CRITIQUE DE LA FOI.

Propositions de débats

CRITIQUE DE LA FOI.

Messagepar coriolan » 10 Avr 2008 20:03

Où sont-elles, les racines de cette croyance qu’on appelle la foi ? Où puisent-elles la vitalité qui permet à leur possesseur de soulever des montagnes, dit-on ? Où trouvent-elles le courage qui anima tant de croyants jusqu’au sacrifice suprême ? je n’en sais rien et me trouve dans la position de saint Augustin en train de se demander où se trouvent les racines du mal ! Sauf que, pour lui, le mal était censé être apparu dans un monde parfait ce qui posait problème tandis que, pour moi, la foi ne peut naître en chacun d’entre nous que dans un monde où Dieu est déjà pressenti pour le moins. L’idée de Dieu précède naturellement la foi, quelle que soit cette foi, quel que soit ce Dieu.

Lorsque l’enfant paraît, c’est un être vivant, un petit d’homme qui nous arrive avec, dans ses gènes, les caractéristiques essentielles et vitales lui permettant de respirer et de téter, c’est-à-dire aspirer par le nez et par la bouche, sans qu’on ait eu besoin de le lui apprendre. Il vient et sait faire cela, de même que dans le ventre de sa mère il suçait déjà son pouce par instinct. Si ce comportement héréditaire est inscrit dans le génome du vivant en général et de l’homme en particulier, la foi ne fait pas partie de ce patrimoine, il n’y a pas de gène de la foi. Ce qui corrobore bien, en ce qui concerne les religions judéo-chrétiennes, cette singularité qui veut que ce soit l’homme qui cherche Dieu puisque aucun lien prénatal ne relie la créature à son créateur. La religion est le fait de l’homme et non d’un Dieu.

Arrivant dans une famille religieuse, le nouveau-né sera baptisé et, si par malheur, celui-ci venait à mourir avant le baptême, selon le dogme l’enfant serait recueilli dans les limbes, séjour pour les personnes démunies du sacrement de reconnaissance, puisque considérées à juste titre comme non reliées à Dieu.

Le nouveau baptisé entre donc ainsi dans la communauté religieuse de sa naissance en toute innocence et en toute ignorance de la croyance de ses parents. Ce n’est que par la suite qu’il fera connaissance avec le concept Dieu de sa famille d’origine et que, par obéissance il découvrira et pratiquera les rites nécessaires à sa formation spirituelle. C’est pendant ce temps que la foi se formera et se fortifiera. Selon l’individu et du triptyque classique : hérédité-apprentissage-environnement, cette foi se manifestera dans un temps plus ou moins court ou long ; elle pourra même être rejetée purement et simplement.

Mais alors, et là se pose une question essentielle : à l’égard de ce Dieu, révéré par les uns, rejeté par les autres – ou toléré avec indifférence, quelle importance cela a-t-il ? Personnellement je n’en vois aucune puisque si ce Dieu existe réellement, je ne suis jamais que ce qu’il a voulu que je sois ! Et contrairement à Pascal, le pari lui-même n’a pas sa raison d’être.

Toutefois, c’est ainsi que le non-croyant va se trouver démuni de cette force évoquée plus haut, apte à soulever des montagnes et c’est bien regrettable pour lui. Alors ? Que faire ?

Alors, je vais vous raconter une histoire, une histoire qui fait partie de mon histoire et que j’ai résumée dans un livre qui date de 1993 mais n’a jamais vu le jour. Il s’appelle JAO et relate ma quête constante de Dieu depuis mon plus jeune âge jusqu’aux alentours de ma vingtième année. Je vous en fais un copier/coller sans aucun scrupule pour nous faire gagner du temps et m’éviter toute autre explication.
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(…) Tout en persistant à nier farouchement l'idée même d'un Dieu tel qu'il nous était présenté dans les livres sacrés, et tel que l'Eglise évoluée nous le présentait, je n'admettais qu'une seule évidence, c'est que, venu de la nature je retournerais inéluctablement à la nature mais qu'entre les deux évènements, mon premier et mon dernier souffle, j'aurais dépensé une somme d'énergie qui, négligeable à l'échelle de l'univers, n'en représentait pas moins quelque chose d'important à ma propre échelle. Première embûche: quel était l'étalon à prendre en considération, l'individu ou l'univers? Après réflexion, je pensai que seul l'individu mesurable, présent et visible en son entier, était la seule base sur laquelle on pouvait fonder un raisonnement incontestable. Raisonnement de poussière, bien sûr, mais destiné à d'autres poussières, et surtout, raisonnement concret duquel tout Dieu hypothétique était absent .

