CÔTE D'IVOIRE

Carnets de voyage et sujets divers

Modérateur: Guardian

CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 11 Jan 2011 18:32

Y'A LIQUEFI
Sous-titre ivoirien qui signifie : Y'A PAS DE PROBLEME !

Aventure ivoirienne survenue
du 24 décembre 1994 au 8 janvier 1995

Composition du groupe d'aventuriers :
(par ordre alphabétique et chronologique d'âge)

Les Claudes :
- Claude (lui), ci-après désigné Claudil,
- Claude (elle), ci-après désignée Claudel.
Les Js :
- Jacky, Josette et leur fille Valérie, ci-après désignés par leurs noms.
- Rédaction collégiale.

*
PROLOGUE
Samedi 24 décembre 1994 :

Départ prévu du vol RK 3161 à 21 heures de Paris Orly-Sud, en direction d'Abidjan.

Dans la salle d'embarquement de la porte 39 règne une certaine fébrilité comme à l'imminence de tout départ. L'heure est déjà passée et il semblerait qu'on nous ait oubliés ! Soudain une annonce : Les passagers à destination d'Abidjan, embarquement immédiat. Les voyageurs munis d'un billet jaune : porte D, les voyageurs munis d'un billet rouge : porte E. On se bouscule, les files se forment et...c'est le contrordre ! Brouhaha, tumulte, on rit ! C'est la France ! Enfin on embarque tant bien que mal, ser-rés comme des sardines, à bord d'un Corsair Boeing 747 qui fait la ligne Paris-Abidjan pour la seconde fois (voyage inaugural le 17 décembre 1994).

Valérie est près d'un hublot de la rangée 57, en queue de l'appareil. Mais il fait nuit; elle n'y verra rien sauf un joint du hublot qui pend sur environ 10 centimètres, ce qui l'inquiète quelque peu ! Renseignements pris, il parait que cela n'a aucune importance, à preuve que l'avion revient d'Extrême-Orient et qu'il n'y a eu aucun accident en cours de route. C'est rassurant en effet !

Départ réel 21 heures 50. C'est parti mon Jacky !

A minuit, une annonce : Les passagers peuvent apercevoir sur leur gauche le Père Noël sur son traineau. Il est minuit. Certains voyageurs se lèvent pour voir ! Valérie aussi ! On nous sert un vague Crémant, baptisé pour l'occasion Champagne (ça file le brûlot à Claudil !), et des chocolats. Merci Nouvelles Frontières. Puis c'est un repas copieux qui nous est proposé : Saumon sur lit de salade, agneau et pommes de terre, courgettes, champignons, Fromage (Rondelé) et apéricube, bûche. Vin : Bordeau supérieur, Café ou thé. Les Claudes n'ont pas tout mangé, mais Claudil et Jacky ont tout bu...y compris les restes des femmes.

...On attend ! Six heures, c'est long. Des passagers se trouvent mal ; on fait appel à un médecin parmi les voyageurs. Pourtant l'appareil est climatisé et on a ni trop chaud, ni trop froid. La trouille sans doute ! Bref, tout cela n'est pas très grave.

Enfin on survole Abidjan. Superbe atterrissage; les passagers applaudissent. Valérie est soulagée bien que le joint continue à flotter. Elle se fiche des passagers qui vont faire le retour !

PREMIER JOUR
Dimanche 25 décembre 1994 :

Il est 4 heures du matin. Le commandant de bord annonce la température extérieure : 28° centigrades. Quand on pense qu'on a quitté Paris quelques heures plutôt sous une pluie glaciale ! On sort de l'appareil pour entrer dans une étuve d'autant plus insupportable que les réacteurs continuent à dégager leur propre chaleur. Chaud ! C'est chaud ! Des gens se trouvent mal !

Les formalités administratives de sortie : douane, police, service de santé nous prennent environ 2 heures. On piétine dans la vomissure, on nage dans la sueur et les senteurs suspectes.

Enfin on rencontre un dénommé Francis, rabatteur du Palm Beach où Jacky a retenu 2 chambres pour la petite troupe. On attend l'arrivée de la navette de l'hôtel, dans la moiteur de la rue. On charge, on roule, on décharge.

Premières palabres avec le réceptionniste de l'hôtel pour obtenir une réduction de prix compte tenu de l'heure à laquelle nous arrivons (6 heures du matin !). Il verra cela avec la patronne, et nous attribue nos chambres, n° 2 pour les Claudes : 320 francs, n° 12 pour les Js : 370 francs.

Découverte de nos chambres qui sont des pavillons individuels dans un parc enchanteur : piscine à l'eau de mer (la mer est à deux pas), réverbères dans les pelouses, palmiers...C'est l'Afrique de nos rêves !

Première flag ! (bière locale) Première Awa ! (eau également locale) Et dodo jusqu'à 7 heures 30 (sauf Jacky 9 heures !).

9 heures: petit déjeuner copieux : pain beurré, confiture, croissant, ananas, thé ou café.

10 heures : arrivée de Catherine Kouétou, dite Cathy, du maquis l'Equipage (tel. 24 49 53 à Abidjan pour les amateurs de belles filles !) Elle nous conduit à son maquis (un maquis est un endroit où l'on peut boire de l'eau et de la bière, et manger sommairement des produits locaux); on part à 2 taxis (1500 francs la course : 15 francs français !). Accueil chaleureux grâce à notre référence suprême : Ludovic ANDRE, le fils de Jacky, dit Dédé. "Ah! Dédé!" Exclamations de joie des filles du même nom : Sabine, Marie, Catherine (il y en a deux), Dada (soeur de Cathy), Béatrice et les autres, plus un copain de Ludo (conducteur d'élite...ou des litres!).

De 10 heures et demie à midi : les hommes partent avec Cathy à la recherche d'une voiture à louer chez des amis à elle, amis qu'ils ne trouveront pas. Ils se rejetteront sur un vague copain de Cathy, un dénommé Amidou qu'ils ramèneront au maquis pour négociation du prix devant une flag. Pendant que les hommes travaillent pour l'avenir de la communauté, les femmes boivent ! C'est le monde à l'envers. C'est l'Afrique !

12 heures : négociation serrée. Dur ! dur ! On part sur la base de 45000 f. par jour sur 12 jours, pour conclure à 35000 f. par jour (350 FF.) pour 10 jours. Budget oblige.

13 heures : Repas au maquis : poulet braisé et frites, en compagnie de Mr Toraü, un allemand installé en Afrique depuis...la fin de sa dernière guerre ! Il ne sait plus laquelle ! Marié à la mode européenne avec une Allemande, et à la mode africaine avec une (ou plusieurs) ivoirienne ; des gosses un peu partout! C'est l'Afrique. Quand on passera à Duékoué, on s'arrêtera à son maquis, c'est promis ! Nous embrasserons pour lui son fils africain Désiré.

Note brève sur Abidjan : Capitale de la Côte d'Ivoire jusqu'au 21 mars 1983, elle n'est plus aujourd'hui que la capitale économique, la capitale politique étant Yamoussoukro. Abidjan compte environ 2 millions 500 mille habitants répartis entre le quartier moderne du Plateau avec ses grands buildings qui sont le siège de la fonction administrative ; Cocody avec ses grands hôtels, ses lycées, son université; puis, en périphérie de tout ce luxe, les zones d'habitat populaire, très pauvres. Notre goût du dépaysement nous fera fuir les deux premiers de type européen pour l'Afrique profonde...

Ce qui surprend le plus dans ces quartiers ce sont les containers d'ordures ménagères qui débordent en recouvrant presque complètement les bennes qui sont censés les contenir ! Une véritable pyramide vert-jaune de la couleur des pelures de fruits : mangues, bananes, ananas, papayes, oranges, etc.

14 heures : on décide d'aller à Grand Bassam, à environ 40 km, avec Cathy. On prend deux taxis pour se rendre sur une place où l'on trouvera des taxis-brousses. La course à deux taxis est épique ! Le cinéma dynamique du Futuroscope fait pâle figure à côté. Gymkhana dans les rues et arrivée spectaculaire sur la place. Claudil pense que son coeur ne résistera pas ! Il résiste cependant !

de 15 heures à 18 heures : Visite de Grand Bassam, l'ancien quartier colonial est en ruines. Ce sont leurs ruines romaines ! Au lieu d'habiter et d'entretenir les constructions européennes, les Africains ont bâti des cases à côté et laissent les restes d'anciennes splendeurs à l'abandon. Toutefois, certaines grandes pièces de rez-de-chaussée sont aménagées en hall d'exposition de souvenirs : masques, colifichets, awalés (jeu typiquement africain), etc. pour les rares touristes.

anecdote : Visitant Grand Bassam, nous tombons en arrêt devant une statue représentant une femme portant un bouquet de fleurs, tandis qu'à ses pieds gît le corps d'un homme.

Notre chauffeur de taxi nous renseigne : C'est un homme qui, malade, envoie sa femme chercher dans les champs des plan-tes médicinales pour le guérir. La femme va cueillir les plantes propres à soigner son mari puis, rentrant à la case, le trouve mort.
Le récit est confirmé par un tiers présent à l'entretien.

Stupéfaits qu'on puisse immortaliser dans la pierre un fait divers aussi banal, nous nous approchons de l'oeuvre dont le profil féminin, bien loin d'être de type africain, évoque en nous quelque chose d'indéfini.

Aux pieds du gisant, nous pouvons lire : La France reconnaissante envers ses valeureux soldats tombés pour la Liberté.

La femme en quête de produits pharmaceutiques n'était autre que Marianne, et son bouquet une gerbe !

Après avoir bien ri de la méprise, nous en avons fait part à nos deux Africains qui, dubitatifs, ne nous ont pas crus.

Les faits ont beau être têtus comme disait Fleuriot, les légendes ont la peau dure !

Parmi les ruines, nous avons la surprise de découvrir une église non seulement en bon état mais décorée à l'occasion des fêtes et visiblement très fréquentée si l'on en juge par les bancs qui sont alignés à l'extérieur. Nous visitons l'intérieur soigneusement entretenu, et qui contraste curieusement avec les autres monuments que nous avons pu voir. Un jeune Noir accompagne Claudil et lui montre la crèche qu'il commente. C'est très émouvant. Claudil a-t-il rompu ce charme ?

Dialogue avec l'enfant noir :

- Claudil (feignant la surprise) : Mais... Jésus est blanc!
- L'enfant noir : Bien sûr. Jésus est un Blanc.
- Claudil : Jésus n'est pas un Blanc, il est d'abord un Dieu ! En Europe il est peut-être blanc, mais en Asie il est jaune, et en Afrique il est noir !
- L'enfant noir : On ne peut pas être de plusieurs couleurs !
- Claudil : Quand on est le fils de Dieu, certainement que si ! Dieu se joue des réalités humaines. (puis il ajoute, tout bas) Tu diras à ton curé que tant que le petit Jésus sera blanc ici, la Côte d'Ivoire restera une colonie française !

Vu la ténacité des légendes, si cette anecdote se répète, elle n'a pas fini de faire parler d'elle ! A suivre...Pour la plus grande gloire du vrai dieu !


18 heures : Sur la place publique, à la sortie de Grand Bassam, recherche d'un taxi pour rentrer. La nuit va tomber. Le premier taxi trouvé nous demande 4000 f, le double de ce qu'avait pris son collègue à l'aller. Jacky le traite de voleur et refuse. Nous en faisons une question de principe, et ne réalisons pas que 4000 f.CFA font 40 FF. et qu'à 5 personnes, ça ne fait que 8 F. par assager! On continue à chercher, et nous ne trouvons plus personne...La nuit commence à tomber. Un autre taxi se présente : c'est 10000 f.! Ils se sont donné le mot ! On accepte mais le conducteur à une sale gueule, il rouspète. Jacky se sent pris d'une crise de claustrophobie ! Et merde !! On redescend. Il fait de plus en plus sombre...Ca grouille autour de nous. Bruits et odeurs chers à Chirac! On décide de prendre les transports en commun car nous ne pouvons plus attendre. Un bus est annoncé dans quelques minutes. On prend les billets et on attend...un quart d'heure au moins. L'angoisse ! Jacky et Claudil en ont marre. Les femmes, inconscientes du danger, ça les amuse. On fait reprendre nos billets en apercevant un dernier taxi qui accepte de nous prendre pour un prix raisonnable. Il aurait demandé 20000 f., qu'on aurait accepté... Le sang lourdement chargé d'adrénaline nous nous engouffrons dans la voiture qui recommence le rodéo coutumier des Abidjanais.

le sida vaincu : La Côte d'Ivoire est le pays le plus touché au monde par le sida. Conscients des problèmes qu'engendre la terrible épidémie, les autorités sensibilisent la population par tous les moyens dont elles disposent. C'est ainsi que sur la grande place publique dont nous venons de parler, la place de l'angoisse, nous avons pu lire, écrit en grandes et grosses lettres blanches afin que nul ne l'ignore :
Lavez-vous avec de l'eau de javel pour vaincre le sida !
Comme disait ma grand-mère Denise : y'a rien de tel pour tout désinfecter !
Fallait y penser, professeur Montagnier !

19 heures : Arrivée au Palm Beach et dégustation bien méritée de flag et d'awa au bord de la piscine.

20 heures : Repas. Claudil et Jacky prennent un couscous arrosé d'un vin espagnol que Claudil n'apprécie pas et que Jacky goûte moyennement. Valérie fait remarquer que c'est pourtant le même vin, Claudil lui rétorque que ce n'est pas le même palais ! Claudel se farcit un crabe qui l'est déjà, Josette un mérou et Valérie une salade avocat-poulet. Pour tout le monde fruits exotiques en dessert.

21 heures 30 : La belote prévue est différée. La fatigue commence à se faire sentir. Bonne nuit les petits.


les gros besoins : Dans les lieux publics des quartiers populaires, n'ayant vu nul part de ces petits édicules portant inscription "toilettes hommes" non plus que "toilettes dames", nous nous posions la question de savoir comment ces braves gens pouvaient bien s'y prendre quand un besoin soudain se faisait... sentir. Les bidonvilles étant eux-mêmes rarement agrémentés de cabinets dits d'aisances, le problème paraissait préoccupant jusqu'au jour où, sur une place publique d'Abidjan, nous vîmes une plantureuse personne relever ses jupes, s'accroupir et faire le plus naturellement du monde ce que d'aucuns cachent avec pudeur.

Les habitants du bord de mer satisfont habituellement ce genre de...besoins en allant sur la plage armé d'un petit bâton. Ils font un trou dans le sable qu'ils remplissent peu ou prou selon les circonstances, puis ils le rebouchent après s'être essuyés à l'aide du petit bâton qu'ils plantent ensuite dans le trou en ayant soin de le laisser dépasser afin de prévenir leurs congénères.

C'est non seulement de l'organisation, c'est du civisme.

J’avais dit : ‘bonne nuit’ ? Allons-y, nous n’aurons pas besoin de nous faire bercer !

A demain !

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 11 Jan 2011 18:34

Deuxième jour
Lundi 26 décembre 1994

8 heures : petit déjeuner au bord de la piscine du Palm Beach. Cathy téléphone pour nous annoncer l'arrivée de la voiture louée.

10 heures : arrivée de la voiture. Il s'agit d'une 505 climatisée, d'apparence honnête pour le pays. Jacky paye d'avance la location des 10 jours mais se fait remettre un reçu avec les dates de location. Sait-on jamais...

La patronne du Palm Beach, une Corse sympathique (si, si!) nous fait cadeau de la première nuit. Economie substantielle de 690 f.f.

10 heures 50 départ pour Yamoussoukro (en abrégé Yamskro).

anecdote : Nous demandons à une passante la route à suivre pour aller à Yamoussoukro. Elle se met à rire comme si nous lui avions demandé Cap Canaveral pour aller sur la lune ! Elle n'a que ces mots : C'est loin ! Puis elle rit encore...et s'en va en traînant la savate avec toute la misère du monde à ses pieds, mais gaie.

Toi, tu nous connais, même en l'absence de panneaux (ce qui est le cas !) on se débrouille...Enfin nous y sommes, nous laissons le Plateau sur notre gauche, et empruntons la seule et unique autoroute du pays, environ 250 km. Entre les glissières centrales les indigènes circulent à pied, les femmes avec leur ballot sur la tête, les gosses courent et traversent la chaussée. Des étalages de fruits, du café et du riz qui sèchent bordent les bas côtés de l'autoroute. La France nous paraît bien loin ! C'est l'Afrique.

Fin d'autoroute. Il reste 50 km de route nationale pour arriver à Yamoussoukro. La route est grevée de nids de poules tous les vingt mètres. Jacky, qui se dispose à nous conduire tout le long du parcours - Claudil s'étant dégonflé ! -, évite les pièges avec maestria.

Les transports : Qui n'a vu, ou pris, les transports en commun en Afrique n'a rien vu ! Les bus, ou cars si l'on veut, sont bondés au point que parfois des jeunes sont accrochés à la portière ouverte, en se balançant à l'extérieur pendant que le bus roule ! C'est tellement plein que nous avons vu des postérieurs assis sur le rebord extérieur des fenêtres (bien sûr, il n'y a plus de vitres depuis belle lurette !). Quant aux taxis, certains sont dans un tel état de vétusté, qu'on hésite à les prendre. Nous en avons arrêté un qui n'avait plus de tableau de bord, plus de compteur (c'est le moindre mal), un volant cassé et rafistolé avec du fil de fer et du chatterton, un levier de changement de vitesses qui, une fois la vitesse passée retombait sur les genoux du conducteur, et dont les sièges crevés laissaient passer les ressorts. Devant un tel amas de ferraille, Claudil dit au chauffeur :
- Voilà un taxi qui risque de ne pas arriver au bout de la course !
- Oh ! mais si !, lui répondit le conducteur en riant aux éclats, il fera bien encore 20 ans.
Si cela se trouve, il en rit encore...tout en roulant dans ce qui lui sert de voiture.

