LIBERTE. EGALITE. FRATERNITE.

Propositions de débats

LIBERTE. EGALITE. FRATERNITE.

Messagepar coriolan » 10 Mai 2009 16:22

Il y a une vingtaine d’années, je suivais un micro-trottoir à la télévision et je m'étonnais qu'on pût être aussi ignare ! A la question : "Qui a écrit les paroles de la Marseillaise ?" les réponses les plus diverses, les plus déroutantes fusaient de toute part :

Dubitatif : Heu... Victor Hugo ?
Assuré : Gainsbourg !
A tout hasard : Le... général de Gaulle...
Moqueur : Marcel Pagnol.
Bourru : Je ne sais rien et je m'en fiche !

Et puis, tout de même, enfin : Rouget de Lisle ! Bingo ! Il me semblait que c'était l'évidence puisque tous ceux qui, comme moi, étaient allés à l'école jusqu’à l'âge de 14 ans le savaient, les jeunes d'aujourd'hui qui élevaient mon certificat d'études au niveau d'un baccalauréat devaient le savoir aussi ! Eh bien, non ! Curieux. Et puis, mes yeux se promenant où me guidait le caméraman s'arrêtèrent soudain sur un bâtiment public au fronton duquel on pouvait lire, en lettres immenses gravées dans la pierre : LIBERTE. EGALITE. FRATERNITE., me vint alors la pensée que si on me posait la question de savoir à qui nous devions notre fameuse devise, je serais bien incapable de répondre ! Et pendant que fusaient d’autres prétendants aux droits d’auteur pour la Marseillaise : Pétain, Clovis et j’en passe… je fus pris d’une immense panique devant tant d'inculture qui, soudain, ne me faisait plus rire du tout !

Nous étions alors en 89, je précise 1989. J’écrivis à Alain Decaux dont la réputation n’était plus à faire et ce fut lettre morte. Avait-il trouvé ma question trop primaire et me méprisa-t-il au point de m’ignorer, je n’en sais rien.

Et puis, un jour, au hasard des émission de télévision, j’appris l’existence d’une dame qui m’avait l’air d’en savoir beaucoup sur la question, Michèle Le Doeuff ; le 12 octobre 1989 je lui écrivis par l’intermédiaire de la station télé la lettre suivante :

"Lors de votre passage à l'émission d'Aline Paillet "Regards de Femmes", vous avez fait une allusion à un rapport ayant existé entre la devise républicaine, Bernardin de Saint-Pierre et Louis XVI. Pourriez-vous me donner quelques précisions?

"En effet, je cherche désespérément l'origine de la devise et Mr DECAUX a dédaigné satisfaire ma curiosité.

"A quelle date, par quel décret -proposé ou imposé, et par qui ?- les trois mots ont-ils été adoptés comme devise ? On trouvait au fronton de l'immeuble de la Société des Jacobins "Unité, Liberté, Egalité, Indivisibilité de la République, Fraternité ou la Mort". La devise que nous connaissons existait en 1852 puisqu'elle a été proscrite par le Prince Président Louis Napoléon, mais le 2 décembre 1804, Napoléon Ier a prêté serment "aux principes de Liberté et d'Egalité". De fraternité ? Point !

"J'en trouve trace sur le projet de calendrier pour l'an IV imaginé par Marguerite CHATTE, sur deux fanions portant mention, l'un: 'Unité et Indivisibilité de la République' et l'autre: 'Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort'.

"Même texte mais autre présentation sur un symbole de la République datant du 30 juin 1793, et sur le calendrier révolutionnaire de l'an II -page de couverture.

"J'en suis au point du paléontologue à la recherche d'un maillon manquant entre 1793 et 1852.

" Vous conviendrez avec moi qu'il est navrant de constater, à 57 ans, qu'on ignore l'origine de la devise de son pays, et qu'on ne puisse rencontrer personne d'assez savant - ou généreux - pour vous en instruire
."

Madame Le Doeuff, du Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, 44, rue de la Tour me répondit par retour du courrier (le 16 octobre) en ces termes:

" ...[votre lettre] m'apprend plus de choses que je ne puis vous en apprendre à vous.

