C'était une autre époque...

Aux armes citoyens !

Modérateur: Guardian

C'était une autre époque...

Messagepar coriolan » 30 Nov 2011 14:43

" Je suis parfois sidéré par les commentaires entendus sur des époques pas si lointaines mais dont on parle comme si elles appartenaient à une sorte de «moyen-âge». Par exemple, j'entends dire sur la période des années 50 ou 60, dont je me souviens parfaitement, des choses tout à fait inexactes, en tout cas qui ne correspondent nullement à ce que j'ai vécu ou connu. Et à chaque fois, je m'interroge : Est-ce que le commentateur est trop jeune pour apprécier valablement les réalités du temps qu'il évoque et le rythme réel des changements survenus, dont beaucoup sont imaginaires, et se contente-t-il de reprendre des rumeurs ou des idées toutes faites ? Ou bien, s'il appartient à ma génération, vivait-il dans un milieu si différent du mien qu'il extrapole à toute la société ce qui n'était vrai que dans son microcosme ?

Il est très difficile de se faire une idée juste de ce qui a changé ou n'a pas changé, en bien ou en mal, entre les temps actuels et ceux de notre jeunesse, car nous sommes à la fois juge et partie. J'ai lu, à l'âge de 18 ans, une réflexion de Marmontel (1723-1799) qui m'a beaucoup frappé et que j'ai mémorisée pour me préserver de tomber un jour dans ce travers. L'auteur écrivait : « Une douce vanité persuade aux vieillards que le genre humain décline avec eux.»

Or, certains jugements portés sur ce qu'étaient les comportements humains un demi-siècle en arrière me semblent très souvent erronés. Le monde a sans doute beaucoup changé entre 1960 et 2010, mais les hommes, je crois, très peu. Et s'il faut fuir comme la peste le trop fameux leitmotiv : «Tout était mieux avant.» (même si c'est incontestablement vrai en ce qui concerne, par exemple, le goût des salades), il faut se dérober tout autant à son contraire : «Avant, c'était bien pire.» (même si c'est incontestablement vrai en ce qui concerne, par exemple, le lavage du linge).

Si je vous parle de cela aujourd'hui, c'est que j'ai été stupéfait par certaines réponses faites à une interview de Mireille Dumas (lors de son émission «Vie publique, vie privée») par notre célèbre et inoxydable speakrine rieuse Denise Fabre. Depuis peu entrée en politique aux côtés de Christian Estrosi, Denise Fabre nous contait les péripéties de sa jeunesse niçoise, qui fut rien moins que rose. Trop tôt privée de père et vivant avec sa mère, Denise était en fait sous l'autorité patriarcale et sévère de son grand-père, héros de la première guerre mondiale. Exubérante comme on la connaît, dès l'âge de seize ans Denise aimait beaucoup sortir, aller danser et faire la fête, ne rentrant au bercail qu'à des heures indues. Si bien que le patriarche la fit interner dans une maison de correction, bien qu'elle n'ait jamais rien commis d'illégal ou de répréhensible. (Ces maisons, où l'on menait la vie dure aux jeunes «dévoyés», furent évoquées dans le célèbre film des années 40 « Prison sans barreaux ».) Ce fut une rude épreuve pour la jeune Denise, qui n'adressa plus la parole à sa mère durant des années, parce que celle-ci n'avait pas su la préserver de cette sanction pour le moins excessive. Toutefois, commentant cette période de sa vie, Denise Fabre en concluait que «c'était une autre époque». En écoutant cela, je tombai des nues. J'appartiens à la même génération que Denise Fabre, et du diable si j'ai jamais vu autour de moi de tels excès d'autorité. Les jeunes de seize à vingt ans, filles ou garçons, allaient de mon temps danser, flirter et faire la fête avec une liberté très comparable à celle dont jouissent ceux d'aujourd'hui. Il est vrai qu'ils ne tombaient pas dans certains abus d'alcool ou de drogue comme cela advient parfois de nos jours, mais c'est tout simplement parce qu'ils n'en auraient jamais eu l'idée.

En tout cas, je n'imagine aucune des familles que j'ai pu connaître pouvant aller jusqu'à faire enfermer une jeune fille dans une structure disciplinaire, seulement parce qu'elle aurait aimé faire la fête un peu trop souvent ou tardivement. Non, ce qui est arrivé à Denise n'a rien à voir avec une certaine époque, mais découle du fait que son grand'père était un tyran domestique et un macho-facho de la pire espèce. Et si l'on voulait ramener cette attitude à une époque, alors il faudrait parler de 1860 et non de 1960, et seulement dans certains milieux. D'ailleurs, je me suis souvent demandé si la liberté des moeurs populaires n'avait pas toujours été la même, à peu de chose près, de la société gallo-romaine jusqu'à nos jours, et que seul ait changé en fait le regard des chroniqueurs, inféodé aux «bienséances» officielles.
" PL
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Re: C'était une autre époque...

Messagepar coriolan » 30 Nov 2011 17:55

Quand on voit ce qu'a donné la maison de correction sur notre présentatrice préférée, on a envie de restaurer au plutôt ce type d'établissement ! Voilà qui me déculpabilise, moi qui suis un farouche partisan de la sanction corporelle. La fessée, il n'y a rien de tel pour faire entendre raison à un jeune esprit indiscipliné. Et en plus, ça soulage les parents. Mes enfants ont été élevés selon ces bons vieux principes et je vous assure qu'ils ne sont pas traumatisés pour autant. Les réunions de famille n'engendrent pas la mélancolie et, en dépit des lois idiotes actuelles, ils reproduisent le même modèle que celui qui fut mon tuteur pendant mes jeunes années. Vive la fessée !
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