QU'EST-CE QUE LA MORT ?

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QU'EST-CE QUE LA MORT ?

Messagepar coriolan » 26 Mai 2008 22:53

(aux craintifs de la mort)
QU’EST-CE QUE LA MORT ?

Pour répondre à cette question, il est indispensable d’avoir préalablement répondu à la question : Qu’est-ce que la vie ? Et à celle-ci, une seule personne est capable de répondre, celle qui la pose ! En effet, ne comprenant bien que ce que l’on s’explique bien – à tort ou à raison, le questionneur est le seul à se donner la réponse en adéquation parfaite avec son intelligence, sa culture et son milieu. C’est pourquoi j’invite chacun à s’interroger en même temps que moi : qu’est-ce que la vie ? Vos réponses vous appartiendront ; voici les miennes à titre d’information.

Pour moi, la vie a commencé quand je suis né. Avant moi il y avait le néant, c’est-à-dire le néant-de-moi. Je suis apparu sans avoir demandé quoi que ce soit à qui que ce soit, je ne dois de merci à quiconque. Je suis donc venu et j’ai vu un développement de mon être suivi d’une lente combustion avec, pour fin inéluctable – après consommation de toute l’énergie reçue et puisée, ma disparition, ma mort. C’est-à-dire qu’il y aura à nouveau le néant, le néant-de-moi. Avant moi il y a eu mes géniteurs, leurs propres géniteurs et la longue file ancestrale de tous leurs prédécesseurs.

Bien qu’ayant une bonne opinion de ma personne, je doute fort que ma venue sur terre soit la finalité de cette immense chaîne dont je n’aperçois pas l’origine. Et surtout, j’ignore s’il y a une raison supérieure à tout cela ; je ne peux constater que ce que je vois. Ainsi, puisque je ne suis vraisemblablement pas l’effet voulu du commencement de la chaîne, force m’est de convenir que je n’en suis qu’un maillon… intermédiaire. Et c’est pourquoi, après avoir reçu la vie, mon unique but me semble être de devoir la transmettre à mon tour, le plus naturellement du monde et sans me poser d’autres questions… Ce que j’ai fait, sans avoir toutefois réussi à échapper à de multiples questionnements ! Pour le reste, tout le temps qui s’est écoulé depuis ma dernière procréation doit être considéré comme un remerciement de ma lignée. Je l’accepte volontiers à ce titre jusqu’à ce que la nature y mette un terme que j’espère le plus ‘naturel’ possible.

Les descendants se multiplieront avec les mêmes aléas que leurs prédécesseurs, dans un but que j’ignore et que je ne peux qu’ignorer. A défaut d’informations extra-humaines, l’homme est condamné à se perdre en conjectures dès qu’il ouvre son esprit vers toute tentative de compréhension. Il ne m’appartient pas de connaître le but éventuel de ces milliards de chaînes humaines dont les maillons actuels constituent notre humanité ; et je défie quiconque de m’exposer une théorie assimilable et vérifiable par l’esprit humain.

Ainsi donc nos six milliards d’individus sont les parties visibles de six milliards de chaînes, à l’heure où je vous parle. Voilà tout ce que je peux dire sur le sujet, d’une façon formelle. Qui peut en dire davantage ? Le but de ces maillons est-il de marquer leur temps ? Si oui, en ce qui me concerne, ma mission aura été un échec, et je ne pense pas être le seul ! C’est pourquoi, sauf à admettre que toute cette vie est un véritable gâchis, ce n’est pas au niveau du maillon qu’il faut rechercher la raison d’être des êtres et des choses. Pourquoi ? Parce que, comme le dit l’Ecclésiaste, tout est vanité et poursuite de vent. Exemple : la plus grande découverte humaine de tous les temps a été la domestication du feu, puis celle de la roue. Quels sont les noms de ceux qui ont fait ces découvertes ? Je ne le sais pas à défaut de vestiges de l'époque. Eh bien, ce qui est vrai pour eux le sera aussi pour Einstein quand, dans quelques milliers d’années, quelqu’un se penchant sur les applications des lois de la relativité, se posera la question sur leurs origines en d’autres termes que ceux que nous connaissons actuellement. Alors si, sur l’ensemble des chaînes humaines, Einstein est ravalé à un tel niveau d’ignorance, je vous laisse à penser ce qu’il en sera d’un Hitler, d’un Christophe Colomb ou d’un Ramsès II. Et surtout, surtout… de vous – pour ne pas dire de moi, restons humbles !

