La folle aventure de M. Flop.

Carnets de voyage et sujets divers

Modérateur: Guardian

La folle aventure de M. Flop.

Messagepar coriolan » 04 Déc 2010 14:36

Tout d'abord qu'il soit bien entendu que toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé jusqu'à ce jour serait pure coïncidence et n'engagerait en aucun cas ma responsabilité ; je n'agis pas ici en tant que rapporteur mais de conteur et conteur libre d'expression. D'ailleurs, on le verra, cette aventure est folle et il faut avoir un sens aigu de la liberté pour se permettre de la porter sur un forum ! Mais passons à l'histoire...

Monsieur FLOP est un homme d'un âge certain qui frise les quatre-vingts fauchaisons. Ceux qui le connaissent bien vous diront qu'il est un peu fou puisqu'il a passé le plus clair de son temps entre Dieu et Diable, entre le clan de ceux qui croient en ces deux épouvantails au nom de la foi et ceux qui les refusent au nom de la logique. Mais attention, quand je dis 'croyance', c'est croyance et croyance établie, structurée, patiemment élaborée jusque dans les plus infimes détails d'où, inéluctablement, un jour ou l'autre, basculement radical dans le camp adverse. On réinvente Dieu ; on réinvente le Néant. Et encore et encore, hélas ! car avec les mêmes méthodes on aboutit toujours aux mêmes résultats tant il est vrai que dans ce domaine jamais les extrêmes n'ont été plus proches les uns des autres...

Depuis une quinzaine d'années M.Flop vit en maison de retraite. Pour lui, c'est l'idéal : pas de ménage à faire, de soucis pour la cantine. Ses journées, c'est simple : lever 9 heures, petit déjeuner suivi d'une douche bien chaude, lecture de ses mails et d'un courrier ordinaire de plus en plus rare. Et c'est déjà midi ; comme le temps passe !

Un petit ‘jaune’ pour se mettre en train, les pieds sous la table, ‘bénaise’ comme on dit en Charente et M. Flop avale tout ce qui se présente, de quoi mériter la petite sieste traditionnelle à laquelle depuis des années il s’abandonne avec délectation.

Un détail cependant : avez-vous déjà observé des oiseaux en train de picorer ? Toujours aux aguets, les oiseaux n’arrêtent pas, le temps de leur repas, d’être sur le qui-vive comme s’ils craignaient quelque sournoiserie d’un congénère aussi affamé que lui. Eh bien, et vous pourrez l’observer au restaurant, l’homme seul devant son plat fait pareil et, filmé puis passé en accéléré, c’est kif-kif le piaf ! Mais en observant mieux monsieur Flop vous ne manqueriez pas d’être étonné par un autre petit détail. Il regarde au fond et à droite de la cafétéria, un gros bonhomme, M. Dussein qui semble n’attendre que ce contact visuel. M. Flop hoche la tête, M. Dussein fait de même : un accord a été passé. Et puis c’est au tour de ce dernier de se mettre en quête d’une autre ligne optique avec M. Vautour, petit bonhomme aussi court et chétif que Dussein est gras et grand. Et ce jeu de pistes qui, matérialisé, donnerait une image de ce que donnent les rayons laser visibles d’un système de surveillance dans une bijouterie de la place Vendôme, ce jeu de piste donc se poursuit dans l’indifférence totale de son initiateur, M. Flop qui lui, mange et se fiche bien du reste…

J’ai dit que Marcel Flop avait un ordinateur ? Oui, puisque tous les matins il lit ses mails, mais je n’ai pas dit qu’il se prénommait Marcel ; il me semblait bien que j’avais oublié quelque chose qui n’a aucune importance d’ailleurs. Quand la lecture de ses mails lui a pris une dizaine de minutes, c’est bien le bout du monde. Après, il zappe sur l’actualité et quelques forums qu’il a pris en amitié mais sur lesquels il ne donne jamais son avis, le point de vue des autres est beaucoup plus important à ses yeux que ses propres élucubrations. Et puis un jour, au hasard de son zapping, il est resté scotché sur un article qui avait tout lieu de le harponner au passage : LE BIG FLOP. Quand on s’appelle Flop et qu’on n’est pas bien grand, on ne peut pas faire l’impasse du tel post.