"Bernardin de St Pierre. J'ai lu cela dans un article de Jacques Roger, historien des sciences. Il disait seulement que B de St P. avait utilisé la formule dans une lettre à Louis XVI à propos de l'éducation de tous.

" A mon retour (des USA), j'écrirai à J. Roger pour lui demander des précisions.

"Votre question porte sur le maillon manquant entre 1793 et 1852. J'ai un vague souvenir (scolaire?) qui dit ceci: 'Liberté, égalité, fraternité aurait été adopté en 1848'.

"Là encore, à mon retour, je peux chercher qui saurait avec certitude...

" Mais avouez que l'affaire prend un tour captivant. Il y a une devise et personne ne sait au fond, de manière immédiate du moins, d'où elle vient ! Pas même celle qui voudrait bien qu'elle soit modifiée !!
"

C'est à elle-même qu'elle faisait allusion. Comme j’étais – et suis toujours – aussi, en désaccord avec cette devise, et que je lui fis part de mes raisons, je n'aurai pas de réponse à ma dernière lettre du 22 novembre. Il faut croire que nous ne voyions pas les choses sous le même angle, et que mon angle lui rendit, sans doute, l'affaire moins captivante tout à coup!

Bref, cette lettre du 22 novembre faisait part, à la dame, du fruit de mes dernières recherches:

" ...j'ai reçu le nouveau Grand Larousse en 5 volumes et, surprise, à "Liberté, Egalité, Fraternité" j'ai trouvé: "devise de la République Française adoptée par la Convention Nationale de 1793".

Je n'ai donc plus de maillon manquant, et il vous faut gommer votre vague souvenir qui plaçait l'événement en 1848.

Que s'est-il passé en juin 1793 ? Le 24, après 13 jours de débats, la Convention adopte le projet de Constitution de Hérault de Séchelles président. C'est la Constitution de l'an I (qui ne fut jamais appliquée précise mon Larousse de 1908).

Bref, la Constitution montagnarde étant inspirée par Robespierre, il n'y a rien d'étonnant à ce que notre devise nationale soit ce qu'elle est. Mais figure-t-elle en toutes lettres dans la Constitution de l'an I? Il faudrait pouvoir consulter ce document aux Archives Nationales. A moins que la devise n'ait fait l'objet d'un décret spécial, vraisemblablement après le 24 juin... Là aussi, il faudrait pouvoir consulter le Journal des Débats...
"

Pas de réponse donc. Abonné à la revue d’Alain Ayache « Réponse à tout », le 18 juillet 1993, je tentai une nouvelle démarche qui, elle aussi, resta sans suite :

« Dans votre numéro 37, de juillet 93, sous la rubrique "A chacun sa devise", pour la France, après avoir rappelé notre devise nationale, vous informez que cette devise correspond à l'idéal proclamé lors de la Révolution de 1789.

Ainsi que le papillon collé ci-dessus vous en informe, je suis abonné à votre revue et je m'en félicite ; je m'en félicite d'autant plus en la circonstance que vous allez pouvoir étancher ma curiosité, en l'occurrence en répondant à la question suivante: Quelle est l'origine de cette devise que l'on trouve au frontispice de tous nos bâtiments de quelque importance?

Je vous mets en garde, la réponse ne coule pas de source et vous allez, comme moi sans doute, être stupéfait de constater que vous n'en
savez rien et que vous auriez fait une drôle de figure si vous aviez dû répondre publiquement à cette question qui devrait être du niveau du feu certificat d'études primaires.
»

A l’époque je n’avais pas d’ordinateur et Google n’existait pas encore ce qui fut un mal pour un bien ainsi qu’on le verra ci-après. En revanche, je fis connaissance à l’occasion d’universités d’été du GRECE ( Groupement de Recherche et d’Etudes pour la Civilisation Européenne) d’un jeune Stéphanois, Jean-Stéphane FURNON, qui, si j’en crois certaines publications de sa plume lues ici ou là, fera son chemin, et à qui le 5 septembre 1995 j’écrivis ce qui suit :

« J'ai bien reçu ton courrier concernant la devise de la République Française, merci. J'y reviens cependant.

On ne peut pas retenir la Constitution de l'an I -projet de Hérault de Séchelles- qui ne fut jamais appliquée, et qui d'ailleurs ne fait pas mention du triptyque.