Je m'étais plu à penser que mon voisin, poussière comme moi, avait besoin de Dieu pour vivre, et qu'il se trouvait tributaire de son Dieu comme l'alcoolique de l'alcool. Quant à moi, mesurant ma vie par rapport à la sienne, notamment quant à ses effets au sein de la société, force m'était de constater que nous devions être fondamentalement différents. L'énergie que je développais (dans ma lutte contre Dieu, en particulier), était peut-être une des formes internes d'une espèce de déïté personnelle, ce qui faisait que je n'avais pas besoin de chercher à l'extérieur se qui se trouvait naturellement à l'intérieur ! Enfin ceci avait l'avantage d'expliquer mon acharnement contre un...rival, en quelque sorte. Ah ! la conclusion était énorme qui consistait à dire "Je" égale "Dieu", et pourtant c'est à cette conclusion que j'étais parvenu aux environs de ma majorité à l'ancienne mode (21 ans). Vous parlez d'une promotion !

Alors, pour moi tout seul, j'ai créé le "jéïsme" et, sous le titre 'l'affaire Gaumont', je me suis amusé à faire vivre parmi nous un jéïste convaincu. Une vraie catastrophe ! Ce n'était, ni plus ni moins, que la fin de la société telle que nous la connaissons avec ses défauts mais aussi, tout de même, ses qualités. Mon jéïste, Gaumont, avait commencé par tenir le raisonnement suivant: "Voyons, physiquement le végétal est différent du minéral et cette différence justifie que l’un exploite l’autre pour vivre. Bien. Biologiquement l'animal est différent du végétal et cette différence justifie que l’un exploite l’autre pour vivre. Oui. Intellectuellement l'homme est différent de l'animal et cette différence justifie qu’il exploite la faune pour vivre. Il exploite même, sans retenue, les autres classes subalternes végétale et minérale. Parfait. Spirituellement, moi jéïste, donc par définition différent de l'homme, je n'ai aucun scrupule à avoir à son égard puisque je le domine. Je respecterai éventuellement ses usages en les faisant miens, c'est-à-dire que je ne tuerai les gens qu'à partir de l'ouverture de la chasse, par exemple, et ne les dépouillerai qu'à la date prévue pour la tonte des moutons.

Que peut un tribunal contre moi? Rien ! La loi des hommes est faite pour les hommes, et puis a-t-on déjà vu un chasseur jugé par un tribunal de lièvres? Non ! Alors? D'autre part, tellement conscient de sa supériorité sur l'animal, l'homme ne saurait admettre de comparaître devant un tribunal de fauves qui ne lui laisserait aucune chance. Eh bien, pour les mêmes raisons, moi, Gaumont, je me déclare libre de tuer et de voler en toute quiétude, la conscience en repos, en paix avec moi-même. Aura-t-on l'audace de me demander justification de ma supériorité? Ce serait un comble ! Le tueur de La Villette (aujourd'hui Rungis) se justifie-t-il auprès du boeuf?"


Voilà le travail ! Il faut avoir vingt ans pour écrire des choses pareilles. Quarante ans plus tard, n'ayant plus rien à craindre puisqu'il y a prescription, je plaide coupable. Mais avouez qu'il est heureux que mes piètres talents d'écrivain m'aient interdit la publication d'une telle 'Affaire' car, à l'heure présente, il y aurait des jéïstes convaincus qui pilleraient, violeraient et tueraient le plus honnêtement du monde, et pas seulement au coin des bois !

L'Affaire Gaumont est restée fort sagement, sous forme de synopsis, quelque part dans le fond de mon grenier. Mais le jéïsme, dernier avatar d'un "fantôme crépusculaire"(1) me fit un curieux pied de nez. A la fin de mon manuscrit, une question que je ne voulais pas me poser, mais que j'ai écrite néanmoins, est "tombée" sous ma plume: "Cette énergie que "Je" libère, que mon voisin -autre "Je"- libère, attirée par d'autres énergies ou attirant d'autres énergies de même nature ou de nature opposée, cette énergie, ces énergies confondues, si c'était cela Dieu?".