Marcel Flop respectueux des lois et plus soucieux de sa petite personne que des grands problèmes de notre société n’avait jamais été intéressé par la politique : il payait ses impôts et ne voulait pas d’ennuis avec les forces de l’ordre qu’il considérait nécessaires pour la défense et le confort du citoyen. M. Flop voulait bien s’attaquer à la religion mais pas à la politique, à Dieu oui, mais pas au Président ! Or là, ce qu’il découvrait était pour lui une véritable révélation et, si je puis dire, il en tomba des nues ! Voilà que l’on remettait en cause jusqu’aux Droits de l’Homme, des notions aussi sûres que la Liberté et l’Egalité. C’était inconcevable cinq minutes plus tôt et là, soudain, des bribes d’agacements accumulés tout au long de sa vie faisaient bloc et venaient s’imposer au pauvre homme qui n’en demandait pas tant ! Ces bribes étaient bien là où elles étaient, dans l’obscurité de sa calotte crânienne, quel besoin pour elles d’aller voir s’il faisait beau dehors ? Tout de même le pauvre Flop en fut ébranlé.

Alors il se mit à assimiler, copier et analyser ce Big Flop avec le même acharnement, le même sérieux qu’il avait pendant des années disséqué la Bible. Et, parmi les amis qu’il n’avait pas manqué de se faire en quinze ans, il entreprit d’aborder le sujet avec toute la délicatesse que nécessite le respect dû à autrui. Il n’était pas question pour lui de convaincre – du moins au début – mais d’avoir un interlocuteur afin de ne pas trébucher sous le poids de ses propres erreurs qui, vingt fois répétées, finissent par être des réalités.

C’est ainsi que Marcel Flop devint chef de bandes (le moyen de dire autrement ?) d’une dizaine d’individus dont l’âge variait entre 70 et 85 ans et qui, dans la vie active avaient été du cadre moyen au chef d’entreprise ( la Maison de retraite, mine de rien, est un impitoyable sélectionneur selon la fortune de chacun !) et, le moins qu’on puisse dire, c’est que l’équipe manquait de dactylos, d’intermittents du spectacle et de balayeurs. On me dira que la démocratie en prend un sérieux coup mais quand on sait (ce qu’ignorait Marcel Flop) ce que vaut la démocratie, on ne regrettera pas non plus qu’au sein de l’assemblée il y ait pénurie de clochards, d’ivrognes et de drogués.

Le clin d’œil qui balaya la cafétéria dans le bruit des mandibules et des fourchettes n’avait qu’une seule signification : « confirmation de notre réunion cet après-midi à l’endroit convenu et à l’heure habituelle ».

A suivre…


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Messagepar coriolan » 05 Déc 2010 18:28

Assis en rond comme ils l'étaient, là, on aurait cru à une assemblée restreinte de vieux indiens en train de délibérer ; l'image n'est pas si sotte. D'abord ils étaient arrivés les uns après les autres, d'horizons différents alors qu'en fait ils ne faisaient que venir de la cantine où ils étaient ensemble il n’y a pas dix minutes. De là, sortis de l'enceinte de la maison de retraite, chacun était parti de son côté pour finalement se trouver réunis en rase campagne hors du regard des dernières habitations du bourg mais à portée de vue de tout intrus.

Ils étaient neuf regroupés autour de Flop et les lecteurs du post précédent n’auront pas manqué de reconnaître Dussein et Vautour, tandis que six autres, d’âge en rapport et de corpulences variées complétaient cet étrange rassemblement. Nous étions en octobre et comme il n’avait pas plu depuis plus de trois mois les culs étaient bien à leur aise sur leur coussin d’herbes sèches amortissant la rudesse du sol craquelé.