Le slogan des comités de surveillance est une approche intéressante. Dans la foulée tu écris " La devise républicaine resta la devise officielle de l'Etat jusqu'en 1814". Est-ce celle des comités de surveillance "Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort" ou déjà la nôtre ?

Tu écris ensuite que "de 1848 à 1851 la IIème République en fit sa devise officielle", et tu cites l'alinéa IV du préambule de sa Constitution. Bien. Mais j'ai sous les yeux une profession de foi que Victor Hugo adressait à ses électeurs le 26 mai 1848. Je t'en livre un extrait :

" Deux républiques sont possibles. L'une abattra le drapeau tricolore sous le drapeau rouge, fera des gros sous avec la colonne, jettera bas la statue de Napoléon et dressera la statue de Marat, détruira l'Institut, l'Ecole polytechnique et la Légion d'honneur, ajoutera à l'auguste devise : Liberté, égalité, fraternité, l'option sinistre : ou la mort; etc."(1)

Il parle de l'auguste devise en mai 1848, cette dernière serait donc antérieure à la rédaction de l'alinéa 4 du préambule de la Constitution du 4 novembre 1848 !

Ainsi l'origine de l'auguste devise se trouverait entre le 24 juin 1793 et le 26 mai 1848. A noter toutefois que le 2 décembre 1804 Napoléon Ier a prêté serment "aux principes de Liberté et d'Egalité". De Fraternité ? Point !

En ce qui concerne celui qui a eu l'idée de cette fameuse devise, Michèle Le Doeuff du Centre de Recherches sur les Arts et le Langage m'a écrit que, selon un certain Jacques Roger, historien des sciences, Bernardin de Saint Pierre (1737-1814) avait utilisé la formule dans une lettre à Louis XVI à propos de l'éducation de tous. Il faudrait retrouver cette lettre.

Toutes ces précisions à seule fin de te permettre de progresser dans tes recherches car, enfin, l'historien que tu es ne saurait se contenter du constat d'un mystère, fût-il petit! Si l'Histoire semble avoir oublié le nom de celui qui nous agresse à longueur de temps du haut de nos bâtiments publics, il faut la torturer. Nous nous donnerons les moyens de la faire parler !

Bien à toi, dans le souvenir des grandes heures de la dernière Université d'été à la Domus.


(1) Si cette lettre t'intéresse, je peux t'en envoyer copie. On la trouve dans l'Histoire de la Révolution de 1870-71 par Jules CLARETIE. Ed. 1874, page 98, renvoi 1. "

Et puis, à l’issue de ses recherches, Jean-Stéphane me fit un jour parvenir un texte que je vous livre ci-après, et qui me semble mettre un point final à mon enquête. Il s’agit d’un article de Mona Ozouf publié dans "Les lieux de mémoire" sous la direction de Pierre Nora, paru chez Gallimard, et qui dit en substance :

" Sans doute a-t-on pu retracer l'histoire prérévolutionnaire de la formule, et faire remarquer que les trois mots magiques de nos frontons étaient déjà parmi ceux qu'affectionnaient, au XVIIIème siècle, les sociétés de pensée. Mais ils figuraient au milieu de beaucoup d'autres, Amitié, Charité, Sincérité, Union. Les maçons usaient surtout d'Egalité, un peu moins volontiers de Fraternité, montraient plus de tiédeur encore à Liberté, et une franche indifférence à l'arrangement : Liberté-Egalité-Fraternité, alors même que les enchantaient par ailleurs les cadences ternaires (Salut, Force, Union, par exemple). Les longues collectes entreprises dans le lexique des Lumières se sont révélées également décevantes. On voit sans doute souvent briller les trois mots dans le tamis des orpailleurs du lexique, mais ce sont des paillettes isolées, qui ne s'agrègent que fort rarement en triade organisée. (...)"