Et les camions ? Quand vous croisez ou doublez un camion, tout est à craindre. Qu'il ne verse sur le côté ou qu'il s'écrase sous le poids de son chargement. Quand vous voyez un camion à l'horizon, vous pensez être victime d'une illusion d'optique, il penche ou il roule en crabe... Lorsqu'un camion tombe en panne, et ça c'est fréquent, le chauffeur coupe des branchages dans la savane ou la brousse environnante, et en dépose des petits tas espacés de un à deux mètres, derrière son camion. A défaut de triangle, sans doute, ce procédé renseigne ses collègues qu'il voudrait du secours et, en attendant précisément, le camionneur se couche à l'ombre de son bahut, devant, derrière ou...dessous !

Une dizaine de kilomètres avant notre future escale, la route devient à quatre voies et, chose surprenante, des lampadaires s’alignent tout le long de la chaussée, à environ une dizaine de mètres chacun. Immenses lampadaires qui semblent annoncer un spectacle anachronique vu le décor…

13 heures 30 : Arrivée à Yamoussoukro. Balade dans des quartiers répugnants de la ville afin de trouver un maquis pour déjeuner. C'est laborieux.

Traversant la ville, soudain, entre deux tas d’ordures vertes et jaunes, deux chantiers en cours de construction, une image fugitive nous crève les yeux. Qu’est-ce que c’est que ça ? Nous arrêtons la voiture et entamons une petite marche arrière… C’est alors que la ‘Chose’ apparaît dans toute sa splendeur ! Là, en plein milieu de toute la misère du monde, à quelques kilomètres, en pleins champs, c’est la vision insolite de Saint-Pierre de Rome ! On nous avait bien prévenus que ce serait un choc, mais là, c’est un aimable euphémisme ! N’eussent été nos estomacs qui criaient famine que nous nous fussions précipités sur la Chose. Hélas ! la nature humaine ayant ses obligations que la raison feint d’ignorer quand ça lui chante, nous finissons par dégoter un maquis sympa. "La Paillotte".

On s'assied, on demande le menu. La serveuse nous apporte le tableau publicitaire qui se trouve sur le trottoir, à l'intention des passants, et nous le brandit sous le nez ! Gag !

- Repas : Claudel et Josette : Biche braisée,
Claudil et Jacky : Brochettes de mérou
Valérie : Poulet kedjenou.

La blague du jour : dans le restaurant, 2 types sont assis autour d'une table.
Jacky : Tiens, 2 pédés !
Survient la femme d'un des deux types, qui s'assied à côté de son mari.
Jacky (rectifiant) : Il n'y en a qu'un qui est pédé !


15 heures : Repus par ce repas copieusement arrosé de flag (vu la qualité du vin ! ), visite de la Basilique "Notre-Dame-De-La-Paix" Un chef d'oeuvre architectural au milieu d'une telle misère ! Houphouët-Boigny, l'ancien président de Côte d'Ivoire a voulu réaliser une copie de Saint Pierre de Rome. Il en a fait don au Saint-Siège. Une splendeur ! Le marbre a été importé d'Italie, les vitraux réalisés à Bordeaux, etc. tout à l'avenant. Et c'est le peuple, pauvre comme Job, qui a payé. Certains nous ont dit que c'était un rempart contre l'Islam, d'autres un scandale, d'autres enfin une merveille à la gloire de Dieu. Quant à nous, nous croyons qu'Houphouët a fait cela pour s'attirer les bonnes grâces du Père Eternel ! Reste à savoir s'il a fait un bon calcul ; si Dieu aime la connerie ! Jacky, en technicien, parie que dans 5 ans, au vu des lézardes déjà très apparentes, l'entretien de l'édifice reviendra aussi cher que ce qu'il a coûté à la construction ! A suivre...

Après avoir acheté une Bible, la TOB, Valérie se fait purifier et rafraichir en passant sous les arroseurs Toro (Pub gratuite !) qui humidifient les pelouses en permanence, ainsi que des jardins à la française qui s'étendent sur plus d'un kilomètre de long !

Quelques chiffres significatifs :

Espaces verts :
32 hectares de jardins plantés de 400, 600 espèces (fleurs, arbustres, ar-bres) et 25 hectares de gazon simple.

Dimensions : Hauteur totale de l’édifice avec la croix : 158 mètres.
La coupole : Hauteur 60 mètres ; diamètre à la base : 90 mètres, surface externe : 14300 m².

La lanterne : hauteur : 40 mètres, poids 320 tonnes.

Les colonnes :
Le péristyle : colonnes doriques,
Le parvis : 84 colonnes doriques,
Le tambour : 48 colonnettes corinthiennes,
L’intérieur de la basilique : - 48 colonnes doriques,
- 12 colonnes ioniques,
- 48 pilastres corinthiens.
Superficie en marbres : 70 000 m² (allée, parvis et intérieur).
Baldaquin : 28 m. de haut.

Vitraux : 12 baies rectangulaires de 21 m. de haut sur 11 m. de large.
12 baies en plein cintre de 28 m. de haut sur 11 m. de large.
12 baies des Apôtres, de 13 m.de haut sur 8 m. de large.
Verrière du Saint-Esprit : 40 m.de diamètre.
Superficie totale des vitraux : 7367 m².

Nous restons une bonne heure à parcourir ce petit chef d'œuvre, étonné, admiratif et, pourquoi le taire, un peu dégoûté, aussi ! Un tel somptueux gâchis pour un hypothétique Dieu et de si misérables gens !

16 heures : Départ pour Bouaké. Voyage RAS. Un seul regret, ne pas avoir vu le panneau indicateur de 'Sakassou', afin de le photographier pour Yvette, ma sœur qui, radine comme pas une en aurait fait une jaunisse . A Tiebissou, petit arrêt pour regarder les tisserands. Claudel prend une photo pour le compte de N'Dri Koffi B.P. 110 à Tiebissou RCI. Le nécessaire sera fait dès son retour en France.

18 heures 30 Au crépuscule, arrivée à Bouaké. Remarque de Valérie : le soleil se couche plus lentement en décembre qu'en mars. Bon, on en accepte l’augure ; elle est institutrice tout de même ! On cherche et on trouve relativement facilement l'Hôtel de l'Air ou les Js sont déjà passés, en mars précisément lors d’une précédente visite à leur fils Ludovic, alors militaire à la base de Bouaké . « Ah ! Dédé ! » (cri des jeunes vierges !).

Les chambres 30 pour les Claudes et 32 pour les Js sont aménagées en suite ! C'est princier ! Valérie a la chambre 29.

Anecdote : Au Palm Beach, occupant la chambre 2, pour obtenir au téléphone la chambre 12 il fallait composer le 312 ; et 302 à partir de la chambre 12 pour avoir le 2 ; logique, non ?
Après avoir pris possession de nos chambres à Bouaké, Claudil demande à la réception, par téléphone :
- Comment téléphone-t-on à une autre chambre, s.v.p ?
- Quelle chambre voulez-vous ?
- Non. Je vous demande comment on s'y prend ?
- Quelle chambre voulez-vous ?
- (d'une voix légèrement énervée) Bon ! Je vous pose la question autrement : Peut-on téléphoner d'une chambre à l'autre sans passer par le standard ?
- (d'une voix sèche comme un coup de trique) Oui !

Un bruit sec. Tonalité...On lui a raccroché au nez !

Explication donnée le lendemain matin par Siaka (ancienne relation des Js, voir ci-dessous) : en principe le numéro de téléphone d'une chambre est égal au numéro de ladite chambre, sauf pour la 30, il faut composer le 33 ; pour la 32, le 31 ; et pour la 29... le 41 ! Suite logique africaine ! C'est l'Afrique ! Et c’est d’autant plus pratique que nous occupons – mais je l’ai déjà dit, les chambres 29, 30 et 32.

19 heures : Retrouvailles émouvantes avec Siaka (Valérie, la scripte du jour -car il faut signaler que chaque jour nous changeons de rédacteur bien que l'inspiration du texte soit collégiale -, Valérie donc, intéressée, note qu'il a 31 ans ! Et note également "petite larme de Valérie" !). Lévitation de Jacky dans les bras de Siaka. C'est la joie simple et pure du grand Noir qui retient ses larmes avec peine.

Au cours du repas, Maryam, sa femme, 23 ans, nous rejoint avec leur fils, Ayouba, 9 mois. Les Js se sont plus ou moins engagés à faire l'éducation à la française du petit Ayouba. Josette en est toute émue à l'idée mais Jacky, plus restrictif, dira plus tard à Claudil : - Oui, mais je demanderai à Siaka qu'il ne soit pas déclaré musulman. Si je dois l'élever, je l'élèverai comme si c'était le mien. A suivre...

Repas : Les Claudes et Josette : Poulet kedjenou,
Jacky : Poulet grillé,
Valérie : Crudités.
En dessert, pour tous : ananas frais, un régal !

Retour dans les chambres, belote avant dodo. Les hommes jouent contre les femmes. Bien entendu, les hommes gagnent ; score honteux inavouable !

Coucher à 23 heures.

Excellente nuit sauf pour les Claudes : lui, bouffé par un moustique qui finira écrasé contre le mur ; elle, insomniaque depuis 15 jours.

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 11 Jan 2011 18:36

Troisième jour
Mardi 27 décembre 1994

Réveil à 7 heures 30. Petit déjeuner copieux sans histoire.

De 9 heures 30 jusqu'à 11 heures 30 : Visite du marché de Bouaké, guidée par Soulimane, le jardinier de l'hôtel.

Epices aux senteurs diverses, viandes aux senteurs également diverses s'exhalant du matelas de mouches qui les recouvrent, poissons séchés ou frais... va savoir, chauves-souris fumées de premier choix, pharmacie indigène, rien ne nous sera épargné par notre précieux cicérone.

11 heures 31 : Visite du marché aux fleurs ( 5 minutes pas plus, il n'y a rien à voir !). Dégustation de bangui (sève de palmier fermentée). Refus de la majorité d'investir dans le bangui qui n'a plu à personne, mis à part Josette au gosier en zinc ! On n'en achètera donc pas.

Retour à l'hôtel pour déjeuner :
- Claudil : avocat et mérou,
- Claudel : brochette de mérou,
- Jacky : steack (d'agouti? allez savoir...) frites,
(l'agouti est une espèce de gros rat, rongeur des champs, que certains situent entre le castor et le ragondin)
- Josette : crudités,
- Valérie : brochette de mérou.
- le tout arrosé comme d’hab’ d’awa et de flag.

Après-midi, recherche sous la conduite de Siaka d'un baobab africain. Il nous en présente un, pas plus gros qu'un bâton de réglisse de S.D.F. Le baobab d'Afrique est en perdition, les indigènes mangent leurs feuilles et leurs fruits et les arbres se meurent. SOS Brigitte ! Faut-il sauver les baobabs ou laisser crever de faim les indigènes ?

Découverte de la piscine municipale, ancienne piscine des blancs, désaffectée (la piscine !) pour cause de culture naturelle...d'amibes!

Visite du zoo : de nombreux animaux s'ébattent dans la joie ; 5 singes neurasthéniques dont un fait office de singe de garde et un autre qui tend la main comme pour réclamer des sous ! (Surpris, il applaudit quand Josette lui parle. Ces deux-là se comprendraient-ils ?), 2 carapaces de tortues inanimées, 1 crocodile qui a pied dans sa piscine trop grande pour lui, 1 lionne à l'oeil vague tourné vers de grands espaces imaginaires, 1 serpent qui rêve de Vincennes, 2 caïmans qui rêvent de l'Afrique de leurs ancêtres et 4 gardiens qui rêvent de clients ! Spectacle lamentable ! Monsieur Bougrain-Dubourg est appelé à la rescousse...

A la sortie du zoo, tombant en arrêt devant une curieuse statue représentant une femme de race nègre (bien que peinte en blanc) tenant dans ses bras un enfant, Claudil se fait expliquer par un autochtone qui passait par là, ce que cela peut bien évoquer. Siaka n'est pas au courant. Il faut dire qu'il n'est pas Ivoirien, mais Burkinabé (habitant du Burkina, en haut et à droite).

légende baoulée : Autrefois, nos ancêtres habitaient le Ghana actuel. Le roi Oseï Toutou mourut. Une guerre éclata entre ses successeurs. La reine Abla Pokou s'enfuit avec son peuple. On la poursuivit jusqu'au bord du fleuve Comoé. Le fleuve était en crue. Comment faire pour le traverser ?

La reine dit au devin : Que pouvons-nous faire pour échapper à nos ennemis ?
Le devin répondit : Vous devez faire un sacrifice, en offrant au fleuve ce que vous aimez le plus, c'est-à-dire un enfant.
La reine ordonna : Trouvez-moi cet enfant !

Mais personne ne se dévouant, la reine prit son propre enfant qu'elle donna au devin ; et celui-ci le jeta dans le fleuve.
C'est alors que les arbres de la rive se plièrent pour faire un pont par dessus le Comoé, et le reine et son peuple purent ainsi passer de l'autre côté où ils furent sauvés.
La reine dit alors : Ba ouli, ce qui voulait dire : l'enfant est mort. Le peuple prit le nom de Baoulé, et décida de toujours obéir à celle qui avait su consentir ce sacrifice pour le bien de son peuple.

Hein ? Ca change des légendes européennes...

Rentrés à l'hôtel à 16 heures 30, nous en sortons à 17 heures pour achat de cartes postales et d'une bombe de catch (Claudil tient à dormir cette nuit !). Racolage honteux et intempestif de vendeurs de souvenirs. Claudil, trop sensible, a cédé à concurrence de 800 f.CFA pour un instrument de musique africain qui ne joue pas mais...évoque.

Retour à l'hôtel pour une séance d'écriture des cartes postales jusqu'à l'heure du dîner, c'est-à-dire 19 heures 50. Josette et Valérie regagnent leur chambre pour se faire une beauté. Avant de passer à table, les Claudes et Jacky attendent les deux femmes ; en piaffant les hommes boivent leur 4ème flag de la journée. Ces deux femmes-là finiront par les rendre alcooliques !

De guerre lasse, on passe à table : Igname pour tout le monde et poulet frit (l'igname est un tubercule de type topinambour). On attend toujours la Josette, mais finalement on s'en fout...on boit !

En fin de repas, photo de groupe. Grosse émotion de Siaka qui, par ailleurs a scellé le sort de son fils, Ayouba, entre le patron Jacky et maman Josette. Soulimane a cueilli des fleurs et amené des brochures sur Abidjan (publicité des ascenseurs Otis !) et sur Bouaké pour immortaliser l'événement.

Avant d'aller au lit, les hommes ont consenti leur revanche aux femmes qui ont connu une fin plus glorieuse que la veille : 1008 contre 976 pour elles, grâce à la générosité des mâles, il faut bien le dire !

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 12 Jan 2011 15:08

Quatrième jour
Mercredi 28 décembre 1994

Départ de Bouaké à 10 heures, objectif Tortiya (les mines de diamants !) via Katiola, Niakaramoudougou (en abrégé Niakara), Sinkana, Tindiéri.

Avant de sortir de Katiola, nous nous arrêtons devant un chantier où règne une intense activité. Du rez-de-chaussée au premier étage d'un bâtiment en cours de construction, une noria de seaux de ciment s'active. Jacky, notre expert en béton, nous explique qu'ils sont en train de couler une dalle et, comme le travail doit être fait sans interruption il n'y a pas un instant à perdre. A vue de nez la dalle doit faire une cinquantaine de mètres carrés. Au pied du bâtiment un ouvrier amène du sable à deux autres qui y ajoutent de l'eau et du ciment pendant qu'un troisième touille. Un quatrième emplit un seau du ciment fraîchement fait et c'est l'escalade qui commence poussée par les seaux vides qui reviennent et se remplissent avant de remonter. Peu habitués à voir un tel remue-ménage de la part d'africains généralement gnangnans, Jacky se propose de filmer, mais le chef de chantier stoppe le travail en dépit de l'urgence. Conscient de la rudimentarité de son système, il craint qu'on ne le filme pour se moquer de lui en France. Ce en quoi il n'a pas tout à fait tort ! On négocie un prix, le chef de chantier va céder, mais c'est Jacky qui en fait une question de principe et qui refuse. Ah ! celui-là avec ses principes ! On reprend notre voiture pour poursuivre notre épopée.

Route nationale relativement correcte jusqu'à Niakara, puis 40 km de piste, c'est-à-dire en tôle ondulée dans le meilleur des cas. On songe avec angoisse à l'état de ces routes à la saison des pluies.

Premier arrêt à Sinkana. Nous garons notre voiture à côté d'un camion en train d'être chargé de ballots de coton par une armée d'ouvriers. Tout le monde s'arrête pour nous regarder. Par courtoisie nous demandons si nous pouvons rester quelques instants près du camion et prendre des photos. C'est d'accord. Nous entrons dans le village. (1) C'est un village typiquement sénoufo avec ses cases rondes construites autour des greniers à blé, arachides (cacahuètes), riz, etc. Présentation au chef, auquel nous remettons un cadeau (1000 cfa.) afin qu'il nous permette de prendre des photos de son ‘beau village’. Bien sûr il accepte. Un jeune nous guide à travers un dédale de cases qui abritent environ 400 habitants. On découvre une école où une cinquantaine d'élèves en C.P. et C.M. sont réunis autour du maître.

On les entendait chanter du milieu du village. Parvenu devant l'entrée de l'école, le maître nous fait entrer. Les enfants se lèvent comme un seul homme. Ca nous rappelle le bon vieux temps de l'école avec ses règles et le respect des enfants pour les adultes. Soudain l'un de nous réalise que nous sommes en période des fêtes de Noël ; il interroge le maître :

Lundenou: Mais vous faites classe pendant les fêtes ?
Le maître: Ce sont des cours de rattrapage.
Lundenou: Ah ! Très bien. Mais...combien sont-ils à rattraper ?
Le maître: Oh ! Une cinquantaine.
Lundenou: Et en temps ordinaire, combien avez-vous d'élèves ?
Le maître: Oh ! Une cinquantaine.
(Petit sourire compatissant du groupe)
Lundenou: Ainsi tout le monde est en rattrapage à ce que je vois !
Le maître: Ce ne sont pas eux qui rattrapent, c'est moi! Je suis en retard sur mon programme alors, vous comprenez, nous profitons des vacances !