Ce fut Flop qui rompit le silence qui se fit spontanément dès que l’assemblée vit que celui-ci allait parler :

« Mes amis, je crois que l’heure est venue pour nous d’agir. Unanimement les syndicats se sont passé le mot : ‘la grève doit être générale, et elle sera longue quelles que soient les promesses qui seront faites’. Nous n’allons pas revenir sur ce dont nous sommes d’accord et qui a valu la création de notre association : le droit de grève est un droit inaliénable mais qui ne saurait aller contre la revendication du droit au travail (ce qui n’est pas le cas avec les piquets de grève imposés par les grévistes!) et celui qui n’est pas directement concerné par cette grève ne doit pas en subir les conséquences. En tout cas nous dénions tout pouvoir aux syndicats de décider d’agir pour le bien commun, qu’ils agissent pour eux, c’est leur droit, mais qu’ils ne prétendent pas agir pour le bien des usagers, des clients, des patients et que sais-je encore ! Or la grève qui vient d’être décidée, concernant le régime des retraites, dépasse et de beaucoup la compétence de ses organisateurs. Les syndicats – et je parle particulièrement de ce Gibault, de le CGO, avec sa coupe de cheveux à la Jeanne d’Arc, n’a pas pour vocation de sauver la France en se substituant à nos parlementaires démocratiquement élus ! Les syndicats, disais-je, sous couvert d’une action au bénéfice des travailleurs sont en train de nous préparer une révolution gauchiste dont nous ne voulons sous aucun prétexte.

« Pendant quinze jours le pays va être strangulé : blocage des routes, du rail, des océans et des airs, ce qui veut dire faillite et suicide de petits industriels. On ne parle jamais des suicides dus à des grèves qui perdurent ; Vautour tu nous chercheras des statistiques là-dessus, ce sera un argument de plus en justificatif de notre action revendicative. Donc blocage du commerce et de l’industrie, et je ne parle pas des casseurs habituels qui se mêlent aux grévistes pour assouvir d’autres envies, d’autres besoins. Nous sommes donc tout à fait dans notre mission en décidant d’agir ainsi que nous l’avons décidé lors de la constitution de notre assemblée.

« La moue méprisante de Gibault va se transformer en rictus de haine, il ne nous fait pas peur et nous nous dresserons contre lui. Inutile de parler des autres syndicats, n’ayons qu’un seul interlocuteur, les nouvelles se propageront vite et les petites formations dégageront sans que nous ayons autrement à intervenir.

« Inutile également d’avertir Gibault de nos intentions, trop d’écrits seraient nuisibles. N’oublions pas que nous avons une police qui est une des meilleures du monde, évitons de lui donner le plus petit indice. En revanche, chaque action sera revendiquée par la signalisation d’un chiffre représentant une suite numérique, donc commençant par 1 jusqu’à… la fin démocratiquement décidée par au moins 6 voix contre 3.

« Demain, un défilé des grévistes est prévu dans les rues des grandes villes ; nous commencerons par Paris et, comme convenu, Dussein m’accompagnera selon le procédé mis en place la semaine passée, et sur lequel je ne reviendrai pas.

« Nous devons garder à l’esprit que chaque jour de grève augmente dans des proportions importantes le nombre de suicides dans notre pays, et que celui-ci étant en corrélation étroite avec le chômage, la précarité et la pression professionnelle, la grève frappe sélectivement les petites entreprises et le monde paysan. Les syndicats ignorent les conséquences de leurs actions et nous ne disposons pour l’instant d’aucune statistique sur ce sujet qui semble être tabou, pour leur faire voir la vérité en face. Ce tabou doit tomber..

« Rappelons-nous qu’on se suicide parce qu'il est quelquefois plus difficile de vivre que de mourir, parce qu'une immense détresse intérieure trouve son issue dans la fuite d'un environnement devenu intolérable et que, pour certains de nos contemporains, les grévistes sont les responsables de cet environnement détestable générateur de mort.

« Nous allons leur en faire payer le prix : à défaut de statistiques significatives, chaque jour de grève sera signé par la mort d’un gréviste, et ce geste vengeur sera l’oeuvre de notre main, sans scrupule, sans la moindre émotion quelle que soit la cible aveugle qui aura été désignée par le hasard ; qui veut la fin veut les moyens !

« Dussein, demain, réveil à 5 heures ; alea jacta est !

A suivre…


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Suicides : à titre d'info.