Ainsi, puisque la finalité ne semble pas ressortir des maillons en tant que tels, elle est du domaine de la chaîne entière. C’est à elle de connaître ses raisons d’être, lesquelles, de toute évidence, ne peuvent qu’échapper à l’esprit individuel le mieux agencé. Autant ne pas chercher que de se perdre. Comment un maillon pourrait-il avoir la conscience de la chaîne ? Comment la goutte d’eau pourrait-elle avoir la perception de la mer ? Et c’est en me renvoyant à ma petitesse vivante que je peux maintenant aborder la question de la mort, car enfin, la mort de quoi ? C’est la conscience exagérée que l’on a de soi qui génère la crainte de la mort. On sait qu’avant nous il n’y avait rien de nous ; qu’après nous il ne restera rien de nous. « Où sont mes victoires, soupira Philippe-le-Bel sur son lit de mort » Oui, où sont-elles ? Cependant du temps de notre vivant, de notre conscience d’être, nous avons tellement bien pris notre place que certains d’entre nous en sont venus à croire le plus sérieusement du monde au solipsisme, cette conception philosophique selon laquelle le ‘moi’ avec ses sentiments et ses sensations constitue la seule réalité existante. Les autres, vous et moi, ne sont que des personnages qui évoluent virtuellement dans leur réalité pour leur donner la réplique en quelque sorte. Et il est absolument impossible de les en dissuader par la raison…

Sans aller jusque là, et surtout sans nous l’avouer, quelque chose en nous cependant nous dit que nous sommes exceptionnels et qu’à ce titre nous échapperons au pire ; nous en avons la preuve puisque nous sommes toujours là alors que d’autres n’y sont plus ! Et ce qui est remarquable, c’est ce que c’est vrai ! Une seconde avant sa mort, l’homme vit et quand bien même il se sentirait au plus mal, il pense qu’il va s’en sortir. Plus qu’il ne l’espère, il en est persuadé intuitivement. C’est à cet instant-là qu’il meure mais comme il ne le sait pas, pour lui, il n’est pas mort. Les autres le savent, le voit ; lui, ne le voit pas, ne le sait pas. Donc, il n’est pas mort. Faux, dites-vous ? Mais ce n’est pas à moi qu’il faut le dire, c’est à lui… allez donc lui faire entendre vos raisons !

Ainsi l’homme pensant ne meurt jamais. J’aurais presque envie d’écrire qu’il ne meurt jamais de son vivant ! Mais ceci étant il n’y a donc aucune raison pour lui de craindre la mort. Bien des gens vous diront le plus sincèrement du monde que ce n’est pas la mort qui leur fait peur, mais les souffrances qui accompagnent souvent celle-ci. Vous souvient-il des souffrances qui ont marqué votre naissance ? Imaginez le foetus dans son milieu tempéré, aux lumières et sons tamisés, et qui tout d’un coup, après un parcours douloureux, se retrouve sous les feux d’une lumière artificielle, avec des monstres qui grondent autour de lui, qui rient bruyamment, par moins 15 degrés de sa température ambiante ! Vous souvient-il de ses souffrances ? Non ! Et cependant vous les avez vécues ! Eh bien, celles qui accompagneront – ou non, la mort, vous n’en aurez pas davantage le souvenir ; la mort n’est pas plus redoutable que la naissance. Quant à votre néant d’après, pourquoi en avoir une peur prématurée alors que vous n’avez jamais eu de peur rétrospective de votre néant d’avant… qui, cependant, incontestablement fut. En conclusion, et pas des moindres, non seulement la mort n'est rien, mais elle est moins que rien…pour le vivant !

27 mars 08
Cl. ANDRE

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Re: QU'EST-CE QUE LA MORT ?

Messagepar coriolan » 07 Mar 2016 18:01

Je donnais dernièrement de mes nouvelles à un ami quand, sous mes doigts, a jailli cette phrase que j'ai eu la faiblesse de trouver magnifique : "je me dirige tout doucement vers mon immortalité minérale". Et puis, lors d'une insomnie nocturne coutumière, la nuit dernière pour être plus précis, l'expression m'est revenue à l'esprit. - " Oui, et alors ? Qu'y a-t-il d'exceptionnel ? N'est-ce pas la finalité de tout ce qui vit ? Une larve pensante pourrait en dire autant !" Et mon esprit vagabondant entre sommeil et vigilance je vis une chenille se tenant les mêmes propos. Seulement voilà ! une chenille, même pensante ne pourrait jamais imaginer que sa propre fin vaudra naissance d'un papillon ; que son éternité minérale n'est que pour son enveloppe ; qu'elle est autre chose qu'un contenant et que la mort du contenant n'est pas la mort du contenu, et quel contenu ! Moi, je le sais ; elle, non ! Et de vagabondage en vagabondage, bien réveillé cette fois, je me demande si, aussi éloigné d'une chenille qu'un papillon peut l'être, "quelque chose" que j'ignore puisse voir au-delà de mon 'immortalité minérale' et savoir ce que j'ignore...

Ca y est, j'ai jeté ma petite graine ; toi qui viens de me lire, penses-y ! Penses-y "exodoxalement", c'est-à-dire loin des sentiers battus, en oubliant tout ce que tu sais pour mieux t'ouvrir à ce que tu ignores et ignoreras sans doute jusqu'à la fin des temps. Surtout garde-toi de faire intervenir un dieu, ça ficherait tout en l'air ! Penses-y et laisse ta pensée faire son petit bonhomme de chemin. Bonne route, l'ami.
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