Sourire extasié du groupe qui pense à la France et aux Français ! Aux classes en surnombre à 25 ! A la bataille pour les jours de congé ! A la réforme des quatre jours ! Des larmes frisent... Quelle leçon !

Trêve d'émotion pour un maître qui ne comprend pas. Il fait lever ses élèves qui entonnent un chant de bienvenue avec un coeur gros comme ça ! Pour le coup des larmes perlent ! Claudel et Josette distribuent des bonbons pour payer le prix de notre émotion. Un pour chaque élève, deux pour le maître. Privilège du chef.

On sort. Les gosses aussi ; l'école est finie pour aujourd'hui. Un élève nous guide dans la savane toute proche et nous montre un vrai baobab comme on en a vu dans le temps, dans nos livres de géographie. Séance photos. On passe devant un cimetière où il n'y a qu'une pierre tombale. En fait cette pierre symbolise l'emplacement du cimetière ; les morts sont enterrés tout autour, un peu partout.

Nous récupérons notre véhicule suivi par l'ensemble de la classe qui nous fait une escorte fébrile. Salut aux marchands de coton qui n'ont guère avancé dans leur travail. Nous repartons poursuivant notre piste interminable...

Deuxième arrêt près d'un champ de coton où un couple accompagné d'un adolescent cueille le coton. Nous allons voir de plus près, prenons des photos comme des Japonais à Paris, et prélevons des échantillons.

Troisième arrêt à Tindiéri, sur un pont enjambant le Bandama blanc, afin de photographier un troupeau de zébus en train de patauger dans l'eau, le long des rives où des ivoiriennes lavent consciencieusement leur linge avec Persil anti-redéposition...vraisemblablement ! Nous reprenons la piste.

Tout à coup la piste n'est plus que boursouflures et creux. Jacky fait la grimace et tout le monde tend le dos ! La voiture résistera-t-elle à un tel traitement ? D'autant que nous avions promis à Amidou, notre loueur, que nous ne ferions pas de piste ! Nous zigzaguons dangereusement mais parvenons enfin à Tortiya qui ressemble plus à un bidonville qu'à une capitale diamantaire. (Note postérieure au récit: il paraît que nous n'avons vu que les misérables faubourgs de la ville qui, elle, serait magnifique et mérite le détour. Il faudra donc y retourner un jour...)

On a soif. Trouver un bar n'est pas une mince affaire ! Nous jetons notre dévolu sur un maquis peut-être un peu moins crad' que la moyenne du coin. Flag et awa sont les bienvenues. La clientèle est composée de 4 types à la mine pas diamantaire du tout ! Ce sont des cultivateurs-chasseurs qui nous promettent leur protection moyennant une flag! Peut-on faire autrement ? Parmi les quatre, il y a le fils Pignon qui est le chef ! On rit mais à dire vrai on a hâte d'être parti... Goûtage, du bout des lèvres, du foutou qui est en train d'être préparé par la brasseuse.

Pour accéder aux mines, des indigènes nous conseillent de nous rendre chez Marius, près du fleuve après être passé entre le dispensaire et l'Eglise.
gag - Où habite-t-il Marius?
- Près du fleuve.
- Et le fleuve, où est-il?
- Devant chez Marius!

Nous y parviendrons cependant, et là, nous rencontrerons Colombo qui se proposera d'être notre guide pour l'après-midi moyennant la modique somme de 5000 cfa. C'est OK. Nous nous rendons aux mines à 2 voitures, la première étant occupée par une famille ‘blanche’, pas très sympathique au premier abord mais qui finalement s'est révélée acceptable. Colombo monte avec eux. Avant de partir nous nous inquiétons : La route est-elle bonne? Pas de problème!

En fait, les mines, ce sont des trous individuels où chacun, en brassant la terre trouve ou ne trouve pas de diamants. Et puis quand il en trouve, il poursuit horizontalement une galerie qui rejoint d'autres trous, d'autres galeries. Et enfin ça ressemble à une mine. Nous en avons visité une dont une partie de la voûte ne semblait tenir que par miracle, un pilier de soutien ayant été gratté à la base jusqu'à la limite du possible. C'est la preuve que là, du diamant a été trouvé...Mais dans l'état où c'est désormais, il n'est pas dit que ça résistera à la prochaine saison des pluies !

D'après Colombo, il y a souvent des accidents mortels. Exemple, aujourd'hui, si on ne voit aucun mineur à l'oeuvre c'est parce qu'ils ont interrompu leur travail par solidarité, c'est la tradition, pour un mineur qui est mort ce matin même et qu'il a fallu dégager de la mine effondrée afin d'aller l'enterrer ailleurs...dans un endroit déjà fouillé de préférence ! Le guide en profite pour nous expliquer comment on enterre les mineurs. On les assied en terre, en quelque sorte, à environ un mètre de la surface. L'enterrement a lieu le jour de l'accident, la famille est prévenue ensuite.

Nous nous rendons au bord de la rivière, Le Bou, où nous trouvons des laveurs de terre qui, à l'aide de tamis, à la manière des orpailleurs, lavent la terre qui a déjà été fouillée manuellement. Un laveur nous montre fièrement, dans une petite bouteille, 2 misérables diamants. Colombo certifie que ce laveur a commencé sa journée à 10 heures et que, lorsqu'il la terminera, la bouteille sera pleine. Vu la taille des diamants et de la bouteille, il faut qu'il en trouve au moins un tous les quarts d'heure. Nous attendons une heure environ, sous un soleil de plomb, bouffés par des mouches vampires qui tachent de rose les chemises et les chaussettes. Pas de diamant ! Allez ! On en a assez vu. Sur les conseils de notre guide nous poursuivons la piste sur environ 10 km de tout terrain ! Si Amidou nous voyait !

(1) ]Alors que je recopie ce texte, je constate que l’absence de photos est gravement préjudiciable à la réalité que je décris du mieux que je peux ; en effet, j’ai parlé d’Abidjan, de Yamoussoukro et de Bouaké sans plus de précision sur les immeubles d’habitation. Il faut savoir que ces maisons sont ‘en dur’ et que, n’eussent-été les containers d’ordures, le soleil et la chaleur on se serait cru en France. Désormais, loin des centres, nous entrons de plain-pied dans l’Afrique telle que tu la vois au cinéma avec ses cases rondes, ses ruelles en sol battu, ses grandes places à perte de vue, sa végétation luxuriante avec des petits Noirs qui, pour peu que tu déflores le territoire, n’ont jamais vu de Blancs et s’enfuient en poussant des cris de terreur !

A suivre…
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 13 Jan 2011 13:46

Suite du quatrième jour

A un détour du chemin, nous apercevons sur le bord de la piste un homme, en costume 3 pièces et cravaté, accroupi en face d'un autre, en haillons, assis par terre. Le premier tient une balance miniature de joailler entre ses doigts. Colombo nous dit qu'il s'agit là d'une transaction de diamant. Spectacle rare en pleine savane à 50 km de toute civilisation ! Nous nous arrêtons pour assister au marchandage. Mais notre arrivée interrompt définitivement les pourparlers ; l'acheteur aussi bien que le ven-deur ne veulent pas de témoins. On repart.

Soudain, environ 10 km plus loin, la route s'arrête ! Au beau milieu de la piste des trous énormes interdisent tout passage. Des mineurs creusent et lavent au fur et à mesure dans des trous d'eau. Le guide nous précise qu'ici les mineurs sont les rois. S'ils veulent creuser là, ils creusent là, qu'il y ait une route ou non ! Aux automobilistes de se débrouiller. On se débrouille en effet en contournant tant bien que mal les trous diamantifères. Jacky fait un peu la gueule, la voiture beaucoup, mais çà on ne le sait pas encore ! On arrive à un camp qui fait office de bivouac pour les orpailleurs. C'est coquet, propre, rare ! On s'abrite sous un grand préau au toit de chaume qui garantit une certaine fraîcheur. On boit bien sûr flag et awa ! Et, comme il est quelque chose comme 15 heures 30, estimant le chemin à parcourir pour le retour, on décide de rentrer à Niakara.

C'est à nouveau les trous à contourner, la tôle ondulée. Grâce à un raccourci indiqué par Colombo nous ne repassons pas par le bidonville de Tortiya et retrouvons le chemin à boursouflures et creux qui précède les 40 km en latérite en forme de tôle toujours aussi ondulée qui mène à Niakaramoudougou.

On retraverse le si joli petit village aux gentils écoliers. On klaxonne sans s'arrêter. Certains nous reconnaissent. Nous serons ce soir dans leurs rêves ; ils seront désormais toujours dans les nôtres.

Arrivés à Niakara, on se souvient que la ville précédente, Katiola, traversée le matin même était plus accueillante. Il est 17 heures 30 ; et Katiola est à 70 km, mais la route est bonne, c'est du bitume. On poursuit donc notre route.

Chemin faisant, Josette déclare : - J'ai le cul qui chauffe!
Claudel s'écrie : - Y'a l'feu dans l'coffre!

Jacky pile ! Il pile d'autant plus vite que de chaque côté de la route la savane est en feu. Et pas de canadair à l'horizon !

Tout au long de notre circuit on a vu sans discontinuer des feux dans la brousse, un peu partout. Ici, on s'en fiche. A défaut de vent, le feu ne se propage pas bien loin. Sur la route, des chasseurs armés de fusils ou de machettes attendent le gibier. A croire que c'est eux qui mettent le feu...Va savoir. En attendant, ça crépite sérieusement...

On regarde dans le coffre et sous la voiture pour constater que le pot d'échappement n'a pas échappé aux mauvais traitements occasionnés par une piste cruelle ! Comme dit Jacky : Le pot est en vrac! D'où le pot en feu de Josette...

Sous une voûte de fumée (l'incendie), suivi par un bruit de plus en plus inquiétant (le pot), nous poursuivons notre route. Katiola, enfin ! Il est 19 heures ; il fait nuit. Arrêt au premier hôtel venu, un 3 étoiles qui n'en vaut qu'une, le Mamba.

Les Js et Valérie ont la chambre 5, les Claudes auront successivement la 12, la 10, la 14, la 8, et enfin la 4 ! Ceci consécutivement à une suite de problèmes : pas de climatisation ici, pas d'ampoules là, chambre pour un seul client ici, lumière absente là, etc. Dans la 4, rien à signaler à part un cafard dans la baignoire.

Des chants dans la rue nous invitent à descendre, il s'agit d'un cortège dansant et chantant pour enterrer la vie de jeune fille de 3 futures mariées. On a droit à la bise des heureuses élues !

anecdote : Dans le hall de l'hôtel, Jacky avisant un indigène avachi dans un fauteuil, lui demande :
- S'il vous plait, il y a un garage dans le coin?
- C'est à moi que vous parlez?
- Ben, oui... Pourquoi?
- Vous êtes bien mal élevé! Vous pourriez dire "Bonjour monsieur", si ça ne vous fait rien!

Jacky, lui, ça lui fait. On se débrouillera tout seul !

Elle est loin l'Afrique de papa, hein ?


Pour notre seul et unique repas de la journée, nous nous rendons chez Tantie Marie sur les conseils d'un locataire de l'hôtel.

Tantie Marie : une cour sans lumière, ou à peine... (et c'est aussi bien, car au moins, on ne voit pas dans quoi on mange !) On commande du poulet pour tout le monde. On nous sert 3 poulets complets, avec leurs 3 cous, leurs 6 pattes également complètes, c'est-à-dire avec les griffes ! Le tout accompagné d'attiéké et de riz. Pour dessert 5 oranges pelées. Service : 3 chiffons pour 6, et 2 seaux d'eau pour se rincer les doigts.

Josette, rapporteur de cette journée mémorable, note sur notre livre-journal : Pas de belote ce soir. Il est 22 heures 15.

Elle en a marre ! Nous aussi. Bonne nuit. Quelle journée !

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 14 Jan 2011 13:31

Cinquième jour
Jeudi 29 décembre 1994

Programme prévu : nous rendre à Man, mais c'est un peu loin pour faire le chemin d'une seule traite. Nous décidons de faire une étape repos à Daloa situé à peu près à mi-parcours. Au préalable toutefois, il faut réparer le pot d'échappement. S’étant mis en quête d'un garage, on nous indique le Grand Garage Central. Parfait. Les hommes s'y rendent pendant que les femmes vont faire leur marché. C'est dans l'ordre des choses.

Le Grand Garage Central, c'est un terre-plein recouvert d'une carcasse de camion, de roulements, de pignons et d'une vieille boite de vitesses dans laquelle un apprenti, à l'aide d'une boite de sardines, s'échine laborieusement à récupérer de l'huile. Une dizaine d'ouvriers compose le personnel. En nous voyant arriver tout le monde s'active, c'est-à-dire qu'un des dix se charge de préparer la lampe à souder, qu'un autre sur les conseils de Jacky se glisse sous la voiture, qu'un troisième lui passe les outils, que quatre conseillers, debout, assistent l'officiant, et que trois surper-chefs (?), assis sur un banc, surveillent les opérations. Le pot est démonté. Il est effectivement crevé à deux ou trois endroits, victime des secousses tortiyanaises. L'instant le plus délicat consiste à trouver et choisir le morceau de ferraille, boite de conserve de préférence (instrument à usage multiple) qui, découpée, fera un excellent emplâtre.

Le temps passe. Les femmes reviennent, elles ont visité le marché qui est loin de valoir celui de Bouaké, mais enfin, elles ont vu des viandes variées et avariées, des yeux de boeuf pour faire le potage, des peaux d'oreilles, et autres spécialités culinaires. Elles ont acheté des pellicules photos à 18 f. les 36 poses. Claudel, la rédactrice du jour, en est tellement surprise, qu'elle en fait mention dans les événements essentiels ! Elles achètent aussi de la crème Johanna qui sent si bon... Claudel ne sait pas marchander, heureusement que Josette veille au grain. Merci Josette !

anecdote :
(recueillie lors d'un marchandage à Abidjan. - hors contexte, mais citée ici pour sa valeur significative.)

Claudel : Combien ce batik ?
Le marchand : 5000.
Claudel : Mais...j'ai acheté le même, hier, pour 1500 !
Le marchand : Je te le laisse pour 3500.
Claudel : Alors, pourquoi m'avez-vous dit 5000 ?
Le marchand : Pour parler. Si on ne discutait pas les prix, tu paierais, tu prendrais la marchandise et on n'aurait pas parlé. C'est pas bon ! Allez ! 2500 et il est à toi.
Claude
l (têtue) : Non, 1500 !
Le marchand : 2000.
Claudel
(qui commence à fatiguer): Bon. D'accord.
Elle a le sentiment d'avoir été volée!
Le marchand est content, il a parlé. C'est un authentique commerçant comme il n'y en a plus en France. C'est vrai.

La voiture n'étant toujours pas prête. Les femmes repartent puis reviennent. On a eu le temps de se faire établir une facture afin d'en récupérer éventuellement le montant auprès d'Amidou ! La facture mentionne : Réparation de "peaux" d'échappement : 7000 f.

Jacky : Il y a une faute !
Claudil : Oui. Peau ne doit pas prendre la marque du pluriel !

On rit. On part. C'est parti...Daloa est au km 301.

Il est 12 heures. Escale à Tiebissou pour faire le plein d'abord et manger ensuite. Pendant que Jacky fait le plein, Claudil ravi d'avoir enfin trouvé son panneau "Sakassou", se fait photographier devant en prenant la pose de l'autostoppeur, le pouce à l'horizontal.

On cherche un maquis correct pour se restaurer :
premier maquis, on ne boit pas, on ne mange pas. On se demande pourquoi il est ouvert !
deuxième maquis (spécialités africaines et européennes) Chouette ! Hélas, on ne mange pas : la viande n'a pas été livrée ! Tant pis, on boira seulement. En pénétrant dans le maquis, des femmes qui attendent un bus nous souhaitent, la main tendue : Bonne année, des sous! Oui, qu'on leur répond !

Pas d'awa ! On boit des flags, les femmes aussi, tandis que Valérie un coca figurant sur la carte sous le nom de sucrerie. Jacky ayant toujours prétendu que la flag est à faible teneur d'alcool, on s'étonne qu'après en avoir bu la moitié d'une, Josette soit "flag-ada".

Jacky commande une boîte d'allumettes. Coût 25 f.cfa, il laisse 25 f. de pourboire au jeune garçon qui la lui apporte. Quand il ouvre sa boîte d'allumettes (le S s'impose !), il constate qu'il y en a deux. Renseignements pris, le jeune serveur nous apprend qu'il ne nous avait pas vendu la boîte, mais donnée ! Il propose le remboursement de son pourboire, on refuse. Dans un élan de générosité la mère du jeune homme, la patronne, donne 4 allumettes supplémentaires à Jacky qui, content cette fois, pourra fumer 6 cigarettes !

On reprend la route pour s'arrêter un peu plus loin, dans les faubourgs de Yamskro où nous trouvons un maquis sympa d'une rare propreté : La Maison Blanche. On choisit pour tout le monde poulet grillé relevé de sauce tomate, oignons et crème, et accompagné d'alloco (banane plantain frite) et de...frites pour Jacky. L'alloco, un régal !

A notre demande, la patronne nous explique comment est préparé le manioc et l'attiéké. Selon elle, l'acidité de l'attiéké est variable, car elle dépend de l'acidité des mains de la préparatrice. On se félicite de ne pas en avoir pris... Ultérieurement nous apprendrons qu'il n'en est rien, la semoule d'attiéké étant faite à la machine. Hélas, il en restera quelque chose dans les esprits et personne n'en mangera jamais plus...

Ensuite visite des crocodiles qui gardent le palais présidentiel. Séance photos. Au préalable dégustation d'oranges pelées par une africaine qui réalise une belle prestation en maniant son couteau avec dextérité.

Reprise de notre route vers Daloa.

Claudel : Oh ! Jacky, une termitière. Arrête-toi !
Claudil : Trop tard !
Jacky : On en verra à Man...

Bouaflé n'imprime pas un souvenir impérissable ! A vrai dire, rédigeant suivant les notes prises, Claudil ne relève aucune remarque particulière et qui plus est, il ne lui en reste aucun souvenir...