Messagepar coriolan » 07 Déc 2010 16:32

En temps ordinaire, en France :

Un suicide toutes les 50 minutes
Plus de 10 000 morts chaque année (1)
Environ 160 000 tentatives par an


60 % des personnes ayant fait une tentative de suicide répètent leur geste.

En France, le suicide fait deux fois plus de morts que la route.
Comment se fait-il qu'on n'en parle pas davantage ? !

(1) Encore ces chiffres sont-ils sous-estimés d'environ 20% selon un rapport du Haut Comité de la Santé Publique.
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Messagepar coriolan » 09 Déc 2010 19:44

La manifestation prenait fin et c'était tant mieux ! Les quelques braillards en tête du défilé avaient bien donné de la voix en début de matinée mais là, depuis qu'on approchait de midi et qu'il avait été décidé de ne faire qu'une demi manifestation, presque pour la forme, les slogans ne fusaient plus et commençaient à ressembler à des suppliques, des prières ! C'en était pathétique. Et puis les gens se regardaient du coin de l'oeil, n'adressant plus de sourires ou propos banals qu'à des personnes de connaissance... Plus le temps s’écoulait, plus les rangs se dégarnissaient pour le plus grand bonheur des décompteurs syndicaux et préfectoraux, vous savez, ceux qui sont toujours d'accord pour s'estimer mutuellement du simple au double, voire au triple. Bref, ce défilé naguère joyeux finissait par ressembler à un enterrement.

Midi moins le quart, la rue saint Jean de Nancy d’ordinaire si animée était clairsemée, la rue s’était réfugiée sur les trottoirs et au fur et à mesure que les reliques du cortège s’approchaient de la gare, les porches, les magasins, et les cafés avalaient des paquets de manifestants par dizaines… Les grévistes devenaient des clients comme vous et moi à la différence près c’est que chacun d’entre eux était obsédé par une seule pensée : Nancy aurait-il aujourd’hui son cadavre rituel ? En principe, non. On avait par à peu près cerné le mode opératoire de l’assassin des manifs – c’était le nom qu’on lui avait donné : il se glissait dans le cortège, entrait en relation avec sa future victime, la suivait à l’issue de la manifestation et, par un procédé encore non identifié, l’entraînait hors de la ville où il mettait en œuvre son sinistre dessein : la tuer.

Il y avait eu douze manifestations syndicales successives et depuis le premier mort sur un terrain vague de la banlieue parisienne, il y a douze jours précisément, la police piétinait et n’en finissait pas d’examiner à la loupe toutes les prises de vue médiatiques qu’on avait dû recenser. Hormis les têtes connues des chefs, telle celle de Gibault et autres sous-chefs régionaux, aucun visage n’avait attiré l’attention, à croire que l’assassin des manifs couvrait la France entière sous divers déguisements… Paris, Bayonne, Lyon, Marseille, Grenoble, etc. avait été marqué par son attentat et, mis à part le dernier de Limoges qui laissera la victime paralysée à vie, on en était au onzième mort.

Que s’était-il passé à Limoges ? La police pensait que l’assassin ayant failli être surpris dans sa sinistre besogne, celle-ci avait été bâclée : la balle dans la tête ne fut pas tirée par la bouche comme d’habitude et le coup de grâce au cœur fut tiré beaucoup plus bas ; ce fut le pancréas qui fit les frais de l’affaire… Pour l’instant et sans doute pour longtemps, la police désespère de faire parler la victime.

La découverte des cadavres successifs se passa toujours dans les mêmes conditions : un coup de fil à un particulier, voisin d’un journal régional, disait en substance ceci : « avisez de toute urgence la rédaction de tel journal que l’assassin des manifs a encore frappé, un cadavre se trouve actuellement à tel endroit. » Pourquoi la presse plutôt que la police ? Pour que l’affaire soit diffusée sans intermédiaire et que les journalistes piétinent à souhait les lieux afin de faire disparaître toute trace possible, notamment les empreintes de chaussures.