"La naissance de la devise manque d'éclat et de netteté (...). Aulard suggère que la fabrication de la devise s'est échelonnée en trois mouvements, chacun d'eux correspondant à une époque distincte du processus révolutionnaire. Voici d'abord la Liberté, concept le plus populaire des premiers jours de la Révolution. Puis le 10 Août ouvre la carrière de l'Egalité. Il faut attendre la fin de la période montagnarde pour voir donner sa chance à la Fraternité. Le rythme ternaire de la devise est donc un rythme de succession temporelle. Mathiez, d'accord en cela avec Aulard, suggérait que la Fraternité avait été un apport plus tardif encore, d'origine maçonnique, qui avait dû, pour s'imposer, attendre 1848. Au moulin de ces hypothèses historiennes, l'organisation calendaire des révolutions vient du reste apporter de l'eau : ils avaient eux-mêmes distingué un an I de la Liberté, inauguré par le 14 juillet 1789, et un an I de l'Egalité, ouvert par le 10 Août 1792
"

Il n'est pas inutile de rappeler que la Déclaration des droits de l'homme du 26 août 1789 fait essentiellement référence à la Liberté, accessoirement à l'Egalité, et ignore superbement la Fraternité ! Il faudra attendre d'autres Déclarations rédigées par d'autres hommes en d'autres temps beaucoup plus laxistes, pour voir refleurir la notion de Fraternité, une Fraternité aux relents d'un monothéisme judéo-chrétien de plus en plus contesté.

Et puis Google vint, et Wikipédia survint ! La référence ! Que nous dit-elle ? Elle nous dit avec une belle assurance : " La devise « Liberté, Égalité, Fraternité » est issue de la Révolution française : elle apparaît dans le débat public avant la proclamation de la Première République, dès 1790. Le premier à en faire usage dans un cadre officiel est Maximilien de Robespierre, dans son Discours sur l'organisation des gardes nationales, le 5 décembre 1790 à l'Assemblée Nationale. " Enfin, nous sommes donc renseignés, définitivement renseignés et le passionné que je suis se jette éperdument sur le fameux discours (pas moins de 25 pages en petits caractères !) pour découvrir que pas une seule fois la devise ne figure, qu’on y relève cependant 60 fois le mot ‘liberté’, 5 fois le mot ‘égalité’ et une seule fois le mot ‘fraternité’. Et encore, ce dernier mot est-il présenté sous forme d’ ‘égalité de fraternité’, ce qui fait que les deux droits : liberté et égalité entraînent le devoir de fraternité en un droit spécifique !

Bref, une chose est certaine, si la devise a bien été adoptée sous la IIème République, il faudra attendre la Constitution du 27 octobre 1946 pour qu’elle soit reconnue, en son article 2, au même titre que La Marseillaise, comme devise de la France.
La formule née de père et mère inconnus ayant néanmoins fait florès et constituant la substance de l’art.1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, je renvoie mon lecteur à ma tribune sur le sujet s’il tient à savoir ce que j’en pense. Ainsi donc, si vous tombez un jour sur un micro-trottoir qui vous pose la question de savoir qui a introduit cette devise républicaine française et désormais universellement reconnue, sachant qu'il s'agit de Robespierre, vous pourrez toujours répondre, sans risque de vous tromper :

- Qui ? Oh ! personne de bien recommandable !

Echoisy, le 10 mai 2009 :druid:

Toutefois avant de clore le sujet, j'aimerais bien qu'on en discute encore un peu sur Vox Populi... si le coeur vous en dit !
"Quand la prudence est partout, le courage n’est nulle part." (Désiré Joseph Mercier)
Avatar de l’utilisateur
coriolan
Administrateur
 
Messages: 5874
Inscription: 24 Sep 2007 20:25

Re: LIBERTE. EGALITE. FRATERNITE.

Messagepar coriolan » 06 Fév 2012 15:13

Deux ans plus tard je reviens sur cette affaire...Vieux motard que j'aimais ! Madame Le Doeuff n'était pas si éloignée que cela de la vérité quand elle écrivit : " J'ai un vague souvenir scolaire qui dit ceci: 'Liberté, égalité, fraternité aurait été adopté en 1848'.En effet, le préambule de la Constitution de 1848 dispose, en son article IV " Elle (la République française) a pour principe la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l'Ordre public. " Mais le principe n'était pas érigé en devise. Il fallut attendre le 27 octobre 1946 pour trouver, au 3ème alinéa de l'art. 2 : "La devise de la République est " Liberté, Egalité, Fraternité" ; formule exactement reprise au 4ème alinéa de l'art. 2 de la Constitution de 1958. Mais formule toujours de père et de mère inconnus... Ne cherchez plus ! Tout est dit !
"Quand la prudence est partout, le courage n’est nulle part." (Désiré Joseph Mercier)
Avatar de l’utilisateur
coriolan
Administrateur
 
Messages: 5874
Inscription: 24 Sep 2007 20:25

Re: LIBERTE. EGALITE. FRATERNITE.