Entre Bouaflé et Daloa, le long de la route, découverte d'une plantation de café. Des indigènes nous donnent des explications. Plus loin, sur la piste intérieure on devrait voir une plantation de cacaoyers. Pas le temps... Nous prélevons des échantillons de café et reprenons la route.

anecdote : Nous remarquons que, par endroits, les noms des villages que nous traversons se terminent soit en gbeu, en pleu, en osso, etc. Nous avons appris que ces mots : gbeu, pleu, osso, veulent dire "ville" dans certains dialectes différents, comme chez nous en France nous avons des Jarville, Lunéville ou Dogneville. D'autre part, les noms des villages étant significatifs de leurs origines, Negbeu, par exemple, veut dire village de Ne ou Né, Dakiosso, village de Daki ou Dakio, etc. comme en Charente notamment où nous rencontrons des lieux-dits : Chez Brangé, Chez Fouché, etc. Ceci étant dit, nous avons été sérieusement ébranlés quand nous avons vu sur la carte, du côté de Daloa -avant ou après, mais sur la gauche en allant à Man- le village de Dédégbeu ! Le village de Dédé ? Il aurait trainé ses guêtres jusque là ? Ah ! Dédé ! Sacré Dédé !

Arrivé à Daloa. On s'arrête au premier hôtel venu, l'hôtel des Ambassadeurs. C'est encore chic ; on sent qu'il y a peu de temps cet hôtel était dirigé par des européens. Ca ne durera pas, on relève ici et là des traces d'abandon et de décadence. Dommage !

Jacky et Claudil tirent la langue. C'est l'heure de la flag et, pour les femmes, de l'awa. On visite les environs de l'hôtel pour découvrir une cage où deux chimpanzés crèvent de faim. Josette, toujours bon coeur, leur donne des bonbons. Ils sont contents et applaudissent ! Un jeune blanc propriétaire d'un hara nous indique que, naguère, des gazelles vivaient en liberté dans le parc de l'hôtel. Il n'y en a plus ! Sur un air de fausse confidence, il ajoute, mauvaise langue : Il paraît que pendant un certain temps les clients du restaurant de l'hôtel ont mangé du chevreuil ! Puis c'est une promenade apéritive vers le centre ville en passant par la cité artisanale où, pour nous débarrasser, nous promettons de revenir demain. La nuit est tombée pendant ce temps. Claudil tire la patte...Son artérite, toujours…

- Ah ! Ca ne serait pas les pattes !

Retour à l'hôtel, on prend la voiture pour retourner en ville, au maquis du Centre selon les uns, du Commerce selon les autres. Bref, c'est en face d'une librairie tenue par deux gros libanais...On devrait retrouver facilement ! On se tape une omelette savoureuse. Valérie est exténuée. C'est l'heure du dodo ! On y va dès que Claudel a fini de rédiger son compte rendu journalier sur notre livre-journal de bord. Il est 21 heures 30.

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 15 Jan 2011 14:40

Sixième jour
Vendredi 30 décembre 1994

A cause que ce soir c'est le tour du Jacky... Ainsi commence le résumé des notes du jour, rédigées par le beau-frère de Claudel.

Petit déjeuner à l'hôtel en compagnie de l'ex-ministre de la Jeunesse et des Sports qui nous donne des nouvelles de la France et des otages d'Alger. On avait complètement perdu de vue cette sombre histoire commencée le jour même de notre départ d'Orly, et qui, d'ici, nous semble de l'histoire ancienne !

Départ de l'hôtel des Ambassadeurs, à Daloa, à 9 heures 10. Direction Man. Au préalable arrêt centre ville (encore !) pour achat de timbres à la Poste, timbrage des cartes écrites le 27 à Bouaké et postage. Claudil , lui, se dirige vers la banque à côté de la Poste, la SGBCI afin de changer 3000 F. de traveller's chèques contre de l'argent ivoirien. La banque est pleine comme un œuf ! On lui conseille un guichet qui, après un quart d'heure d'attente le renvoie au guichet 1, puis à la Caisse "S" où, après une longue attente nerveuse, il s'entend dire : Repassez la semaine prochaine. Là, le ton monte ! Claudil exige que ces traveller's soient changés. On lui conseille de s'adresser à la BCI à l'autre bout de la ville. Non ! Enfin le dénommé Coulibali qui le renvoyait à huitaine consent à s'activer avec lenteur pour rendre service. Re-guichet 1 où on ne lui remet que 290 000 cfa, c'est-à-dire après prélèvement d'une commission de 10 000 cfa! Claudil ne discute pas, trop heureux de s'en tirer à bon compte, mais il se réserve d'écrire à Américan Express à son retour en pays civilisé.

Enfin on quitte Daloa vers Man, via Duékoué. Arrêt sur le pont qui enjambe le fleuve Sassandra, où nous prenons des photos et des prises de vues filmées par Jacky. A ce propos, il faut dire que tout ce qui précède et tout ce qui suit a été ou sera filmé par Jacky. Enfin, l'essentiel. Un peu plus loin, nouvel arrêt pour photographier une jolie termitière sur le côté droit de la route. Claudil sert de référence au pied de la termitière qui fait au moins deux fois et demie sa hauteur. Claudel voit enfin son désir exaucé. Depuis le temps qu'elle réclamait sa termitière avec pour tout commentaire de Claudil : trop tard ! et de Jacky : y'en a à Man !.

Arrivés à Duékoué, nous recherchons le maquis Ivoire, ainsi que nous l'avons promis à Monsieur Toraü (Jacky a écrit : Taureau. La vache!). Nous le trouvons, mais Désiré (9 mois) est à Abidjan avec sa mère... On mangerait bien une omelette, mais il n'y a pas d'oeufs. Tant pis, on s'en passera. Déjeuner liquide Flag-awa. Nous visitons le marché qui est immense, et découvrons des enseignes pittoresques que Jacky filme discrètement. Une des meilleures est celle d'un coiffeur qui se flatte de couper les cheveux à l'aide d'une "tondose électrique". Achat de livres et d'oranges pelées qui seront notre seule nourriture depuis le petit déjeuner jusqu'au soir. Mais on commence par avoir l'habitude!

Départ vers Man. Route normale, sans problème. Le paysage toutefois change un peu en devenant plus accidenté. Man est en altitude.

Arrivée à 15 heures. Man est une ville de 53000 habitants ; on y traite essentiellement le café avant exportation vers la France.

Petite anecdote : le café qu'on boit en Côte d'Ivoire est du café Nestlé en sachet qui vient de France ! Avis aux chômeurs de chez nous, il y a un créneau à prendre d'urgence.

Recherche d'un hôtel par les femmes, puisqu'elles trouvent toujours à redire sur le choix des hommes ! Mais le premier choix "Le Refuge" est abandonné, son chemin d'accès est une piste, et nous avons promis à Amidou de ne pas faire de piste ! Il faut savoir tenir sa parole. En entrant dans la ville, nous avions remarqué un premier hôtel au nom de Beau-Séjour "Les masques". Nous rebroussons chemin pour nous y rendre. Les prix étant très abordables : 8500 la nuit, négocié à 8000 avec un petit supplément pour les Js qui sont 3. Les chambres sont, en fait, des cases aménagées en deux chambres dos à dos, que l'hôtelier nous présente comme étant d'anciennes cases du crû. Découvrant une future ancienne case en construction dans le parc, nous doutons de l'authenticité d'origine des nôtres ! Qu'importe, elles nous conviennent parfaitement pour ce que nous avons à y faire.

Etant en train de boire (comme d'habitude !) des flag-awas, nous faisons connaissance d'un jeune du coin qui se propose d'être notre guide pendant les trois jours que nous comptons passer à Man. Nous négocions un prix forfaitaire qui, pourboire compris, sera de 16000 cfa, 160 F.F.

Nous prenons le temps de nous installer puis, dans la foulée, notre guide qui prend son emploi très au sérieux nous entraine vers la cascade de Man. Une curiosité à ne pas manquer. Soixante et onze marches à descendre pour admirer une cascade qui, à la saison des pluies, est une véritable féerie. Au pied de la cascade un bassin où des enfants et des jeunes filles se baignent et s'éclaboussent en riant aux éclats. Puis notre guide, Bamba, nous invite à l'escalade du mont Tonkui, 1250 m. d'altitude, où, après 17 km de piste particulièrement défoncée en deux endroits (pardon Amidou, on ne savait pas !), nous découvrons la maison de l'ex-gouverneur de la province de Man. La montée a été pénible pour la voiture qui fume dangereusement... On la laisse se reposer quelques instants, le temps pour Bamba de nous présenter le quinquina avec les feuilles duquel on extrait la quinine, des ananas sauvages et des yuccas géants. Pa-norama magnifique bien qu'un peu brumeux.

En redescendant, Bamba en profite pour nous raconter la légende de Man.

légende de Manleu narrée par Bamba :

Au départ, la ville de Man s'appelait Gbêpleu (village de Gbê, nom du chef du village). Le village de Gbêpleu était situé dans la forêt sacrée du quartier 'Gbêpleu' et le marché se trouvait au centre du village. Près du marché, il y avait un puits.
Un jour, Gbê alla consulter un charlatan (communément appelé aussi 'prédicateur' ou 'voyant') sur l'avenir de son village. Le charlatan lui dit qu'il lui voyait un bel avenir et qu'un jour viendrait où il serait très grand et fréquenté de tous. Mais pour cela, il fallait sacrifier une fille vierge.
Le chef ayant cherché vainement une fille, il ne trouva pas mieux que de sacrifier sa propre fille d'une dizaine d'années, qui s'appelait MANLEU. C'est ainsi que Manleu, bien habillée et parée de bijoux, fut jetée dans le puits que l'on condamna à tout jamais. Depuis ce jour, le village fut appelé Manleu, puis la ville qu'il devint prit le nom de MAN.


A notre retour en ville nous visitons un atelier de sculpteurs de bois, ainsi que leur collection d'anciens masques. Mais c'est trop cher pour nous ! Et il n'y a pas moyen de marchander raisonnablement, même en faisant valoir que ces masques ont déjà servis et qu'ils sont, en quelque sorte, d'occasion...

Visite du marché alimentaire en train de recevoir des arrivages de poissons frais. Dégustation d'igname frit. Jacky fait remarquer : C'est pas bon ! C'est comme la tarte aux concombres !! Ce n'est pas l'avis de tout le monde, sauf de Claudil, le délicat. Réflexion d'une ivoirienne scandalisée, à Jacky en train de filmer le poisson qu'on décharge sans ménagement et les étalages couverts de mouches : Ce n'est pas les poissons qu'on filme, mais les gens qui les mangent.

Retour à l'hôtel pour une dégustation collective de flag-awa. Ensuite douche, et détente pendant une demi-heure. Puis, sous la conduite de Bamba, qui décidément ne nous quitte plus, nous nous rendons dans un maquis "Le Maquis du Village". Il est 19 heures 30. Menu : Brochettes de boeuf accompagnées de moutarde, mayonnaise et sauce tomate. Frites et riz. Fin du repas avec le seau d'eau et l'assiettée de lessive !

Retour à l'hôtel à 21 h.55 juste avant le film érotique (Jacky, notre rédacteur a écrit dans ses notes 'film de cul', mais Claudil traduit) projeté à la télévision dans toutes les chambres à 22 heures.

Bonne nuit quand même.

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 16 Jan 2011 13:56

Septième jour
Samedi 31 décembre 1994

Première observation : le fim de c.. n'était pas programmé pour hier au soir, mais pour ce soir. C'est les Claudes qui ont été déçus !

Réveil à 8 heures. Bamba nous fait subir le régime militaire ! Départ de l'hôtel en sa compagnie vers Lieupleu, via Danané. En cours de route Bamba, bavard mais intéressant en diable car très cultivé (il a raté son bac deux fois, ce qui constitue une certaine référence), nous montre les cacaoyers, ouvre une cabosse et nous fait goûter des graines à l'intérieur qui, une fois séchées et pilées feront le cacao dont nous nous délecterons en France. Josette et Claudel se font cueillir chacune une cabosse en souvenir.

Arrivés au village, nous sommes bien accueillis par les indigènes. Salut traditionnel au chef. Claudil saluera, lui, un faux chef dissident qui lui sera présenté comme le chef. Revenu de son erreur, il ne s'étendra pas. On a craint l'incident diplomatique...

Josette achète du koutoukou. Le koutoukou est une boisson d'une teneur en alcool de 70° environ fait à partir du vin de palme. Nous en avons tous goûté, sauf Claudil, bien entendu ! Nous sommes paf ! Cependant nous nous promenons dans le village et nous arrêtons devant des étals où des graines sèchent en plein soleil. Bamba en profite pour nous renseigner sur le séchage de ces graines qui sont des fruits de cacaoyer ou de caféier déjà noircis. Il nous montre aussi des noix de Kola (ou Cola), fruits du kolatier, qui contiennent des alcaloïdes stimulants : morphine, quinine, strychnine.

Bamba parle de la Kola : Sans la Kola l'Afrique traditionnelle serait paralysée. La noix de kola décide de tout ce que nous devons faire lorsqu'on l'interroge. On lance la kola en l'air et, quand elle retombe, sa position est significative. En plus elle joue un rôle affectif ; si un jour, par exemple, je suis fâché avec mon père, que je reviens vers lui, je prends une noix de kola et je la lui remets. Sans la kola il ne peut pas y avoir de réconciliation.

Passage du fleuve Cavally sur un pont de liane qui mène à la forêt sacrée et aux champs. Il faut se déchausser pour passer le pont qui est lui-même sacré, et ne pas mâcher de chewing-gum. Mitraillage de photos !

Bamba parle du pont : Ici le pont relie les habitants à la nourriture matérielle (les champs) et à la nourriture spirituelle (la forêt sacrée). C'est pourquoi il faut le respecter. Quand le pont est vieux, les notables lancent la kola pour interroger les ancêtres qui décident si le pont doit être remplacé ou non. S'il doit être remplacé, tous les habitants participent à la sélection des lianes qui le constitueront, et ils les entassent le long du
fleuve. Une nuit, pendant que les femmes et les enfants dorment, les notables invoquent les génies de la forêt qui, seuls, sont habilités à construire le pont sacré. Les femmes et les enfants le confirmeront, le lendemain matin, en une seule nuit, le pont a bien été lancé sur le fleuve et l'ancien a disparu.

Passé le pont, à l'orée de la forêt sacrée, Claudil qui ne goûte jamais à rien, commet le sacrilège de prélever un bout de bois. Sa nourriture est toute spirituelle !

Retour vers Man (96 km). En cours de route, nous nous arrêtons à Danané pour une pause flag-awa. Les boissons nous sont servies par une Libérienne réfugiée depuis la guerre du Libéria en 1990. Valérie a bu, en compagnie de Bamba, une boîte de jus d'ananas périmé en 1995. C'est demain ; il était temps. Ouf !

Arrivé à Man, Claudil le profanateur se retire dans sa paillote. Il se sent fatigué. Les dieux se vengeraient-ils déjà ? Mais la visite continue pour le reste du groupe réduit à 5 avec Bamba.

Nous nous arrêtons dans un fast-food tenu par un iranien. Dégustation de chawarmas-poulet. C'est délicieux et pas cher (600 cfa). Ensuite nous montons sur les hauteurs de Man visiter la résidence secondaire d'Houphouët-Boigny, dit "Le vieux".(I); il en a une dans chaque ville. Vue panoramique de toute beauté.

Exploration d'un champs de bananiers interrompue par la propriétaire qui veut nous taxer d'une amende forfaitaire de 10000 f !, négociation à 5000, puis 0!! Jacky conclut l'entretien par : Bonne année, pas des sous; au revoir Madame ! (Il dit 'monsieur' et 'madame' depuis peu...et c'est dur!)

Visite du marché de Man. Il y a le marché du bas et le marché du haut. Marché du bas : C'est un marché traditionnel tenu par des femmes, on y trouve des produits alimentaires en petite quantité, des colifichets et des bricoles. Valérie tient à goûter de l'argile, adoré par les femmes. Elle en attrape mal au ventre. Dégustation de pâte d'arachide, c'est délicieux.

Marché du haut : Marché artisanal dont les stands sont tenus par des hommes. C'est essentiellement des oeuvres de couture, de sculpture, etc.

Achats divers : awalés, livres. Retour à l'hôtel pour une bonne paire de flags dans la gueule, comme le disent si élégamment nos deux bonshommes...Et repos jusqu'à 20 heures. Repos entrecoupé par les bons voeux de notre cher président de la République qui nous semble encore plus loin que d'habitude, et la rédaction du compte rendu du jour effectué par la plus jeune d'entre nous. La rédaction sera poursuivie le lendemain pour rendre compte de la fête de l'an neuf !

Proverbe africain : Si impossible n'est pas français,
Découragement n'est pas ivoirien!

Note culturelle :

(1) Dès qu'un homme atteint un certain âge (et un blanc qui a des cheveux gris, doit, pour un africain, avoir un certain âge), on l'appelle Le vieux. Ce n'est pas péjoratif car on le dit avec respect.
Lors de notre passage à Sinkana, Claudil avait dit à un jeune homme d'une dizaine d'années qui marchait à son côté :
- Il est beau ton village.
- Oui, le vieux, s’entendit-il répondre à voix basse, avec humilité et déférence.
Sur le coup il a été surpris, et le ton n'y aurait pas été qu'il aurait sans doute réagi, mais en la circonstance il s'est senti rempli d'une très grande dignité. Il aimerait qu'à l'avenir on ne lui dise plus que le vieux avec tous les privilèges qui se rattachent à ce titre. Car c'est un titre !

A suivre…
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 17 Jan 2011 21:19

Suite du septième jour
Réveillon de la saint Sylvestre :

Bamba nous conduit au maquis "Le Village" pour le réveillon. Menu du réveillon : poulet braisé pour tous, riz et frites (pour Jacky !). Nous nous risquons à prendre du vin rouge de table qui, bien que dégueulasse, sera bu jusqu'à la dernière goutte. Jacky fait une démonstration de l'art et la manière de se servir d'un tire-bouchon-couteau avec appui du décapsuleur sur le rebord de la bouteille. Le serveur est médusé !