On avait donc découvert jusqu’à ce jour onze corps, sept d’homme et quatre de femme ; âge moyen des victimes 50 ans. Particularité : chaque cadavre avait, épinglé dans le dos, un quart de feuillet blanc portant son numéro d’exécution écrit en gros, au feutre vert. Le 12 avait survécu… mais fut relevé dans un état tel qu’il semble bien qu’on ne puisse jamais obtenir la moindre explication sur sa mésaventure.

C’est Gérard qui fut l’auteur du ‘ratage’. En fin de parcours et dislocation des groupes, place de la gare de Limoges, l’occasion lui fut donné de parler avec un gréviste qui, banderole rangées, s’exclama soudain à haute voix :

- Merde, ma tire est restée là-haut ! Là haut, c’était le point de départ du cortège, à près de cinq kilomètres de là !
- La mienne est ici, sauta sur l’occasion Gérard, si tu veux, je t’emmène.
- C’est sympa. Merci… Tu me tires une épine du pied !

Et selon le procédé mis onze fois à l’épreuve selon des modalités variables, Gérard embarqua le gréviste. Chemin faisant il s’exclama :
- Tiens, j’ai un pote qui remonte aussi dans cette direction, tu permets ?
- Bien sûr… plus on est de fous…

Et on chargea Lucien qui en était à sa première mission et qui, en tant que tel, jouait les assistants avant de devenir l’exécutant à la seconde mission, celle du lendemain. Le système était bien rodé.

A l’arrière de la voiture et derrière sa victime, Lucien eut tout le loisir, dès qu’on atteignit les petites rues désertes de chloroformer le gréviste qui n’en demandait pas tant pour s’endormir après tout ce qu’il avait ingurgité dans la journée. La grève, ça creuse l’overier !

Sorti de ville, après avoir gagné la rase campagne, Gérard gara la voiture sur le bas côté et, tandis que Lucien se précipitait à l’avant pour tirer le malheureux bonhomme par le torse et l’avoir aligné dans le fossé, Gérard ajustait son silencieux. Tout allait se passer comme d’habitude quand, à l’horizon de la route en côte, des phares de voiture avertirent les deux hommes du passage d’un intrus. Gérard ne prit pas le temps de différer l’exécution, il visa la tête puis le cœur au juger.

Quelques instants plus tard deux voitures se croisaient sur la route, celle de Gérard et Lucien qui, quelque peu fébriles tentaient de regagner leur calme, celle d’inconnus totalement ignorants du drame qui venait de se jouer dans le fossé ou gisait le n° 12.

Un coup de fil à un voisin jouxtant le journal La Montagne, à Limoges ; un portable qui n’a servi qu’une fois mais qu’on balance dans la Vienne du haut d’un pont désert et… ce fut tout pour ce jour-là !


A suivre
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Messagepar coriolan » 12 Déc 2010 19:09

Le commissaire divisionnaire Duval de la police judiciaire de Nancy ne décolérait pas ! Ainsi, en dépit des admonestations ministérielles – car l’assassin des manifs avait réussi à mettre la France en émoi – au nom de la liberté de la presse, à Nancy hier comme à Limoges la veille, les journalistes toujours les premiers informés avaient découvert le corps de la dernière victime et c’étaient eux qui avaient alerté la police.

Le cadavre avait été retourné et déplacé car le journaliste premier arrivé s’était d’abord assuré qu’il s’agissait bien de la suite lugubre qui endeuillait le pays. Un bref sourire erra sur ses lèvres quand il découvrit que la suite numérique rituelle qu’il attendait n’était pas 13, mais 12 bis ! C’est vrai que la victime de Limoges était encore en vie. Mais qui était celui-ci ?

Contrairement à l’habitude, la scène ne se passait pas dans la campagne mais dans un appartement ; vraisemblablement celui du mort… En déplaçant le corps une enveloppe scotchée sommairement au feuillet numérique tomba par terre. Elle portait en titre : ‘Au journaliste de l’Est Républicain en le priant d’en prendre connaissance et à remettre à la police.’

Aussi rapidement qu’il put le faire le reporter photographia le double feuillet qu’il remit ensuite soigneusement en place et prévint le commissariat principal de sa macabre découverte.

Non, le commissaire ne décolérait pas.