Messagepar coriolan » 26 Mai 2016 16:58

En opposition à ce qui précède :

TRAVAIL, FAMILLE, PATRIE.


(selon Wikipédia - en date du 27 mai 2016 après expurgation des commentaires n'ayant rien à voir avec la devise dont il est question ci-dessus.) (cf. PS ci-après)

Travail, Famille, Patrie a été la devise officielle du gouvernement de l’État français (dit régime de Vichy), et figurait notamment sur les pièces de monnaie.

Instauration

La loi du 10 juillet 1940 accordant au maréchal Pétain les pleins pouvoirs pour rédiger une constitution devant être soumise à l’approbation de la nation et garantissant « les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie ». Cette Constitution ne fut jamais promulguée.

Dans la Revue des deux Mondes du 15 septembre 1940, le maréchal Pétain écrit cette répudiation de la devise de la République française « Liberté, Égalité, Fraternité » : Lorsque nos jeunes gens […] entreront dans la vie […] nous leur dirons […] que la liberté réelle ne peut s'exercer qu'à l'abri d'une autorité tutélaire, qu'ils doivent respecter, à laquelle ils doivent obéir […]. Nous leur dirons ensuite que l'égalité [doit] s'encadrer dans une hiérarchie, fondée sur la diversité des fonctions et des mérites […]. Nous leur dirons enfin qu'il ne saurait y avoir de fraternité véritable qu'à l'intérieur de ces groupes naturels que sont la famille, la cité, la Patrie. (1)
»

La devise « Travail, Famille, Patrie » est parfois attribuée à Emmanuel Berl (2)mais elle était bien avant 1940 celle des Croix-de-Feu puis du Parti social français (PSF) fondés par le colonel de La Rocque (futur résistant) (3).

On a souvent écrit que ces trois mots caractérisaient bien la « Révolution nationale » entreprise par ce régime : on y retrouve en tout cas la philosophie de Gustave Thibon et la conviction, très répandue à l'époque dans toutes les idéologies antidémocratiques, que « la famille, la cité, la patrie » seraient non des constructions culturelles et historiques (donc susceptibles d'être débattues et modifiées) mais des « groupes naturels » c'est-à-dire indiscutables. Léon-Paul Fargue persifla cette devise en « Tracas, famine, patrouille ».

Remarque
Une formule approchante figurait au paragraphe IV du préambule de la Constitution de 1848 sous cette forme :
« IV. — Elle a pour principe la Liberté, l'Égalité et la Fraternité. Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l'Ordre public. »
Cela a justifié, chez des historiens comme Marc Ferro
, l'opinion que, concernant la famille, il y a eu continuité, et non rupture, entre la politique familiale de l'époque de Daladier et celle de Pétain, puis celle des gouvernements de la IVe République »

Travail
Le 24 avril 1941, le régime Pétain instaure officiellement le 1er mai comme « la fête du Travail et de la Concorde sociale ». Le 1er mai était déjà officiellement fête du Travail en Union soviétique.
Déclarant refuser à la fois le capitalisme et le socialisme, le régime pétainiste affirmait rechercher une troisième voie fondée sur le corporatisme. Il parvient à séduire des leaders déçus du socialisme ou du communisme comme Marcel Déat ou Jacques Doriot, et obtient le ralliement de certains syndicalistes pour la rédaction d’une Charte du Travail.

Le gouvernement de Vichy instaure, en 1941, un système de retraites par répartition (qui était jusqu'alors par capitalisation), l'« allocation des vieux travailleurs salariés ».
(4)

Famille
Le régime inscrit la fête des Mères au calendrier et maintient les allocations familiales.