Ainsi ma grande oeuvre de destruction de Dieu se terminait-elle par un embryon de création. Un comble ! Et ce protozoaire avait la forme d'un point d'interrogation, un de plus:
"...et si c'était cela Dieu?"

Je venais d’inventer la psychosphère !

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Ah ! la puissance de la foi ! Et qu’importe son support, que ce soit le Dieu des premiers âges, palliatif nécessaire pour répondre aux grandes interrogations humaines, que ce soit l’homme lui-même enfin élevé au-dessus des leurres avilissants, sans qu’il ait toutefois la possibilité d’atteindre les sommets psychédéliques où les avaient portés les divagations de ma jeunesse ! La foi avait libéré sa véritable nature de 'décharge de la conscience humaine', à partir de quoi tout est possible : mourir ou tuer en toute quiétude, vivre à l'abri de tout souci moral dans la mesure où l'homme est en harmonie totale avec elle, sa foi...

Je dois dire que cette affaire Gaumont m’a poursuivi une bonne partie de ma vie. Et si je l’ai fait revivre ici pour vous, c’est parce que le sujet porte sur la puissance de la foi et les dangers qu’elle nous fait courir ; la foi qui soulève des montagne peut être une arme dangereuse.

En se soumettant au concept Dieu, dès son plus jeune âge le croyant dévalue sa capacité d’homme qu’il mésestime. Il s’en remet à Dieu – et cela peut aller jusqu’au ‘mektoub’ des Arabes, à la notion de Destin, le fatum contre lequel il n’y a rien à faire. Si c’est écrit, ma volonté n’y pourra rien modifier, on ne saurait changer ce que Dieu a voulu qui soit. A la limite on peut tout juste se valoriser en décidant, devant notre impuissance, que nous sommes un instrument de Dieu, mais dans ces conditions mentales comment voulez-vous engager une action commune avec un croyant de cette espèce ? A la première embûche, quand vous relèverez vos manches, votre coéquipier ira se coucher avec un sourire béat ! Aucune collaboration n’est possible.

Ainsi, avec le temps, sans tomber dans ces comportements extrêmes, le croyant n’écoutera plus sa raison et refusera même d’envisager un seul instant que son Dieu puisse être remis en cause. Il ne le faut pas ! Il ne le veut pas ! Il ne le peut pas, car il se trouve asservi à son concept comme l’esclave à ses chaînes qu’il a fini par aimer. Les cas n’étaient pas rares où, le Noir affranchi, après avoir humé le grand air de la liberté, revenait chez ses anciens maîtres s’enchaîner de son plein gré. Il en a fallu du temps pour qu’il s’affranchisse dans sa tête !

Eh bien, nous en sommes là avec les croyants. Je pense qu’il est de notre devoir de sociétaire de l’espèce d’éclairer malgré eux ces drogués de la foi avec la même vigueur que la société lutte contre les consommateurs de drogues. Car il s’agit bien ici de la sauvegarde de l’espèce qui, après avoir failli se libérer avec le triomphe de la laïcité, replonge allègrement dans les délices soporifiques des plaisirs spirituels ! Il n’est qu’à voir le développement des sectes religieuses dans le monde. L’homme a encore besoin de croire en autre chose, parce qu’il ne croit plus suffisamment en lui. Abusé et trompé par les hommes politiques ; stupéfait jusqu’à l’idiotie par le monde du spectacle, les peoples ; conditionné jusqu’à l’abrutissement par le monde du commerce, de la finance, de la publicité ; sans plus aucun repère, promené, ballotté, par les médias de toute nature : presse, radio, télévision, l’homme a besoin d’autre chose, d’autre chose qui sera fatalement beau sur le fond noir de tout ce qu’on lui propose. Alors, tête baissée, il fonce dans l’obscurantisme le plus abêtissant qui a fait les beaux jours de notre Moyen-Âge. Pour s’affranchir de l’asservissement aux beautés factices du monde, il plonge et s’enchaîne à l’asservissement au fétichisme. De Charybde en Scylla il est en train de brader le patrimoine de son espèce, de notre espèce. Il se dévalue lui-même, il s’auto-exécute !

Or, il n’en a pas le droit parce qu’il n’est pas tout seul !