- Bien entendu, vous avez pris connaissance de ce message ?
- Bien entendu, monsieur le Commissaire, d’autant qu’il nous était destiné en premier.
- Il vous avait été intimé l’ordre d’alerter la police avant toute chose, notamment toute intervention risquant d’entraver les recherches policières…
- Je ne vois aucune faute dans mon comportement ; voyez votre hiérarchie je m’en remettrai à la mienne.

Le commissaire haussa nerveusement les épaules. L’enquête qu’il diligenta auprès des voisins lui apprit dans le quart d’heure qui suivit, que le mort était un retraité de la SNCF, qu’il habitait cet appartement depuis plus de 20 ans. Aucun bruit suspect n’était à signaler au cours des deux dernières heures, temps auquel, à vue de nez, devait remonter le décès.

Selon son voisin de palier, le retraité affligé d’une sérieuse bronchite ne risquait pas d’avoir participé à la manifestation du matin. L’assassin des manifs aurait-il changé son fusil d’épaule en s’en prenant à d’innocentes victimes ? C’est alors que le commissaire prit connaissance du message qui lui était destiné en seconde lecture.

« MM. les journalistes, M. le commissaire.

« La première lettre que j’avais adressée à M. Gibault en lui donnant le détail de ce qui allait s’en suivre faute par lui d’obtempérer à mes injonctions a mis un certain temps pour être comprise. La mini manifestation de ce matin à Nancy et le message télévisée de la CGO m’assurant qu’il s’agissait là en quelque sorte d’un baroud d’honneur, m’oblige à une dernière action que je regrette pour ne pas rester sur l’échec de Limoges. Mais tout est clair désormais.

« Qu’on soit également clair sur le principe que je ne conteste pas aux ouvriers le droit de revendiquer et de faire savoir leur mécontentement à leurs employeurs, mais que je conteste que toute autre personne physique ou morale que l’employeur fût victime de ce mécontentement aussi légitime soit-il. Me fais-je bien comprendre ? C’est à le souhaiter car je ne reviendrai plus jamais sur ce point sauf en reprenant une suite numérique qui, pour l’instant, se trouve suspendue à 12.

« En revanche, en cas de nécessité, je veux dire « d’intention de grève », ce que je conseille à M. Gibault, c’est une action revendicative qui peut aussi bien être locale que nationale, consistant à bloquer la sortie des autoroutes afin de permettre aux usagers de la route de voyager à bon compte le temps des négociations. Il suffira que les grévistes portent un brassard portant mention de l’entreprise à qui les automobilistes devront mille grâces par les bons soins de leur syndicat et je vous assure que les rapports entre la population et le monde syndical seront de toute autre nature que celle qui règne actuellement. Et que les forces vives du pays : artisans, paysans et P.M.E. s’en porteront beaucoup mieux.

« Ce modus faciendi pourra, devra, être appliqué par tous les syndicats des administrations et des grosses entreprises ayant, de par leur raison d’être, une action directe sur l’ensemble de la population. La non application de ce procédé conciliateur me vaudra de revenir, sans avis préalable, sans discussion oiseuse, sur un décompte numérique qui rependra à 13.

« Il va sans dire que le personnel non gréviste pourra se rendre sur son lieu de travail dans des conditions normales. Le problème aura été déplacé en ce sens que ce sont les sociétés d’autoroute qui auront hérité d’un problème qui ne les regarde pas mais pour lequel, soyez-en persuadés, elles sauront trouver des solutions dont vous n’avez même pas idée. C’est injuste, direz-vous ? Oui, mais… la vie est injuste ! Il serait temps que les financiers l’apprennent, eux qui depuis toujours en ont si largement bénéficié !

« Ce problème du travail étant réglé ou en passe de l’être, je vous propose chers amis de nous pencher sur un autre souci et pas des moindres. En dépit de ce que sa solution pourra vous sembler utopique, je vous suggère un changement radical de la Constitution en ce qui concerne nos gouvernants et nos élus. Nous partirons d’abord du principe que c’est un honneur de servir la République et que cet honneur est l’essentiel de la rémunération de son servant.

