie de maçonnerie, de menuiserie, ou de démolition de cloisons, je me permettais une pause-troquet - pas volée on peut m'en croire - je ne manquais jamais de croiser le bonhomme et fatalement, un jour, plus proche au comptoir l'un de l'autre que d'habitude, nous ne manquâmes pas d'échanger quelques banalités. Et c'est ça, dans les petits patelins, tu dis bonjour à quelqu'un un jour, tu n'y coupes pas les jours suivants et c'est alors que, le temps aidant, on finit par devenir copains comme cochons !

C'était l'époque où je traversais une crise mystique comme il m'arriva souvent d'en connaître, que je découvris l'emploi au cimetière de Jésus et que je me mis en tête de posséder un crâne humain pour satisfaire mes méditations philosophiques. - "Pas de problème, me dit Jésus, pour 50 francs je t'en donne une." Et ce qui fut dit, fut fait ; Jésus, le lendemain me remit, dans un sac en plastic opaque, une magnifique tête toute brillante puisque, surcroît d'élégance mais moins vraie que nature, il avait pris la peine de la vernir !

Commencèrent pour moi de longues soirées de méditations en tête-à-tête avec... mais, au fait, avec qui ? D'abord, avais-je affaire à un homme ou à une femme ? Trente ans plus tard Marlène Schiappa vous dirait que la question tombe sous le coup de la loi, qu'au nom de l'égalité des sexes, un homme vaut une femme et réciproquement. En 1985, on était loin de ces considérations imbéciles et, comme je voulais m'adresser à mon muet-locuteur en connaissance de cause, je décidai de lui donner un nom en l'appelant JUBETH, JU de Julien et BETH d'Elisabeth. Jubeth était re-né(e?) et en avance sur notre époque puisque homme et femme à égalité ! C'est Marlène qui va être contente d'apprendre ça de nos jours.

Le temps passant et les tête-à-tête vivo-cadavériques s'estompant, Jubeth fut rangé(e ?) dans mon armoire avec de vieux manuscrits poussiéreux... Ce n'est que quelques années plus tard qu'elle (ça y est, j'en ai fait une femme !) commença par encombrer mais que, sous couvert d'un bon sentiment consistant à prétendre qu'il serait normal que ce fragment charentais retournât à sa terre d'origine, je décidai de faire un trou dans mon jardin, le long de la route, où j'ensevelis pour la seconde fois, la belle Jubeth, fragment d'une autre identité inconnue...

Et pendant près de 20 ans je ne me souciai plus d'elle jusqu'à cette nuit où, me réveillant en sursaut, je sortis d'un rêve terrible dans lequel se mêlaient policiers et arrière-petits-enfants, avec, à leurs pieds, Jubeth qui regardait de ses orbites écarquillées une véritable scène de drame :

- Qui a coupé cette tête ? D'où vient-elle ?
- Mais je vous assure...
- C'est bien votre jardin !
- Ben...oui.
- Elle est là depuis quand ?
- Mais... nous ne savons pas... C'est en voulant enterrer le chat que...
- Vous êtes faits ! Votre voisin a tout vu...
- Mais...
- Allons,vous signerez votre déposition à la gendarmerie.

C'est alors que je me décidai à mettre fin à ce cauchemar en couchant par écrit l'histoire de Jubeth afin de sauver ma descendance du déshonneur, sait-on jamais !

Ouf ! Voilà qui est fait, je me sens mieux !

Petit tuyau pour les gendarmes du futur : il est rarissime (en tout cas ça l'était encore en 2018) de prendre la peine de vernir les os du crâne des gens qu'on enterre, même quand ils sont beaux et qu'on les aime !

Eh bien quoi, on peut rigoler, non ? :lol:
La chance est l'alibi des incapables.
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