Patrie
Bien que le nationalisme de Pétain se veuille le continuateur du nationalisme victorieux de 1918 et garde un certain degré de germanophobie de type maurrassien, cela ne l’empêche pas de collaborer avec le régime national-socialiste. Pétain n'avait pas d’antécédents pro-allemands ou anti-britanniques avant la guerre : au début de la guerre, il réaffirme à plusieurs reprises se considérer comme l'allié et l'ami de la Grande-Bretagne. Mais dans l'allocution radiodiffusée du 23 juin 1940, il reproche à Winston Churchill son discours du 22 juin 1940 faisant suite à la signature de l'armistice
(5), et à partir de ce moment, le régime développe une hostilité croissante contre les Alliés, notamment les britanniques, qui se nourrit de la bataille de Mers el-Kébir et d'autres combats aux côtés de l'Axe (guerre de Syrie, guerre d'Afrique du Nord, guerre contre l'URSS.)

Notes et références
1. ↑ Maréchal Pétain, « Politique sociale de l'avenir », La Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1940
2. ↑ À tort : selon François Thibault : Notre-Dame des Ombres, Le Cherche-Midi, 1997, et Bernard Morlino : Emmanuel Berl : les tribulations d'un pacifiste, La Manufacture, 1990, Berl a trouvé, entre autres formules, les phrases : « Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal » et « La terre, elle, ne ment pas », lorsqu'Yves Bouthillier lui a demandé de rédiger les discours de Philippe Pétain des 23 et 25 juin, mais pas la devise du régime.
3. ↑ Albert Kéchichian, Les Croix-de-feu à l'âge des fascismes – Travail, Famille, Patrie, Éditions Champ Vallon, 2006, 410 p. (ISBN 2876734508 et 9782876734500), p. 7-10[présentation en ligne [archive]]
4. ↑ Jacques George, « Retraites : une histoire récente, une situation fragile », 24 janvier 2005 [archive], sur le site cahiers-pedagogiques.com, consulté le 26 décembre 2008.
5. ↑ Allocution radio du 23 juin 1940, [lire en ligne le site lignemaginot.com [archive]], consulté le 26 décembre 2008.

PS. Ce jour, 28 mai, Wikipédia a fait fi de mes rectif. en réintégrant les commentaires superflus que j'avais expurgés ! Ainsi va le monde !
"Quand la prudence est partout, le courage n’est nulle part." (Désiré Joseph Mercier)
Avatar de l’utilisateur
coriolan
Administrateur
 
Messages: 5874
Inscription: 24 Sep 2007 20:25

Re: LIBERTE. EGALITE. FRATERNITE.

Messagepar coriolan » 08 Oct 2016 15:56

Dans « Un quinquennat pour rien » (ed. Albin Michel), Eric Zemmour nous dit : «Nos républicains d'aujourd'hui psalmodient 'liberté, égalité, fraternité' sans savoir, sans comprendre même ce que ce slogan trinitaire signifiait pour les farouches révolutionnaires de 1789.» En ses termes à lui il nous rappelle que la LIBERTE, c'était la liberté de la nation et non la liberté de faire tout ce que notre fantaisie peut nous permettre d'espérer ; la liberté contre les tyrans européens de l'époque. La liberté ou la mort ! L'EGALITE, c'était l'égalité du peuple, - du tiers-état ( 98% de la population) face au clergé (0,5% de la population) et la noblesse (1,5% de la population). La FRATERNITE, ce n'était pas la fraternité entre les individus, c'était celle qui devait exister entre les peuples d'Europe aspirant aux deux précédents principes face à leur monarque : La liberté et l'égalité.

Liberté, Egalité, Fraternité ! poursuit Eric Zemmour, « ce cri de guerre révolutionnaire qui épouvantait à Valmy les lansquenets prussiens a été adouci en chanson sirupeuse pour adolescentes romantiques.» (p. 45)

Quelle merveille ! Merci monsieur Zemmour...
"Quand la prudence est partout, le courage n’est nulle part." (Désiré Joseph Mercier)
Avatar de l’utilisateur
coriolan
Administrateur
 
Messages: 5874
Inscription: 24 Sep 2007 20:25

Re: LIBERTE. EGALITE. FRATERNITE.

Messagepar coriolan » 19 Fév 2018 13:47

LA FRANCE MANQUE D’UNE (VRAIE) DEVISE, ET D’HOMMES D’HONNEUR À SA TÊTE POUR S’Y TENIR
Article de Christian Vanneste, en date du 19 février 2018, sur Boulevard Voltaire.