Car enfin, qu’est-ce que la foi ? Le catéchisme de l’Eglise catholique rédigé sous la haute autorité du pape Jean-Paul II, la définit ainsi, dans son article 150 : « La foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute vérité que Dieu a révélée. » L’adhésion personnelle, nous venons de tenter de faire le tour de sa nébulosité, quant à la vérité révélée, une seule question : « à quelle vérité révélée faut-il se fier, sachant qu’il existe une multitude de versions différentes et pas seulement sur des points de détails, mais également sur un sujet aussi capital que celui de la résurrection du Christ ! » Il y a contradiction profonde au cœur d’un livre aussi important que la Bible de Jérusalem, relativement à cette résurrection dont saint Paul a dit : « Si Christ n’a pas ressuscité, notre foi est vaine » !

Alors, c’est Jean-Paul de notre temps contre saint Paul d’un autre temps ? Et notre foi…à quoi va-t-on en voir flotter les lambeaux ?


Echoisy, le 10 avril 2008
Claude ANDRE


Toute discussion sur le sujet sera la bienvenue sur le forum "VOX POPULI". A+



(1) Référence à une œuvre de jeunesse, également inédite « Le crépuscule des fantômes » (autrement dit : La mort des dieux).
(2) Nous examinerons les contours de cette question lors d’une prochaine tribune.
Dernière édition par coriolan le 16 Avr 2008 19:20, édité 1 fois.
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Critique de la foi (suite)

Messagepar coriolan » 14 Avr 2008 17:39

Je crois avoir répondu à la première condition de la foi, l’adhésion personnelle, il me reste à aborder la seconde, inséparable - précise l’art.150 du Catéchisme de l’Eglise catholique, c’est-à-dire l’assentiment libre à toute vérité que Dieu a révélée.

Voyons donc cette vérité révélée, non sans avoir rappelé au préalable que « la foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Lui » (art 153), alors qu’il est stipulé par ailleurs : « Sans la foi (…) il est impossible de plaire à Dieu » (He 11,6) (art161). J’en déduis que ‘ne peuvent plaire à Dieu, donc accéder à la vie éternelle, que ceux qui sont préalablement choisis par lui puisque c’est lui qui fait don de la foi’.

La seconde condition de la foi : ‘l’assentiment libre à toute vérité que Dieu a révélée’. Afin d’éviter toute polémique entre Chrétiens et Musulmans, je ferai volontairement abstraction des ‘vérités’ ayant transité par Jésus (Le Nouveau Testament), et celles ayant été transmises par Mahomet (Le Coran). Je m’en tiendrai à l’Ancien Testament ou Torah, le Pentateuque qui contient l’essentiel de la loi mosaïque.

Le Pentateuque, comme son nom l’indique, est l’ensemble de 5 livres précédant les livres historiques, les livres poétiques et de sagesse et les livres prophétiques dont certain, nous précise la Bible de Jérusalem (page 1084), « ne ressemble à aucune prophétie de l’Ancien Testament et, malgré son style prophétique, relate des événements déjà accomplis. » S’agissant de l’un des plus glorieux prophètes, Daniel, on peut être circonspect concernant les autres et notamment les 12 petits, de Osée à Malachie.

Les 5 livres constitutifs du Pentateuque sont, la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Mis à part la communication des 10 commandements et du nom de Dieu, au Sinaï, les quatre derniers livres de la série ne nous apprennent rien, qu’on en juge :

- L’Exode relate la fuite d’Egypte du peuple d’Israël, sous la conduite de Moïse, vers la terre promise : Canaan. C’est ainsi que la terre maudite par Noé devient la terre promise par Dieu à son peuple élu. Ce livre n’attire chez moi qu’une seule remarque empruntée à Louis Pauwels (citée de mémoire mais en respectant l’esprit) : Par-delà les galaxies qui peuplent l’univers, Dieu distingue la Voie Lactée, notre Galaxie, puis sur un bras de celle-ci, très à l’extérieur, il remarque notre système solaire, parmi les planètes qui tournent autour du soleil, il reconnaît la Terre, sur les continents qui en émergent, il fixe la presqu’île du Sinaï, et là, dans le désert, il va s’attacher à suivre des nomades qu’il laissera errer pendant 40 ans ! Vous me direz que c’était le peuple élu ! Mais tout de même… ça étonne.

- Le Lévitique est essentiellement consacré aux rites cultuels du peuple hébreu, dont le soin était confié à Lévi, d'où le nom du livre. On y traite d'abord des holocaustes. Ainsi qu'on l'a déjà vu, et contrairement à ce que le commun des mortels pourrait croire, Dieu aime les holocaustes, les sacrifices sanglants ! Un tarif est même dressé afin de moduler les sacrifices selon qu'ils viennent en réparation d'une faute commise par un grand-prêtre, un chef ou un homme du peuple. Depuis l'affaire Caïn, Dieu accepte aussi les offrandes des produits du sol mais pas en réparation des pêchés.

Puis il est question de l'investiture des prêtres, des rites de consécration, des fonctions, des règles diverses, etc. A noter qu'il leur est défendu, à eux, prêtres, de boire du vin. On sent traîner par là comme un vieux relent de l'affaire Noé...

Les Nombres : Depuis plus d'un an les Hébreux campent au pied du mont Sinaï où Dieu leur révéla son nom et fit connaître ses commandements. Ils ont procédé au recensement de leurs effectifs (six cent mille hommes en âge de se battre soit, environ, au total, deux millions d'individus : hommes, femmes, vieillards et enfants). Ils ont procédé également à l'institution des 'tribus' dont la plus importante est celle de Lévi (les prêtres) qui fait l'objet d'un recensement spécial, et à laquelle Dieu donne des instructions précises: formules des bénédictions, rituels des offrandes et lois diverses. Bref, comme son nom l’indique, le livre des Nombres est surtout un recensement plus de quantités que de qualités.

Et puis Yahvé décide de lever le camp, mais comme le peuple n’en finit pas de maugréer à tout propos, Dieu le condamne à errer dans le désert pendant 40 ans, alors qu'il est à environ une vingtaine de jours de marche du pays "où ruisselle le lait et le miel" ! Moïse, qui faisait pourtant tout ce qu'il pouvait (et je voudrais vous y voir avec un troupeau de deux millions de juifs errants), est condamné à ne jamais entrer en terre promise.

Disposant dès lors de tout son temps, Dieu en profite pour arrêter de nouvelles lois et fixer les dates des fêtes importantes. La grande errance fait rencontrer des peuplades étrangères qui vivent sur leur terre depuis toujours. Il faut les combattre. Et les instructions sont claires: "Tuez donc tous les enfants mâles. Tuez aussi toutes les femmes qui ont connu un homme en partageant sa couche. Ne laissez la vie qu'aux petites filles qui n'ont pas partagé la couche d'un homme et qu'elles soient à vous." (Nom. 31:17) Beaucoup plus raffiné qu'à Oradour-sur-Glane ! Dieu en profite pour édicter de nouvelles lois sur le partage des butins.

- le Deutéronome : littéralement "seconde Loi" ou, selon les rabbins, "répétition de la Loi".

En effet, Moïse, le grand âge aidant, convoque tout Israël pour lui renouveler ce que tout le monde sait déjà par coeur: le Décalogue, Un seul Dieu tu adoreras, etc. Puis il dresse l'historique de leurs aventures passées: Yahvé nous dit..., Nous partîmes..., Nous fûmes..., Nous passâmes...etc. !

Puis Dieu établit un nouveau Code destiné à remplacer l'ancien Code d'Alliance, compte tenu de l'évolution sociale et économique du peuple, des temps modernes et des lieux nouveaux : autres temps, autres moeurs.

Tout y passe et repasse: les dîmes, les fêtes, les sacrifices, l'adultère, les rites, les bénédictions, les malédictions, etc. moi aussi, j'en passe...A noter un petit supplément d'une rare excellence pour une meilleure vie en société: "Ton oeil sera sans pitié. Vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied."! (19:21).

Et puis, au terme d'un joli petit cantique où il développe sa colère à l'égard de ceux qui s'écarteraient de lui, Dieu dit :

"J'enverrai contre eux la dent des bêtes
avec le venin des reptiles.
Au-dehors l'épée emportera les fils,
au-dedans règnera l'épouvante.
Périront ensemble jeune homme et jeune fille,
enfant à la mamelle et vieillard chenu
." (32:24-25)


Moïse, après avoir béni son peuple, gravit le mont Nébo et "Yahvé lui dit: "Voici le pays que j'ai promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob, en ces termes: 'Je le donnerai à ta postérité'. Je te l'ai fait voir de tes yeux, mais tu n'y passeras pas." (34:4,5)

Moïse n'y passa pas, mais il en trépassa, là !

Donc, ainsi qu’on l’a vu, les 4 derniers livres du Pentateuque narrent les tribulations du peuple hébreu, pendant 40 ans, entre l’Egypte et la Terre Promise, la Pays de Canaan. Rien de bien extraordinaire… En revanche, il n’en va pas de même en ce qui concerne le premier livre de la série, la Genèse.