Au cours du repas, nous assistons à une exhibition de contorsions rythmées et dansées par trois enfants grimés, sous la conduite d'un chef guerrier également grimé. Conformément à la tradition du peuple des Guéré (habitant l'Ouest et le Sud-Ouest de la Côte d'Ivoire), le chef exécute la danse au couteau, c'est-à-dire qu'il lance en l'air, au-dessus de sa tête, un enfant qu'il fait tournoyer tandis que d'une main il brandit sous le ventre de l'enfant, pendant qu'il tourne, un couteau de combat. Il recommence plusieurs fois cet exercice avec chacun des trois enfants qui, lorsqu'ils attendent leur tour, piétinent sur place en battant faiblement des mains comme pour simuler des tremblements de peur. C'est assez extraordinaire. Autre exhibition du chef, il se perce la langue avec une longue aiguille. Mais de ça, on a l'habitude...

Nous applaudissons très fort les artistes de la danse au couteau, et distribuons quelques menues pièces de 100 et 50 cfa, c'est-à-dire 1 franc et 50 centimes...Ils nous quittent pour aller se produire en un autre endroit du maquis. Bamba nous apprend qu'ils ont dansé exprès pour nous en premier.

Nous changeons de maquis, et consommons des flags jusqu'à minuit et demie. Lorsque nous arrivons tout est plein, il n'y a aucun toubabous (blancs), mais le patron fait dégager, pour nous, une table bien exposée nous dit-il. Nous sommes confus... Hélas, étant trop près, la musique nous perce les tympans, c'est beaucoup trop fort. Nous prenons notre mal en patience compte tenu des égards qui nous ont été prodigués à notre arrivée.

A 23 heures, il est minuit en France. Nous nous levons et, entre nous, nous nous souhaitons la bonne année. Bonne année, des sous ! Des clients noirs (au deux sens du terme) se joignent à nos embrassades...On rit fort. Et puis, à minuit on remet ça avec toute la foule en liesse. Bonne année, des sous ! En catimini Claudil souhaite un bon anniversaire à Claudel qui accuse sans exagération ses 54 ans le 1er janvier. Il lui remet son petit cadeau qu'il traîne dans son sac à dos depuis Orly ! Un bracelet sous forme d’un magnifique serpent ...en plaqué. Bof ! Il n'y a que l'intention qui compte.

Tout le monde danse. On en profite pour s'éclipser. Claudel ayant appris que, pour la circonstance, il y avait une messe de minuit, elle tient à s'y rendre. Josette et Valérie aussi. Claudil et Jacky sont beaucoup plus réservés mais ils suivent les femmes.

L'église est pleine comme un oeuf. Nous cherchons cinq places car Bamba avoue à Jacky que l'Eglise, ce n'est pas sa tasse de thé. Il nous attendra, dit-il, dehors. Soudain dans les allées des fidèles se pressent en entonnant des chants qui n'ont rien de religieux. C'est la fête ! On bat des mains ; on s'embrasse ; on rit...

Un des officiants, ils sont trois avec quelques servants de messe, crie à l'adresse de la foule :

-Aimez-vous Dieu?
- Oui, répond la foule avec enthousiasme.
- Je n'ai pas entendu, crie le prêtre.
- Oui !! hurle la foule debout, pour ceux qui ne sont pas en train de danser dans les allées.
- Aimez-vous notre Seigneur Jésus-Christ?
- Oui ! clament les fidèles.
- Je n'ai pas entendu (il est le seul !!).
- Oui !!! délire le public.
- Nous allons appelez le saint Esprit. Regagnez vos places.

Plus personne dans les allées. Du choeur monte alors une étrange musique qui ressemble à un raclement continu de gorge qui va s'amplifiant sur un fond musical de chant gai et un contre-chant lugubre, mystique. Les mots manquent pour décrire. Nous en avons la chair de poule ! Le saint Esprit est vraiment descendu sur la foule. Certains, devant nous, sont en transe, les bras écartés, les mains tremblantes...

Claudil pense à nos petits curés français et à leurs mièvreries dominicales dans des églises vides, sauf quand Antenne 2 se déplace avec ses caméras. Pour lui et les autres, cette messe est un des temps forts de notre périple jusqu'à ce jour, avec l'école de Sinkana. C'est l'Afrique !

Comme la cérémonie semble ne pas prendre fin, nous décidons de rentrer. A l'extérieur nous cherchons Bamba... Pas de Bamba. Il nous dira le lendemain qu'il était entré dans l'église pour dormir sur un banc !

Nous rentrons à l'hôtel, exténués et heureux. Il est 4 heures et demie. Dodo. Ce texte a été rédigé le lendemain, on s'en douterait.

A suivre…
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 23 Jan 2011 14:31

Bonne année, des sous !

On avait déjà entendu cette expression sans en avoir cherché le sens exact. Eventuellement on se serait certainement contenté de l'explication suivante : En France, on dit bien : "Bonne année, bonne santé", pourquoi pas "...des sous" ? Comme le dit Claudit : " Ca permettra de se soigner à bon compte".

En fait Bamba nous a expliqué que, traditionnellement, au 1er Janvier chacun offre une pièce de monnaie à son voisin afin que la richesse lui sourie tout au long de l'année. Comme le voisin en fait autant avec son propre voisin, en fin de compte et de journée, personne n'est plus riche MAIS les voeux ont été échangés, il ne leur reste plus qu'à produire leurs effets bénéfiques. Il n'y a que la foi qui sauve.

Ainsi donc, avec tous les Ivoiriens, bien haut et fort : Bonne année, des sous !




huitième jour
Dimanche 1 janvier 1995

Réveil à 9 heures. Départ avec notre fidèle Bamba en direction de Touba.

En cours de route, à Niéna, visite d'un fromager géant âgé d'environ 450 ans. Nous visitons le village après le salut traditionnel au chef.

Sur notre droite, nous croisons une piste et Bamba nous dit qu'il nous conduira par là tout à l'heure, après le déjeuner, pour visiter son village, Godofouma (ou Godoffoumou). Nous le savons depuis la veille, il nous a proposé d'y passer une nuit, dans deux cases, mais les hommes ne sont pas chauds contrairement aux femmes qui se disent qu'après tout ce peut être une expérience intéressante.

Arrêt à Touba pour déjeuner. Au menu : de l'agouti et de la biche accompagnés de riz et de foutou...ainsi que des lentilles que les Claudes ont amenées avec eux depuis Echoisy !! Selon une tradition pied-noir qu'ils expérimentent depuis 1976, manger des lentilles le premier janvier de l'année garantit que, non seulement on n'aura pas de problèmes majeurs d'argent au cours de l'année, mais qu'elles nous porteront chance, généralement une chance pécuniaire ! D'après eux, c'est concluant ! Josette y goûte, ainsi que Valérie. Jacky finit par accepter d'en manger un peu, à contre cœur, et tout en maugréant : « Merde, qu'est-ce qu'on va encore faire de tout ce fric ! » Echange de bons procédés, Claudil, lui, goûte du bout des lèvres à l'agouti ; c'est bon, ça ressemble à du lapin mais un seul bout lui suffit ! Il n’oublie pas que c’est du rat… même s'il est des champs !

Enfin nous retournons sur nos pas, en direction cette fois de Godofouma. Un seul arrêt pour filmer un gigantesque incendie de brousse ! C'est formidable, titanesque, digne de la Métro Goldwyn Mayer ! Un peu inquiétant tout de même...

Nous arrivons à Godofouma. Bamba nous présente au Chef qui s'appelle BAMBA Sédé. Ici tout le monde s'appelle Bamba. C'est le clan des Bamba. Le nom Godofouma veut dire, dans le dialecte local, "village des panthères". Aucun rapport avec "Bamba" mais c'est ainsi. Le Chef nous introduit dans la case de l'ancien Chef où sont réunis les notables. Les notables sont les vieux du village, le Chef leur rend des comptes et doit prendre leurs avis pour les décisions importantes qu'il sera ensuite chargé de faire appliquer. Le Chef parle, et pendant que le chef parle personne ne doit parler. Les notables seuls font entendre à chaque fin de phrase un raclement de gorge prononcé Ah! Ah ! ; et ils le font avec ensemble. Tandis que Bamba, lorsque le Chef lui adresse la parole, baisse la tête avec humilité et, entre deux Ah! Ah !, se presse le front par deux fois avec les mains en disant faiblement Amina ! pour appeler, nous dira-t-il, les bénédictions. Ca nous rappelle le film « Black mic mac » avec Isaac de Bankolé. Puis chacun des notables parle dans son dialecte et on n'y comprend rien, mais Bamba nous fait signe que c'est bon pour nous.

Dès que nous sommes sortis de la case, le Chef nous dit – et Bamba traduit au fur et à mesure, que nous sommes désormais chez nous mais que ce soir il y aura une grande fête pour notre purification, c'est-à-dire que le masque sacré chassera les mauvais esprits susceptibles de nous habiter et conservera les bons. En attendant il nous convie à nous rendre au village voisin, Silacoro, pour voir les poissons sacrés. Nous rejoignons notre voiture accompagnés des notables valides, des enfants et du chef qui, s'arrêtant de place en place, lance à la cantonade d'une voix de stentor, des mots pour nous incompréhensibles. Nous sommes un peu inquiets, mais Bamba nous rassure : le chef invite tous les villageois à se mobiliser pour préparer notre dîner, des cases pour nous coucher; et il les informe des fêtes qui vont être données en notre honneur.

Sommes-nous toujours sur terre ?

Suivant les conseils du chef, nous nous rendons à Silacoro, où nous sommes accueillis par un masque sur échasses qui se jette littéralement sur nous. Il secoue énergiquement la banane de Claudil comme pour lui arracher ses papiers et son argent, puis il serre Valérie qui n'en mène pas large contre la voiture en lui faisant des passes magnétiques (!). C'est la surprise avec l'inquiétude qui nous reprend... Les gens du village au grand complet sont en demi-cercle à l'écart de la scène et frappent dans leurs mains en chantant. Ce sont des rires et des cris ; puis le masque disparaît comme il était venu après des pirouettes spectaculaires pour un homme monté sur échasses. Il est parti ; on respire.

On va voir les poissons. Ce sont de gros poissons-chats à moustaches, les silures. Ils sont gras comme des petits moines puisqu'on les nourrit et qu'on ne les pêche pas : ils sont sacrés ! Ces monstres viennent manger dans notre main, sur le bord de la rive, les bouts de pain que nous leur tendons. Spectacle curieux ! Mais, malheureusement notre cinéaste maison ne peut filmer très longtemps, faute de pouvoir recharger la batterie de sa caméra car, faut-il le dire, au village, de même qu'il n'y a pas le téléphone, il n'y a pas d'électricité... Il fera donc l'impasse sur les poissons !

Légende des poissons sacrés narrée par Bamba :

De Godofouma jusqu'au village de Zo (la fin de la piste), tout le peuple s'appelle les Kôgnanwê. Il est un sous-groupe du peuple Mahouka, et appartient au groupe Dan. En ce qui concerne les Kôgnanwê, c'est un peuple qui est à 100% animiste. Leur religion est la religion du masque. Ils ne croient qu'au masque.
Chez eux, lorsqu'un père ou une mère décède, ils l'enterrent près de la case du premier fils. Mais lorsqu'il s'agit du décés d'un notable de très grande importance, soit le plus grand chasseur du village, ou le chef du village, ou le gardien du masque, ou encore quelqu'un qui a des pouvoirs mystiques protecteurs, le charlatan, ils l'enterrent dans le bois sacré.
A Silakoro, le bois sacré, c'est la forêt qui couvre la rivière sacrée. C'est aussi les deux arbres identiques qui sont sur la rivière sacrée de Silakoro. Les grands personnages sont donc enterrés en ces lieux, afin que leur esprit entre dans les poissons (les silures ou poissons chats). Cela permet à l'esprit de ne pas se volatiliser ; c'est pourquoi les habitants de Silakoro considèrent les silures vivant dans leur rivière comme étant la réincarnation de leurs ancêtres.
Chaque année, au mois de mars ou avril, les habitants font une fête à la mémoire de ces disparus illustres, et la fête commence toujours sur la grande place de la forêt.


De retour à Godofouma, le chef nous désigne les cases où nous passerons la nuit. Entre temps les hommes se sont décidés et se sont ralliés à l'avis des femmes, nous coucherons dans les cases ! Les Js ont la case d'un dénommé Patrice qui cèdera la place, et les Claudes d'un inconnu non présenté. Leurs paillasses, sur lesquelles nous sommes conviés à dormir, ont des relents qui feraient dresser les cheveux sur la tête de Chirac. On se fera une raison. C'est-y l'Afrique, oui on non?

note sur les odeurs : Claudil qui a déjà été en Afrique, au Congo en 1954, se souvient de son boy - Etienne N'goumou - qui dégageait une certaine odeur, et qui lui avait dit un jour, avec répugnance : Le blanc, il n'a pas d'odeur; il sent la mort !
Ce qui était vrai hier doit l'être encore aujourd'hui. Moralité, les Noirs ont certainement plus à se plaindre de nous que nous d'eux... Qu'on se le dise!

Nous allons faire une petite promenade dans le village, Bamba nous lâche un peu les baskets pour faire la causette avec le Chef et organiser, sans doute, la suite des festivités en notre honneur. Les femmes en profitent pour s'éclipser quelques instants dans les fourrés afin de satisfaire des envies naturelles...


A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 24 Jan 2011 14:36

suite du huitième jour

Tout autour du village, des nuages de fumée témoignent que l'incendie continue à faire rage dans la savane. Mais comme personne ne s'inquiète, nous oublions qu'il pourrait y avoir danger. La suite des événements nous donnera raison.

Puis, en compagnie de Bamba, à la nuit tombante nous regagnons la case des Js où nous attendons qu'on nous serve le repas. Deux femmes du village viennent en effet, dans la demi-heure nous servir la collation du soir : riz pour accompagner une viande en sauce qui pourrait être du poulet- bicyclette (appelé ainsi à cause de leurs mollets qui n'ont rien à envier à ceux de Bernard Hinault - en Guinée on dit 'poulet-vélo') ou de l'agouti (le rédacteur n'en sait rien pour ne pas y avoir goûté ! Question piège : Quel était le rédacteur du jour ?).

Josette avance la main pour s'emparer d'une aile ou d'une cuisse, Bamba l'arrête ; sacrilège ! Il faut attendre que le Chef vienne se joindre à nous. Nous attendons donc le Chef dans la pénombre de la case faiblement éclairée par une lampe à pétrole. Il tarde à venir ; le repas refroidi ! Enfin le voici, pieds nus en signe de respect. Il s'approche de notre repas posé par terre au beau milieu de la case, s'accroupit devant lui et prend entre ses doigts une boulette de riz qu'il plonge dans la sauce de viande après prières et incantations, puis il la mange en suçant ses doigts. Bamba nous explique que c'est la part des ancêtres qu'il fallait protocolairement prélever avant de partager le festin entre nous.

Le Chef se retire, nous laissant savourer, seuls, notre repas du soir. Valérie a mal au ventre, comme par hasard elle n'a pas d'appétit...et Claudil, toujours aussi délicat ne se remet pas de la façon dont le Chef a utilisé le plat en sauce comme rince-doigts ! On s'en doutait, lui non plus n'a pas d'appétit !

Josette et Claudel font honneur au repas ; Jaky, lui, est beaucoup plus mesuré, tandis que Bamba s'empiffre comme s'il n'avait pas mangé depuis huit jours, il va même rechercher les os laissés pas Josette pour les ronger!

Quand le Chef reviendra un peu plus tard pour nous convier à la cérémonie nocturne, il s'étonnera de notre peu d'appétit en voyant la nourriture que nous avons laissée ! Nous évoquons la fatigue... Bien entendu nous ne lui disons pas, qu'en plus des ancêtres, nous avons donné leur part aux chiens du village venus renifler les toubabous!

...Le 'tout Godofouma', debout, est réuni en arc de cercle devant notre petit groupe assis sur deux bancs. Le Chef et un autre notable nous rejoignent quand la cérémonie commence. Une corne, soulignée par un, puis deux, et enfin trois tam-tams, tenus par des jeunes du village au centre de la place, appelle le masque qui se prépare dans la forêt sacrée. Soudain, sous les acclamations scandées des hommes et les chants des villageoises qui frappent en cadence dans leurs mains, le masque paraît. C'est un diable noir, vêtu de noir, le visage recouvert d'un masque en bois également noir comme nous en avons vu l'avant-veille à Man, qui se précipite vers les groupes et termine sa couse vers nous, où il s'arrête longuement en faisant des passes avec ses mains garnies de longs crins de queue de zébu. Il nous exorcise en quelque sorte.

Cette opération de nettoyage terminée, il se campe au centre de la place où nous sommes conviés, à tour de rôle, à venir lui formuler un voeu. Nous formulons nos voeux en français, Bamba traduit à un aide du masque qui, à son tour s'adresse au masque. Et le masque rend son oracle traduit également deux fois, la deuxième en français, par Bamba.

Jacky et Josette souhaitent revenir en Côte d'Ivoire. Réponse : Le masque formule sa bénédiction ; il va en discuter avec les ancêtres qui rendront leur réponse quand les demandeurs auront quitté le village.

Valérie souhaite être mutée dans le secteur de Nancy. Réponse : Le masque transmet aux ancêtres qui donnent leurs bénédictions.

Claudil et Claudel souhaitent vivre vieux et être heureux ensemble. Les villageois qui entendent leur voeu éclatent de rire : Comment peut-on souhaiter vivre vieux quand on l'est déjà ? Réponse du masque : Il donne sa bénédiction et assure du pouvoir des ancêtres.

Après avoir raccompagné le masque à l'orée de la forêt sacrée, sous les chants des habitants auxquels nous mêlons nos voix, les groupes se disloquent. C'est la fin de la cérémonie ; il est 22 heures 20, nous regagnons nos cases respectives.

Durant une bonne partie de la nuit les Js auront droit à une sérénade qui se transformera en aubade ! Certains chants guerriers leur donneront quelques inquiétudes, en effet, avant de partir, on ne s'est même pas renseigné de savoir si, en Côte d'Ivoire, le cannibalisme ne continuerait-il pas encore à sévir, comme par le passé ! De leur case, les Claudes n'ont rien entendu. Il est vrai qu'ils étaient un peu à l'écart et qu'il semblerait bien que ces cases en boue recouverte de bouse de zébus soient insonorisées.

leçon civique : L'autorité supérieure dans le village est représentée par les notables. Le Chef, initialement désigné par ceux-ci, est chargé de faire appliquer les décisions des notables. Les notables sont les vieux ; on leur doit le respect, y compris le Chef lui-même qui ne s'adresse à eux que les pieds nus en signe de soumission. En revanche quand le Chef parle personne ne doit parler, même pas les notables. Les uns représentent la décision, l'autre l'action, et chacun est respectable dans son domaine.
Le pouvoir d'un Chef est transmis à son fils aîné ou à tout autre désigné par le chef. Quand un Chef meurt, qu'il est démissionnaire ou destitué par les notables, ces derniers choisissent un autre Chef qui hérite de tous les pouvoirs de l'ancien Chef, y compris le droit de succession du pouvoir à son fils aîné. C'est une sorte de monarchie à constitution coutumière.
Le Chef mort est enterré à l'entrée de sa case. C'est dans celle du dernier Chef disparu que, par la suite, se réuniront les notables pour délibérer.

*

la femme au village : Dans cette société, les femmes mariées ont un rôle bien déterminé, mais peu enviable pour une toubabou précise notre rapporteuse du jour. Elles s'occupent des enfants, de la cuisine, des corvées de bois et d'eau, des travaux des champs, de la préparation des divers produits (farine de riz, riz vanné, pâte d'arachides, épices pilés, etc.) qu'elles vont vendre au marché le plus proche, où elles se rendent évidemment à pied ce qui explique les va-et-vient interminables tout le long des routes.

Elles font tout à la force des poignets, avec souvent un nourrisson dans le dos. Bien sûr nous n'avons vu ni boeufs, ni chevaux et encore moins de tracteurs pour les soulager.

Si un homme a des champs trop vastes pour être cultivés par une seule femme, il en épouse autant que ses besoins l'exigent, 2, 3, 4 et plus en-core. Son 'harem' n'est pas significatif de sa virilité, mais de sa richesse.

Pour éviter les problèmes qui pourraient naître de la promiscuité de toutes ces épouses, il est institué un tour de rôle. La femme de service (quatre jours consécutifs) s'occupe des enfants, de la case de son polygame de mari, de la bouffe pour toute la famille et, bien entendu, de toutes les corvées. Pendant ce temps, les autres épouses sont aux champs. On peut imaginer que, pour la femme de service, c'est son tour d'être honorée puisque, pendant ces quatre jours, elle partage la couche de son mari alors que ses co-conjointes dorment dans une autre case prévue à cet effet.

C'est dans cette case que les braises du foyer sont conservées jusqu'au lendemain matin, d'où on les sortira pour un nouveau feu en plein air.

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 25 Jan 2011 20:09

neuvième jour
Lundi 2 janvier 1995


Réveil à 6 heures 15. Nuit sans histoire à part deux ou trois sorties nocturnes pour faire pipi sous les étoiles.

Dès cette heure matinale des femmes s'activent déjà à piler le grain dans les mortiers. Ca fait un joli son de tam-tam avec un bruit sourd venu du fond du creuset où les graines rebondissent, suivi du bruit sec du pilon heurtant le bois du mortier : boum-tac, boum-tac.

Nous nous dirigeons vers la case du Chef qui est déjà dehors, sur sa "terrasse" en train de se raser. Il nous annonce qu'il va nous conduire dans une des deux forêts sacrées (où il est interdit d'aller seul, sans un initié), pour nous montrer le fromager sacré.

Le fromager sacré est un grand arbre plus que centenaire comme nous en avons déjà vu quelques-uns. Il trône au beau milieu d'une forêt qui a le pouvoir de guérir les maladies incurables par la sorcellerie ou les médicaments des blancs.

légende du fromager sacré de Godofouma : Il y a bien longtemps, alors que le village n'existait pas où il est actuellement, les habitants de la tribu Bamba vivaient en paix. Un jour, il furent envahis par des guerriers guinéens qui les exterminèrent tous, à l'exception d'un couple qui se réfugia dans la forêt de Godofouma. Poursuivi et acculé au grand fromager, celui-ci s'ouvrit en deux pour que le couple pût se cacher à ses ennemis. Tant que les Guinéens furent dans le secteur, l'arbre sacré conserva en son sein le trésor humain qu'il protégeait et nourrissait de sa sève. Un jour, son tronc s'écarta, le couple sortit et rendit grâce au fromager. L'homme voulut rejoindre l'emplacement de son ancien clan, mais sa compagne l'en dissuada et c'est ainsi, en l'honneur du fromager qui les avait sauvés, que Godofouma fut fondé.
(narration faite par Sédé BAMBA, Chef de Godofouma, le 2 janvier 1995, au pied du fromager sacré, à l'issue d'une séance de présentation à un groupe de 5 toubabous)

Ainsi que le fit remarquer Josette, la forêt sacrée, c'était Lourdes, ni plus ni moins. Claudil s'étonnant que des légendes pareilles subsistent encore à notre époque, posa la question à Bamba, notre guide :

- Mais, toi qui a passé ton bac, tous les autres du village qui partent s'instruire en ville, quand ils reviennent ici, ne sont-ils pas tentés de dire autour d'eux que toutes ces histoires n'ont aucun fondement ? Que ce ne sont que des légendes ?

- Non, lui répondit Bamba, ils ne peuvent pas dire cela. Même les très instruits qui reviennent des universités françaises ne peuvent pas dire cela. Comment pourraient-ils le prouver ? Ils peuvent juste dire au Chef : Chef, voici les nouveaux médicaments que les toubabous ont inventés ; en France les gens se soignent avec. Le Chef demandera alors aux jeunes savants si ces médicaments guérissent dans tous les cas ? Non, répondront-ils, pas toujours. Le Chef acceptera l'aspirine et le sirop qui pourront peut-être, un jour, faire l'économie d'une cérémonie, mais le Chef et l'intellectuel sauront bien qu'ils ne sont pas la panacée parce que la Vérité qui sauve, c'est le fromager sacré du village qui la détient. Et puis, de toute façon, conclut Bamba, on ne discute pas l'autorité du Chef même quand on sort d'une université.

Une foi qu'on aime bien entendre exprimer, simplement. Elle ne donne pas envie de prouver qu'elle est utopique car, de quel droit ? Et pourquoi ? Et qui sait ?

Puis c'est le retour au village où a lieu une autre présentation au masque sur échasses comme celui que nous avons vu à Silacoro, la veille. Un jeune initié qui vient de passer 8 jours dans la forêt sacrée avec un ancien, vient présenter aux habitants réunis les danses sacrées qu'il a apprises au cours de son initiation. L'exécution est très agréable à suivre mais le sens nous échappe, il échappe même à Bamba. Du groupe des notables, un vieux se détache et, se dirigeant vers le jeune, il l'insulte de la plus verte façon. Bamba nous révèle qu'il est en train d'essayer de déstabiliser le néophyte, en pure perte apparemment. Le personnage revient par deux fois à la charge, puis abandonne avec un sourire. Les gens applaudissent, cela vaut un accessit pour le nouveau venu parmi les adultes. Le Chef, pieds nus, va alors demander aux notables l'accession du jeune homme au sein de la communauté.

Au cours de la cérémonie, nous avons remarqué deux groupes de jeunes filles, âgées d'environ 14 à 16 ans, un peu à l'écart des autres femmes. Bamba nous explique que le premier groupe qui, à un certain moment, a entonné un chant que nous ne saurions qualifier ni de gai ni de triste, a formulé une demande implorant l'excision sans laquelle le mariage n'est pas possible. Tandis que le second groupe, aligné devant l'ensemble des autres femmes du village, il est la représentation des jeunes mariées dans le courant de l'année, donc ayant subi récemment l'excision. Certaines d'entre elles sont déjà enceintes. Particularité : toutes les femmes sont vêtues d'un corsage blanc sur un pagne noir, ce qui semble être la tenue de cérémonie.

Et c'est la fin des festivités ce qui, pour nous, sonne l'heure de notre départ. Nous faisons nos adieux au Chef en l'informant que, moyennant finances bien entendu, nous souhaiterions ramener un ou deux hamacs (comme celui dans lequel Jacky a passé la nuit à défaut de pouvoir supporter la paillasse ! - mais cela on ne le dit pas.). Le Chef lance un cri et, immédiatement, une foule de jeunes gens qui visiblement n'attendaient que cet instant, se rue sur nous avec peignes, hamacs, hochets, machettes, etc. Nous faisons quelques achats à bon prix. Il est 9 heures et demie. Nous repartons à 6, avec Bamba, notre guide.

nos voyages à 6 : A l'entrée et à la sortie de chaque ville, il y a des barrages de police, de police forestière, et de douane. En dépit de nos voeux nous n'avons jamais été contrôlés. Nous prenions toutefois bien soin de mettre notre ceinture à l'avant (ce n'est pas obligatoire à l'arrière). Voyageant à 6, les 3 femmes étaient à l'arrière et, à l'avant, entre Jacky et Claudil, nous avions casé tant bien que mal Bamba qui se faisait petit, mais sans possibilité pour Claudil de mettre sa ceinture. Quand nous entrions dans une ville, ou à tout autre endroit du parcours marqué sur la carte : "controle" (!), à quelques centaines de mètres du poste Bamba passait à l'arrière et Claudil se ceinturait ; le poste passé, chacun reprenait sa place comme auparavant. On citera pour mémoire un changement qui s'est fait pratiquement sous les yeux de la police qui n'a rien vu...ou rien voulu voir. De toute façon, un procès-verbal s'arrange toujours à l'amiable avec un "tais-toi", c'est-à-dire un billet de 1000 cfa! La corruption ça n'est pas qu'en France ou en Italie; l'important serait de savoir d'où elle vient et qui a commencé!

Nous prenons la direction de Man (quelque 120 km) où nous déposerons Bamba qui terminera là sa mission touristique. A Man nous prenons un petit déjeuner copieux en compagnie de notre guide que nous payons le prix convenu plus un petit pourboire de satisfaction. Nous rendant à Monogaga, sur la côte, Bamba qui décidemment connaît beaucoup de monde nous dit de nous recommander de lui à Camille (c'est vague!) ou à l'hôtel "La langouste d'Or". Embrassades, promesses de s'écrire et, qui sait, de se revoir. Et c'est le départ dans notre formation initiale de 5.

quelques expressions et mots ivoiriens :

- TOUBABOU : Blanc,
- FARAFI : Noir,
- AKWABA : Bienvenue,
- Y'A LIQUEFI! : Il n'y a pas de problème!
- Y'A FOÏLLE! : On s'en fiche! (l'expression n'est pas très recommandable)
- FOUTOU : pâte de bananes, pétrie à la main,
- BANGUI : Vin de palme,
- KOUTOUKOU : Alcool de vin de palme.
*

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 26 Jan 2011 12:42

Suite du neuvième jour


Direction Monogaga, via Duékoué, Issia, Soubré et San Pedro. Une course de près de 500 km. La voiture tiendra-t-elle le coup ? Oui !

A Issia, nous commençons à avoir soif. Ne cédant pas à la tentation, nous nous donnons jusqu'à la prochaine ville, Soubré.

Arrivée à Soubré, ville à forte densité musulmane. C'est sale comme ce n'est pas possible de l'être plus. Nous nous arrêtons dans un maquis innommable. Pas de flag. Tant mieux, nous ne serions pas rentrés dedans avec nos femmes. Avisant une jolie dame en train de promener son adorable petite fille parmi les détritus, nous lui demandons de nous indiquer un maquis possible ; elle nous en cite un, un peu plus loin en haut et à droite dont le nom a échappé au rédacteur du journal du bord. C'est aussi bien ! Le maquis n'est pas plus reluisant que le précédent. Les tables sont couvertes de mouches ! Et de toute façon, ils n'ont pas de flag; nous sommes un lendemain de fête et les clients ont tout bu !!

Nous irons donc jusqu'à San Pédro. Claudel nous dit avoir la langue qui gonfle ! C'est elle qui nous gonfle ! Cent cinquante km de belle route est un jeu d'enfant pour Jacky, Claudel prendra son mal en patience par la force des choses.

Cette fois-ci, à voir la mine patibulaire d'un policier, nous pensons bien être contrôlés. Une fois de plus, il n'en est rien, il nous fait signe de pas-ser lorsque nous ralentissons. Nous apprendrons par la suite que les voitures en location auraient une marque particulière qui assure que leurs occupants sont en règle, mais nous ne saurons pas laquelle. En revanche, des toubabous installés en Côte d'Ivoire nous ont garanti qu'ils ne pouvaient pas faire 50 kilomètres sans être contrôlés au moins deux fois! Quant à nous, nous avons passé plus de 40 barrages sans être le moins du monde inquiétés.

les barrages : Quand ils ne sont pas signalés sur la carte routière, ils sont installés systématiquement à l'entrée et à la sortie des villes. Ils se distinguent par le panneau traditionnel "Halte Police", "Halte Police Forestière" ou "Halte Douane". Un ou deux policiers somnolent à l'ombre sous un auvent à demeure : 4 piquets sur lesquels repose un toit de chaume. Le côte droit de la route est barré par le fût d'un arbre couché ou par une rangée de pneus, sur l'autre côté une herse ou un bambou reposant sur un X en bois interdisent tout passage intempestif, sauf quand il fait trop chaud et que la somnolence l'emporte sur toute autre considération. Le côté gauche est alors libre. A chaque passage, en roulant au ralenti, nous avons lancé de joyeux "bonjour messieurs" et nous ne nous sommes jamais arrêtés.
Quand ils ont fini leur sieste, les policiers travaillent et pratiquent l'usage du "tais-toi", dit-on... Mais il ne faut pas croire les méchantes langues !

Nous nous engageons dans San Pédro, après avoir laissé à main gauche la route qui mène à Monogaga. Nous n'avons pas le courage de faire les 31 km qui nous séparent du but, nous voulons boire d'abord ! Nous trouvons un hôtel restaurant "La Langouste" sur le bord de la mer, et humons avec délectation l'air marin, mais retrouvons la moiteur d'Abidjan que nous n'avions pas à Man situé en altitude. Courage et buvons. Arrêt d'une demi-heure au cours de laquelle les femmes s'amusent avec un singe en laisse qui joue au ballon et lance des noix de coco; Claudel manque bien d'en prendre une sur la tête.

Nous reprenons la route en direction de Monogaga, il se fait tard et nous voudrions bien être arrivés avant la nuit. La carte indique 31 km dont 11 de piste. Il nous faut faire préalablement le plein. Pendant que le réservoir se remplit Jacky constate qu'un pneu est en train, lui, de se vider...c'est la crevaison ! Merde ! Sortie des bagages pour atteindre la roue de secours, installation de la roue mais impossibilité de réparer, la station service ne fait pas ça ! On repart donc avec notre roue crevée en roue de secours !

Nous mettons près de trois quarts d'heure pour faire les 11 km de piste qui, en fait, en font 13 ! Pardon Amidou, on n'était pas au courant... Jacky et Claudil prient, chacun dans son coin et sans le dire à l'autre, afin qu'on ne crève pas une seconde fois. Ce serait la catastrophe d'autant que maintenant il fait nuit. Les femmes, elles, trouvent le paysage charmant et Josette demande même à Jacky de s'arrêter pour écouter les bruits de la nuit !! Inutile de dire si son souhait a été exaucé !

Nous arrivons enfin, il fait nuit noire. Inutile de chercher après Camille à cette heure-ci, nous verrons demain. Un panneau portant mention "La Langouste d'Or" nous tend les bras, nous ne nous faisons pas prier.

Le site est enchanteur mais il fait un peu Club Med. L'ensemble de l'hôtel est composé de petits bungalows sur pilotis, et le restaurant est très accueillant. Nous déchantons vite, d'abord les prix sont exorbitants, et d'autant plus exorbitants qu'il n'y a aucun confort : pas d'eau ni d'électricité dans les chambres, pas d'eau courante dans la douche et les toilettes sont publiques : il faut se laver et chasser les excréments à l'aide d'un seau d'eau. Tant pis, nous nous faisons une raison mais, sans nous consulter, nous savons que nous ne resterons pas plus d'une nuit à Monogaga.

Le restaurant en revanche est de qualité. Nous nous empiffrons de langoustes fraîchement pêchées, de crabes et de crevettes. Un régal. Claudil a bon appétit, il faut dire qu'il a quelques repas en retard !

Les hommes consentent aux femmes une belote ; par modestie le rédacteur du jour ne révélera pas le résultat. Il est 22 heures, c'est l'heure du marchand de sable déjà passé pour les femmes pendant la belote ! A croire !

La nuit, quand tout est éteint, des veilleurs font des rondes incessantes entre les bungalows, avec des lampes torches. Dans un sens c'est rassurant, mais d'un autre côté, quand vous êtes en train de faire pipi (à défaut de toilettes à l'intérieur, il faut bien aller dehors), et qu'un projecteur soudain vous braque, ça peut être gênant...surtout pour une femme même accompagnée de son mari. Claudel et Josette en savent quelque chose...

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 27 Jan 2011 21:01

Dixième jour
Mardi 3 janvier 1995

Matinée agréable ; bains de mer et bronzette sous les cocotiers.

Nous promenant le long de la plage, nous décidons de nous rendre vers le village africain en bord de mer que nous apercevons à l'horizon. Là, nous assistons à un retour de pêche à bord d'une pirogue. Vision tout droit sortie d'une carte postale touristique ! Avisant un farafi, nous lui demandons s'il connait Camille. C'est lui ! On parle de Bamba, il connaît. Le serveur de La Langouste d'Or aussi le connaît, la veille quand nous avons parlé de lui, disant qu'il nous avait recommandé l'établissement, après un instant de réflexion il nous a répondu : Ah ! oui ! Un petit... et bavard ! Tout à fait Bamba ! Ca ne fait rien, quelle notoriété !

Bref, comme Camille loue également pour la nuit et fait restaurant, nous lui demandons de nous montrer ses chambres. C'est un peu crad' et sans le confort de La Langouste d'Or, mais sans comparaison de prix ! Ca ne fait rien nous partirons de Monogaga cet après-midi même. Mais pour ne pas désobliger notre hôte, nous acceptons le menu de langoustes qu'il nous propose pour midi. Il a un vivier au large, derrière la barre .Un pêcheur va nous chercher quelques langoustes vivantes qu'il nous fait choisir (sauf à Valérie beaucoup trop sensible pour cela, ce qui ne l'empêchera pas de se régaler ! Hypocrite, va.)

gag : - Avec vos langoustes, voulez-vous du riz, de l'attiéké, de l'igname, ou de la semoule de manioc ?
- (d'une seule voix) Du riz ; surtout pas d'attiéké !

On ne nous sert que de l'attiéké immangeable pour qui se souvient de l'anecdote concernant l'acidité des mains, et nous avons hélas bonne mémoire !

- On avait demandé du riz!
- Y'en a plus... C'est fini.

Et nous étions les seuls clients !!!

Claudil fait la gueule sur les langoustes à cause de la présence de l'attiéké. Ca, on s'en serait douté.

On quitte Monogaga à 13 heures, les chiens du village qui nous ont suivis toute la matinée et à qui nous craignions de faire de la peine quand nous devrions partir, nous ignorent superbement à l'heure du départ. Il n'y a pas que les hommes pour être ingrats ! Bref, direction Grand Lahou, à la cité des Roniers où les Js ont passé quelques jours en mars dernier. Et c'est parti, via Sassandra et Fresco, sur la nouvelle route de l'Océan. Nous refaisons nos 13 km de piste en tendant le dos avant de rejoindre la nationale. A la demande de Josette décidément très bucolique nous faisons une petite pause en pleine forêt pour écouter un concert de cigales qui, répondant ou accompagnant le bruit de la voiture, s'arrête en même temps que nous coupons le contact ! Nous en sommes pour nos frais, mais nous admirons le paysage touffu, vert, moite, inquiétant, en un mot tropical.

Enfin sortis de cette affreuse piste (pardon Amidou, mais il fallait bien en sortir !), nous retrouvons la belle route. Belle, c'est une façon de parler car sans aucun avis de danger nous nous payons une ornière de première classe qui nous fait tous toucher le plafond. Pardon Amidou, mais...

Soudain le thermostat qui avait monté pendant les derniers kilomètres de piste, passe au rouge! C'est la panne. Nous descendons de voiture pour attendre que ça refroidisse afin d'y ajouter de l'eau froide, quand nous constatons que notre roue arrière gauche est en train de se dégonfler! Y aurait-il un voyant rouge pour les pneus ? Trêve de plaisanterie, il y a d'autant moins matière à rire que nous n'avons plus de roue de secours et que nous sommes en plein soleil, le long d'une route où la circulation ferait baver d'envie plus d'un Parisien à l'heure de pointe ! Soudain une voiture qui était passée en trombe, fait demi-tour et vient s'enquérir de notre sort. Ce sont des toubabous ! Les braves gens !

Tant que notre roue n'est pas encore tout à fait dégonflée, que le moteur s'est refroidi avec le petit complément d'eau que nous lui avons apporté, nous remettons en route et envisageons de poursuivre jusqu'à Fresco, à 34 km de là, avec nos sauveurs derrière nous en cas de panne définitive. Celle-ci se produit, nous sommes complètement à plat quelques kilomètres plus loin, en plein milieu du village de Dakiosso. Jacky monte avec les toubabous providentiels et file jusqu'à Fresco chercher un garage tandis que nous restons sagement à l'attendre.

Le village nous fait un bel accueil. Le patron du maquis "Tantie Lucie" nous sort un banc à l'ombre d'un arbre, et nous propose des boissons mais il n'a pas de flag, ni d'awa. Le vieux, Claudil, a droit à un fauteuil. C'est le privilège des notables ! Nous goûtons le vent frais, certainement marin qui vient du large à quelques kilomètres, et prenons notre bien-être en patience. Le patron nous ayant présenté sa fille Huguette à qui il demande de nous piloter dans le village, celle-ci, considérant que Valérie est un peu indécente en maillot de bain recouvert d'un paréo transparent, lui prête un pagne ; elle conseille à Claudel de changer son short trop court pour un plus long. Les femmes obtempèrent sans moufter; Claudil apprécie. La petite Huguette nous conduit alors vers un magasin à une cinquantaine de mètres de là afin de permettre aux femmes de faire quelques emplettes : des lampes et des piles (pour Grand Lahou puisque, selon les Js, le groupe électrogène est généralement coupé vers 22 heures) et de l'awa. C'est Huguette qui se charge de porter les courses ! Quelle hospitalité tout de même !

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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 29 Jan 2011 16:52

Suite du dixième jour


Des petits noirs nous observent timidement, puis s'enhardissent. Josette toujours aussi maternelle leur distribue des bonbons et des ballons qu'ils ne savent pas gonfler. En revanche nous sommes subjugués par leur esprit inventif. L'un deux a confectionné une voiture avec une boîte de sardines, dont le couvercle roulée à moitié en fait une décapotable, et dans laquelle quatre trous aux quatre coins ont permis de faire passer deux axes au bout desquels, à l'extérieur de la boîte, quatre petits citrons verts font office de roues. Et ça roule ! Nous pensons au Noël des enfants de France. Quel gâchis !

Retour de Jacky avec une dépanneuse...qui tombera en panne ! Les ouvriers (ils sont venus à trois, deux adultes et un apprenti) amènent une roue de 505 complète dont le pneu est troué mais qui fera bien les kilomètres qui restent. Ils nous demandent de partir devant ; ils nous suivront derrière pour nous secourir éventuellement. Ils auraient été mieux inspirés de préconiser le contraire, nous sommes arrivés à Fresco sans la dépanneuse. En fait ils étaient venus à trois parce que leur véhicule a des problèmes au démarrage, et dans ce cas précis l'apprenti est là pour pousser la voiture...

Nous filons chez le vulcanisateur faire réparer nos deux chambres à air et remonter nos roues, puis repassons au garage pour régler le dépannage. L'idée nous est bien venue de partir sans payer, car la note est lourde (30000 cfa pour pas grand-chose!), mais notre honnêteté naturelle a pris le dessus.

Le temps de la réparation nous avons l'occasion d'apprécier la répugnance de Fresco qui s'avère être à forte majorité musulmane. Alors que la religion musulmane recommande à ses adeptes de se laver au moins six à sept fois par jour les mains, les pieds, le cou, le sexe, et nous ne savons quoi encore, nous nous étonnons que tous leurs villages se révèlent aussi sales ! Ne serait-ce qu'une coïncidence? Quoi qu'il en soit, en dépit de notre dégoût nous allons boire une petite flag (33 centilitres contre 66 d'habitude), dite "flaguette". Claudil ne fait même pas le difficile ! C'est à n'y pas croire... En face, le marché finissant, le service de voirie, composé d'une brouette marquée à la peinture blanche "Mairie de Fresco" (pour ne pas qu'on la vole sans doute!), et d'une femme armée d'une pelle et d'un balai rudimentaire en branchages, s'active avec des gestes consciencieux et mesurés. Nous prenons le temps d'admirer le travail...

Une fois rafraîchis et notre bourse lestée de 300 F.F. au garage, nous reprenons la route en direction de Grand Lahou, et non Grand Laxou comme dit Claudel qui a des réminiscences lorraines. Quant au thermostat, n'ayant plus fait parler de lui, nous en concluons que le demi-litre d'eau supplémentaire a suffi pour le faire taire, et que ce sont les 13 km de piste qu'il n'a pas aimés. Il a manifesté à sa façon ! On se donne des explications rassurantes mais, jusqu'à l'arrivée à Grand Lahou, Jacky et Claudil ont l'oeil rivé sur le voyant rouge en priant le grand fromager sacré pour qu'il ne s'allume pas. Nous sommes exaucés et parvenons au terme de notre voyage journalier sans encombre.

L'hôtel étant de l'autre côté de la lagune, il nous faut prendre le bac avec la voiture à bord. Nous embarquons à la nuit tombante et parvenons sur l'autre rive à la nuit tombée. Nous nous extasions à la vue des fanaux allumés à bord de pirogues sur la lagune, du clapotis paisible de notre bac qui s'essouffle un peu, des mille et un bruits de la nuit sous la présidence d'un quartier de lune que l'inclinaison de la planète nous présente dans une position inhabituelle pour nous, européens. On dirait une petite bouche qui rit en plein milieu du ciel !

Nous débarquons et trouvons tout de suite la cité des Roniers. D'emblée le décor est sympathique, on y sera bien ! Les Js le savaient pour y être déjà venus en mars dernier. Nous faisons la connaissance de Christine, une adorable et belle ivoirienne ; elle nous attribue nos chambres qui sont des petits boxes individuels. Nous avons une chambre pour les Claudes et une pour Jacky tout seul, en front de mer, puis, à l'arrière, une troisième pour Josette et Valérie. C'est propre, il y a une douche à l'intérieur de chacune d'elles, le lit est à moustiquaire, il n'y a pas la climatisation mais en ouvrant les deux fenêtres vis-à-vis, le grand air du large peut faire courant d'air par dessus les lits. C'est beaucoup moins étouffant et surtout beaucoup moins cher qu'à Monogaga qui restera le point le plus négatif de notre voyage.

Nous mangeons une omelette aux crevettes, menu unique pour tous, puis ce délicieux repas ingurgité, direction les chambres, on se lave, on cacave ; pas de belote, on dodote...

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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 30 Jan 2011 17:58

Onzième jour
Mercredi 4 janvier 1995

Réveil à 7 heures et demie. Petit déjeuner copieux.

Nous devons, nous les hommes, nous rendre à la ville même de Grand Lahou, pour téléphoner, c'est-à-dire qu'il nous faut reprendre le bac avec la voiture. A notre insu, une catastrophe est évitée de justesse ! En effet, parvenu au quai où le bac se trouve en position de retour, Jacky monte la voiture à bord. Il passe sur la plaque en acier qui relie la terre ferme au bac et se cale au centre de l'embarcation. Nous apprendrons par le pilote que nous aurions dû l'attendre ; qu'il fallait, préalablement à tout embarquement de véhicule, que le moteur du bac soit lancé afin de compenser la poussée que notre voiture aurait pu imprimer au bac, en montant à bord. Scénario catastrophe : nous nous engageons sur la plaque, le bac avance et la voiture tombe à l'eau ! On est dans de beaux draps ! Pardon Amidou... Nous tremblons d'une peur rétrospective.

L'équipage doit arriver à 10 heures, c'est prévu depuis hier soir. Il est 10 heures 15 ! Nous commençons à nous impatienter... Et puis, sans se presser notre pilote et son acolyte arrivent enfin. Nous partons. Voyage sans histoire, sinon celle qu'on se raconte avec la voiture d'Amidou qui coule !

Nous arrivons à la Poste, y a liquéfi on passe tout de suite. D'abord nous confirmons au correspondant de Nouvelles Frontières à Abidjan que nous prendrons bien l'avion samedi, comme convenu à 23 heures 59. Il nous apprend ce que nous savions déjà pour l'avoir appris par ailleurs, à savoir que le départ est reporté au dimanche 8 janvier à 15 heures. C'est donc officiel, nous passerons une nuit de plus à Abidjan, ce qui financièrement ne nous arrange pas du tout. Claudil se fait fort d'obtenir de Nouvelles Frontières le remboursement des frais supplémentaires qui sont de leur fait. La suite lui donnera raison d'avoir tenté cette démarche. Ensuite nous téléphonons à Amidou pour lui dire que nous ne lui rendrons la voiture que Vendredi, soit un jour plus tard que prévu, moyennant finances bien entendu. Il rouspète ; nous n'en avons cure... Enfin Jacky téléphone à sa belle-famille pour prévenir du retard, et surtout demander que cette information soit transmise à son associé afin qu'il assure la mise en route du travail lundi matin au cas où, par suite de verglas ou de neige en abondance entre Paris et Nancy, il ne serait pas arrivé à 8 heures comme prévu.

Ca fait tout drôle de penser à la neige quand on transpire des gouttes grosses comme ça ! ...et qu'on aspire à deux flags grosses également comme ça. Nous nous rendons au maquis "La Terrasse" le coeur léger après le devoir accompli :
- Et deux flags bien fraiches!
Réhydratés, nous reprenons la voiture pour rejoindre le quai d'embarquement. Nous avons négocié notre retour à midi, il est temps.

Comme nous avons entendu dire qu'il arrivait parfois que le bac tombe en panne, nous décidons de laisser la voiture de ce côté afin d'être sûr de l'avoir vendredi matin, c'est-à-dire après demain. Nous nous assurons qu'elle sera gardée et négocions un prix de parking avec lavage du véhicule. Il faut toujours négocier !

Au moment de prendre le bac, voyant que nous n'avons pas la voiture, le pilote refuse de faire un retour pour deux passagers seulement. Un bus plein à ras bord vient pourtant d'arriver, il refuse. En fait il n'a pas envie de travailler... Nous négocions avec un dénommé Soulimane (comme notre jardinier de Bouaké) le passage en pirogue, il convient de nous prendre moyennant 1000 cfa. En même temps que nous, il embarque un autre passager qui ne discute pas de prix devant nous.

Parvenus sans encombre de l'autre côté, nous réglons notre dû et ne nous pressons pas pour voir ce que va faire l'autre passager. Soulimane nous dit que c'est un parent à lui. En fait, nous avons appris par la suite que le coût de la traversée n'était que de 100 cfa seulement, soit 1 F.F., et que notre co-passager avait certainement attendu que nous soyons partis, à la demande de Soulimane, pour s'acquitter de son droit de passage. Les toubabous, on les voit venir de loin... Faut dire qu’ils sont blancs !

L'important est que nous soyons de retour, et que la voiture ne nous cause plus d'inquiétude. C'est donc l'esprit dégagé de tout souci que nous passons à table et que nous nous promettons un mémorable farniente pour l'après-midi avec une non moins mémorable sieste. Promesse tenue.

En notre absence, le matin les femmes sont allées visiter le village sur l'île, côté est : Arrêt à l'hôtel restaurant "Le Pénitencier" tenu par un couple de Bretons de Nantes (à côté de Montaigu !) La carte est alléchante; elles décident que nous irons dîner ou déjeuner ce soir ou demain. Elles reviennent par le village et découvrent le Pipoclub avec chambres de passage. Tout un programme ! Les hommes, quand les femmes les en informent, se mettent à rêver...

Après déjeuner, pendant la sieste des mâles, elles poursuivent leur visite côté ouest : Visite du cimetière et de la mission catholique. Aller par le bord de mer et retour par la piste.

Retour à 16 heures. Petite lessive et grande détente.

Repas à la Cité, on ira demain à midi chez les Bretons. Belote où, pour une fois (la seule et unique !) les femmes se sont distinguées. On a oublié le score. Question piège : Qui a rédigé le compte-rendu journalier, un homme ou une femme ? On va au lit. Bonne nuit, on s'embrasse...mseh, mseh, mseh. Ah ! oui, c'est trois fois chez vous.

Un peu avant 22 heures un grand cri s'élève de la chambre de Josette, c'est Valérie qui a vu une bête ! Tout le monde se précipite quand, soudain, arrêt du groupe électrogène ! On réclame la lumière, peine perdue il n'y a plus personne. C'est alors que les torches entrent en action, les torches ? la torche ! Celle de Josette est déjà en panne ! On cherche la petite bête... C'est en soulevant le matelas que nous l'avons vue ! Un cancrelat court de toutes ses petites pattes, se faufile entre les draps et disparaît dans les plis, dans la nuit. Valérie sombre, elle, dans l'angoisse bien que nous ayons refait complètement le lit. Quant à nous, comme il n'y a plus aucun danger, nous regagnons nos casemates pour une bonne nuit.

Valérie dormira-t-elle? Vous le saurez demain en lisant notre journal habituel...


A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 31 Jan 2011 13:39

douzième jour
Jeudi 5 janvier 1995

Réveil 7 heures, 7 heures et demie (Claudil 8 heures et demie!).

Contrairement à toute attente, Valérie a très bien dormi. C'est Claudel qui a passé une nuit presque blanche. La veille au soir, elle a vu des petites araignées sur la moustiquaire avant de se coucher, elle ne l'a pas fait voir mais elle a eu peur et comme la nuit amplifie tout, ça ne s'est pas arrangé. En outre, les deux fenêtres étant restées ouvertes pour les courants d'air, elle a cru entendre des pas ! Claudil promet que la nuit prochaine il fermera les vantaux.

Après le petit déjeuner les femmes entrainent les hommes pour la visite de l'île, côté ouest. C'est un remake de leur après-midi de la veille. Le vieux cimetière désaffecté vaut le coup d'être vu et revu. A la Mission, on découvre des inscriptions géantes composées avec des coquillages posés à même le sable ; elles sont faites pour être vues de haut. Du haut du clocher de la Mission, par exemple. Nous visitons l'église dont la toiture commence à se délabrer sérieusement. Une crèche a été aménagée, nous avons la stupéfaction d'y voir deux enfants Jésus, l'un dans les bras de sa mère, l'autre dans la crèche traditionnelle. Ils sont blancs, on s'étonne de ne pas en voir un troisième tout noir. Ce sera pour l'année prochaine...

Claudil a bien du mal à réintégrer le campement : Ah ! ça ne serait pas les pattes...

Après une courte halte à notre hôtel où nous buvons des flag-awa, nous avons le plaisir de découvrir une nouvelle et adorable serveuse : Angèle. Claudil qui n'a plus mal aux jambes lui chante à tue-tête :

Angèle,
Ta maman t'appelle ;
Veux-tu rentrer bien vite à la maison !
Angèle,
Ta maman t'appelle ;
Tu n'auras donc jamais l'âge de raison.

Etc., sur un air connu...

Enfin, comme prévu par nos dames, nous nous dirigeons vers l'est de l'île, au restaurant "Le Pénitencier". Il est midi quand nous arrivons en précisant notre intention de déjeuner.