Si l’on prononce le mot « devise », on risque bien de faire penser à de l’argent, étranger, et qu’on peut changer en une autre monnaie.

Or, la devise peut aussi, devrait surtout, faire penser à la noblesse, celle qui possède un blason, et quelques mots qui lui imposent une règle qu’elle se doit d’appliquer sous peine de déchoir.

Il en va ainsi de toutes les devises, et celle de la République française, en particulier.

La fraternité des Français, prompts à se déchirer, et dont l’esprit de solidarité nationale n’est pas toujours évident, reste un terme décoratif, à défaut d’être significatif.

À y regarder de plus près, les libertés sont-elles davantage réelles ? Elles paraissent en régression, et notamment pour la plus importante d’entre elles – la liberté de s’exprimer – sans laquelle il n’y a évidemment pas de démocratie. D’année en année, des tabous s’installent, qui transforment les opinions contraires en hérésies condamnables persécutées par de nouveaux inquisiteurs : les associations autorisées à porter plainte. Les subventions qu’elles reçoivent leur donnent les moyens de dissuader le penseur désargenté d’exprimer une opinion susceptible d’être une « phobie » quelconque. Ce mot, qui désigne une pathologie mentale, n’est pas sans rappeler l’utilisation de la psychiatrie à des fins répressives en URSS.

L’égalité est-elle plus sérieuse ? Jamais, sans doute, la fracture entre la France « métro-mondialiste » et la France périphérique n’a été aussi profonde.

Devant cette pancarte de notre devise qui tombe en morceaux comme dans « L’Avenir radieux », le roman si drôle du dissident Alexandre Zinoviev, l’on pourrait songer à d’autres formules qui seraient plus judicieuses, sinon plus respectables.

Le malheur a voulu que l’État français en emprunte une aux Croix-de-Feu du Colonel de La Rocque : « Travail-Famille-Patrie ». Celle-ci avait le mérite de quitter la métaphysique révolutionnaire pour affirmer la nécessité de respecter les éléments concrets du bien commun : la famille, le travail et la patrie. Mais était-ce bien le moment de parler de famille, alors qu’un million de pères et de maris étaient retenus en Allemagne loin d’elle ? Était-ce sensé d’évoquer le travail quand il devenait obligatoire au profit de l’occupant ? Quant au mot « patrie », se rendait-on compte du ridicule qu’il y avait à l’employer par des gens prosternés devant l’ennemi vainqueur. Le résultat a été catastrophique. Il est impossible d’employer ces termes en trio sans évoquer les heures sombres de l’Histoire, au risque de contaminer chacun d’entre eux.

Les résistants de Londres avaient appelé une de leurs émissions, durant laquelle on entendait la voix si reconnaissable de Maurice Schumann, « Honneur et Patrie », la devise de la Légion d’honneur. Cette devise avait le grand mérite d’associer à la patrie une notion qui la lavait des errements de l’autre camp, l’honneur dont le général de Gaulle avait fait l’un des trois arguments pour continuer le combat. L’honneur, voilà un mot qui nous ramène à la noblesse, à l’idée qu’il n’y a pas de nation qui tienne, même lorsqu’elle est une démocratie, sans qu’il y ait à sa tête une aristocratie, un groupe d’hommes et de femmes qui ont une légitimité morale à la gouverner. Les Compagnons de la Libération correspondaient assez bien à cette idée d’une chevalerie animée par l’exigence d’une devise.

Le déclin actuel de notre pays tient, avant tout, à ce que l’égalité formelle des chances et l’inégalité réelle des pouvoirs a créé les conditions d’une oligarchie sans honneur, peuplée d’arrivistes sans foi ni loi. La médiocrité, le caractère sordide de certains comportements de nos élus ou de nos ministres, qu’on évoque dans l’actualité judiciaire, ne le révèlent que trop !
"Quand la prudence est partout, le courage n’est nulle part." (Désiré Joseph Mercier)
Avatar de l’utilisateur
coriolan
Administrateur
 
Messages: 5874
Inscription: 24 Sep 2007 20:25


Retourner vers Tribune de Coriolan

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron