LA DERNIERE PRIERE DU MECREANT.

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LA DERNIERE PRIERE DU MECREANT.

Messagepar coriolan » 18 Aoû 2015 16:39

Il commençait ainsi le sonnet de mon cousin, Edmond :

« Si je devais un jour devant vous comparaître,
Professeur Jéhovah, comme on me le promet
Pour l'admission finale ou l'ultime rejet
Au dernier examen de mon Seigneur et Maître,

Que pourriez-vous de moi bien chercher à connaître
Que vous ne sachiez point ?...
»

Il commençait ainsi, et c’est la seule chose au monde que je viens de quitter dont je me souvienne en cet instant fragile avec un rien de sourire au fond de mes yeux morts. Morts ? Il semblerait que oui !.. Il semblerait donc que l’heure de la comparution ait sonné…

Mes amis, je les ai quittés il y a une éternité déjà ; quelques minutes… Nous avons plaisanté jusqu’à mon dernier soupir et ce sourire que je traîne dans mon sillage immobile, c’est à eux que je le dois. Je leur devais déjà une belle vie, je leur dois maintenant une belle mort ; merci et que la destinée leur offre la même jouissance ultime.

Sous l’œil réprobateur de Vajra, Arthur a trouvé le moyen d’avoir le dernier mot avec son : « Salue le Père Eternel de ma part ! » Je n’ai pas eu le temps de lui répondre : « Pas de souci… mais encore faudra-t-il que je le trouve ! » et c’est là, au sein de ces derniers mots non prononcés, que prit naissance le subtile sourire ‘monnalisien’ cependant que ma vie en finissait de s’égoutter entre mes doigts déjà raides.

Ne me demandez pas comment il se fait que je puisse dire que je suis mort alors que les propos que je tiens semblent démontrer le contraire ! Je n’en sais fichtre rien. Bruits, images, senteurs, besoins, tout s’est estompé en un temps inestimable… Une seule évidence pour moi : je suis en attente de quelque chose. Mais quoi ?

Du temps encore s’est écoulé. Combien ? J’ai dû dormir… Une autre évidence a chassé la précédente, je ne suis plus en attente de quoi que ce soit et je ne suis plus seul. Qui est là ?

… Ne me dites pas que… ? ! Je sens qu’il faudrait rectifier la position mais il ne me reste que le fameux petit sourire qui ne veut absolument rien savoir et qui s’accroche à moi en dépit de ma volonté. Va-t-en ! Non ! s’obstine-t-il en s’arrogeant un droit de représentativité que je désavoue de tout mon restant d’être.

Et commence un face à face ahurissant entre un sourire et… Dieu sait quoi !

…………………………………………………………................……………….................................

Où vas-tu, là ? Quels sont ces souvenirs qui remontent à la surface ? Pourquoi tous ces détails ? Mais on s’en fiche ; on s’en fiche !

Tout le monde s’en moque que tu aies vécu jusqu’à ton treizième anniversaire dans la foi catholique la plus inaltérable ; tout le monde s’en moque que tout a vacillé autour de toi à partir du jour où, jeune recréateur en culotte courte de l’univers, tu te sois mis à détruire le Dieu de ton enfance au nom d’une science naissante et de lectures digérées tant bien que mal ! Tout le monde s’en moque ! Une chose est certaine, c’est que du jour au lendemain tu es passé du règne d’un Dieu tout-puissant - capable de créer le Ciel et la Terre en 6 jours ! - à celui d’un concept divin lamentable et risible de tant de naïvetés !

C’est ainsi qu’au nom de la dignité humaine tu as fait accéder au rang d’ÊTRE ce qui naguère encore n’était que CREATURE ! Belle promotion… Il faut dire que, quelle que soit la porte que tu aies poussée, ce fut toujours en vain, ne rencontrant que de piètres missionnaires de dieux déficients. Et je ne parle pas de prosélytes de base, mais bien des plus hautes instances en la matière ; qu’on en juge.

D’abord, excusez du peu, l’Ecole biblique de Jérusalem qui, dans son ‘Introduction au Pentateuque’ – Editions du Cerf – nous dit, à propos des onze premiers chapitres de la Genèse, qui traitent des origines du monde et de l'humanité : "Ils décrivent, de façon populaire, l'origine du genre humain ; ils énoncent en un style simple et imagé, qui convenait bien à la mentalité d'un peuple peu cultivé, les vérités fondamentales présupposées à l'économie du salut (…) Mais ces vérités, qui touchent au dogme et qu'assure l'autorité de l'Ecriture, sont en même temps des faits, et si les vérités sont certaines, elles impliquent des faits qui sont réels, bien que nous ne puissions pas en préciser les contours sous le vêtement mythique qui leur a été donné, conformément à la mentalité du temps et du milieu." (page 27).

Joli galimatias propre à noyer du poisson mort, non ? Il fallait qu'un texte comme celui-ci fût rapporté ! Voilà ce que, du temps de mes quêtes spirituelles tous azimuts, l’autorité ecclésiastique pensait d’un texte sacré censé représenter la Parole de Dieu, en précisant bien qu'à l’examen des faits, "il serait absurde de demander la rigueur que mettrait un historien moderne… " Ainsi donc le représentant de Dieu sur Terre demandait-il au prétendant à la foi d’asseoir celle-ci sur du sable en se gardant bien d’y exercer son esprit critique de crainte de tout effondrement !

Autre exemple pour faire bon poids avec l’Ecole biblique de Jérusalem, le Vatican ! Suite à une question qui valait bien d’être posée, le néophyte se permit d’interroger le Vatican afin de savoir ce qui pouvait bien justifier ce cri de joie Felix culpa ! (heureuse faute !) alors qu’on faisait référence au péché d’Adam et d’Eve. Vous vous souvenez : Adam transgresse un interdit divin, ce qui lui vaut d’être déchu avec toute sa descendance, c’est-à-dire entre autres créatures innocentes, vous et moi.

Pour apaiser la colère de son père, Jésus se sacrifie et consent à mourir sur la croix. C’est alors que l’Eglise catholique se félicite du péché d’Adam sans lequel nous n’aurions pas connu le fils ! Ben voyons ! Un peu comme si les juifs se félicitaient de la Shoah qui leur valut la délivrance spectaculaire des camps de concentration ! Felix culpa ! Oui, heureuse douleur ! Heureuse faute ! Vive le mal, vive le péché « quae talem de tantum meruit habere Redemptorem » (qui nous a mérité un tel Rédempteur) confirma Mgr L. Sandri, assesseur à la Secretairie d’Etat du Vatican, en précisant toutefois qu’il comprenait l’étonnement de l’étudiant biblique devant cette « formule particulièrement belle et audacieuse de la liturgie pascale ». Et de conforter sa pensée en rappelant saint Paul : « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. » (Lettre aux Romains, 5, 20)

Pour que la grâce surabonde, alors oui, vive le péché ! Ainsi donc, incroyable Dieu, si ma ‘mécréance’ me vaut d’être dans le péché, qu’importe et tant mieux puisque vous m’en sauverez glorieusement.

Bien entendu ces deux exemples chocs ci-dessus se sont étalés dans le temps et, à l’heure des comptes, le temps n’ayant plus qu’une importance relative, si je me retrouve dans mon voyage intérieur ‘souriant’ aux alentours de ma vingtième année je m’y revois aussi à l’identique vers ma quatre-vingtième. A l’identique, disais-je, soit effectuant encore et toujours le même sempiternel brassage de tout et de son contraire de ce que j’ai déjà développé ici, quelque part, au hasard des jours. Oui, c’est bien moi que je vois. La Nature ayant horreur du vide, dit-on, je m’observe en train de réinventer Dieu comme si sous l’effet de son absence en moi, des pressions extérieures assaillaient tout mon être.

Cependant, et même à mon heure dernière qui vient de sonner, je ne peux plus croire au Dieu révélé ; rien ne m’y pousse, rien ne m’y incite, rien ne m’y invite, tout au contraire m’en dissuade. Ne subsiste qu’une seule interrogation : pourquoi ce vide ? Ce besoin ? L’absence de Dieu serait-elle plus prégnante que sa présence ? Trop vaste question pour un instant trop bref…

Alors, « que pourriez-vous de moi bien chercher à connaître / Que vous ne sachiez point ?...» et ceci d’autant plus que le premier voyageur venu sur Exodoxe et feuilletant la rubrique ‘Tribunes Libres’ pourrait voir se dérouler ma vie en quête constante de la recréation d’un Dieu ‘acceptable’, façon Pierre Gripari :

Si j'avais a choisir un dieu,
Je le prendrais vert, jaune et bleu,
Et rouge aussi, couleur du feu (...)
A tant faire que de forger
Un dieu plus ou moins mensonger,
J'en veux un que je puisse aimer.



Tout est dit : j’en veux un que je puisse aimer ! Et c’est ainsi qu’en désespoir de cause j’ai dû créer JAO – comble des paradoxes : un dieu laïc ! - en apothéose de l’humain ; l’un justifiant l’autre et réciproquement.

Sacrilège ? Eh bien, si un prix doit être payé, que ses instigateurs en règlent l’addition ; c’est là ma dernière prière.
……………………………………………………………………………….

J’ai sommeil ; mon sourire m’illumine et je me fonds en lui… il va rester la seule trace fossile d’une vie humaine satisfaite d’en avoir fini ainsi.

... Que pourriez-vous de moi bien chercher à connaître
Que vous ne sachiez point ?...

J'ai passé toute ma vie à vous chercher, trop peut-être car... en vain ! Un comble !

Echoisy, le 22 octobre 2012



PS. Ah ! mais… que se passe-t-il … ? Ce tunnel lumineux que je vois, qu'est-ce que c'est ? L'ultime réminiscence d'une légende trop imprégnée et resurgissant ? le dernier sursaut synaptique d'un changement d'état ? Mes deux questions m'emportent... je n'en n'aurai donc jamais eu fini ?

.......SUITE POSSIBLE SUR VOX POPULI ........


Sujet remonté par coriolan le 18 Aoû 2015 16:39.
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