Les restaurateurs sont un couple de toubabous, monsieur et madame Cancel. Lui, un entrepreneur qui a tout vu, tout fait ; il parle beaucoup. Elle, une femme charmante, Michèle, elle l'écoute et opine. Une grande discussion s'engage sur l'élevage de la langouste, des perspectives économiques avec la France et les pays d'outre-mer pour le développement de l'élevage de la langouste, puis on passe aux techniques du béton armé, etc. C'est alors que nous sommes rejoints par un grand escogriffe qui se dit accordeur de pianos ; mais son avenir est bouché, ils sont trois en Afrique et il n'y a que quatre pianos !.. Le temps passe et les femmes ont faim ! Elles s'impatientent en entendant ces propos stériles qui n'intéressent que ceux qui les tiennent ! Apprenant que la mer, gagnant sur les terres, met au jour des tombeaux anciens et rejette sur le sable des bijoux en or et des reliques de toute nature, les femmes partent à la recherche de trésors d'outre-tombe...

Elles reviennent bredouilles, sauf Josette qui ramène un petit crâne de singe blanchi au soleil, négligé par Claudel. Il est 13 heures 30, et Michèle se décide enfin à prendre les commandes.

On attend. Pendant ce temps Josette fait une cour honteuse à Juju, un petit singe capucin qui vit en liberté. Juju lui rend ses effusions en lui mordant les joues et le nez ; il va même jusqu'à aller explorer sa luette pendant qu'elle a la bouche ouverte ! Ce Juju est un petit coquin ; par deux fois, après avoir fait diversion, il chipe le paquet de cigarettes de Jacky, bondit hors de portée et dépiaute les cigarettes avec attention et sérieux. Dans ce restaurant il y a aussi une civette, compromis entre un chat et un putois, qui sécrète une forte odeur musquée.

Il est 15 heures 15. Victoire ! On nous sert enfin. Bien que le repas soit succulent, il ne valait pas une telle attente. Au menu, brochettes de crevettes pour les Js, Crabe pour les Claudes, du riz en accompagnement pour tout le monde, sauf des pâtes pour Claudil qui en rêve depuis le début de son aventure africaine, et pour dessert, 5 bananes flambées au koutoukou. Les bananes sont un véritable régal.

Valérie savourant sa banane avec beaucoup plus d'application que ses goinfres de parents qui ont déjà fini la leur depuis belle lurette, aperçoit à côté d'elle le petit singe qui, assis sur la table voisine, l'observe attentivement. Soudain il se met à pisser sans retenue aucune. Valérie se tourne vers nous pour attirer notre attention, et s'exclame : "Regardez ! il fait pipi !" Est-ce ce qu'attendait le sacripant ? Profitant de ce que Valérie a la tête tournée, le voilà qui se précipite sur notre table, saisit le reste de la banane dans l'assiette de l'infortunée Valérie et s'enfuit avec son butin ! Tout le monde rit aux larmes, sauf Valérie qui la trouve saumâtre...

Le repas est terminé ; la note est salée ! Ca compense avec l'absence de sel dans les pâtes et le riz. Et c'est le retour à la Cité des Roniers en passant par le village en compagnie de vendeurs de bijoux nécrogènes (néologisme puissant !). On négocie, on doute de l'authenticité et puis, les finances étant en baisse à la fin de notre périple, on laisse tomber... Repos jusqu'au dîner.

Repas du soir sans histoire. Omelette pour tout le monde, servie par Angèle (que sa maman appelle… ) pendant que Christine, laborieusement, prépare la note (pas salée celle-ci), puisque demain notre séjour à Grand Lahou se termine.

Nous allons au lit après deux belotes gagnées, bien sûr, par les hommes (ce n'est pas tous les jours fête!). Extinction des feux vers 22 heures 15.


A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 01 Fév 2011 12:53

Douzième jour
Vendredi 6 janvier 1995

Réveil 7 heures. Petit déjeuner, bouclage des valises, adieux émouvants à Christine et Angèle (que sa maman n'en finit pas d'appeller !) et traversée de la lagune en pirogue. La voiture nous attend de l'autre côté, mais elle n'a pas été lavée. Tant pis, Amidou la reprendra en l'état...Selon certains bruits qui couraient hier, au restaurant, on craint le manque d'essence à la ville de Grand Lahou, mais... y a liquéfi ! On téléphone au Palm Beach pour réserver 2 chambres pour 5, on craint que ce soit complet, mais... y a liquéfi ! On s'engage sur la nationale en direction d'Abidjan ( 130 km), on craint le manque d'eau dans le réservoir (Jacky a décelé une fuite à la durite), mais... y aura liquéfi ! (1)A tout hasard on a embarqué 5 bouteilles d'eau en secours de première urgence !

Parcours sans histoire, c'est presque incroyable. Nous arrivons dans les faubourgs d'Abidjan et tentons de retrouver la route faite en sens inverse, il y a 11 jours déjà ! C'est laborieux; nous faisons des tours et des détours, demandons notre chemin et soudain, hourra ! nous débusquons des points de repère bien connus. C'est le Pont de Gaulle, puis le Boulevard Giscard d'Estaing comme il se doit. A quand l'Avenue Le Pen ?

C'est enfin le Palm Beach ! Transaction également laborieuse et palabres à n'en plus finir avec ce cher Amidou qui nous réclame 2 jours de location supplémentaires au lieu d'une seule, sous prétexte que nous sommes en retard d'une heure et que toute journée commencée est due! Finalement, comme nous sommes en position de force puisque c'est nous qui payons, nous concluons sur 11 jours de location moins la réparation du "peaux" d'échappement et d'une crevaison pour laquelle on avait demandé une facture avec le libellé laconique de "réparation". On revient dans la civilisation avec les fausses factures !

L'après midi, les hommes coincent la bulle, et les femmes vont faire la zone artisanale. Normal.

Repas du soir que nous arrosons au rosé de Provence, pour marquer notre retour progressif à la culture de chez nous.

Nuit dans un vrai lit, dans une vraie chambre climatisée. Godofouma est désormais bien loin, c'est un peu triste tout de même. Bonne nuit les petits !

(1) Y a liquéfi ! est une expression passe-partout en Côte d'Ivoire, elle signifie 'y a pas d'problème !'. ( Y a foïlle aussi,mais c'est beaucoup plus plus vulgaire et peu employé.) Donc ' Y a pas d'problème ! Toutefois, quand un indigène vous répond ' Y liquéfi', c'est que les problèmes ne font que commencer ! :lol:

A suivre...
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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 03 Fév 2011 12:36

treizième jour
Samedi 7 janvier 1995

Bonne nuit en effet. Tout le monde a rêvé, sauf Jacky.

Les Claudes vont faire un petit marché personnel, c'est-à-dire des fruits pour midi et des cadeaux divers pour les amis de France. Les deux autres femmes vont acheter des objets d'art africain. Jacky se repose à l'hôtel.

A midi, pour la première fois depuis leur arrivée en Afrique, les 2 hommes se tapent le pastis ! Décidémment la France n'est plus loin. Et puis, après de longues négociations, ils achètent à un petit marchand, deux montres : une Rollex et une Cartier pour 160 F.F. C'est made in China, il faudra faire attention en passant à la douane française.

Puis les deux groupes se scindent, les Js vont faire un repas frugal autour de la piscine, les Claudes un repas-fruits non moins frugal sur leur terrasse.

Après midi, sieste, piscine, awalé. Y a liquéfi!

Comme il reste encore quelques cadeaux à acheter, dont un à l'intention de cette chère Cathy Kouétou (rappel du numéro de téléphone de son maquis "L'équipage" pour ceux qui passeraient par Abidjan; ses filles sont de première bourre ! : 24 49 53), nous décidons vers 17 heures de nous rendre au marché de la ville qui ne ferme que vers 18 heures 30. Départ de l'hôtel en deux taxis, le premier emportant Josette et Valérie, et le second les Claudes et Jacky ; objectif : le marché puis le maquis de Cathy. Ceci implique que nos deux taxis doivent se suivre. Le taxi de Josette précède celui de Jacky. Tout va bien jusqu'à un feu rouge que grille le premier taxi et auquel stoppe le second. Dès que le feu passe au vert, le deuxième taxi tente de retrouver le premier. Peine perdue... Josette et Valérie aussi !

Jacky et les Claudes font le tour des stands et étalages dont certains sont déjà en train de fermer. Ils vont au hasard, mais ce marché est immense. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin, encore que, fait remarquer Claudil, pour retrouver une aiguille c'est facile, il n'y a qu'à mettre le feu à la meule et chercher dans les cendres ! Mais allez mettre le feu à un marché ! Et en pays étranger ! Ils remontent à pieds une partie du chemin fait en taxi en espérant que les femmes en feront autant! Sur une suggestion de Claudel, ils attendent à un carrefour. La nuit tombe, et tombe vite. Le marché se vide également vite ! Il ne restera bientôt plus que des monceaux d'immondices.

Jacky propose que nous nous rendions au maquis de Cathy pour les attendre car, selon lui, se voyant perdues c'est là qu'elles se feront conduire. C'est plein de bon sens, à condition qu'elles se souviennent du nom du maquis, ce dont Claudil doute. Néanmoins, on y va. Mais il faut trouver ce diable de maquis...Il est dans le secteur, c'est sûr, mais où ? On demande notre chemin, on nous répond que c'est tout droit, que c'est à droite, que c'est à gauche... On poursuit, on avance, on se repère, on finit par trouver.

Nous arrivons chez Cathy, les femmes n'y sont pas. L'angoisse commence sauf, apparemment, pour Jacky qui garde son sang froid. Après avoir attendu une bonne demi-heure, Claudil téléphone à l'hôtel pour savoir si, par hasard, elles ne seraient pas rentrées. Non, la clef de leur chambre est au tableau ! Alors Claudil laisse un message destiné à être joint aux clefs afin qu'il leur soit remis si elles viennent à rentrer à l'hôtel : "Nous sommes chez Cathy, téléphone nous au 24 49 53 (Pub!)." Hélas, nous l'apprendrons plus tard, Claudil se trompe de numéro de chambre et donne le sien ! Même si elles étaient rentrées à l'hôtel, elles ne risquaient pas d'être prévenues !!

On attend... Les Claudes envisagent déjà le pire : annulation de notre retour, etc. avec toutes les complications que cela suppose. Soudain, cris de joie des filles (toujours du même nom ! - plaisanterie facile dont on ne se lasse pas). Les voici !!

Josette étant la rédactrice du jour, mieux placée que quiconque pour narrer son aventure, l'a consignée elle-même sur notre journal de bord. Il n'est plus que de la laisser parler : (Ci-dessous copie in extenso de son texte autographique).

...Nous nous retrouvons seules, 2 blanches dans la nuit noire, sur un marché qui ferme. Sans perdre notre sang froid, nous appelons un taxi pour nous rendre en zone 4 afin d'acheter un sac et le cadeau de Cathy. De là, nous demandons où se trouve le maquis « L'équipage » qui, lui aussi se trouve en zone 4. Le vendeur, un Sénégalais, fournit tous les renseignements utiles au chauffeur de taxi. Y a liquéfi ! Le chauffeur sait où c'est, à notre grand soulagement. Au premier carrefour, le chauffeur est hésitant quant à la direction à prendre. Valérie qui se souvient de quel-ques points de repère donnés par le vendeur, les rappelle au chauffeur qui n'en tient pas compte et veut absolument nous conduire « chez Mado ». Nous avons beau dire que c'est « L'Equipage » et non « Mado » qui nous intéresse, il n'en a cure. Nous nous renseignons auprès de 3 prostituées, sans résultat ! Auprès d'une pizzéria (pas très loin de l'Equi-page !), ils ne connaissent pas ! Idem également avec des pompiers ... Nous passons dans une rue crasseuse, aux éclairages tamisés, bref très douteuse...Et toujours notre chauffeur qui s'obstine à vouloir nous conduire chez « Mado » ! Il veut nous "rendre service" en demandant son chemin ici et là, dans un dialecte incompréhensible entrecoupé de mots en français, tels que "hôtel" et "boîte de nuit". Je commence à m'inquiéter d'autant que le compteur tourne et que je n'ai pratiquement pas d'argent sur moi. Nouvel arrêt dans un maquis qui, bien sûr, ne connait pas "L'Equipage"! Je consulte un annuaire mais, sans le nom de famille de Cathy que j'ignore, sans son adresse que j'ignore également, je ne trouve rien ; non plus qu'à Equipage, L'équipage, ou Maquis. Mauvaise volonté du patron du maquis pour demander les Renseignements, par téléphone. Puis il finit par céder pour prétendre par deux fois que la ligne est occupée. Entre temps, le chauffeur de taxi qui a, sur notre demande, arrêté son compteur, piaffe d'impatience en pensant à tout l'argent qu'il est en train de perdre ! Nous finissons par nous séparer de ce bêta qui, lui aussi, nous a fait perdre notre temps. Et en plus nous perdons tout espoir de retrouver les Claudes et Jacky! Soudain, miracle!!! Les lentilles des Claudes nous portent enfin chance. Valérie découvre à son côté un garçon style "BIMA", c'est-à-dire à la coupe de cheveux qui ne trompe pas. Renseignements pris auprès de celui-ci, c'est bien un bidasse. Et il connaît « L'Equipage » ! Et il a connu Dédé aussi !! Ah ! Dédé ! Notre mésaventure prend ainsi fin, l'infirmier Pontal du BIMA nous accompagne en taxi jusque chez Cathy, soit dans une rue voisine !!! Re-trouvailles émues s'il en est.

Josette a eu bien du mal à cacher son émotion en nous retrouvant, mais elle n'est pas la seule.

Et tout le monde de consommer à profusion flags et jus d'ananas pour se remonter. Josette a remis à Cathy le petit cadeau que, malgré tant d'aventures, elle n'a pas oublié d'acheter, une magnifique paire de boucles d'oreilles. Cathy a beaucoup apprécié. Puis c'est une séance de photos avec les filles, en souvenir de « L'Equipage » qui n'a pas fini de hanter nos souvenirs!

Nous rentrons au Palm Beach pour un sommeil réparateur avant le grand départ.

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Re: CÔTE D'IVOIRE

Messagepar coriolan » 04 Fév 2011 13:08

quatorzième jour
Dimanche 8 janvier 1995 (ou la fin d'une belle histoire)

Après un petit déjeune copieux, Josette et Valérie s'offrent une séance de lézardage au bord de la piscine, conscientes que demain, à la même heure, ce ne sera pas la même musique ! Pendant ce temps les Claudes partent à Abidjan, au marché face à la Patisserie Abidjanaise, afin d'acheter des cadeaux de dernière minute, service de table et batiks à offrir et à s'offrir. Ces courses sont faites en un temps record (1/2 heure), Josette n'en revient pas!

A 10 heures Cathy ne peut pas venir nous dire au revoir comme prévu ; elle a téléphoné pour s'excuser : elle est retenue au lit par une crise de paludisme. Sa cousine Sandrine vient à sa place et nous offre, au nom de la malade, une série de bracelets pour Valérie et un short pour Dédé. Ah ! Dédé ! Nous prenons un dernier pot de l'amitié en sa compagnie (jus d'ananas et flag) et rebronzette des 3 femmes au bord de la piscine sous l'oeil émoustillé de Robert, le maître-nageur noir luisant à qui Josette fait du gringue ! A 11 heures 30 nous rejoignons nos chambres pour finir les bagages. Le départ pour l'aéroport est prévu à 12 heures 15, car il faut y être vers 12 heures 30 pour un décollage prévu à 15 heures.

Ce qui suit a été rédigé dans la froidure de la France retrouvée.

Les conditions d'embarquement en France et de débarquement à Abidjan, nous faisaient craindre notre départ dans une salle d'attente surchauffée, avec des ordres et des contrordres, au milieu de senteurs les plus diverses. Eh bien, non ! Nous avions tort. La salle d'attente était climatisée, l'enregistrement fut un peu long mais moins qu'à Paris ; nous pûmes consommer dans l'aéroport et payer en argent français vu que nous avions tout liquidé notre argent ivoirien à l'hôtel, et le passage dans l'avion climatisé se fit en douceur. L'embarquement eut lieu dans de meilleures conditions qu'à Orly et la tour de contrôle respecta sensiblement l'heure qui était prévue pour le décollage. Qui dit mieux ?

Voyage sans histoire sinon quelques turbulences; les hommes ont "piônné" l'hôtesse jusqu'à ce qu'elle leur consente, à chacun, une chopine de vin supplémentaire ! Et c'est tout. Aucun de nous n'était près d'un hublot, nous avons donc raté quelques belles vues aériennes tant qu'il faisait jour, c'est-à-dire pendant plus de deux heures, ainsi qu'un admirable coucher de soleil d'après ce qu'on a entr'aperçu en nous levant par hasard.

Arrivés à Orly vers 22 heures, nous mettons plus de deux heures avant de nous retrouver dehors, dans la froidure et dans la pluie. Les Claudes arriveront à Compiègne vers 1 heure du matin le lundi 9 janvier 1995, et les Js vers 4 heures et demie à Heillecourt ( en Lorraine).

Tout est bien qui finit bien, Jacky sera à l'heure sur son chantier pour la mise en route de son personnel, les Claudes reprendront le chemin d'Echoisy le surlendemain.

Et la vie continue... Mais, comme on reviendra, y a foïlle !

France, Janvier 1995


PS-
1°) - De retour en France les Jacky ont été submergés de lettres de plus en plus pressantes leur demandant de l’argent pour l’ « éducation » du petit Ayouba qu’ils « se sont engagés » à élever. Inutile de dire la suite qui fut donnée à cette affaire !

2°) – Des nouvelles de Bamba ! En 2006, soit 11 ans plus tard, Jean-Sébastien, le fils des Claude, alors militaire en Côte d’Ivoire sous bannière de l’Otan, est affecté à Man. A tout hasard Claudil lui suggère de retrouver l’hôtel « Les Masques » et de s’enquérir du dénommé Bamba, sait-on jamais… Eh bien, il l’a retrouvé et, après s’être fait connaître, la première parole de Bamba qu’il entendit a été : « Et comment il va, le Vieux ? ».

Curieux et émouvant, non ?
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