La Genèse se divise en deux parties :

- La première relate la création de l’univers et de l’homme, la chute originelle et ses conséquences, la perversité croissante jusqu’au Déluge. Le repeuplement à partir de Noé.
- La seconde partie évoque la figure des grands ancêtres, depuis Abraham jusqu’à Joseph où l’on verra apparaître la notion de peuple élu.

C’est évidemment dans la première partie de l’œuvre que l’on va pouvoir faire connaissance de la puissance de Dieu puisque c’est dans celle-ci que l’on voit surgir du néant l’univers et enfin l’homme, sous forme de vérité révélée, dont nous avons tant besoin pour asseoir notre foi. Tout le reste, en dehors de cette première partie, n’est que narrations se voulant historiques – confirmées ou non, poétiques et prophétiques – objets de tant de controverses. La création, c’est tout autre chose. C’est du concret, alors voyons cela de plus près.

C’est ici qu’on apprend que Dieu crée d’abord le berceau de l’homme, la Terre, avant le système solaire et le cosmos. On peut en être étonné mais au temps de Moïse, ce n’était pas une évidence qu’il en allât autrement ; en conséquence il apparaît que la création serait une 'révélation' plus mosaïque que divine ! Puis, selon une méthode bien particulière, avec de la boue Dieu crée l’homme, d’où l’appellation de ‘glébeux’ dans la Bible de Chouraqui. Enfin se rendant compte que l’homme est seul, il lui donne une compagne par un procédé qui sera fatal à la pauvre femme, son origine lui rappelant en permanence à qui elle doit la vie. Mais l’objet de controverse n’est pas là. On passera sur le fruit défendu pourtant lourd de conséquence pour l’homme alors que Dieu ne pouvait pas ignorer la suite de l’histoire, on s’attardera sur un détail plus terre à terre : il est dit que l’œuvre de création dura 6 jours.

Faut-il insister sur les 6 jours ? Il n’y a pas si longtemps encore, il n’était pas permis de douter de ce temps nécessaire pour créer l’univers, Dieu peut tout n’est-ce pas ? A telle enseigne que l'histoire de la Sainte Bible de Royaumont, édition de 1840, stipule que le monde fut tiré du néant en l'an 1, précisant pour bien marquer la date : en l'an 4004 avant J.C. D'autre part, la Bible illustrée de l'abbé Bourquard (1867), nous dit: "Comme Dieu a créé l'homme le sixième jour de la semaine de la création, ainsi il l'a racheté, le sixième jour de la semaine sainte, le vendredi-saint." (au début du siècle précédent – Voir Lexicaduc, dimanche était le premier jour de la semaine et non le dernier ! Par voie de conséquence, le vendredi était le 6ème jour alors que maintenant il est le 5ème. Encore un beau symbole qui s’envole !).Toutes ces précisions pour dire qu’il y a un siècle, on ne se serait pas permis de suspecter la durée de l'oeuvre d'un Dieu!

La science aidant, devant l'énormité de la chose, bien que vérité attestée par ces mots : "il y eut un soir... il y eut un matin", il fut décidé néanmoins que par "jour" il fallait entendre "époque". Acceptons-en l’augure. Cependant on ne comprend pas le rédacteur biblique qui, pour des broutilles, donne des détails très précis (voir le mode d’emploi pour la construction de l’arche de Noé, par exemple) et qui sur cette affaire, nous laisse en prise avec un doute à faire couler des citernes d'encre ! Curieux ! En poursuivant la lecture, on est en effet cependant tenté de croire qu'il s'agit bien de "jour" et non d' "époque" puisque, lorsque Dieu créa l'homme au 6ème jour, il est dit que l'herbe des champs (créée au 3ème jour) ne germait pas encore (2:5). Alors Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol (2:7) L'homme est bien venu 3 jours de 24 heures après la création de l'herbe des champs qui n'avait pas encore poussé. Vérité sinon révélée explicitement, en tout cas confirmée implicitement.

La Bible de Jérusalem qui n’aime pas les à-peu-près en matière de révélation – on la comprend, nous dit que « la section 2 :4b à 3 :24 appartient à la source yahviste. Ce n’est pas, comme on le dit souvent, un second récit de la création suivi d’un récit de la chute, ce sont deux récits combinés qui utilisent des traditions diverses. » Ainsi donc, un doute levé en entraîne un autre, la révélation est une combinaison, un assemblage, un montage serait-on tenté de dire, et montage de quoi ? de traditions diverses ! On n'est pas loin du... ramassis !

Et c’est vrai que ces deux récits ‘combinés’ ne cachent pas leurs différences quand on y regarde à deux fois. Selon le récit dit yahviste, l’homme a été créé à partir de la glaise et la femme à partir d’une côte de l’homme et si celle-là est appelée « femme » dans le texte français, l’appellation est née d’un jeu de mots hébreux : ishsha (femme) et ish (homme). C’est effectivement une révélation… Dans le premier récit, dit de source sacerdotale, plus abstrait et plus théologique que le suivant (Bible de Jér.), Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. (1 : 27) Cette version ne manque pas d’intérêt, dans la mesure où l’on apprend que l’homme aurait été créé en deux modèles (mâle et femelle) ou hermaphrodite ou encore que le terme ‘homme’ veut dire ‘humanité’, ce qui ne serait pas plus mal et éviterait des tas de questions quant à sa reproduction… Quoi qu’il en soit, avec le récit yahviste nous avons là quatre possibilités de création de l’homme. Pour une vérité révélée, on peut y aller et bien asseoir sa foi !

Petit détail amusant que je vous laisse découvrir dans votre Bible, chapitre 2, versets 18 à 22 qui, dans la source yahviste, proviendrait d’une tradition indépendante (encore !). Voyant que l’homme était seul Dieu se dit qu’il fallait lui faire une aide assortie, alors il modela du sol toutes les bêtes sauvages (sic) – en plein septième jour ? – mais l’homme ne trouva pas l’aide qui lui fût assortie ! Alors Dieu créa la femme à partir d’une des côtes de l’homme !

Je veux bien tout ce qu’on veut, mais quand je lis des choses pareilles qui sont censées être à la base de ma foi envers Dieu, je me dis qu' au nom du respect dû à Dieu, s’il existe, il faut dénoncer une telle révélation indigne de l’intelligence humaine !( à l'image de celle de Dieu, ne l'oublions pas !)

Enfin dernière petite remarque quant aux preuves absolues pouvant démontrer Dieu, il en est une qui aurait méritée d’être mise en évidence. Le chapitre 31, verset 18 de l’Exode nous dit : "Quand il eut fini de parler avec Moïse sur le mont Sinaï, Il (Dieu) lui remit les deux tables du Témoignage (Décalogue), tables de pierre écrites du doigt de Dieu". Unique dans les annales de l'humanité : un écrit de Dieu révélant lui-même sa loi et son nom ! Une pièce rarissime que Moïse, dans un stupide accès de colère, brise au pied de la montage...à cause d'un veau d'or !

Le créateur avait révélé son nom verbalement et par écrit ; le vent du désert a emporté les sons tandis que les sables enfouissaient les mots. Ce pauvre Dieu qui ne semble pas y voir plus loin que le bout de son nez, s'était donné beaucoup de mal pour rien!

On est fondé à lui reprocher cette imprévoyance qui nous est bien préjudiciable si l'on en croit saint Paul, citant le prophète Joël: "Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé." (Rom.10:13),surtout quand on sait que Joël parlait de cette ultime invocation du nom de Dieu à l'occasion du jugement dernier. Ainsi nous risquons de perdre notre éternité pour ne pas avoir pu appeler Dieu (par son nom) à notre secours. Merci Momo !

J’en appelle maintenant à votre bon sens, peuple asservi, soumis, drogué, croyez-vous vraiment que si les institutions religieuses de tout bord, à base monothéiste : juives, chrétiennes, orthodoxes, protestantes, islamistes, témoins de Jéhovah et autres à caractère plus ou moins sectaire, croyez-vous que si toutes ces instances riches de vos dons, qui ont dépensé des fortunes pour l’authentification des rouleaux de Qumran, d’un morceau de suaire ou autres preuves incontestables, croyez-vous sincèrement que si tout ce beau monde avait cru sans aucun doute à ces fadaises, qu'il aurait hésité un seul instant à transformer le Sinaï en un vaste chantier pour mettre au jour les fameux morceaux de ces satanées tables de la loi ? Non ! La foi qui a su faire pousser des cathédrales n’a pas su faire des trous dans le sable !

Echoisy, le 14 avril 2008
Claude ANDRE

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