« Ce n’est pas possible ? Bien sûr que si ! Et j’entends ici en faire la démonstration. La seule différence, hors financière au bénéfice de l’Etat, est qu’il y aura moins d’élus mais plus de compétence…



A suivre…
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Re: La folle aventure de M. Flop.

Messagepar Vajra » 14 Déc 2010 16:25

Et alors, la suite ?
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Re: La folle aventure de M. Flop.

Messagepar coriolan » 14 Déc 2010 19:33

Vajra a écrit:Et alors, la suite ?

Ah ! enfin un petit mot encourageant.

Remarque qui ne manque pas d'intérêt : les statistiques (1)nous renseignent sur le fait que, le 7 décembre, 48 invités étaient en ligne simultanément. Or, c'est à partir du 5 que j'ai lancé "la folle aventure de M. Flop". Y a-t-il un rapport de cause à effet, je n'en sais rien mais je me le demande...

(1) On trouve ce renseignement sous la page d'index du forum, rubrique 'Qui est en ligne ?'. Malheureusement, tant que ce chiffre ne sera pas dépassé, on n'aura pas d'autres informations...
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Re: La folle aventure de M. Flop.

Messagepar coriolan » 14 Déc 2010 20:45

Vajra a écrit:Et alors, la suite ?

Pour revenir plus précisément à la question, réponse : bientôt ! Mais la suite ne sera pas une fin alors... patience. D'autant que je dois repasser sur le billard le 21... Joyeux Noël !
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Re: La folle aventure de M. Flop.

Messagepar Prosodie » 15 Déc 2010 14:28

Je ne pensais pas que nous étions habilité (e.s). à répondre à la suite de notre feuilleton !
Votre intervention est-elle bénigne ? Serez-vous, vous rentré chez Vous pour les fêtes ?
Bien à Vous.
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Re: La folle aventure de M. Flop.

Messagepar Vajra » 15 Déc 2010 17:06

ça ira mieux après, j'espère.
Je t'accompagne par la pensée,tu n'en doutes pas. :)
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Re: La folle aventure de M. Flop.

Messagepar coriolan » 15 Déc 2010 19:16

A Prosodie : En principe non, bien entendu, sauf si on reste dans le sujet ce qui était le cas de Vajra (sa première intervention, pas la seconde !) . Concernant le reste, j'y donne suite dans mon courrier. OK ?
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La folle aventure de M. Flop. (5)

Messagepar coriolan » 16 Déc 2010 18:17

« Voici d’abord les grandes lignes qui serviront de base à la Nouvelle Constitution et sur lesquelles le peuple devra être consulté par voie référendaire informatisée.

« La mise en place de ce référendum sera soumise aux mêmes conditions que celles qui ont été employées pour régler le problème des grèves. Je donne six mois pour son organisation pratique ; passé ce délai, les sanctions que l’on connaît seront pises à l’encontre des hommes politiques en fonction à ce jour, du simple conseiller municipal au président de la République.

« Bases du référendum :


« Ne pourra prétendre à devenir représentant du peuple – de conseiller municipal à président de la République – que tout citoyen ayant participé à la vie active du pays pendant une durée au moins égale à 10 années. Il est entendu par vie active, une vie laborieuse productive de biens soit en tant qu’ouvrier, employé, chef d’entreprise ou contrôleur de gestion. Le prétendant devra être en activité au jour de son élection.

« Les conseillers municipaux et les maires seront élus comme précédemment.
« Les conseillers généraux seront au nombre de quatre par commune du canton qu’ils représenteront ; ils seront élus au suffrage universel.
« Les conseillers régionaux seront supprimés.
« Les députés seront au nombre de quatre par département représenté ; ils seront élus au suffrage universel.
« Le Sénat sera supprimé.
« Le président de la République sera élu au suffrage universel.

« La fonction de conseiller municipal est gratuite. Tous les autres représentants du peuple seront rémunérés sur la base de leur dernier salaire. En fin de mandat ils devront retrouver leur ancien poste sauf indemnité à débattre.

« Une banque sera spécialisée pour couvrir les transactions des représentants du peuple. En cas de dépenses pour missions et réceptions, c’est elle qui fera l’avance des fonds nécessaires après exposé et acceptation de sa part des frais prévisionnels. Dans le trimestre suivant la dépense, une commission statuera sur le bien fondé de la dépense et donnera acquit à l’établissement bancaire. En cas de litige, la justice tranchera et les frais ou dépenses refusées resteront à la charge de la banque qui, selon les cas, pourra se retourner vers l’élu.

« Le Parlement ne signera pas de budget déficitaire, cette pratique devra rester l’apanage de la Vème République. Les dépenses budgétaires ne seront définies qu’après estimation des recettes dont le ministre chargé du budget sera pénalement responsable devant le peuple.

« Sauf taxation sur des produits importés à seule fin de réguler le marché, les taxes ne devront jamais excéder la valeur du prix de vente des dits produits. Sur les produits fabriqués en France, les taxes ne devront pas excéder leur prix de revient.
Voila, en gros, la première économie budgétaire mise en place ; je n’accepterai éventuellement que des amendements de détail mais resterai ferme sur les principes ci-dessus développés.

Autres socles de la Nouvelle Constitution :

« Il faut en finir avec les Droits de l’Homme que je tiens pour responsables de notre situation actuelle, en éditant un autre Code de Vie dont les grandes lignes se résument à ce que :

- L’espèce humaine est une espèce animale au même titre que les autres et sans aucune prérogative particulière ; elle partage avec ces dernières un territoire limité, la Terre, et sa conscience restreinte ne lui donne aucun droit de décision quant au devenir des autres espèces animales.

- L’espèce humaine se subdivise en sociétés qui ne se caractérisent pas exclusivement par la couleur de la peau, mais par une culture ancestrale génératrice de coutumes spécifiques qui leur sont propres et constituent leur richesse.

- Ainsi chaque société humaine disposera-t-elle d’un Code de vie interne (alternance de devoirs et de droits) qui régira les rapports entre ses membres ; ceux-ci ne pourront en aucun cas relever de plusieurs Code de vie.

Ce Code précisera sans ambages que :

quel que soit le lieu de naissance d’un enfant, à sa majorité celui-ci devra :
– opter pour telle ou telle appartenance communautaire,
– être accepté par la communauté choisie,
– se soumettre à ses lois.

Il ne sera applicable qu’aux ressortissants relevant de la société qui l’aura établi et accepté à l’origine – ainsi que ses amendements successifs, par voie référendaire.

Nul ne sera censé ignorer ce sur quoi il aura lui-même été appelé à donner son avis. Le Code, rédigé en termes clairs et simples, sans aucune ambiguïté linguistique, sera le livre de base servant à l’apprentissage de la langue écrite et parlée, pour les enfants ou les postulants étrangers.

Son contenu mettra en évidence la place de l’homme dans l’univers et les moyens à mettre en œuvre pour une vie harmonieuse en société. Il tiendra compte des erreurs passées et ses lois s’articuleront sur des principes simples, tels que :

- la liberté et le respect ne sont pas innés, ils s’acquièrent ;
- la justice est essentiellement rendue pour les victimes ;
- la société est comptable de ses actes envers une autorité internationale – elle peut être sanctionnée ;
- il n’y a pas de droits accordés sans devoirs accomplis ;
- on admettra arbitrairement que la vie de l’homme est comprise entre son premier et son dernier souffle ;
- les êtres sont égaux en tant qu’humains et inégaux en tant qu’hommes.
- les hommes n’étant pas égaux entre eux, on favorisera l’égalité des chances par l’inégalité des moyens à mettre en œuvre ;
- un droit se rattache toujours à un devoir et n’est jamais définitivement acquis ;
- les hommes ne sont pas destinés à dominer la nature, mais à coexister avec elle.
Cette liste n’est pas exhaustive mais tout nouvel agencement ne saurait remettre en cause l’un quelconque des principes ci-dessus énumérés sans consultation référendaire du peuple.

La majorité requise pour qu’une proposition soumise à consultation populaire soit acceptée sera désormais des deux tiers des suffrages exprimés.

Le présent texte accepté par le peuple vaudra préambule à la Constitution de la VIème République.


Pour l’instant il fait partie de la folle aventure intellectuelle de M. FLOP.
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